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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 11:38

note:

Une mission civile italienne de retours du Liban annonce malheureusement que les buts de guerre que les gouvernementaux s'étaient fixés sont en train de se réaliser au Liban . En effet des groupes para militaires phalangistes ont attaqué des vilages dans le sud. Si ces nouvelles se confirment
  la résistance du peuple libanais sera  vaincue

QUI EST GEORGES IBRAHIM ABDALLAH ?

Georges Ibrahim Abdallah est né à Kobayath – Akkar, dans le Nord du Liban, le 2 avril 1951. Il a suivi ses études à l'Ecole Nornale à Achrafieh, et en est sorti diplômé en 1970.
Il commença son engagement politique dans les rangs du Parti National Social Syrien (PNSS) pour adhérer ensuite à la résistance palestinienne, au Front Populaire de la Libération de la Palestine (FPLP). Il fut blessé lors de la résistance à l'invasion israélienne du sud Liban en 1978.

Le 6 juin 1982, après des mois d’agressions en tout genre (bombardements aériens et navals, raids héliportés, attaques menées par l’intermédiaire de supplétifs mercenaires comme l’Armée du Liban Sud), l’armée israélienne envahit le Liban. Le bilan de l’opération "Paix pour la Galilée" est éloquent : 25.000 morts, 45.000 blessés, Beyrouth dévasté par des semaines de siège et de bombardements, des centaines de civils palestiniens et libanais froidement assassinés par les milices fascistes libanaises (les Phalangistes) aux ordres d’Israël à Sabra et Chatila, des centaines de militants arabes capturés et "disparus" dans les camps d’Ansar et de Khiam.

Cette invasion fut perpétrée avec la complicité générale des puissances occidentales. En réaction, des combattants libanais et arabes allèrent porter la guerre contre le sionisme et l’impérialisme dans le monde entier en frappant les intérêts impérialistes et sionistes. Ce fut le cas des Fraction Armées Révolutionnaires Libanaises qui entrèrent en action en Europe, et dont les principales actions, extrêmement ciblées et précises, furent la tentative d'attentat contre Christian Edison Chapman, le responsable en second à l'ambassade américaine en France (12 novembre 1981) ; l’exécution du colonel Charles Ray, l'attaché militaire à l'ambassade américaine en France (18 janvier 1982) ; l’exécution de Yakov Barsimantov, le secrétaire en second à l'ambassade israélienne en France et, surtout, responsable du Mossad en France (3 avril 1982) ; la tentative d’attentat contre Rodrigue Grant, l'attaché commercial à l'ambassade américaine en France, qui se solda par la mort de deux artificiers de la police française qui tentaient de désamorcer la bombe placée sous la voiture du diplomate (22 août 1982) ; la tentative d’attentat de Robert Onan Home, le Consul Général des Etats-Unis à Strasbourg, qui échappa de peu aux balles tirées contre lui le 26 mars 1984.

Les autorités françaises arrêtèrent Georges Ibrahim Abdallah le 24 octobre 1984, après qu'un groupe du Mossad et quelques-uns de ses agents libanais l'eurent suivi à Lyon. L’incarcération n’était motivée que par la détention de vrais-faux papiers d'identité : un passeport délivré légalement (avec une identité fictive) par les autorités algériennes. Dans le journal-mémoire qu’il a fait éditer, Jacques Attali, le conseiller du président français François Mitterand, écrivait : « Mercredi 6 mars 1985… il n'est inculpé que de faux et usage de faux. Il dispose d'un "vrai-faux" passeport algérien. » (1)

Les autorités françaises avaient promis au gouvernement algérien la mise en liberté de Georges Ibrahim Abdallah. Dans ce but, elles avaient envoyé le chef du département des services secrets français (DST) en Algérie pour en informer le gouvernement algérien. Attali : « Jeudi 28 mars 1985. Ive Bonnet, patron de la DST, envoyé à Alger, explique qu'Abdallah, arrêté à Lyon, sera libéré pendant l'été en raison des faibles charges qui pèsent contre lui. Les Algériens lui répondent que le Français enlevé au Liban, Pyrroles (2), sera relâché si Abdallah l'est aussi. On obtient que celui-là précède celui-ci. » (3). Jacques Attali toujours : « lundi 24 mars 1986. Réunion chez le Président [Mitterrand] avec Ulrich (représentant Jacques Chirac), Giraud, Raimond, le général Forey et Jean-Louis Bianco. Le Président : "… la DST avait été autorisée à dire aux Algériens (qui servaient d'intermédiaires) que la libération d'Ibrahim Abdallah était envisageable dans le cadre de la loi française. La DST a sans doute dit aux Algériens : on va le libérer tout de suite…" » (4)

Mais les autorités françaises ne respectèrent pas cet engagement. Georges Ibrahim Abdallah fut traduit devant le tribunal le 10 juillet 1986 pour détention d'armes et d'explosifs ; une sentence de quatre années d'incarcération fut prononcée. Il refusa le procès mais n'objecta pas. Les Français manquaient à leur promesse.
Les autorités françaises étaient alors soumises à une pression directe des États-Unis. Le président américain Reagan lui-même aborda le sujet du procès de Georges Ibrahim Abdallah lors d'une rencontre avec le président français Mitterrand. De nombreuses immixtions américaines s'étaient exercées pour pousser les autorités françaises à ne pas relâcher Georges Ibrahim Abdallah. Les États-Unis s’étaient constitués partie civile dans le procès. Les pressions sionistes ne manquaient pas non plus.
Attali : « vendredi 27 juin 1986. A l'ambassade de France à La Hayes, petit déjeuner traditionnel entre François Mitterrand et Helmut Kohl… François Mitterrand : " … Le conseiller pour la Sécurité de Ronald Reagan, John Pointdexter, nous télégraphie pour nous mettre en garde contre une éventuelle libération d 'Ibrahim Abdallah avant son procès et avant que les autorités américaines n'aient toutes les preuves relatives aux charges contre lui. Son gouvernement, rappelle-t-il, s'est porté partie civile dans ce procès, et le Président américain y voit une occasion de démontrer la capacité et la volonté des sociétés démocratiques de faire pleinement justice contre ceux qui sont accusés de commettre des actes de terrorisme. Pourquoi nous écrit-on cela? Nous ne savons rien de ce dont il retourne. Les Américains sont-ils au courant des tractations engagées à ce sujet par le gouvernement à l'insu de l'Elysée? (5)(6).

A ce moment, la France était sous l'effet d'une série d'attentats aveugles que Paris vit entre 1986 et 1987, et qui avaient fait de nombreuses victimes françaises innocentes (13 morts et plus de 300 blessés). Ces attentats étaient revendiqués par le CSPPA (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes) qui exigeait la libération de Georges Ibrahim Abdallah, du Libanais lié aux services secrets iraniens Anis Naccache et de Varoudjian Garbidjian, un militant de l’Armée Secrète Arménienne pour la Libération de l’Arménie (ASALA). En fait, ces attentats étaient commis par un réseau proche de l’Iran, dirigé par le Tunisien Fouad Ali Salah, qui entendait faire payer à la France son soutien à l'Irak dans la guerre contre l'Iran.

Il est apparu par la suite que les services français savaient (sans en avoir identifier précisément les auteurs) de quel côté venaient ces attentats massacres. Mais à ce moment, les autorités françaises négociaient et débattaient avec les commanditaires du CSPPA (négociations secrètes qui d’ailleurs aboutirent et virent la libération des agents iraniens détenus en France). Pour couvrir ces négociations secrètes et rassurer l’opinion publique française (en la désinformant), les services secrets français accusèrent les frères de Georges Ibrahim Abdallah de ces attentats.

Les autorités françaises offrirent des sommes d'argent pour tout renseignement concernant les frères Abdallah. Elles diffusèrent les noms des frères dans le monde entier pour qu’ils soient poursuivis, et firent afficher leurs photos dans tous les postes frontières et dans les lieux publics en France. Les frères Abdallah nièrent immédiatement ces accusations calomnieuses à travers des conférences de presse. Les "informations" sur lesquelles les services secrets français prétendaient s’appuyer provenaient des rapports du Mossad et de ceux de l'avocat de Georges Ibrahim Abdallah, Jean-Paul Mazurier, qui était devenu toxicomane et que les services secrets utilisaient comme informateur et comme agent. Cet avocat inventait les preuves sur ordre des services secrets. Le syndicat des avocats le chassera plus tard de ses rangs, lorsque cette affaire fut rendue publique (7).

C’est à ce moment que les services secrets français annoncèrent la découverte d'une arme dans un appartement loué au nom de Georges Ibrahim Abdallah, et prétendirent que cette arme avait été utilisée dans l'attentat contre le colonel Charles Ray et l’a gent Yakov Barsimantov.

Le premier mars 1987, les autorités françaises jugèrent une deuxième fois Georges Ibrahim Abdallah sur base de cette "découverte" miraculeuse. Il fut accusé de conspiration dans des actes terroristes (d'avoir fondé les Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises et d'en avoir planifier les opérations). Un verdict de condamnation à perpétuité fut prononcé. Pour ce procès, les autorités françaises avait constitué une tribunal spécial antiterroriste pouvant prononcer ses verdicts sur base des données fournies par les services secrets, sans avoir recours aux preuves juridiques ou aux témoins, contrairement aux codes de procédure. Absolument personne ne s'était présenté en témoignage de l'implication de Georges Abdallah dans tout ce qu'on lui attribuait comme charges.

La condamnation à perpétuité de Georges Abdallah et l'accusation lancée contre ses frères servirent à désinformer le peuple français sous le choc des attentats-massacres du CSPPA, à satisfaire les Américains et les sionistes, et à faire apparaître la France comme un pays pouvant combattre le terrorisme.

En prison, comme en témoignent les textes que nous publions dans cette brochure, Georges Ibrahim Abdallah a continué a défendre la cause des peuples. C’est ainsi qu’il a adhéré à la Plate-forme du 19 juin 1999 qui a réuni dans une communauté de lutte une centaine de prisonniers révolutionnaires, communistes, anarchistes, antifascistes et anti-impérialistes, et qu’il a participé aux grèves de la faim de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires en Turquie. En août 2002, en solidarité avec les prisonnières palestiniennes détenues à Neve Tirza (Israël) en grève de la faim pour dénoncer les humiliations quotidiennes dont elles font l’objet dans les geôles sionistes, Georges Ibrahim Abdallah et plusieurs dizaines de prisonniers détenus à Moulins (en fait, presque tous les prisonniers de la centrale) ont refusé le repas de l’administration pénitentiaire. Cette initiative lui a valu d’être, en compagnie de deux autres prétendus « meneurs » placé pendant plusieurs mois à l’isolement, à la prison de Fresnes.

Aujourd’hui, Georges Ibrahim Abdallah, qui est âgé de 52 ans, a commencé sa vingtième année de prison. Sa libération ne requiert pas de recours en grâce particulier, elle est possible juste par un simple arrêté administratif du Ministère de la Justice, conformément au code pénal français qui rend cette libération possible après quinze années d'incarcération.

En novembre 2003, la juridiction régionale de libération conditionnelle de Pau avait autorisé la libération de Georges Ibrahim Abdallah à condition qu’il quitte la France immédiatement. Sur ordre du ministre de la Justice Dominique Perben, le procureur général de Pau avait aussitôt fait appel de cette décision, saisissant de facto la juridiction nationale. La juridiction nationale de libération conditionnelle a rendu son verdict le 15 janvier 2004, en décidant le maintien le prison de Georges Ibrahim Abdallah, décision conforme aux conclusions de l'avocat général et au souhait du ministre…


Notes:

(1). Jacques Attali, Verbatim, tome l. Deuxième partie Chronique des années 1983-1986, Fayard, Paris, 1993, p. 1180
(2). Il s’agissait de l’attaché militaire de l’ambassade de France à Beyrouth.
(3). Verbatim, tome l. Deuxième partie Chronique des années 1983-1986, p. 1202
(4). Verbatim, tome lI. Chronique des années 1986 - 1988, Fayard, Paris, 1995, p.25
(5). La France est alors sous le régime de la cohabitation : en raison du décalage des élections parlementaire et présidentielle, le gouvernement est de droite et la présidence ("l’Élysée") de gauche. Le gouvernement menait en de nombreux points sa propre politique, en veillant à en écarter la Présidence.
(6). Verbatim, tome lI. Chronique des années 1986 - 1988, p. 103, 104 et 105.
(7). Cf le livre de Laurent GALLY : L'Agent noir. Une Taupe dans l'Affaire Abdalla

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