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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 12:58

lu sur  Le Cri Du Dodo

  anarchylove « Le couple et la cohabitation sont aussi aliénants pour les hommes que pour les femmes mais  [les hommes] ne le savent pas encore parce que leur aliénation est celle du maître dont la survie – en tout cas le confort quotidien – est liée à l’esclave [...] On leur a appris depuis l’enfance que si le couple et le foyer sont la place naturelle des femmes, leurs véritables territoires sont ailleurs, au travail, au parti, à la guerre. En partant accomplir les tâches nobles qui leur sont attribuées, ils croient fuir l’aliénation du foyer mais ils ne font que quitter une aliénation pour une autre et les deux se renforcent mutuellement, l’existence du couple et celle de l’entreprise sont indissolublement liées et la réforme de l’un s’appuie sur la libéralisation de l’autre. [...] Ce n’est peut-être que lorsque les femmes seront parties, (…) lorsqu’ils perdront leur base de repli, leur résidence secondaire où ils refont leur force de travail, que les hommes prendront profondément conscience, dans leur corps et pas seulement en théorie, de leur aliénation globale et qu’ils remettront concrètement en cause la notion de travail forcé ”

Evelyne Le Garrec, « Un lit à soi », 1979.

« Ce n’est pas la situation actuelle de la famille qui est inacceptable, c’est son existence même. [...]   Il n’y a pas à transformer la structure parentale, car l’égalité vécue […] ne pourra exister et engendrer un bouleversement total des rapports sociaux que dans une société sans classes, décentralisée, techniquement autogérée [...]. Il va sans dire que ce type de société ne peut que se fonder sur un renversement total des rapports entre les sexes et sur la disparition de la cellule familiale. 

[…]Pour résumer : la famille est la courroie de transmission entre le Pouvoir, quel qu’il soit, et le futur citoyen, prolo, cadre, patron, enfant. C’est la famille et l’école qui font d’un enfant un “ adulte ” par la violence. Mais le Pouvoir exerce également sa contrainte sur les parents (surtout la mère par l’intermédiaire de l’enfant ; l’enfant est son otage, son chantage). Toute personne qui n’a à vendre que sa force de travail – 99% des gens -, sitôt qu’il devient père ou mère est obligé de se soumettre. Il doit travailler, et travailler à n’importe quoi, pour n’importe quel prix. »

François d’Eaubonne, « L’hiver du patriarcat »,

Article, in Revue “ Autrement ” n. 3, Automne 1975.

Au fil des rencontres, des discussions et des lectures et autres réflexions sur « L’amour libre » ou le « polyamour » dans les milieux anarchistes, anti-autoritaires ou dit « autonomes », avec un peu de recul on en vient assez vite à se demander si ces termes ont encore un sens. Et surtout s’ils ne sont pas aujourd’hui très galvaudés.  Ce sont des termes parfois vus comme un peu prétentieux. Parce qu’il y a dans certains milieux (« radicaux » ou pas) un prestige à dire qu’on est « en amour libre ». Ces termes « d’amour libre », d’amour pluriel ou de « poly-amour » produisent un effet. Termes qui sous entendent aussi implicitement qu’on est tellement plus libéré-e-s que les autres et qu’en plus on s’aime (ou pas). Mais quel que soit le mot qu’on utilise, il semble recouvrir un ensemble d’agencements et d’arrangements amoureux, amicaux, sentimentaux ou sexuels (ou un peu tout cela à la fois) qui n’ont souvent rien en commun les uns avec les autres sinon de ne « pas être un couple »… et encore.

Dans une partie des milieux révolutionnaires ou dit « anti-autoritaires », ces termes (ou d’autres synonymes) sont un peu à la mode ou font simplement force de « tradition ».

Mais force serait plutôt de constater qu’il existe un vide cosmique au niveau de la réflexion et de la critique concernant nos pratiques et les questionnements qui sont liés à cette question, ou presque.

Soit que ce n’est pas « subversif en soi », soit que c’est « l’affaire de chacun-e », soit que ce n’est pas « une pratique de lutte ». Bref, une bonne dose de libéralisme et de mauvaise foi pour cacher la misère et renvoyer les questions qui touchent à l’intime à la place que lui avait déjà assignée la société dans laquelle nous vivons : celle du « privé ».  Ou encore (autre solution cybernétique) en faisant de la question un problème de mauvaise gestion.  Le couple n’étant pas apte à « gérer les sentiments », on « collectivise » en présentant ainsi la question comme devant simplement être mutée de la « sphère privée » à la « sphère publique » sans questionner ni le pouvoir, ni la gestion, ni ces fausses séparations. Dans tous les cas, on est face soit à un refus d’aborder le problème de face, soit à une volonté d’y imposer des solutions toutes faites. Deux versants d’une même manière d’ignorer l’éléphant qui est dans le salon.

 

L’Unique et son intimité.

« La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle. Et les femmes ont toujours été pauvres, depuis le commencement des temps. Les femmes ont eu moins de liberté intellectuelle que les fils des esclaves athéniens. Les femmes n’ont pas eu la moindre chance de pouvoir écrire des poèmes. Voilà pourquoi j’ai tant insisté sur l’argent et sur une chambre à soi. »

Virginia Wolf, in « Une chambre à soi »

« Être dans la solitude, c’est là le difficile. Continuer à être, à garder le sentiment de sa propre existence — être, et non pas cesser d’être, quand l’autre n’est pas là — et conserver le sentiment d’identité — être soi, et pas les autres. Il est des gens pour qui la chose paraît simple. Ils sont convaincus que leur existence vraie ne cesse pas, mais peut-être même ne commence qu’à l’écart des autres. Ce retrait, ils le nomment, c’est selon, la vie privée, la table d’écriture, la chambre à soi. Pourtant, pour beaucoup, l’être se défait, s’altère quand l’autre manque. (Mais cet autre qui ne peut faire défaut sans que je sombre dans le néant, est-ce bien un autre ?) Ils ne sont que quand ils ne sont pas seuls (la promiscuité tient lieu de proximité). »

Michel Schneider, in « Glenn Gould piano Solo ».

3066894789_fc7dd8152a_oDans toutes les nouvelles sectes gauchistes new-age, comme dans toutes les tentatives désespérées de réanimer les cadavres encore chauds des vieilles idéologies révolutionnaires (post-situ et marxistes, etc…) -concernant les problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui dans nos vies- se révèlent non seulement inopérantes pour expliquer le monde qui nous entoure, et formuler leurs perspectives révolutionnaires, mais ont toutes en commun la négation pure et simple de l’individu.

Plus précisément, c’est cette fable de « l’individu immédiatement social » (le communisme ?) décliné à toutes les sauces qui revient régulièrement (ou sous d’autres formes), et raisonne comme une douce promesse. La solution est forcément collective, forcément une question de « luttes des classes » et de « rapports de production », et en bref ne laisse aucune place non seulement à l’individualité mais aussi aux questions qui touchent à l’intime et au domaine du sensible. Comme si d’ailleurs ces champs étaient exclus de tout rapport de force et de toute domination…

Or, dans cette vision l’individu n’est im-médiatement social (c’est-à-dire sans médiations) que dans le « monde idéal»,  une fois achevée l’abolition des classes, de « la valeur », de toutes les formes d’oppressions et de dominations…  et d’ici là, bon courage camarades !

Car de fait cette fable ne vaut pas dans la société dans laquelle nous vivons puisque l’individualité n’est conçue par ceux qui la « nient » que comme le produit finit d’un processus d’atomisation (ce qu’il est aussi en négatif) et comme un concept « bourgeois » ou libéral, ou comme simple produit de rapport de production ou d’échanges.  Ironie du sort, libéralisme existentiel et communisme littéraire se passent très bien du concept d’individualité ou d’individu.

Dans la perspective « communisante » précisément, comme dans la perspective qu’on pourrait qualifier de « tiqqunienne » (ou dans bien d’autres théories) le grand mouvement qui est à la fois sa perspective, sa méthode et son propre but, communise donc tout sur son passage : les chaussettes, les radiateurs, le pain et les affects.  Du moins il croit le faire. Ça c’est sur le papier évidemment.  Le problème c’est bien sur que les « affects », ou plus généralement les sentiments (et moins encore les individu-e-s) ne peuvent se résumer à des « produits du procès de production» (entre autres tautologie) ou à des marchandises interchangeables qu’on peut voler, auto-réduire et « se faire passer ».

Le problème c’est précisément que la rationalité capitaliste et autoritaire a imprimé cette idée sur son passage. Et qu’à défaut de penser la question, c’est la même rationalité de supermarché qui range au même rayon les boites de conserves, le papier toilette, la copine, le copain, « mes ex et mes futurs ». A tel point qu’on pourrait presque écrire sur la liste de courses et de choses à faire « trouver une autre relation ». C’est en général ce qui se fait sur les « réseaux sociaux », sur internet, par exemple.

Evidemment, en plus de témoigner d’une misère affective désarmante (et ce n’est pas rien de le dire),  cet « amour libre » là (sous ses diverses facettes) est le plus souvent un petit théâtre dérobé de la reproduction des formes de dominations hétéro-sexistes et patriarcales, souvent même de manière paroxysmique et caricaturale.

La plupart des « amour-libristes » revendiqués sont bien entendu des hommes hétérosexuels. On se demande entre hommes « comment convaincre sa copine de s’y mettre » sans se demander si on va vraiment le supporter (ou mieux, on lui interdit en se permettant toutes les libertés dans son dos). Et quand la « copine » trouve la clef des champs,  on se transforme en une espèce de Tartuffe machiste désabusé, la traitant de tous les noms, et on invente des mensonges incroyables pour se faire passer pour la victime auprès de tout le monde. On affiche son tableau de chasse devant ses potes et on explique qu’on est « blessé » ou qu’on se sent « abandonné » dès que la « copine » fait preuve d’un soupçon d’autonomie sentimentale ou sexuelle.  Ou pire donc : on cloitre, on isole.

« A elle le couvent, à moi la liberté ». On « fait le canard » devant « sa » copine attitrée, le fier devant ses potes et le malin avec les autres, pour montrer combien on est pas jaloux.

Evidemment, ces situations sont toujours transposables d’un sexe à l’autre ou dans des relations non-hétéro-normées qui se calquent sur le modèle et le style de vie du couple dominant. Ces attitudes (qui ne sont pas l’exclusive propriété des hommes) donnent simplement parfois l’impression d’être juste la norme : à la fois dans les couples traditionnels, dans les couples « réformés », et dans le cloaque « amour-libriste » (dans toute sa diversité) qui ne dit pas son nom mais est quand même très fier de ce qu’il prétend être.

Dans tout ça, il y a l’aspect irrémédiablement « précaire » de la vie collective, qu’elle soit le fait de collocations, de logements sociaux où on s’entasse ou de squats. Encore que ces derniers offrent au moins en puissance –et même temporairement- plus de potentialité : parce que plus d’espace.

Mais dans tous les cas, soit c’est le désert où l’intimité a été « abolie » ou « collectivisée » de force (ce qui dans l’esprit de secte de nombreuses personnes, signifie la même chose), soit c’est le couple comme refuge (et de ce point de vue là, on a pas toujours envie de lui en vouloir). Mais encore une fois, c’est de territoire partagé sous la contrainte qu’il s’agit. Une maison, un espace, une chambre, un lit. De toute évidence, il y a là toutes les raisons de ne pas s’interroger sur l’autonomie individuelle et même le consentement tant ces questions impliquent des réponses « dangereuses ».

Dangereuses pour la société en général, mais aussi pour un ensemble de milieux où le crime suprême dans la vie collective n’est pas de vouloir forcer les limites corporelles et intimes des autres mais bien plutôt de mettre un verrou à sa chambre. Là où il ne viendrait étrangement à personne l’idée de démonter celui des chiottes ou de la cave par exemple.

Et puisqu’on en parle : un ensemble de milieux qui a enterrée l’idée même d’une chambre à soi, voir même d’un lit à soi en même temps que toute possibilité d’autonomie individuelle -et donc d’individualité comme principe et comme tension – ne porte résolument pas grand choses.

Et il faut bien des renoncements pour y parvenir. Et d’abord celui à l’intimité.  C’est-à-dire à la possibilité –même ponctuelle- de s’isoler, d’être parfaitement seul lorsqu’on en a envie, de garder certaines choses pour soi, de ne pas partager toutes nos expériences avec la terre entière.

Du reste, la volonté manifeste et systématique de « collectiviser l’intime » (c’est-à-dire en fait de le détruire) s’apparente plus qu’autre chose à une volonté de pouvoir et d’emprise collective (souvent par un petit groupe ou quelques individu-e-s) sur les relations inter-individuelles. Bien entendu, le « privé » est politique. Mais l’intime n’est pas nécessairement « privé ». Il est une tension entre soi et les autres. Il est ce mince fil qui permet d’exister par soi-même avec les autres.

On peut disserter sur l’idéal que représenterai le fait de vivre –comme certains anarchistes naturistes de la belle époque par exemple- en communauté totale dans un Eden retrouvé, qu’on en ferait pas disparaitre pour autant l’irrépressible besoin d’intimité. L’intime est en fait bien plus que le besoin d’être seul ou le « lien particulier qu’on partage avec d’autres », il est aussi la distance raisonnable dans laquelle on les maintient. Il est cette bienveillance avec laquelle on rappelle à l’autre qu’on n’est pas lui ou elle. Il est aussi la force avec laquelle on repousse nos propres fantasmes de fusion, dans tout ce que ceux-ci comportent d’autoritarisme, de vampirisme affectif, d’appropriation du corps de l’autre, et donc aussi d’hétéro-sexisme, et même de cannibalisme social (au moins dans l’étrange légèreté avec laquelle on considère les corps comme simples aliments de nos « besoins »). En lieu et place de la liberté ou de l’émancipation, c’est bien un libéralisme qui ne dit pas son nom qui domine la plupart du temps. Celui du « j’fais c’que j’veux et j’t’emmerde ».

Là encore –évidemment- le ressac patriarcal, et le ressac libéral et non anarchiste, comme projet contre-révolutionnaire s’exprime avec une aisance et une complaisance désarmantes.

Sous toutes bonnes intentions, les volontés de faire disparaitre cette tension qu’est l’intime – à travers la généralisation du ragot ou la mise à disposition des corps- sont simplement d’excellentes méthodes de pacification et de contrôle, et bien entendu le retour à des formes ancestrales de privation, de contrainte et d’exploitation : tout particulièrement pour les femmes.

Evidemment, la tendance au ragot, ou le fait d’exposer en permanence les autres sans leur consentement ne doit pas être compris comme une critique de la solidarité nécessaire dans les  situations de violences ou d’abus, mais comme la norme qui consiste à se vanter de « ses relations », comme une autre forme de « capital social ».  Norme omniprésente dans les relations de couples et hétéro-normées. Ou plutôt du couple hétéro traditionnel comme modèle relationnel unique et de référence.

Ouvrir la boite de pandore, et laisser nos illusions s’envoler.

« nous savons bien que malgré nos conceptions nous sommes encore jaloux, menteurs, propriétaires, autoritaires. Et comment, du jour au lendemain, ces tares que nous nous reconnaissons pourraient-elles s’effacer chez tous? (…) Constatons simplement l’effet certain d’améliorations que peuvent amener en les individus l’application des idées anarchistes, mais soyons assez lucides pour ne pas espérer supprimer instantanément les tares et en particulier les souffrances de la jalousie »

Anna Mahe, in « Jalousie »,                                                                                                   l’anarchie, 21 février 1907, n° 98

comicsCe « communisme » d’opérette-là (celui cité plus haut), sous toutes ses facettes, ne fait que singer les pires fantasmes « biopolitiques » de caserne et de panoptique en termes de relations sentimentales comme dans la vie quotidienne. Il s’apparente d’une certaine manière à la « maladie communautaire » décrite par Bonnano dans son texte du même nom. Une véritable politique à lui tout seul justement.  S’il y a une analyse critique à porter sur ce qu’il est encore convenu d’appeler « l’économie »,  c’est aussi contre nos propres pratiques oppressives et autoritaires qu’elle doit s’orienter. Car une des bases du capitalisme (et par extension de toute oppression et domination) n’est pas juste l’accumulation, ou même le processus de valorisation mais bien l’appropriation, et conséquemment la force et la contrainte qu’elles supposent.

En réalité, la seule philosophie qu’on puisse réaliser dans ces conditions sans s’attaquer au problème de l’autorité et des diverses formes de pouvoir, institutionnelles comme celles dans la vie quotidienne, reste un « communisme de la survie ». Et c’est un principe qui se vérifie aisément : la survie ne pousse pas les gens à se révolter, à s’auto-organiser ou à lutter. Elle pousse au mieux à se replier sur soi, et plus généralement à s’entredévorer et à se familiariser avec une sociabilité de charognards.

On peut donc d’autant moins se payer le luxe d’ignorer la question de la liberté dans les relations amoureuses, sentimentales ou amicales (et de comment éviter de trop séparer tout cela) que la situation actuelle dit quelque chose du désastre ambiant : du ressac patriarcal et des comportements de prédateurs, du racisme rampant et institutionnel, de la dégradation généralisée des conditions de la survie, des relations de pouvoir et de la violence dans les relations amoureuses, affectives ou « de couple ». Et au milieu de tout cela, de la possibilité d’établir des relations sociales libérées. La situation dit aussi quelque chose de notre incapacité à lier notre éthique et nos pratiques dans la vie quotidienne à celles que nous prônons dans nos luttes. Si nous n’en parlons pas, si nous ne nous regardons pas en face : alors les mêmes causes produiront les mêmes effets.

De la même manière qu’on ne peut pas tout réduire au lieu de travail, on ne peut pas tout réduire à « l’économie », et on ne peut pas d’un côté parler à qui veut l’entendre de « commun » en enterrant systématiquement tout ce qui sort du champ du « social » et de ses « mouvements » au sens le plus restreint des termes.

Ironie du sort, la seule chose qui fasse encore consensus à propos de « l’amour libre » c’est que ce n’est même pas un sujet de débat. Après tout, c’est Emma Goldmann qui demandait « Comment l’amour pourrait-il être autre chose que libre ? ».  On devrait se demander aujourd’hui : comment pourrait-il l’être vraiment ?

Les discours convenus sur « l’amour qui est à réinventer » ou « à détruire »  ne nous apportent rien ou pas grand-chose. Les gens continuent de tomber amoureux/ses en prétendant que ce n’est pas le cas et se font toujours aussi mal voir plus.  Comment pourrait-il en être autrement ? L’amour est-il un problème en soi ou est-ce seulement la manière de l’envisager ? Ou n’est-ce pas plutôt un problème plus général où les sentiments et les affects continuent de pâtir soit de leur exclusion du champ d’analyse critique, soit de leur soumission à des modèles « révolutionnaires » préconçus.

Toutes ces questions restent en suspens.

Autonomie sentimentale et clandestinité amoureuse.

« L’émancipation de la femme est, selon moi, très mal posée chez les anarchistes. La femme n’est guère envisagée que comme épouse ou amante, que comme complément de l’homme et incapable de vivre sa vie pour et par elle-même. (…) La femme est donc prédestinée à l’amour, légalisé chez les gens comme il faut, « libre » chez les anarchistes »

Sophia Zaïkowska, in « Feminisme » ,

La Vie anarchiste, 1er mai 1913

 

On peut se raconter des berceuses ou prétendre que tout n’est qu’une question de « conditions matérielles » (sur lesquelles on a donc peu de prise, c’est donc « la faute à personne ») ou même de « bonne volonté » (c’est donc « la faute à tout le monde ») et on en perdrait presque de vue la puissance de l’idéologie. Du fait que nous avons été conditionné-e-s à penser que « l’amour c’est papa et maman ». Que c’est pour la vie. Que c’est une romance et une histoire à deux uniquement. Ou bien que c’est « moi et mon cheptel » (version « prince proxénète »). Même lorsque ce n’est pas ce qu’on a vécu dans son enfance et moins encore ce qu’on voudrait vraiment pouvoir désirer.

Les désirs en disent d’ailleurs généralement plus sur  ce que nous avons été conditionné-e-s à penser que sur ce qui nous rend véritablement heureuses/eux.

Mais une chose est sure, sans chambre à soi, sans lit à soi, sans intimité : quelle type de relation libre est encore possible ?

La misère sentimentale et la vulnérabilité affective rendent possibles les pires actes et attitudes autoritaires et hétéro-sexistes en matière de rapports sociaux sentimentaux. Pire, elles en sont une conséquence inévitable. Cessons de faire comme si la violence –même psychologique- dans les rapports amoureux ou sentimentaux n’était qu’un accident de parcours ou seulement « la faute au couple ». Car cette misère et cette vulnérabilité, cette exposition rendent aussi possible le couple comme refuge et comme mouroir. Et tout cela est profondément lié à l’absence d’intimité (ou son contrôle strict, par un individu ou le collectif) et au fait de ne pas pouvoir se retourner sur soi, de réfléchir et se questionner, pour se reposer, ou pour toucher son propre corps et jouir enfin seul. Ce n’est pas  un hasard si ceux et surtout celles qui en ont été privées sont pris-e-s d’insomnies chroniques ou atteint-e-s de procrastination et d’apathie. Précisément, ce n’est aussi pas un hasard si cette condition d’absence d’intimité (ou d’intimité contrôlée) est déjà –à divers degrès- celle de la plupart des femmes dans les sociétés dans lesquelles nous vivons.

Ironie du sort : l’injonction « immédiate » à la société contenue dans la conception dominante « d’amour libre » (ou de « camaraderie amoureuse » – pour reprendre un autre concept douteux) ne fait en fin de compte qu’étendre l’exigence marchande et patriarcale de mise à disposition des corps.

Il n’y a donc pas qu’une manière, mais une infinité de façons de rompre avec cette condition. De s’y attaquer. Qui correspondent aux désirs, aux problèmes, et aux spécificités oppressives de chacun-e-s.

Et que nous devrions le voir comme une aubaine et non une contrainte.

En effet, il y a quelque chose de puissant dans cette tension qui lie la nécessité première d’être « unE » aux désirs et aux besoins d’être « plusieurEs ». Et l’unE ne peut pas aller sans l’autre. L’analogie est aussi bien transposable aux sentiments, à la lutte des classes ou aux rapports sociaux de sexe qu’à la question de l’auto-organisation. Et toutes ces questions ne font que se recouper en permanence.

Sans en faire l’alpha et l’oméga de toute théorie -et quoi qu’on en dise-, l’élément de base, celui qui n’est pas compressible, qui ne peut pas être « dissout », qui se révolte, qui respire, qui ressent et qui se débat de toute ses forces contre tout assujettissement (d’autres disent de « subjectivation ») n’est ni le groupe, ni la secte, ni le parti politique, ni le milieu, ni la fédération : c’est d’abord l’individu-e.  Concept qui n’est ni intrinsèquement marchand, ni forcément libéral, ni même essentiellement « bourgeois » ou même contradictoire avec une analyse de classes.

Parce qu’il est le sujet sensible de tout pouvoir : parce que c’est le X de l’équation.

D’où la nécessité pour toute autorité ou tout esprit de secte de le transformer en citoyen, en « produit fini», en sujet d’analyse ou en quoi que ce soit d’autre, ou tout simplement de le nier : de faire comme si il n’existait pas.

L’idée d’autonomie sentimentale prise uniquement d’un point de vue « collectif » est une pure abstraction. Le sentiment de jalousie en dit d’ailleurs plus sur l’image qu’elle nous renvoie de nous-même que sur les autres. Elle dit quelque chose de notre besoin de contrôle et du soi-disant « instinct de propriété » – et de la peur de l’abandon qui les construisent socialement. Même si cette peur est parfois légitime : il faut apprendre à vivre avec, et à l’apprivoiser. Car elle dit aussi quelque chose de notre incapacité à éprouver de la joie à l’idée de savoir l’autre heureuse/eux sans nous. C’est-à-dire à éprouver l’exact contraire de la jalousie.

Mais tout ça n’est pas une mince à faire. Et si tout n’est pas non plus qu’une question de « volonté », alors il faut s’interroger sur les conditions qui rendent cette liberté possible. Et d’abord d’une absence de condition oppressive et autoritaire (de lois, de traditions, de classes, patriarcale, raciste, etc…). Ce qui nous mène inéluctablement sur le terrain de l’attaque et de la conflictualité avec cette même condition.

Et aussi sur celui d’une sorte de clandestinité amoureuse. Parce qu’en effet, dans un monde où la violence de la domination est omniprésente, toute intimité réelle est forcément un peu clandestine. Le stade suprême du soit disant “processus d’individuation” capitaliste et étatique en matière de relations sociales se traduit en réalité par un état où l’individu n’a plus ni “vie privée”, ni vie tout court.

C’est précisément pour ça que la communauté de vie ou de luttes sans intimités ne subvertie rien en termes affectifs. Pour le redire à nouveau, d’une autre manière : elle ne fait qu’étendre l’exigence policière de renseignement et celle de la disponibilité et de l’interchangeabilité marchande des corps à la sexualité dans un simulacre “d’économie sexuelle libérée” (triple oxymore ?) qui ne se maintient qu’au travers de sa perpétuelle mise en scène.

Ainsi, même si il s’agit parfois de quelque chose de « symbolique », dans un environnement hostile où « sexualité »  rime avec violence et prédation : savoir rester secret pour soi est un gage d’autonomie et pas nécessairement de possession, de jalousie ou « d’esprit petit bourgeois ». Ou simplement parce que : tout le monde n’a pas besoin de tout savoir sur tout.

C’est là toute la contradiction dynamique que portent en elles les réponses à la question de savoir si et comment nous pouvons vivre nos amours librement dans un monde qui ne l’est pas : et après ?

Le Cri Du Dodo

Quelques lectures, comme pistes de réflexion, en plus de celles citées dans le texte :

- “A propos d’autonomie, d’amitié sexuelle et d’hétérosexualité”, de Corinne Monnet.

- “Sous le tapis le pavé : Les violences sexistes dans les milieux militants qui se revendiquent anti-sexistes et anti-autoritaires”, Récit collectif et anonyme.

- “Amour libre, jusqu’où ?”, de Martine-lisa RIESELFELD

- “L’utopie de l’amour libre”de José Maria Carvalho Ferreira, revue Réfractions.

- “Les milieux libres, vivre en anarchistes à la Belle époque”, Céline Baudet, éditions l’Echapée.

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