L¹AFFAIRE DES VOITURES BRÛLÉES DE JACQUARD À COTE-CHAUDE FIN AOÛT
Fatha est en prison depuis 55 jours pour un délit qu¹il n¹a pas commis.
Pressions politiques sur la Justice, libertés en danger à St-Etienne
<http://www.reseauxcitoyens-st-etienne.org/article.php3?id_article=1082>
L¹affaire des voitures incendiées de la Place Jacquard dans la nuit du 19 au
20 août 2006 a fait grand bruit à St-Etienne fin août-début septembre. 11 à
15 voitures selon les versions, et 3 magasins, ont été brûlés entre 2h30 et
3h30 du matin.
Quelques jours après, la Police mettait deux jeunes en garde à vue, Fatah et
Foued.
Fatha est toujours en prison. Alors qu¹il crie depuis le début son
innocence, et que l¹accusation portée contre lui n¹a pas cessé de s¹effriter
avant de s¹effondrer totalement.
Une conférence de presse a eu lieu avec sa famille ce lundi après-midi chez
elle, à Cote-Chaude. Après avoir contribué avec son avocat à apporter un
certain nombre d¹éléments à la justice, et puisqu¹il apparait qu¹il y a des
pressions et un blocage qu¹il faut bien appeler politiques sur la Justice,
il a été décidé de porter cette affaire à la connaissance des citoyens, des
stéphanois.
Etaient présents Monsieur et Madame Bekka, père et mère de Fatha, Idriss son
frère, Cindy la compagne de Fatha, quatre soeurs de Fatha, et Roger Dubien,
conseiller municipal de St-Etienne, Réseaux citoyens. Côté presse, étaient
présents Le Progrès et La Gazette...
Pourquoi cette conférence de presse ? Parce qu¹un jeune : Fatha BEKKA, 23
ans, est en prison depuis le jeudi 24 août - cela fera 8 semaines ce jeudi.
Il est accusé d¹un crime qu¹il n¹a pas commis.
Donc un innocent est en prison depuis 54 jours (à la date de la conférence
de presse) et il risque 5 ans de prison et de très très lourdes amendes et
dommages et intérêts.
Sa famille toute entière en souffre. Cette famille a fait ce qu¹elle a pu
avec son avocat pour essayer d¹obtenir justice, mais il y a visiblement
blocage, blocage lié à des intérêts politiques et à des pressions politiques
sur la Justice.
Donc nous pensons que le moment est venu de porter cette affaire sur la
place publique afin d¹informer les stéphanois, les citoyens, de la façon
dont des choses se passent du côté du pouvoir politique, de la Police et de
la Justice.
Fatha n¹a pas brûlé 11 à 15 voitures (nous, nous comptons 10 voitures
brulées au cours de cette nuit) et 3 magasins (coiffeur, resto La Pinède,
pizza Totem) dans la nuit du 19 au 20 août.
Oui, Fatha était dans le quartier de Jacquard vers 2h30 du matin. Pas tout
seul d¹ailleurs, dans ce quartier de boites de nuit... Donc si la police dit
le voir sur une caméra vidéo, c¹est possible, tout comme elle a la trace de
centaines d¹autres personnes qui sont passées dans le quartier ce soir là,
puisqu¹il y a 5 caméras vidéos dans le secteur ( 1 à l¹angle Grand Gonnet /
Ledin, 1 à l¹angle Grand-Gonnet / grande rue, 1 à l¹angle Honoré de Balzac /
Marengo, 1 à l¹angle Camélinat / Ledin, 1 place Jacquard). Il n¹a jamais nié
avoir été là, il a même retiré de l¹argent à la Caisse d¹Epargne à 1h36 pour
aller en boîte de nuit.
Rappel de ce qui s¹est passé dans la nuit du 19 au 20 août entre 2h30 et
3h30 à peu près :
5 voitures brûlées rue du Grand Gonnet, et 3 commerces.
1 voiture brûlée place Jacquard (dont nous n¹avons pas trouvé la trace, mais
cela semble établi)
1 voiture brûlée rue Palluat de Besset
1 voiture brûlée impasse Antoine Roche devant le collège du Puits de la
Loire
2 voitures brûlées à Chavassieux rue Vital Descos.
Fatha a été accusé d¹avoir brûlé ces voitures en remontant avec un autre
jeune - Foued - par vengeance après avoir été refoulé à l¹entrée d¹une boîte
de nuit, le Fridge, rue Honoré de Balzac.
C¹est matériellement impossible qu¹il ait pu faire ça. Parce que selon les
horaires des interventions des pompiers dont nous avons pu avoir
connaissance, les incendies de ces voitures ont eu lieu en 20 minutes, alors
qu¹il y a au moins 1,4 kms pour monter de Jacquard à Chavassieux.
Voici ces horaires :
2h37 Grand Gonnet,
2h44 place Jacquard,
2h52 rue Palluat de Besset,
2h54 rue Antoine Roche,
2h57 rue Vital Descos.
Il y a eu aussi des appels concernant les rues Duchamp et Frachon, mais nous
n¹avons pas trouvé de trace de voiture brûlées dans ces 2 rues... (Ces
appels et les horaires en cause rendent d¹ailleurs encore plus fantaisiste
l¹accusation portée contre Fatha).
Donc tout ça en 20 minutes, sur une distance de plus d¹1,4 kms, en montant.
Cela, ça ressemble à opération militaire. Brûler autant de voitures en 5
lieux différents en aussi peu de temps, à pied, ça ne peut être fait que par
des gens qui savent ce qu¹ils vont faire et ont du matériel pour casser les
vitres et surtout mettre le feu.
A moins qu¹il y ait eu plusieurs équipes.
Or Fatha Bekka est accusé d¹avoir cassé les vitres avec les mains (alors
qu¹il a longtemps eu des broches dans les deux poignets pour un accident
dans son enfance, et a d¹ailleurs une invalidité à cause de ça), et accusé
d¹avoir mis le feu avec un simple briquet. On n¹enflamme pas comme ça une
voiture en quelques secondes avec un simple briquet.
Fatha n¹a donc pas pu, matériellement, faire ça. Ou alors, c¹est à mettre
tout de suite dans le livre des records !
Incohérences et impossibilités matérielles donc.
Mais ça ne colle pas non plus du côté de la "personnalité" de Fatha. Il n¹a
pas "le profil" de quelqu¹un qui brûle des voitures. Cela fait des années
qu¹il travaille, et là il a un emploi stable depuis deux ans. Dans le
nettoyage en plus ! Il part au travail tous les matins à 4h30, en voiture ou
en scooter.
Il vit depuis 4 ans avec sa compagne Cindy, qui a un emploi elle aussi. Ils
se préparaient à partir en voyage de vacances en Grèce du 4 au 11 septembre
(billets d¹avion achetés !).
Sa famille, même sous le coup de masse qu¹a constitué son arrestation (il
faut souligner que, contrairement à ce qu¹a dit la Police en août, c¹est lui
qui s¹est présenté au commissariat jeudi matin 24 août, avec son frère
Djamel, quand il a su que la Police le recherchait et avait perquisitionné
chez ses parents (est-ce bien légal ?) et à son domicile dans le quartier de
Montaud le mercredi), et malgré l¹accusation surprenante portée contre lui
au bout de 2 jours par Foued, sa famille donc n¹a jamais cru qu¹il ait pu
faire ça.
Et nous nous sommes efforcés de regarder tout cela de près et de comprendre
quelque chose à cet engrenage.
Alors sur quoi reposait l¹accusation ?
sur le fait qu¹il était présent au mauvais moment au mauvais endroit selon
une caméra vidéo de la mairie (A noter que les images vidéos ne montrent pas
du tout des jeunes en train de mettre le feu à des voitures, mais en train
de discuter). A noter que - bizarrement aussi - cette portion de la rue du
Grand Gonnet où a eu lieu le plus gros incendie (5 voitures, 3 commerces)
est l¹un des rares morceaux de rues à ne pas être balayé par une des 5
caméras vidéos du quartier... Les incendiaires le savaient-ils ? (1)
le problème est qu¹au bout de deux jours de garde à vue et
d¹interrogatoire de Foued, celui-ci a accusé Fatha d¹avoir mis le feu aux
voitures.
Par contre il semble bien que des témoins des incendies vers Jacquard
n¹ont pas reconnu Fatha et Foued, et pour cause.
Mais à part l¹accusation étonnante portée par Foued contre Fatha,
l¹accusation ne tient sur rien de sérieux et plus on prend du recul et plus
ça s¹effrite.
C¹est sans doute pourquoi, au vu de ces incohérences et des impossibilités
matérielles et techniques, la Juge d¹instruction Mme REVOL a décidé de
remettre Fatha et Foued en liberté le 26 septembre, suite à la confrontation
qui a eu lieu entre Fatha et Foued le 21 septembre. Et la juge a motivé sa
décision.
Mais le Procureur de la République ("le Parquet") a immédiatement fait
appel, par un référé qui suspendait la décision de Mme le Juge. Et la Cour
d¹appel de Lyon a suivi le Procureur (audience le 4 octobre, délibéré rendu
le 6) de maintenir Fatha en détention. Foued lui a finalement été libéré le
6 octobre. On ne comprend pas pourquoi d¹ailleurs il a été maintenu tout ce
temps en détention puisque selon l¹accusation, il n¹avait rien fait et avait
seulement vu Fatah mettre le feu aux voitures.
Maintenu en prison un mois et demi pour éviter qu¹il parle ?
Des "aveux" suite à un chantage ?
C¹est qu¹il avait des choses à dire, Foued, et il l¹a fait dans une lettre
aux autorités judiciaires, le 27 septembre, "à l¹attention de Monsieur le
Premier Président".
Cette lettre, il en a donné la photocopie à Cindy, la compagne de Fatha, une
fois qu¹il a été sorti de prison.
Que dit cette lettre ?
Foued écrit que pendant sa garde à vue il n¹a pas cessé de clamer son
innocence, mais qu¹"ensuite arrivé environ à la 40ème heure de garde à vue,
le Commissaire lui même est venu me chercher dans la cellule pour me
réentendre et quand je lui ai redit que c¹etait pas nous il m¹a repondu :
"Je sais très bien que c¹est pas vous, mais nous on veut Bekka et il m¹a dit
qu¹on pouvait faire un compromis que si je lui donnais Bekka, il
téléphonerait au Procureur de la République pour demander ma mise en liberté
sous contrôle judiciaire. J¹étais tellement angoisser, je ne m¹étais pas
alimenter cela faisait 2 jours j¹avais mal au dents et surtout je pensais à
ma mère je ne voulais pas la laisser toute seule à la maison !" (...).
C¹est comme ça qu¹il a craqué "(...) je lui ai dit : Eh ben aller demandé au
Procureur que si je donne Mr Bekka il me donne ma liberté. Et il m¹a
repondu : Je ne peux pas appelé devant toi mais je peux l¹appeler dehors et
dès que je revient, tu me dis ce qui s¹est passé. Alors je lui ai dit que
j¹étais d¹accord. Il est parti et puis il est revenu en me disant que tout
était reglé ensuite il m¹a montré les schémas et j¹ai inventé cette histoire
pour qu¹il puisse me relacher, mais il m¹a dit pour que le Procureur te
mette en liberté il faut que tu le dises aussi devant le Procureur. Et quand
j¹ai dit ça le Procureur a prononcé un mandat de depot en mon egard et là
j¹ai compris que j¹étais en train de faire du mal non seulement chez moi
mais aussi chez Mr Bekka c¹est pourquoi j¹ai preferé revenir sur les faits
et en disant la vérité et contrairement à ce que dit le Parquet il n¹y aura
pas de quatrième versions..."
Si ce que dit Foued est exact, chacun mettra les mots appropriés sur ces
faits extrêmement graves. Il dit donc que l¹accusation portée contre Fatha
est le résultat d¹un chantage, d¹un marchandage, et explique dans quelles
conditions cela a été obtenu.
A noter que quand il a écrit cette lettre, il était en détention...
Bien sûr du côté de la famille - et pas seulement de la famille sans
doute... - on ne va pas en rester là dans ce domaine. Il pourrait bien y
avoir à nouveau du travail pour l¹IGS à St-Etienne, après l¹affaire Ichem
Benchahboune et d¹autres qui ont suivi...
Voilà où nous en sommes...
Pourquoi avec tout ça Fatha Bekka n¹est-il pas encore libre ? Sa famille
demande sa libération. Et qu¹on arrête de détruire sa vie, leur vie.
On peut se poser aussi la question de ce que fait - ou ne fait pas, et alors
pourquoi ? - la Police pour trouver les vrais coupables. Si la Police sait
que ce n¹est pas Fatha, est-ce qu¹elle recherche les incendiaires ? Qui sont
les incendiaires ?
Les lourdes pressions politiques du maire de St-Etienne Thiollière.
En tant que conseiller municipal de St-Etienne, je dénonce une nouvelle fois
la mise en place d¹une ambiance pourrie et extrêmement dangereuse pour la
liberté de chaque citoyen.
Aujourd¹hui c¹est ce jeune. Mais il y a d¹autres histoires. Et demain ça
peut être un enfant de n¹importe quelle famille, un frère, une soeur, un-e
ami-e...
Je mets en cause la dérive sécuritaire organisée pour des raisons politiques
par le maire Thiollière et son équipe de droite - droite extrême . Voilà où
mène cette dérive...
Dès le 30 août, Thiollière saluait dans le journal Le Progrès une enquête
"menée avec rapidité et efficacité" . Il tenait à "féliciter les forces de
police qui ont démontré une nouvelle fois leur grand professionnalisme" et
immédiatement soulignait aussi "l¹aide apportée dans leur travail par les
images de la vidéosurveillance municipale, preuve s¹il en était besoin de
son utilité." ...
Cette déclaration, très grave signifiait en résumé : bravo la Police, vous
avez arrêté les coupables, et c¹est grâce à mes caméras vidéos.
Sauf que les coupables sont innocents, et qu¹on les garde en prison quand
même ensuite.
Où est la frontière là, maintenant, entre politique et police, et entre
politique et Justice ? Que devient l¹indépendance de la Justice ?
Cette dérive sécuritaire est générale à St-Etienne (voir aussi le fichage
ethnique mis en lumière à l¹OPAC par le rapport de la MIILOS, l¹écrasement
des caravanes des familles Roms au bulldozer cet été, l¹omniprésence et le
harcèlement de jeunes par la Police municipale dans certains quartiers.)
Il faut évidemment avoir en tête aussi que nous sommes dans le département
dont le président du Conseil Général est le ministre de la Justice Pascal
Clément, lui aussi engagé dans la restriction des libertés.
En tant que citoyen et en tant que conseiller municipal, je demande le
démantèlement des 51 caméras de vidéosurveillance et je demande que tout cet
argent gaspillé dans le sécuritaire soit utilisé pour financer l¹éducation
des enfants et la vie associative.
Roger Dubien
conseiller municipal de St-Etienne.
(1) Décidément cette partie du quartier de Jacquard n¹a pas de chance. Ce
même pâté de maisons qui a brûlé côté rue du Grand Gonnet est celui qui
comporte côté place Jacquard l¹école élémentaire fermée à marche forcée fin
juin, malgré les vives protestations des parents. On parle d¹une possible
opération immobilière à la place de l¹école, mais on n¹en sait pas plus...
pour le moment.
Voir aussi
<http://www.reseauxcitoyens-st-etienne.org/article.php3?id_article=108
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