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le blog du laboratoire anarchiste

Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 13:45

Comité de veille de l'action sociale 14

Et ils osent parler de prévention

prévention, nom féminin

Sens 1 Toutes les mesures destinées à prévenir des risques.

Sens 2 Opinion préconçue, en général défavorable.

Sens 3 Temps qu'un prévenu doit passer en prison avant son jugement.


Nous ne parlons pas le même langage !

Prévention, d’après « le petit Sarko illustré » vocabulaire du ministère de l’intérieur Sens unique- l’action du gendarme et la peur qu’elle crée sont le commencement de la sagesse. Exemple de prévention de la délinquance : ne pas attendre que les délits soient commis pour punir préventivement en utilisant les renseignements fournis par nos auxiliaires, travailleurs sociaux, soignants, enseignants, sur les populations dangereuses et les mauvais sujets.

Une loi qui met en cause la raison d’être de nos métiers

Dans « la France d’après » dont rêve Sarkozy nous arriverons peut être à des solutions plus rationnelles au sens policier du terme, comme l’application du rapport de l’INSERM « troubles du comportement chez l’enfant et l’adolescent. 2005 » qui propose de repérer et de traiter immédiatement les bébés délinquants dès leur plus jeune âge. Ou comme le préconise le rapport d’orientation « prise en charge de la psychopathie » mai 2006 de la Haute Autorité de santé (HAS) de traiter les éventuels futurs psychopathes alors qu’on ne sait pas ce que c’est et qu’il est impossible de prévoir les conduites psychopathiques pendant l’enfance.

Nous n’en sommes pas là mais nous en prenons le chemin. Deux mots ont sauté dans le titre de la loi, il faut lire:

Loi « prévention contre la prévention »

C’est une loi qui est pleine de « préventions » (au sens 2) contre le travail de prévention que nous menons de plus en plus difficilement, travailleurs sociaux, soignants, enseignants, militants associatifs et souvent élus de terrain…

Cette loi répondant à la mise en spectacle des interventions policières remet en cause le coeur même de nos métiers

Tout le monde sait maintenant que le secret professionnel garant des droits des personnes et nécessaires à la relation de confiance avec les personnes est mis en cause : c’est la possibilité, ou même l’obligation, de partage d’informations avec le maire son représentant et son coordinateur. Les sénateurs ont bien essayé de faire preuve d’imagination pour laisser croire qu’il y avait des garanties, le secret demain n’existera plus, il y aura obligation de partage dans l’exécution des contrats de travail.

Est-on aujourd’hui capables de mesurer la totalité des conséquences de cette trahison du secret sur les rapports avec les personnes en difficultés de tous ordres ?

ce que l’on sait moins c’est que d’autres dispositions de la loi constituent de

véritables négations de nos pratiques professionnelles. Ainsi la pénalisation accrue des mineurs, la négation de la priorité de l’éducation sur la répression réduit à néant des années des années de travail de prévention et d’éducation.

Pareillement en matière de psychiatrie les possibilités d’internement données aux maires signifient le retour à la vieille idée (fausse) de dangerosité des malades mentaux et à une conception asilaire de l’hôpital psychiatrique.

En arrière de combien d’années ?

A la Libération, l’expérience de la Résistance aux nazis et à son relais pétainiste, l’expérience aussi des camps, de la déportation avaient conduit à une réflexion démocratique, humaniste et sociale sur la psychiatrie, la justice des mineurs (l’ordonnance de 1945 est emblématique) et dans bien d’autres domaines…

Aujourd’hui avec la démolition de l’Etat social conçu à cette période, c’est cette expérience et ces idéaux qui doivent céder la place devant une théorie comportementaliste importée des USA où elle est loin d’avoir fait ses preuves tant au niveau théorique que pratique.

Cette théorie propose de supprimer les symptômes, de redresser les comportements déviants des pauvres, des personnes en difficultés rendues responsables de leurs malheurs.

Ce sont là des populations dangereuses qu’il faut « surveiller et punir » au lieu de gaspiller les deniers publics à soigner, aider et réinsérer.

Dans une telle conception reste-t-il une place pour nos métiers tels que nous les concevons ?

  1. Se battre contre cette loi « suppression de la prévention » est pour chacune et chacun d’entre nous fondée sur une double nécessité :


  1. défendre notre dignité, notre intégrité, notre existence professionnelle


défendre les libertés fondamentales ( le droit à la vie privée) de ceux qui sont victimes de divers accidents de la vie

Une société se juge sur la manière dont elle traite ceux de ses membres qui sont le plus en difficulté



Par gerard - Publié dans : lelaboratoire
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