PRISON - Un mois et demi après le suicide d’un adolescent dans la prison pour mineurs de Meyzieu, l’administration pénitentiaire a convié cette semaine quatre quotidiens à visiter ses EPM (établissements pénitentiaires pour mineurs). Libération a pu passer du temps dans celui de Meyzieu, ouvert en juin 2007. Une visite cadrée et menée au pas de charge...
L’EPM de Meyzieu est constitué de sept unités de vie, construites autour d’un terrain de football. Dans chacune, une dizaine de cellules, une cuisine collective, une pièce avec un babyfoot recouvert d’un solide plexiglas. Dans l’une d’elles, jeudi, un garçon écoute en boucle une chanson de Mike Brandt. «Laisse moi t'aimer, toute une vie. Laisse-moiiii, laisse-moi t’aimer...» Il n’est pas puni : il adore Mike Brandt. La lieutenant Alexandra, 30 ans, explique qu’il écoute ça toute la journée, elle n’en peut plus. Avant lui, un autre aimait bien Dave. Elle connait Vanina par coeur. Les adolescents délinquants ont souvent des ressources étonnantes. La lieutenant a cinq ans de pénitentiaire. Elle se fait respecter en souriant.
Dans la pièce de Mike Brandt, un garçon joue aux petits chevaux avec une éducatrice ; un autre aux cartes avec un surveillant. Chaque unité est gérée par un tel «binôme», qui a tâtonné pour parvenir travailler ensemble. «Ça arrive qu’on ne soit pas d’accord sur les pratiques, dit Karim, le surveillant. Mais on échange, on peut discuter.» La plupart des éducateurs n’avaient jamais travaillé en prison, la protection judiciaire de la jeunesse n’ayant nommé qu’un titulaire au départ.
La responsable du service éducatif, Marie-Thérèse Zoffranieri, explique qu’il a fallu encaisser le «véritable choc culturel» entre les deux métiers. «Il y a eu des difficultés, reconnaît-elle, mais c’est dépassé. Nous sommes dans une vraie dynamique.» S’ils se montrent discrets lors de la visite, certains des personnels supporte encore mal la place étouffante du directeur, très investi, mais qui écoute peu, laisse peu de place à l’initiative.
De l’aveu de tous, il a surtout fallu préciser le cadre. «Au départ, dit Philippe Juillan, le directeur, il y a eu une confusion sur la nature de l’établissement. Les jeunes trouvaient que ça ressemblait à une MJC, certains surveillants aussi.» Les magistrats parlaient de «placement», comme pour un foyer. Personne ne parlait de prison. Le ministre de l’époque, Pascal Clément, évoquait un «lycée entouré de murs». Le projet a été présenté ainsi au groupement qui l’a construit. Du coup, rien n’est assez solide. Ni les cloisons, ni les fenêtres, ni les verrous.
Les incidents, selon le directeur, ne sont pas plus nombreux que dans les quartiers mineurs des maisons d’arrêt. 170 compte-rendu d’incident par mois tout de même, dont une quarantaine de procédure disciplinaires mensuelles. «Six ou sept» débouchent sur un placement en quartier disciplinaire. Pour les autres, travaux d’intérêt général, obligation de rédiger des lettres d’excuse, ou privation de télévision.
Une unité de prise en charge éducative intensive s’occupe des ados les plus difficiles. Ils sont à l’écart, avec un éducateur et un surveillant qui les suivent de plus près, pour les réintégrer ensuite. L’un des adolescents qui y est suivi souffre de troubles du comportement. «S’il y avait une structure intermédiaire médicalisée, sans doute en dépendrait-il», glisse le directeur. Mais il n’y en a pas, il se trouve en prison. Comme Julien, qui s’est suicidé le 2 février après avoir multiplié les comportements à haut risque (lire). «Ce n’est pas à moi de dire si cet établissement convenait pour lui, élude le directeur. Cela relève des magistrats.»
Selon les adolescents, il y avait beaucoup de bagarres au début. Cela se serait calmé. «Par rapport à la prison, y’a pas de racket, ajoute l’un d’eux.
On est surveillé et y’a rien a prendre, on a même pas le droit d’avoir nos vêtements.» Les marques étant interdites, l’établissement fournit baskets et survêtements banalisés. La PJJ
prêtait aussi des MP3 au départ, pour que tous les arrivants soient placés sur un pied d’égalité.
«L’EPM est un superbe outil, dit le directeur, mais tout le monde est arrivé avec un projet idéalisé. Et tout le monde a subi le choc, les
personnels comme les jeunes.» Le régime a évolué peu à peu, les jeunes détenus essuyant les plâtres. L’emploi du temps, surtout, a changé. Au départ, 60h hebdomadaires de cours, sport,
activité socio-culturelles. Une «sur-stimulation très anxiogène», selon le médecin responsable de l’unité de consultations et de soins ambulatoires. L’établissement est revenu à 28
heures par semaine. Mais il a suspendu en mars le hip-hop, les arts plastiques et le code de la route. Les EPM sont une priorité, mais la PJJ a vu ses
crédits éducatifs réduits de 30%...
Ol.B.



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