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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 08:28

Le futur village Anti OTAN à Strasbourg
envoyé par StrasTv
On vous rappelle encore que le laboratoire organise un covoiturage  pour le 1 au 5 et  un bus pour la manifestation du 4 Avril
Le rôle de l’OTAN dans la militarisation 
des migrations


Ce texte éclaire divers aspects qui, dans la stratégie de l’OTAN,
restreignent la liberté de circulation des personnes et contribuent à
une militarisation des régimes des États frontières tout autour du
globe. L’auteur entend se démarquer de quelques notions utilisées dans
ce contexte et méprisantes pour l’Homme, telles que « flux migratoires
», « Youth Bulge » (poussée démographique de la jeunesse) et
« Surplus
Population » (population surnuméraire). Ces notions ne sont pas de
nature à décrire comme il convient les décisions individuelles,
les situations de détresse ou leurs conséquences – sauf à vouloir dominer
le monde et, pour ce faire, analyser les tendances démographiques à
l’échelle continentale comme le fait l’OTAN.
L’opération Active Endeavour

Juste après les attentats du 11 septembre 2001 et pour la première fois
dans son histoire, l’OTAN mettait en œuvre la clause de défense mutuelle
et du même coup se lançait effectivement dans une guerre contre un
ennemi invisible et abstrait, le terrorisme international. L’un des
aspects de cette guerre globale consiste pour l’OTAN à déployer sa
flotte méditerranéenne qui, depuis lors, patrouille en Méditerranée dans
le cadre de l’opération Active Endeavour pour surveiller la navigation
commerciale. Jusqu’en novembre 2007, 88 590 navires ont été contactés,
488 accompagnés et 125 contrôlés dans le cadre de cette mission. Une
vidéo de propagande de l’OTAN intitulée « Defence Against Terrorism »
illustre le déroulement de ces inspections : plusieurs navires de guerre
font mouvement vers l’objet ciblé – un pétrolier en l’occurrence –,
survolé par des hélicoptères embarquant des mitrailleuses et leurs
serveurs. Le navire est contacté par radio et interrogé sur sa
provenance, son chargement et sa destination. Ces indications sont
rapprochées des données de l’« intelligence network » de l’OTAN. Des
inspections sont effectuées en cas d’incohérences, mais aussi sur un
principe aléatoire. L’équipage doit se rassembler sur le pont, des
soldats de l’OTAN vêtus de gilets pare-balles embarquent sur des
pneumatiques et montent à bord du navire en pointant leurs armes. Ils
jettent un coup d’œil sur les journaux de bord et le chargement,
arpentent les couloirs et les salles du pétrolier. De tels contrôles en
mer ne sont admissibles qu’en état de guerre, effectivement proclamé
en Méditerranée lorsque l’OTAN a fait jouer le mécanisme de solidarité
militaire, aujourd'hui encore en vigueur. Officiellement, l’opération
Active Endeavour a pour but d’empêcher l’irruption de terroristes en
Europe, mais surtout d’armes et de substances de combat transitant par
la Méditerranée. En outre, ces contrôles comportent des recherches « non
spécifiques ». Les soldats cherchent à se faire une image du navire et
sont attentifs à tout ce qui est suspect. « Jusqu’ici, toutes les
inspections se sont avérées négatives », est-il dit dans le film, « en
d’autres termes, nous n’avons jamais découvert d’armes ou de matériel
suspect ». Sans qu’il faille toutefois sous-estimer l’effet préventif de
l’opération. Ce déploiement militaire en Méditerranée vise à intimider
les équipages des navires et à les contraindre à une obéissance
obséquieuse. Ce qui implique notamment d’inspecter le chargement avec
minutie, de se montrer intraitable envers les passagers clandestins et,
dans le doute, de ne pas secourir des réfugiés sur une embarcation en
perdition. En effet, le sauvetage de naufragés en Méditerranée a déjà
entraîné plusieurs plaintes contre les équipages des navires. Du moins
l’ambassadrice des États-Unis à Malte tente-t-elle d’accréditer
l’efficacité de la militarisation de la Méditerranée – l’une des plus
importantes frontières extérieures de l’UE et un espace séparant les
deux rives d’un des plus importants différentiels de richesse au monde –
comme faisant partie d’une stratégie de retranchement de l’UE à
l’encontre de migrants indésirables. L’opération Active Endeavour aurait
un « effet secondaire utile » : « Dans la partie occidentale de la
Méditerranée, là où a débuté la mission, les migrations clandestines ont
été réduites de 50 %. »[1] Il est toutefois douteux d’y voir la
principale raison d’être de l’opération, qu’il faut davantage rechercher
dans un objectif à long terme : maîtriser militairement les flux de
marchandises, d’informations et de personnes qui, aux yeux des stratèges
de l’OTAN, constituent essentiellement le monde globalisé qu’il s’agit
ainsi de dominer. Le terrorisme est actuellement le principal prétexte
avancé pour justifier cet objectif – en Méditerranée et ailleurs.
Une Afrique hérissée de frontières

De même, c’est largement par hasard que l’OTAN, qui avait initialement

choisi la Mauritanie pour effectuer ses premières manœuvres officielles

en Afrique en 2006 (Steadfast Jaguar), s’est rabattue sur les îles
Cap-Vert, d’où le nombre de réfugiés embarqués vers les Canaries avait
peu avant monté en flèche en raison précisément du verrouillage
progressif de la Méditerranée. L’intérêt de l’OTAN pour la côte
ouest-africaine est en premier lieu motivé par les ressources naturelles
qui s’y trouvent et par les terminaux des oléoducs du Nigéria et de la
République centrafricaine.[2] La côte du Nigéria en particulier est vue
comme un « point chaud » de la piraterie, et des escadres navales
internationales ont donc pour mission de mieux la contrôler pour
garantir un approvisionnement sûr et bon marché du Premier Monde en
pétrole du Tiers-Monde. Mais là encore, on risque d’interpréter trop
étroitement les intérêts de l’OTAN en ne pensant qu’au pétrole. Un an
plus tard, en juillet 2007, une partie de la flotte méditerranéenne de
l’OTAN a contourné toute l’Afrique pour « démontrer la capacité de
l’OTAN à garantir la sécurité et le droit international en haute mer.
»[3] La flotte a longé la côte ouest-africaine, affirmé visiblement sa
présence dans le delta du Niger puis filé vers l’Afrique du Sud pour un
exercice conjoint avec la marine de ce pays. Enfin, les navires de
guerre ont visité les Seychelles, et avant de regagner la Méditerranée
par le canal de Suez, ils ont effectué des manœuvres au large de la
Somalie – où d’ailleurs des bâtiments de l’OTAN croisent en permanence,
depuis 2001 là aussi, dans le cadre de l’opération Enduring Freedom.
Par ailleurs, dans le cadre de l’initiative « Africa Partnership Station
» lancée par la marine des Etats-Unis, des navires de guerre américains
font régulièrement escale dans des ports d’Afrique occidentale pour
effectuer des exercices conjoints ou dispenser des formations aux
garde-côte et aux marines respectives. Cette initiative vise à «
améliorer l’aptitude des nations participantes à étendre à la mer le
règne du droit et à mieux combattre la pêche illégale, la traite d’êtres
humains, le trafic de drogue, le vol de pétrole et la piraterie ».[4]
Bien que ces missions soient strictement américaines a priori, les
forces des États-Unis empruntent presque toujours les bases de l’OTAN en
Europe pour opérer en Afrique, nombre de bâtiments engagés y ont leur
port d’attache et font temporairement partie d’escadres de l’OTAN. L’UE
aussi est militairement active en Afrique occidentale et souhaite
élargir son engagement, jusqu’ici limité à la Guinée-Bissau. Elle motive
son action par le trafic de drogue qui partirait de cette région et par
le peu de fiabilité des forces de sécurité. En réformant les polices et
les armées des pays concernés, en installant sa propre technologie de
surveillance, elle aspire à mieux surveiller les ports et les
aéroports.[5] En effet, les carrefours internationaux qui ne sont pas
sujets à son propre contrôle sont perçus comme une menace en soi pour la
sécurité européenne.
Hormis l’endiguement des migrations, la lutte contre la drogue est un
autre but poursuivi par le projet espagnol Sea Horse Network. Il
consiste pour l’essentiel à transmettre aux organes de sécurité
intéressés des photographies de la côte ouest-africaine prises en temps
réel par des satellites européens, mais il comprend aussi des programmes
de formation des forces de sécurité engagées dans la gestion des
frontières.[6] Les États-Unis projettent dans presque tous les États
africains des programmes similaires placés sous le signe du
contre-terrorisme. La sécurisation des frontières en Afrique est
considérée comme l’instrument majeur de la guerre contre le terrorisme.
Serait-ce simplement parce qu’en soi les États dits « en échec » passent
pour être un repaire et une base de repli de terroristes, la plaque
tournante d’armes (de destruction massive), et parce que le contrôle de
ses propres frontières, du point de vue de l’Occident, est l’un des
attributs essentiels de l’étatité. Mais aussi parce des analyses
semblent avoir montré que des États très instables offraient certes des
possibilités de financement et de recrutement à des groupes terroristes
dont les réseaux doivent toutefois s’appuyer sur un minimum
d’infrastructure (et donc sur des États un peu plus stables) pour opérer
à l’échelle internationale. C’est pourquoi une grande importance est
également reconnue aux frontières intérieures africaines.[7] Quoi qu’il
en soit, les franchissements incontrôlés des frontières, ce qui est la
normale entre nombre de pays africains, sont perçus comme une menace.
Ils’agit donc d’y faire obstacle grâce à des programmes tels que la Pan
Sahel Initiative (PSI, rebaptisée par la suite Trans-Sahara Counter
Terrorism Initiative ­– TSCTI) dans le cadre de laquelle le Tchad, le
Niger, le Mali et la Maurétanie ont reçu des formations et des
équipements pour la protection des frontières.[8] Par là-même, les
États-Unis vont au-devant de l’Union européenne qui, dans les mêmes pays
et en particulier en Afrique du Nord, s’efforce de boucler les
frontières interafricaines pour les migrants potentiels vers l’UE. Les
initiatives américaines, tout d’abord dirigées de Stuttgart par le
Commandement européen de l’armée américaine (EUCOM),
le sont désormais par l’AfriCom (Centre de commandement militaire
des Etats-Unis pourl'Afrique), basé auprès de l’EUCOM et tout aussi
étroitement imbriquédans l’OTAN.
Une Eurasie hérissée de frontières
En tout état de cause, l’OTAN a fait sienne, dans le cadre de son
programme « Partnership for Peace » (PfP), l’argumentation esquissée
ci-dessus : « Les frontières sont une des premières lignes de défense
contre le terrorisme. »[9] Conçu en 1994 pour des candidats potentiels à
l’adhésion dans les Balkans et la Baltique, cet instrument sert pourtant
aujourd'hui à l’OTAN de levier d’influence jusque dans les profondeurs
de l’espace asiatique. Dans le cadre du PfP, l’OTAN pousse ses
partenaires – même les États qui ne pourront jamais en devenir membres
à remodeler leur secteur de sécurité et donc la protection de leurs
frontières conformément à ses propres vues, ainsi qu’à coopérer avec des
organisations internationales comme l’International Organization for
Migration (IOM) ou Interpol. Le module du PfP chargé de lutter contre le
terrorisme (PAP-T) prévoit l’échange d’informations entre services
secrets sur la criminalité et les transferts de fonds transnationaux,
ainsi que la formation et l’équipement des autorités nationales de
protection des frontières. L’École de l’OTAN d’Oberammergau ainsi que
les centres de formation du PfP en Grèce et en Turquie proposent des
cours sur la « sécurisation des frontières » qui, de manière explicite,
portent aussi sur les moyens de faire obstacle aux migrations «
clandestines ».[10] De même, le Centre européen George C. Marshall de
l’OTAN à Garmisch organisait par exemple, en avril 2007, une conférence
de cinq jours sur l’échange de best practices dans la protection des
frontières, avec la participation de représentants de 26 membres de
l’OTAN et États partenaires.[11] De plus, l’OTAN organise l’échange
d’informations sur les itinéraires migratoires, entre partenaires
réciproquement et avec des organisations internationales. Elle prend
ainsi une part directe dans l’aménagement du régime politique de pays
frontières tels que la Moldavie, mais aussi le Tadjikistan,
l’Ousbékistan et l’Azerbaïdjan. En Asie centrale, la « sécurisation des
frontières » est l’un des points forts de son action.[12] Interrogé sur
les futures missions de l’OTAN, Peter W. Singer de la Brookings
Institution répondit en mentionnant notamment l’expérience acquise par
l’Alliance en exportant la sécurisation des frontières dans les Balkans
et en Asie centrale. L’OTAN ne doit pas se restreindre aux fonctions
militaires classiques, mais au contraire assurer aussi davantage de «
nouvelles fonctions de sécurité ».[13]
En matière de gestion des frontières, l’OTAN a effectivement accumulé
dans les Balkans une expérience considérable, quoique pas toujours
glorieuse. Tous les États des Balkans (à l’exception du Kosovo) sont ou
ont été partenaires du programme PfP, ils ont conformé leur secteur de
sécurité, protection des frontières comprise, aux attentes de l’OTAN, ou
sont en train de le faire. Au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine, l’OTAN a
elle-même assuré dans l’intervalle la protection des frontières dans le
cadre de missions militaires d’occupation, puis a participé directement
à la mise sur pied d’unités de protection des frontières constituées de
personnels locaux. De concert avec l’UE et l’OSCE, elle a par ailleurs
engagé le processus d’Ohrid en 2003 pour mieux sécuriser les frontières,
améliorer la coopération entre les garde-frontière des États des Balkans
occidentaux et adapter leurs régimes de migration aux exigences de l’UE.
De même, l’OTAN est impliquée dans un durcissement et une militarisation
de la surveillance des frontières dans la région de la mer Noire qui,
selon les dires d’Ilkka Laitinen, le directeur de Frontex, est un des
points chauds des migrations clandestines et un futur champ d’action de
cette Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle
aux frontières extérieures des Etats membres de l'UE[14]. De même,
l’OTAN attache à cette région une énorme importance stratégique, non
seulement parce que sa propre zone d’influence confine ici à celle de la
Russie et que les exutoires de plusieurs oléoducs se situent en mer
Noire, mais aussi parce que l’OTAN considère la mer Noire comme une zone
par laquelle transitent sans contrôle des personnes, des armes et des
stupéfiants – en particulier à partir de l’Afghanistan. Raison pour
laquelle elle entendait étendre à cette région son engagement Active
Endeavour décrit ci-dessus, mais elle a échoué sur l’opposition de la
Russie et de la Turquie. Au lieu de cela, ces deux pays ont entamé leur
propre opération, Black Sea Harmony, sur le modèle de Active
Endeavour.[15] Auparavant, ils avaient aussi participé, du moins
passagèrement, à l’opération méditerranéenne de l’OTAN pour en étudier
les pratiques.
De concert avec le quartier général des États-Unis pour l’Eurasie et
l’UE, l’OTAN élabore en outre une stratégie la mettant à même
d’intervenir dans les coopérations de sécurité dans l’espace de la mer
Noire. Deux initiatives méritent une mention particulière : au sein de
la SECI (Southeast European Cooperation Initiative) basée à Bucarest, 24
fonctionnaires des douanes et des polices de tous les États balkaniques,
de Hongrie et de Moldavie travaillent ensemble sous la « conduite et
l’assistance » d’Interpol et de l’Organisation douanière mondiale. Cette
coopération s’est par exemple soldée en 2004 par l’arrestation de 500 «
passeurs ». Au siège du Black Sea Border Coordination and Information
Center (BBCIC) établi en Bulgarie, les garde-côte de six pays riverains
de la mer Noire échangent des informations presque quotidiennes. L’OTAN
escompte désormais renforcer ces deux centres situés sur le territoire
de deux de ses membres et inciter d’autres États riverains à adhérer par
les techniques évoluées de renseignement qu’elle pourrait leur fournir.
Les États-Unis envisagent, par le déploiement de drones et la
transmission de renseignements, de peser nota

Cordonnatrice de la Russie en mer Noire.[16]
Les migrations, traduction d’une politique sociale indigente
Que ce soit en Afghanistan, en Bosnie-Herzégovine ou au Kosovo : partout
où l’OTAN a procédé à des occupations militaires et participé à la
construction de nouveaux États, elle était avant tout guidée par des
aspects sécuritaires ou des intérêts stratégiques. Économiquement
parlant, ces États ont été édifiés sur une idéologie strictement
néolibérale. La mise en place de systèmes de prévention sociale a été
sciemment ignorée dans l’espoir d’attirer des investissements étrangers
directs, lesquels pourtant se souvent fait vainement attendre ou ont pu
rapatrier les bénéfices vers l’étranger dans une proportion de presque
100 %.[17] Dans le même temps, des milliards étaient investis dans la
mise sur pied de nouvelles polices, armées et unités de garde-frontière.
Conséquence, des catégories de population paupérisées et sans
perspective aucune sont d’autant plus vulnérables aux idéologies
révolutionnaires de tout type, contraintes de gagner leur pain dans le
secteur informel ou criminel, ce qui par ricochet requiert à long terme
une pacification militaire. Le Kosovo est sans doute l’exemple le plus
flagrant d’un État né des bombardements effectués par l’OTAN pour faire
prévaloir ses propres intérêts géopolitiques, mais ne pouvant survivre
économiquement, dont le taux de chômage des jeunes s’élève à 75 %
et letaux de pauvreté officiel à 40 % de la population.[18] La communauté
internationale a depuis longtemps abandonné l’espoir d’un développement

économique pouvant répondre à la forte croissance démographique.
Même latransformation du lignite en électricité – « unique potentiel
économique
» du Kosovo – ne pourrait générer dans des meilleures conditions qu’un
maximum de 20 à 30 000 emplois par an, alors que 36 000 jeunes sont
lâchés année après année sur le marché du travail. « Pression migratoire
», jusqu’ici contenue militairement, notamment par les mesures décrites
ci-dessus. Mais en 2007, l’Institut de politique européenne, s’appuyant
sur des informations des services secrets, mettait en garde contre des «
soulèvements de type révolutionnaire » provoqués dans les années à venir
par cette détresse économique. Dans les années passées, certaines voix
se sont donc élevées pour faire valoir des raisons de sécurité et
réclamer l’attribution facilitée de visas à de jeunes Kosovars qui
pourraient alors travailler à l’étranger et venir en aide à leurs
familles par l’envoi de devises. Toutefois, le Centrum für Angewandte
Politikforschung (CAP) mettait les choses au point : « Cela suppose
l’application effective d’accords de rapatriement du côté des États
occidentaux des Balkans ».[19]
Le péril démographique
La composition de la population a désormais fait son entrée dans les
analyses des risques et les stratégies de sécurité occidentales. Une
menace très sérieuse est vue dans le « Youth Bulge » [20], terme
désignant une proportion particulièrement forte de jeunes (hommes) dans
la population totale, survenant notamment quand l’espérance de vie
augmente grâce à l’amélioration des conditions d’hygiène ou des soins
médicaux, alors que le taux de natalité d’une société ne diminue pas en
proportion, ce qui est le cas de nombreux pays arabes. Si les politiques
n’ont pas la volonté ou la capacité – par exemple du fait d’une faible
conjoncture ou de programmes d’ajustement néolibéral – de développer les
infrastructures publiques en conséquence (jardins d’enfants, écoles,
construction de logements, équipements sociaux), il y a un risque
d’apparition d’une « Surplus Population » [21], d’une population
surnuméraire. « Demographic trends affect urbanisation, crime and
terrorism » – les évolutions démographiques ont une incidence sur
l’urbanisation, la criminalité et le terrorisme.[22] Raison pour
laquelle même des officiers de haut rang de l’OTAN, dans leur
proposition pour une nouvelle stratégie de l’OTAN, identifient la «
démographie » – « croissance et évolutions de la population autour de la
planète » – comme le premier de six « principal challenges », ou défis
fondamentaux posés à la « communauté globale ». Les risques ne sont pas
seulement liés à la croissance de la population dans le monde arabe et
en Afrique, mais aussi à la contraction et au vieillissement
démographiques de l’Europe ; « la Russie devra [en raison du recul
démographique] lutter davantage pour la maîtrise de ses immenses
territoires ».
La domination mondiale par voie d’interdiction
Globalement, les auteurs du projet stratégique de l’OTAN brossent un
sombre tableau d’une mondialisation qui a généré « une complexité
au-delà de la prévisibilité » et précisément des menaces de même nature.
« Être préparé à l’imprévisible sera l’un des défis majeurs des
prochaines années. » Et aucun pays n’est jugé capable de répondre seul à
ces défis. Il s’agit donc de faire de l’OTAN renouvelée une « Alliance
de démocraties » instaurant « une vaste zone commune de sécurité
collective entre la Finlande et l’Alaska », institution le mieux à même
de former le noyau d’une future « architecture de sécurité » globale.[23]
Cette prétention à dominer le monde s’exprime d’abord (et
traditionnellement) par l’activité de la marine de l’OTAN qui cherche à
contrôler durablement les principaux goulets d’étranglement du commerce
international en mer et dans un ensemble multinational.[24]
L’interdiction, « c.‑à‑d. le contrôle et l’interruption de
la circulation des personnes et des marchandises »[25] à grande échelle,
est la mission classique de la marine. Dans un univers globalisé et gros
de périls imprévisibles (catastrophes climatiques, épidémies, émeutes,
exodes ou grèves) et qui de surcroît a déclaré la guerre au terrorisme,
il ne suffit toutefois pas de contrôler les navires containers. Toute
protection d’usine et tout poste frontière fait alors partie de
l’architecture de sécurité. De l’avis de stratèges militaires,
l’interdiction est donc l’une des missions essentielles de futures
forces armées.
Pourtant, les armées de l’OTAN ne peuvent ni ne doivent surveiller
chaque poste frontière et chaque tronçon côtier (des forces « plus
civiles » convenant d’ailleurs mieux pour aborder des bateaux de pêche,
des navettes et des touristes) ; mais il leur faut veiller à ce que les
contrôles aient effectivement lieu et en influencer les modalités.
Ainsi, l’OTAN affiche sa présence au large de l’Afrique occidentale,
tandis que les États-Unis et l’UE y forment des gendarmeries. C’est
pourquoi l’OTAN appuie des coopérations locales telles que la SECI et le
BBCIC, conseille des fonctionnaires des douanes d’Asie centrale et
d’Europe occidentale, contrôle des tankers en Méditerranée. En
parallèle, Frontex coordonne l’action de ses membres, des ministères de
la Défense, services secrets et garde-côte respectifs. Afin qu’aucun
cotre de pêche ne se risque plus à la traversée et qu’aucun pneumatique
ne débarque subrepticement en Europe.
Remarques:
[1] A Potential for growth, Vanessa Macdonald dans une interview de
Molly Bordonaro, ambassadrice des États-Unis à Malte,
http://malta.usembassy.gov/

[2] Martin Pabst : External Interests in West Africa in : Brigadier
Walter Feichtinger, Gerald Hainzl : Sorting Out the Mass - Wars,
Conflicts, and Conflict Management, Études et Rapports sur la politique
de sécurité par l’Académie autrichienne de Défense nationale, 1999.
[3] NATO naval force sets sail for Africa, NATO-News du 30 juillet 2007.
[4] http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Partnership_Station (13 janvier2009).
[5] Christoph Marischka : Was kostet Guinea-Bissau? (Que coûte la
Guinée-Bissau ?), Telepolis du 13 juin 2008, et : EU plant weiteres
Engagement in Westafrika (L’UE prévoit d’élargir son engagement en
Afrique occidentale), kritische Online-AG Neue Kriege du 14 novembre 2008.
[6] Indra will deploy a communications channel for information exchange
regarding illegal inmigration and drug trafficking, communiqué de presse
de l’entreprise Indra Sistemas S.A. du 9 mai 2008.
[7] Jessica R. Piombo : Terrorism and U.S. Counter-Terrorism Programs in
Africa - An Overview, in : Strategic Insights, volume VI, 1ère édition
(janvier 2007).
[8] Ibid. Concernant les programmes et les coopérations menés par les
États-Unis dans presque tous les pays de la Terre pour lutter contre les
stupéfiants, le document suivant en donne un précieux aperçu : US
Department of State: International Narcotics Control Strategy Report
2008, http://www.state.gov/documents/organization/102583.pdf
[9] The Partnership Action Plan against Terrorism - How does cooperation
work in practice? Nato-Topics du 30 janvier 2008.
[10] Ibid.
[11] Marshall Center border security conference focuses on best
practices, communiqué de presse du George C. Marshall European Center
for Security Studies d’avril 2008.

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