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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 11:22

Intervention G Freche
envoyé par Paxou. -

Le conseil régional du Languedoc-Roussillon, présidé par l'ancien socialiste
et *très pro-israélien*
Frêche, doit investir dans les infrastructures permettant à Agrexco
d'installer d'ici septembre 2010 un hangar frigorifique de 20 000 mètres
carrés dans le port de Sète. Agrexco pourrait y traiter 200 000 tonnes de
fruits et légumes d'importation. Dans un entretien accordé à Midi-Libre le 5
mai, George Frêche déclarait ainsi vouloir faire d'« Israël un nouvel allié
commercial pour la région ». Agrexco, installée dans le port de Marseille
depuis trente-cinq ans, à quitté la cité phocéenne début 2009.

Ce projet s'inscrit plus largement dans le cadre du développement du port de
Sète, deuxième port commercial français sur la Méditerranée en terme de
tonnage, après Marseille. Pour George Frêche, il s'agit d'en faire « l'un
des grands ports de la Méditerranée entre Gênes et Barcelone ». Au total, ce
sont 200 millions d'euros que la Région accordera à cet investissement sur
dix ans, en partenariat avec plusieurs sociétés privées qui y consacreront
110 millions d'euros. Le groupe italien GF Group doit diriger la réalisation
du nouveau terminal fruitier, pour lequel la Région investira 25 millions
d'euros.
L'opposition s'organise

85 organisations contestent ce projet. Parmi les signataires de l'*appel de
la Coordination internationale contre l'implantation
Elles dénoncent toutes le rôle d'Agrexco dans le processus de colonisation
des territoires palestiniens, l'exploitation illégale des ressources de la
vallée du Jourdain, et l'exportation sous l'étiquette « produit d'Israël »
de produits cultivés dans les colonies. La Campagne civile internationale
pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP) a réalisé une vidéo sur la
mobilisation du 25 juin dernier : *(Voir la vidéo)*


Au principal argument avancé par la Région, la création de 200 emplois,
Vincent Mazureck, membre du NPA et de la coalition, rétorque :

« La question de l'emploi est très importante, ce qui fait que le personnel
du port est favorable à l'implantation d'Agrexco. Nous ne sommes pas contre
le développement du port. Mais nous voulons que cela se fasse avec des
sociétés propres. Il suffit de trouver un autre client. »

Dans une lettre à George Frêche le 21 mai 2009, l'Association
France-Palestine Solidarité (AFPS) écrit :

« S'il est légitime que, président de la région Languedoc-Roussillon, vous
vous attachiez à agir pour le développement économique de votre région et
favorisiez la création d'emplois en cette période de crise, cela ne saurait
se faire au prix de la violation du droit international ni des textes qui
régissent les accords entre l'UE et Israël, en particulier ceux qui ont
trait au respect des droits de l'homme (art. 2, 76 et 79) et à la règle
d'origine qui proscrit les produits des colonies. »

Dans *un courrier très
court*

« Je n'ai pas l'habitude de mêler la politique et l'économie (…)
Vous mélangez tout. Je n'ai pas à vous répondre. »

*Une entreprise impliquée dans le processus de colonisation*

Pourtant, il ne s'agit pas seulement de politique, mais de droit
international. Agrexco est l'office national des exportations de produits
frais d'Israël. La société appartient à 50% à l'Etat israélien et à 50% à
des entreprises agricoles. Ses produits frais sont exportés dans l'ensemble
de l'Europe sous diverses marques : Carmel Ecofresh, Carmel Biotop (produits
bios), Jordan River, Jaffa, Alesia et Coral.

Lors d'un procès en Grande-Bretagne en 2006, dans lequel était impliqué
Agrexco, le directeur général d'Agrexco Royaume-Uni, Amos Orr, avait dû
reconnaitre devant le tribunal que l'entreprise exportait entre 60 et 70%
des productions cultivées dans les colonies illégales installées dans les
territoires occupés. La partie adverse avait notamment plaidé le non-respect
de la quatrième Convention de Genève.

[image: Des serres agricoles dans la vallée du Jourdain (Jean-Paul
Nunez/153e mission CCIPPP).]

Cette politique de colonisation agricole prend particulièrement corps dans
la vallée du Jourdain *(voir la photo ci-dessus)*, une des zones les plus
fertiles du Proche-Orient, transformée en véritable *« no man's land »
palestinien* <http://www.rfi.fr/actufr/articles/075/article_42181.asp>.

Plusieurs dizaines de colonies agricoles ont été installées dans cette
région depuis 2005. Les colons y contrôlent 95% de la terre et 98% de l'eau
(l'Autorité palestinienne contrôle 45 des 2 400 kilomètres carrés de
territoire). Depuis l'ordre militaire pris en 2005, les Palestiniens de
Cisjordanie n'ont plus le droit d'y accéder sans autorisation spéciale. Des
barrières électrifiées ont par ailleurs été installées à l'abord des sources
d'eau.

Premier point de contestation : Agrexco est l'une des principales
entreprises à exploiter les ressources agricoles de ces colonies, qui sont
illégales au regard du droit international. Si les Palestiniens veulent
vendre leurs propres cultures, ils doivent passer par de nombreux
checkpoints, dont celui de Tayasir. Le transport peut ainsi prendre de
nombreuses heures, rendant les produits frais pratiquement invendables. Le
seul moyen de subsister est soit de vendre la production à des entreprises
israéliennes comme Agrexco, soit de travailler directement pour elles. Les
produits vendus par Agrexco sont alors présents en quelques heures sur les
marchés européens.

La main-d'œuvre palestinienne est payée en moyenne 40 à 50 shekel (soit 7 à
9 euros) par journée de travail, sans contrat, et est logée dans des abris
en plastique. Dans cette vidéo britannique, des paysans témoignent : *(Voir
la vidéo)*


[image: Dans une usine d'emballage Agrexco, vallée du Jourdain (Jean-Paul
Nunez/153e mission CCIPPP).]

Deuxième problème : Agrexco exporte les produits des colonies sous le label
« produit d'Israël », seconde entorse au droit international et aux accords
UE-Israël. L'entreprise possède notamment des usines d'emballage dans les
colonies de Mekhora, Mehola, Argaman, Ro'I, Hamra, Gaddid et Bet Ha Arava,
dans la vallée du Jourdain. Des étiquettes israélienne y sont apposées sur
les produits palestiniens, afin notamment de bénéficier de termes
commerciaux préférentiels.

Les accords d'association de libre échange Union Européenne-Israël (fondé
sur « le respect partagé des valeurs démocratiques et des droits de
l'Homme »), prévoient que seuls les produits israéliens élaborés dans les
frontières de l'état d'Israël d'avant 1967 puissent bénéficier exemptions de
droits de douanes.

Cette politique agricole fait partie intégrante du processus de
colonisation.
Mission d'enquête en Palestine

Quatre représentants d'organisations membres de la coalition sont partis en
Palestine du 17 au 26 juillet 2009, afin d'observer la situation sur place
et de collecter des témoignages dans le cadre de la 153e mission CCIPPP :
Jean-Paul Nunez de la Cimade, Vincent Mazureck du NPA, José-Louis Moragues
de la CCIPPP, et Ennasri Nabil du Collectif des musulmans de France, qui a
été refoulé à l'aéroport de Tel Aviv.

La mission s'est rendue dans des exploitations de la vallée du Jourdain,
ainsi que dans des usines d'emballage d'Agrexco, afin de prendre photos et
vidéos.

[image: Une usine d'emballage Agrexco dans la vallée du Jourdain (Jean-Paul
Nunez/153e mission CCIPPP).]

Il s'agissait pour eux de recueillir suffisamment d'éléments, qui pourraient
servir lors d'une éventuelle action en justice, comme l'explique Jean-Paul
Nunez :

« Nous avons maintenant les preuves de ce que nous affirmons. Nous allons
donc nous appuyer sur ce qui a été fait au Royaume-Uni. Nous avons deux
possibilités : saisir la Cour de justice des communautés européennes car
cela pose un problème juridique que d'accepter des produits qui viennent des
territoires occupés. Ou attaquer en droit interne français, en saisissant le
tribunal de grande instance de Montpellier. Mais la question se pose alors
de savoir qui attaquer : GF Group ? Le Languedoc-Roussillon ? L'Etat ? Car
ils sont responsables de laisser faire ce type de commerce. »

Pour la Région, contactée par Rue89, le « Languedoc-Roussillon à toujours
agi en respectant le droit international et continuera de le faire. Ce droit
international est et sera toujours appliqué à Sète. Les douanes sont
chargées de vérifier ce qui descend des navires. »

vallée du Jourdain, no man’s land palestinien


Le nouvel ordre militaire israélien limitant l'accès des Palestiniens à la vallée du Jourdain bouleverse le système économique de la région.(Photo : AFP)


La mission s'est par ailleurs entretetenue avec le ministre de l'Agriculture
de l'Autorité palestinienne, Ismail Daiq. Celui-ci s'est adressé aux
pouvoirs publics français :

« Je tiens à dire que toute production en provenance des colonies via des
sociétés israéliennes, comme Agrexco ou autres, encourage les colons à
poursuivre les violations des droits humains, les agressions, les
assassinats et les destructions. Tout soutien à ces gens est un soutien
apporté à la violation des droits des palestiniens. »

Le produit des témoignages vidéos recueillis doit être publié à la rentrée,
le temps de monter et de traduire les six heures trente d'images. Les
membres de la mission espèrent également transformer leur mobilisation en
combat européen et inscrivent d'ailleurs cette action dans le cadre de
la *campagne
internationale BDS* <http://campagneboycott.blogspot.com/> (Boycott,
Désinvestissement, Sanctions). Comme l'explique Vincent Mazureck :

« Ce n'est pas un combat local. Si Agrexco est rejeté de Sète et s'installe
à Barcelone, cela sera la même chose. »
appel de la coordination:
<http://www.confederationpaysanne.fr/images/imagesFCK/file/2009/mobilisations/agrexco/
appel_agrexcoalition2.pdf>,
de


Une nouvelle mobilisation est prévue pour
le 10 octobre.

 



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