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Le laboratoire Anarchiste
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extrait du journal le monde
Dans l'enceinte de la caserne, 500 ouvriers travaillent jour et nuit depuis trois semaines. Le chantier est parcouru d'hommes casqués transportant des kilomètres de câbles, de tuyaux. Ici, un ouvrier redonne un coup de peinture sur un mur après qu'un monte-charge l'a un peu éraflé. Ailleurs, un jardinier déroule des mètres carrés de pelouse. On repeint en vert le trottoir devant la caserne. On plante des arbres. On taille les mauvaises herbes le long de la route. Barack Obama aura son terrain de basket ; Nicolas Sarkozy, son parcours de jogging. La piscine couverte, en revanche, est inaccessible : un plancher a été posé sur le bassin pour abriter le centre de presse. Idem pour les tennis et le terrain de foot. La salle plénière ? L'ancien gymnase. Coût du réaménagement : 50 millions d'euros.
Accueillant en temps normal 2 500 élèves, l'école de la Guardia di finanza pourra abriter un peu plus de 1 000 personnes : les chefs d'Etat et leur délégation, limitée à 25 personnes par pays et par institution. Les collaborateurs en surnombre - 500 rien que pour Barack Obama - dormiront dans les hôtels de la côte adriatique ou à Rome. Le reste de ces locataires provisoires se compose des officiers de sécurité, des cuisiniers, des femmes de ménage. Les chambres ont été réaménagées. Lits, bureaux, chevets, fauteuils sont griffés "made in Italy". Une fois le G8 terminé, ils sont destinés à meubler quelques-unes des centaines de maisons en cours de construction dans les faubourgs de L'Aquila...
C'est le mot d'ordre officiel : tout faire pour que la ville et ses alentours profitent de ce rendez-vous. Séduisent. Emeuvent au point de provoquer chez certains un réflexe de solidarité économique. Les dons sont bienvenus pour remettre en état quelques-uns des chefs-d'oeuvre détruits de la ville. Pour se rendre compte des dégâts, les chefs d'Etat n'auront que 3 kilomètres à parcourir afin d'accéder au centre-ville ou quelques mètres à faire pour visiter un atelier de restauration installé dans un bâtiment à l'arrière de celui où se tiendront les réunions plénières.
Mais, pour certains des 50 000 réfugiés qui vivent dans les tentes bleues de la protection civile depuis plus de deux mois, l'argent dépensé et le temps consacré à l'organisation du G8 sont autant de ressources dont ils ne disposeront pas. Le sommet ? Une opération de communication géante pour dire au monde que le séisme sera vite un mauvais souvenir. Un aéroport agrandi ? Il y en a déjà trois dans un rayon de 80 kilomètres, disent-ils. A une route luisante d'asphalte fraîchement posé où circuleront les voitures officielles, ils opposent les centaines de maisons réduites à un tas de pierres. Les organisateurs insistent, au point de paraître suspects : "Le G8 ne met pas entre parenthèses le travail effectué pour la renaissance de la ville. Ce sont deux choses totalement séparées."