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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 12:44

Lettre d’Ivan et Bruno depuis les prisons de Fresnes et Villepinte.


Salut à tous les copains, à tous ceux qui ne sont pas résignés à la
situation que nous vivons : occupation policière des rues, des villes,
rafles, expulsions, arrestations, difficultés quotidiennes, dépossession
de nos vies ; cette situation qui nous pousse à céder une part
grandissante de nos vies aux chefs en tout genre, à ceux qui président à
nos destinées, au pouvoir. Si nous prenons le parti de la révolte, c’est
pour toutes ces raisons, pour retrouver le pouvoir sur nos vies, pour la
liberté de vivre.


Nous avons été arrêtés le 19 janvier. Nous sommes deux en prison, le
troisième est sous contrôle judiciaire (il passait par là et avait le tort
de nous connaître). Nous avions en notre possession un fumigène que nous
avions fait en mélangeant du chlorate de soude, du sucre et de la farine.
Enflammé, ce mélange produit un fort dégagement de fumée. Nous projetions
de l’utiliser à la fin de la manifestation qui allait ce jour-là devant le
centre de rétention de Vincennes. Notre idée : se rendre visible auprès
des sans-papiers enfermés, sachant que la police tenterait sûrement de
nous empêcher d’approcher du centre. Nous avions aussi des pétards pour
faire du bruit et des crèves-pneus (clous tordus) qui peuvent être
disposés sur la route pour empêcher les voitures de passer.


Pour la police et la justice, le prétexte est tout trouvé, nous avions les
éléments pour une bombe à clous. Voilà ce dont nous sommes accusés :


Transport et détention, en bande organisée, de substance ou produit
incendiaire ou explosif d’éléments composant un engin incendiaire ou
explosif pour préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux
personnes. Association de malfaiteurs en vue de commettre un crime de
destruction volontaire par l’effet d’un incendie, d’une substance
explosive ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les
personnes, commis en bande organisée.

Refus de se prêter aux prises d’empreintes digitales ou de photographies
lors d’une vérification d’identité. Refus de se soumettre au prélèvement
biologique destiné à l’identification de son empreinte génétique par
personne soupçonnée de crime ou délit.


Ça fait froid dans le dos. Voilà pour les faits, nous allons tenter d’y
apporter une réflexion.


Ce n’est évidemment pas au regard de ce que nous détenions ou de ce que
nous projetions de faire que nous avons été traités de la sorte. L’État
criminalise la révolte et tente d’étouffer toute dissidence «
non-autorisée ». Ce sont nos idées et notre façon de lutter qui sont
visées, en dehors des partis, des syndicats ou autres organisations. Face
à cette colère que l’État ne parvient ni à gérer ni à récupérer, il isole
et désigne l’ennemi intérieur. Les fichiers de police et des
renseignements généraux construisent des « profils-types ». La figure
utilisée dans notre cas est celle de « l’anarcho-autonome ». Le pouvoir
assimile cette figure à des terroristes, construisant une menace pour
créer un consensus auprès de sa population, renforcer son contrôle et
justifier la répression.


C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui en prison. C’est la solution
choisie par l’État pour la gestion des illégalismes, des « populations à
risque ». Aujourd’hui il faut enfermer plus pour plus longtemps. Les
contrôles, toujours plus efficaces, et les sanctions qui font peur
assurent à ceux qui détiennent ou profitent du pouvoir une société où
chaque individu reste à sa place, sait qu’il ne peut pas franchir les
lignes qu’on a tracé pour lui, qui l’entourent et le compriment, sans en
payer le prix. Si nous luttons aux côtés de sans-papiers, c’est que nous
savons que c’est la même police qui contrôle, le même patron qui exploite,
les mêmes murs qui enferment. En allant à la manifestation, nous voulions
crier en écho « Liberté » avec les prisonniers, montrer qu’on était
nombreux à entendre la révolte qu’ils ont menée pendant plusieurs mois.
Allumer un fumigène, tenter de s’approcher le plus possible des grilles de
la prison, crier « fermeture des centres de rétention », avec la
détermination de vouloir vivre libre. Cette lutte, dans laquelle on peut
se reconnaître, est un terrain de complicités à construire, un lieu
possible de l’expression de notre propre révolte.


Nous ne nous considérons pas comme des « victimes de la répression ». Il
n’y a pas de juste répression, de juste enfermement. Il y a la répression
et sa fonction de gestion, son rôle de maintien de l’ordre des choses : le
pouvoir des possédants face aux dépossédés.


Quand tout le monde marche en ligne, il est plus facile de frapper ceux
qui sortent du rang.


Nous espérons que nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir posséder
pleinement nos vies, à avoir cette rage au cœur pour construire et tisser
les solidarités qui feront les révoltes.

Bruno et Ivan, avril 2008


Un concert de solidarité avec les enfermés et les inculpés des luttes, contre la machine à expulser aura lieu le 26 avril 2008 à Paris avec: Pizco Mc (qui sera à Valence avec La K-bine le 20 juin) + Guests; Old timey messengers; Lena Circus; et invités.

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