Libérez Tous Les Otages!

 

Aussitôt libérées, les ex-otages des Farc ont donné au Venezuela une conférence de presse, dont il nous est parvenu, en France, quelques bribes. Parmi lesquelles celle-ci, sélectionnée par la presse : ..
".le seul fait de priver quelqu'un de sa liberté peut être considéré comme de la torture ."..
( Consuelo Gonzalez)

 

qui, semblet-il, allait de soi : sur cette phrase, aucun commentaire, aucune explication.

 

Ils avaient l'air d'être au courant depuis des années.

 

Et moi pas (je vous l'avoue)

 

Je suis donc allé vérifier.

 

Pas en Colombie, bien sûr (je n'avais pas les moyens).

 

Mais ici, en France, où les lieux de captivité ne manquent pas (Fresnes, Fleury-Mérogis, toutes nos grandes Centrales, sans compter les flopées de maisons d'arrêt, et les centres de rétention nouvellement ouverts).

 

Voir si la prison, c'était de la torture.

 

Et là, je fais toutes mes excuses aux journaux dont j'avais douté.

 

C'est bien eux qui avaient raison. Prenons l'exemple de la folie.

 

Il arrive (même si c'est pas toujours) qu'on devienne fou sous la torture.

 

Et bien, vous ne pouvez pas savoir le nombre de fous qu'il y a en prison.

 

Je vous accorde qu'il y en avait déjà beaucoup au départ (on aime bien, en France, envoyer en prison les malades mentaux).

 

Mais enfin, voyez les chiffres ( étude menée sous la direction de M. Bruno Falissard, biostatisticien et épidémiologiste, et de M.Frédéric Rouillon, psychiatre. Premiers résultats rendus publics le 7 décembre 2004 ).

 

Je vous livre le résumé du Monde à l'époque (Cécile Prieur Le Monde du mercredi  décembre 2004 )

 

Un détenu sur quatre (24 %) serait atteint de troubles psychotiques : 8 % présenteraient une schizophrénie, 8 % une psychose chronique non schizophrénique, 3 % une schizophrénie dysthymique (associée à des troubles de l'humeur) et 5 % une pathologie dont le type n'a pas été précisé par les enquêteurs.

À quoi s'ajoutent (mais on peut souffrir de plusieurs pathologies à la fois) 56 % d'anxieux (33 % d'anxieux grave), 47 % de dépressifs (40 % grave), et 17 % d'agoraphobes (et cette terreur, en taule, des espaces découverts, me laisse songeur)

En bref, et en résumé, 80 % des détenus souffrent de troubles mentaux, et un quart est fou à lier (en camisole chimique).

 

La prison, forcément, y est pour quelque chose.

 

Si la torture peut rendre fou, il arrive aussi qu'elle tue : on meurt sous la torture.

 

On meurt aussi en prison.

 

D'abord on s'y suicide.

 

Énormément.

 

6,4 fois plus que dehors.

 

C'est un peu une spécificité nationale, comme le béret, la baguette, et le vote Le Pen ou Sarkozy.

 

Selon l'Observatoire International des Prisons (rapport 2005)

 

France : 120 suicides sur 50 670 détenus soit 24°/00

 

Allemagne : 78 suicides sur 78 707 détenus soit 9,9°/00

 

(Italie 10°/00, Espagne 4°/00, Angleterre 14°/00 )

 

(Suède 0 %)

 

Vous l'aurez deviné, la France est championne toutes catégories du suicide en prison.

 

C'est peu dire que le suicide y est la première cause de décès : il en représente à lui tout seul à presque la moitié.

 

Et pourtant, c'était pas gagné d'avance.

 

Vu la belle performance réalisée par les morts naturelles.

 

Parce que s'il y a des zonzons où l'on meurt à son heure (l'Allemagne, qui a un taux de mortalité de 10 pour 1000, enregistre du 20 pour 1000 en taule, ce qui, hors suicides (10 pour 1000), reste raisonnable),

 

il y en a où l'on crève tôt.

 

C'est le cas dans la Patrie des Droits de l'Homme : un taux de mortalité de 9 pour 1000, qui bondit en taule à 46 pour mille.

 

Même avec les suicides en moins, c'est carrément le double.

 

Donc, pas de doute : on en meurt et ça rend fou, la prison (française en tous cas) est bien un instrument de torture.

 

Certains d'entre vous m'objecteront qu'on ne peut comparer la situation de condamnés de droit commun avec celle d'une otage telle que Consuelo Gonzalez, subissant chez les Farc une captivité sans jugement ni raison, et qui ajoute à de déplorables conditions d'existences la torture morale d'une injustice foncière.

 

A ceux-là je réponds : ne confondons pas tout.

 

Les Farc contrôlent en Colombie un territoire grand à peu près comme la Pologne.

 

On y rend certainement la justice, ce qui n'a rien de scandaleux.

 

Le seul scandale, ce sont les 750 otages que cette armée détient.

 

750, n'oubliez pas ce nombre.

 

Selon l'OIP, entre 1990 et 2000 en France, 2500 personnes retenues plusieurs mois ou plusieurs années en détention préventive ont été finalement reconnues innocentes des crimes et délits dont on les accusait.

 

C'est peut-être un peu moins que les otages des Farc, mais on est dans le même ordre de grandeur.

 

Pour ce qui est de détenir des personnes innocentes dans des conditions de torture indéniables.

 

Vous me direz, la préventive a une fin prévisible (au pire, quelques années), ce qui n'est pas le cas des otages, et cette cause supplémentaire de désespoir assure définitivement la suprématie des Farc, en matière de cruauté, sur le système carcéral français.

 

C'est oublier que nous avons à domicile un Nicolas Sarkozy et une Rachida Dati, qui ont entrepris de hisser la France au niveau des meilleurs.

 

La loi qui devait permettre d'incarcérer des pédophiles, non pour les actes qu'ils ont commis mais pour ceux qu'ils pourraient commettre, a été élargie à toutes sortes de criminels potentiels.

 

Elle vise les personnes perverses, et donc, par définition, inguérissables (la perversité n'est pas une maladie, c'est une structure).

 

Une commission, chaque année se réunira pour juger de l'éventuelle libération de ces prisonniers.

 

Dans cette commission siégeront les mêmes incompétences qui s'illustrèrent lors de l'affaire d'Outreau, mais cette fois-ci dans un domaine qui n'est pas de leur compétence, la perversité.

 

Autant vous dire que les futurs emprisonnés ne sauront jamais ni quand, ni pourquoi, ni comment on les libérera, si jamais, un jour, on les libère.

 

Là, je crois, la France enterre les Farc (qui, eux c'est clair, demandent des rançons).

 

Par contre, je serai moins affirmatif en ce qui concerne les centres de rétention pour les clandestins.

 

D'abord, ils n'y resteront pas plus de 18 mois (sauf inévitables problèmes administratifs).

 

Ensuite ils y sont enfermés en famille, parfois nombreuse, depuis les grands-parents jusqu'aux petits-enfants.

 

(C'est une tradition française : Laval, proposant aux nazis qui lui demandaient des Juifs, d'emporter aussi les enfants afin qu'ils ne restent pas seuls, a beaucoup fait, de ce point de vue, pour humaniser la formule des rafles et des camps.)

 

Alors que les Farc, inutilement cruelles, remettent les enfants à des orphelinats.

 

Mais disons que, dans l'ensemble, ça se vaut : les journaux ont bien eu raison de ne faire aucun distingo.

 

Et aucun commentaire sur la phrase ...le seul fait de priver quelqu'un de sa liberté peut être considéré comme de la torture ...

 

okounine

Source : L'En Dehors