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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 13:20


Vous pouvez contacter à cette adresse la CNT-ait_valence@no-log.org




Quels sont les véritables enjeux
?

Depuis quelques mois, les syndicats patronaux du secteur social repassent
à l’attaque sur la réforme de la convention collective de 1966. Notons que
cette volonté patronale ne correspond à aucune demande (officielle du
moins) des pouvoirs publics, qui sont pourtant les financeurs et
décideurs. Une telle initiative pourrait surprendre. En réalité, cela
prouve simplement la proximité idéologique entre les patrons (fussent-ils
du secteur social) et les décideurs politiques. En effet, la logique
globale de la proposition patronale est en parfaite cohérence avec
l’évolution du travail social, elle même en lien direct avec l’évolution
économique et sociale du capitalisme. Deux grands axes émergent du projet
patronal :

D’une part, réduire le coût global de l’action sociale, par la réduction
du coût de la masse salariale (diminution du poids de l’ancienneté dans
l’évolution des salaires, économie sur les primes de départ à la retraite,
de licenciement, ...). Par ailleurs, cette logique est déjà à l’œuvre par
la tendance aux fusions ou absorptions entre associations du secteur,
permettant ainsi des économies d’échelles. Ce phénomène de concentration
prouve, au besoin, que si le secteur social ne crée pas de plus-value, il
est tout de même géré selon les normes capitalistes : la dégradation des
conditions de travail pour réduire les coûts de fonctionnement. Dans la
même veine, la flexibilité comme mode de gestion de la main-d’œuvre fait
partie des propositions patronales. D’autre part, on observe dans la
proposition la fin du cadre national des salaires. En effet, il est
proposé de favoriser les accords d’entreprises, et surtout, d’instaurer
une part variable du salaire : une part collective, liée au résultat en
rapport aux plans pluriannuels d’objectifs, ainsi qu’une part variable
individuelle, en fonction des résultats du salarié. Il ne s’agit ni plus
ni moins que de l’instauration du salaire au mérite. Quel est le mérite en
cause ? C’est là le nœud du problème. On sait que les financements par les
pouvoirs publics sont de plus en plus soumis à la réalisation d’objectifs
précis ; et que ces objectifs sont souvent soit irréalisables, soit
carrément contraire à toute éthique. En matière d’insertion, alors que le
système capitaliste produit un fort taux de chômage structurel et instaure
la précarité comme mode général du salariat, on exige du travailleur
social qu’il fasse comprendre aux "exclus" qu’ils sont seuls responsables
de leur situation. Il ne s’agit donc pas tant d’aider les gens à améliorer
une situation difficile que de les dresser à endosser la responsabilité de
leur misère, et accepter des emplois précaires dans des conditions
indignes. En matière de prévention de la délinquance, quels objectifs
seront valorisés ? Le fait de favoriser la répression des jeunes dits
"délinquants", souvent paumés au sein d’une société morbide et sans avenir
enthousiasmant, en pratiquant la délation auprès des pouvoirs publics ?
Leur proposer comme seule perspective d’accepter ces mêmes emplois
précaires, sous-payés, indignes ? Leur apprendre à courber l’échine ?
"Cette année, tu as remis tant de personnes sur les rails de
l’exploitation salariale, tu as bien travaillé, voilà ta prime." Cela
pourrait devenir notre lot commun. On le voit bien, le principal enjeu de
la part variable du salaire proposée par le patronat du social est de
favoriser la docilité des travailleurs sociaux, de les rendre complices
des nouvelles modalités de gestion du bétail humain : traitement du
chômage (ou plutôt des chômeurs), traitement de la délinquance (ou plutôt
des jeunes en galère)...

Il est flagrant que le projet de réforme patronal de la Convention
Collective Nationale 66 fait partie d’un tout cohérent, en lien avec
l’évolution du capitalisme. La situation devient de plus en plus difficile
pour de plus en plus de monde. Nos dirigeants (patrons et politiques)
multiplient les injonctions à travailler plus, à se serrer la ceinture, à
être obéissant. Ce qui ne manque pas de susciter une colère grandissante
parmi les exploités et les opprimés ; du coup, l’appareil répressif et
coercitif se renforce afin de maintenir l’ordre. On voit bien le rôle que
les décideurs veulent faire jouer aux travailleurs sociaux dans ce
sinistre spectacle : celui d’agents au service de l’idéologie dominante,
œuvrant au formatage de la population et à la délation des déviants
potentiels (c’est-à-dire toutes les classes populaires, dans la droite
ligne de l’adage "classe laborieuse = classe dangereuse").

Aujourd’hui, nombreux sont les travailleurs sociaux qui ne comprennent
plus le sens du travail qu’on leur fait faire, beaucoup d’entre-eux vivent
dans un état de mal-être permanent ; la tendance à analyser cette
situation comme étant strictement personnelle est fréquente. C’est
pourquoi il importe d’analyser le rôle du travail social dans la société
capitaliste, afin de donner un sens politique au malaise vécu. Passer du
mal-être individuel subi à la volonté revendicative et collective, à la
lutte politique, voilà l’enjeu. Il apparaît que l’éthique basée sur le
respect et la dignité des personnes, l’accompagnement à l’autonomie et à
l’épanouissement (qui reste, malgré tout, partagée par bon nombre
d’entre-nous), entre généralement en contradiction avec les injonctions
inhérentes au système capitaliste, fondé sur l’exploitation, l’oppression,
la marchandisation généralisée, la réification des êtres vivants... C’est
une évidence que nous subissons au quotidien, ainsi des amis ont pour
slogans : "Un travailleur social qui ne lutte pas est un capitaliste qui a
mauvaise conscience !". A méditer !

Travailleurs sociaux comme "usagers", nous avons tous intérêt à nous
opposer farouchement à un tel projet et à la logique qui l’inspire. Pour
ce faire, il nous faut créer des espaces de discussion et d’organisation.
Discussion, car ce n’est là qu’une attaque parmi d’autres, et il importe
de saisir collectivement la logique globale du processus en cours afin que
notre combat ait un sens et se poursuive sur la durée ; et organisation,
en dépassant les barrières existantes (travailleurs en formation,
travailleurs en poste," usagers", ...), car seul un mouvement puissant,
rompant avec l’isolement, sera à même de faire reculer un patronat
méprisant et arrogant.

Le combat qui s’engage sur la réforme de la convention collective 66 se
doit donc, pour avoir un sens réel, de dépasser la simple revendication du
sauvetage de cette convention, pour devenir une lutte générale contre
l’oppression, pour l’émancipation de tous. Dépasser également les
corporatismes dans lesquels les luttes sont trop souvent enfermées,
l’action sociale n’étant qu’une partie d’un tout - la société capitaliste
- qui nous impose des conditions d’existences toujours plus
insupportables. La lutte doit être globale, fédérons les Assemblées
Générales de travailleurs en lutte !

Quelle société voulons-nous ? Là est la question !

Contre l’Etat et le Capital : organisons la riposte !

R. de la CNT-AIT Caen.


Forum : http://cnt.ait.caen.free.fr/forum


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