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Pour percevoir les résonances actuelles du Luddisme, il faut y inclure sa composante politique. L’héritage idéologique du progrès technique dans nos sociétés est comme une chape de plomb sur les possibilités de révoltes qui en émergent. Il est à la fois plus que jamais présent et source de scepticisme, dans une ère où les crimes liés à l’industrie et à la technologie se font jour de façon croissante. Le manque de contrôle que nous pensons avoir à cet égard, la sensation qu’il est impossible de s’en extirper collectivement, radicalement et sur le long terme, nous laisse dubitatif, acceptant sans conviction et un peu malgré nous l’idée de son cours incontrôlable... confusion d’ailleurs entretenue par le mensonge médiatique et le consensus cynique fabriqué de toutes pièces par les alter-capitalistes de tous bords, défenseurs - à la Hulot ou moralistes d’Attac qui en appellent, en tant qu’ultime recours, à faire du vélo, consom’acter et surtout bien compter sur eux en attendant. La technique, contrairement à la façon dont elle fut longtemps interprétée, ne relève pas seulement de l’action de spécialistes agissant dans une sphère autonome coupée du reste de la société : elle présente indéniablement un caractère politique, elle est socialement façonnée. Le côté politiquement construit de la marchandise, reflète une société tout comme la société reflète ses marchandises, allant jusqu’à déterminer le rapport social, les luttes, s’immiscer dans les sphères les plus intimes des individus. La dictature de cette idéologie altère et accélère à la fois les désirs d’autonomie, de mise en commun de savoirs et de pratiques qui se situent en dehors de la sphère marchande et cybernético-industrielle.
Comment aujourd’hui se réapproprier les outils, favoriser des formes d’auto-organisation, préparer le terrain pour l’avenir ? Nous ne pouvons arrêter notre réflexion à l’autogestion, sinon en nous demandant de quelle autogestion nous parlons : que reste-t-il à autogérer dans l’état actuel des choses ? L’hypothèse de la réappropriation des moyens de production est sûrement féconde, mais en dehors de tout système qui se rapproche de près ou de loin de celui que nous connaissons aujourd’hui. La destruction du capitalisme passe par une redéfinition de l’idée de progrès dans ses fondements même, redéfinition dont doit découler celles des moyens et des modes de production, et ainsi du rapport à l’existence. Si nous nous accordons à penser qu’une société est le reflet de ses techniques/ technologies et vice versa, qu’elle incarne une vision du progrès qui lui est propre, mais pas “vraie” ou “juste” dans l’absolu, la perspective d’une révolution sociale en appelle à des changements radicaux sur ce point de vue aussi, car la lutte doit se donner pour cadre le présent... Cette redéfinition/destruction dont nous parlons dépasse de loin la question éthique : elle s’impose désormais à nous à travers la menace quotidienne que présente les risques du “tout industriel”.
Marcelle Brisefer
mercredi 8 mai de 16h à 18h
lecture collective de la revue subversion
café théet biscuit
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