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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 21:13

lu sur ce blog, cette question peut  traverser la journée du 24 avril comme  lors du Tchernobyl Day

Anarchisme et écologie sociale 2

Dans le terme même d’écologie sociale, il est un mot qui, lorsqu’on l’évoque, peut faire naitre bien des passions, discours et oppositions : le mot « social ». Ce dernier nous ramène en effet à la société, la façon dont nous la concevons dans nos imaginaires, la façon dont nous la vivons dans nos quotidiens. De cette société dont nous pourrions craindre le pire ou souhaiter le meilleur. C’est que la société, ensemble d’humains et de ce qui fait leur environnement (à ne pas confondre avec la nature), représente pour nous cet espace de limitations sous forme de droits et de devoirs, et que beaucoup souhaiteraient faire évoluer vers des utopies, où les carcans d’aliénation de nos libertés s’en trouveraient détruits ou amoindris par une justice communément conçue et acceptée. Or,

 « en dépit des utopies optimistes, toute société est et sera exploiteuse, usurpatrice, dominatrice et tyrannique. Elle l’est non par accident, mais par essence. » Georges Palante

Toute société ? Tout n’est-il pas dans le sens que l’on donne à ce mot, dans le principe sous-jacent à ce concept ? A la société, au social, au socialisme ?

 « il faut comprendre le socialisme comme l’horizon de sens qui fait surgir l’exigence d’émancipation et d’autonomie, non comme un système économico-social différent, mais au contraire comme le projet pratique de réduire tout ce qui fait de la société un système, une méga machine, et de développer en même temps des formes de sociabilité auto-organisées dans lesquelles peut s’accomplir ‘’le libre développement des individus’’  » André Gorz

Nous sommes ici bien loin de ce que recouvre en général le terme de « socialisme », de « société » chez les socialistes eux-mêmes (autoritaires et même bon nombre de non-autoritaires), certains anarchistes et la plupart des écologistes, y compris sociaux, dont la majeur partie prônent en réalité un environnementalisme de « planification ». En fait chez la plupart de ceux et celles qui se donnent le rôle pompeux de nous préparer le terrain d’une société future « utopique » au sein de laquelle serait réévalué la notion de droits et de devoirs afférents aux individus la composant, humains et non-humains. Donc, de la politique !

Politique et société, droits et devoirs, limites et garanties......

Ma liberté s’arrêterait-elle bien là où commencerait celle de l’autre ? Ou bien la liberté de l’autre n’étendrait-elle pas la mienne à l’infini ? C’est du principe de liberté que l’on en vient aux types de rapports que l’on désir mettre en oeuvre entre les individus au sein d’une société, quoi que soit l’idée que l’on ai de celle-ci. Liberté surveillée ou encadrée, liberté soumise aux intérêts d’entités supérieures (société, nation, Etat, entreprise,....), ou bien liberté permettant à chaque individu d’étendre son être dans la plénitude d’un présent assumé.

« ...la conception anarchiste de la liberté est quelque chose de qualitativement différent de la restriction. C’est notre capacité, celle des individus, à créer nos vies en nos propres termes dans la libre association avec d’autres de notre choix. Quand nous concevons la liberté de cette façon, il y a le potentiel de se rencontrer d’une telle façon que la liberté de chacun d’entre nous s’étend quand elle rencontre la liberté de l’autre. C’est la base de la mutualité ; notre vivre ensemble améliore chacun de nous. » Extrait de Willful Disobedience Vol. 4 N°2 trad. Non Fides

La liberté est-elle « sociale » en fin de compte ? Ne serait-elle pas antinomique, telle qu’elle est entendue dans cet extrait, avec l’idée même de société ? Ou alors, ne faudrait-il pas prendre le problème à l’envers, mettre la cabane sur le chien, et partir de ce l’on est, de ce que l’on désire vraiment au plus profond de soi, de façon « ontologique » en fonction de chacun(e), de son être, son conatus comme disait Spinoza, et ainsi d’avoir une autre idée de ce que devrait être une société humaine, non autoritaire, anarchiste, écologiste telle qu’entendue sur ce site.

C’est que la liberté devrait être ce qui donne aux individus la possibilité de se réaliser pleinement, du moins le plus qu’il en soit possible, en partant de ce que l’on est, de ce que l’on assume de soi-même au delà de la conscience étriquée, de ce que l’on connait de sa personne et de ses désirs. Ainsi, il existe deux manières de concevoir la liberté, comme il existe deux manières de concevoir la société et qui leur sont consubstantielles.

« Société. - Etat (civil) dans lequel un ensemble d’hommes composent leur puissance respective de manière à former un tout de puissance supérieur. Cet état conjure la faiblesse et l’impuissance de l’état de nature, où chacun risque toujours de rencontrer une force supérieure à la sienne capable de le détruire. L’état civil ou de société ressemble à l’état de raison, et pourtant il ne fait que lui ressembler, le préparer ou en tenir lieu (Ethique, IV, 35, sc. ; 54, sc. ; 73 ; Traité théologico-politique, chap.16). Car, dans l’état de raison, la composition des hommes se fait suivant une combinaison de rapports intrinsèques, déterminée par les notions communes et les sentiments actifs qui en découlent (notamment liberté, fermeté, générosité, pietas et religio du second genre). Dans l’état civil, la composition des hommes ou la formation du tout se fait suivant un ordre extrinsèque, déterminé par des sentiments passifs d’espoir et de crainte (crainte de rester dans l’état de nature, espoir d’en sortir, Traité théologico-politique, chap.16, Traité politique, chap. 2, 15, chap. 6, 1). Dans l’état de raison, la loi est une vérité éternelle, c’est à dire une règle naturelle pour le plein développement de la puissance de chacun. Dans l’état civil, la loi borne ou limite la puissance de chacun, commande et interdit, d’autant plus que la puissance du tout dépasse celle de l’individu (Traité politique, chap. 3, 2) : c’est une loi « morale » qui concerne uniquement l’obéissance et les matières d’obéissance, qui fixe le bien et le mal, le juste et l’injuste, les récompenses et les châtiments (Ethique, IV, 37, sc. 2). » Gilles Deleuze in « Spinoza, Philosophie pratique ».

Il y a donc d’un côté la morale, et de l’autre l’éthique. L’éthique vs la morale, vaste débat qui engage deux conceptions radicalement opposées de la liberté. Dans l’une, l’illusion du libre-arbitre, de la conscience souveraine et séparée de la Nature, dans l’autre, la nécessité d’assumer les déterminations (culturelles, historiques, corporelles, politiques...) qui construisent nos personnalités afin d’accroitre la connaissance de nos êtres et ainsi de nos puissances d’agir et de transformer le monde, de transformer radicalement le monde si tel est le désirs de nos corps « politiques ».

Nous avons donc le besoin de nous re-territorialiser, de nous re-situer, au-delà du Spectacle de nos vies aliénées en ce monde de merde afin de saper la séparation dualiste homme/nature, ou de l’homme par rapport à sa vie pleine et entière, complexe, étendue, réelle, organique.

Désir et Raison. Liberté et nécessité. La seule condition d’une vie joyeuse se trouve en soi, et au-travers des rapports de convenance que l’on établi avec les autres, et qui sont à même de nous ouvrir à la connaissance de nous-même, et de ce qui nous détermine. Le désir nous pousse à l’expérimentation, qui nous entraine vers la connaissance, et nous incite à la raison. Nul morale ne saurait nous proposer de meilleur chemin vers l’auto-réalisation, et vers une réalisation sociale perpétuelle et jamais abouti (et encore moins utopique).

« La morale procède, en effet, par jugements selon des valeurs provenant d’un ailleurs. Elle est principalement un système de jugement qui, d’un dehors programmé, cherche à réguler, le cas échéant à réprimer, les jeux imprévisibles de l’immanence. Elle juge en fonction d’une construction abstraite du Bien et du Mal. Elle est le contraire de l’éthique qui part de la connaissance et de la reconnaissance des différences qualitatives entre les singularités propres aux modes d’existence. Elle comprend ce qui est bon ou mauvais pour chaque être humain dans sa parfaire singularité. Le bon est donc affaire de « convenance », de « composition », d’’harmonie, de potentia. Ni la joie ni le bonheur ne font allusion à un idéal abstrait ; ils sont plutôt constitués par des actes et des états propres à chacun. » Majid Rahnema & Jean Robert in « La puissance des pauvres »

Des actes et des états qui dans ce monde de la séparation en appellent à une insurrection permanente envers ce qui se pose en travers de la réalisation de nos personnalités, à une lutte sans merci et multiforme contre les pouvoirs dont le sens est d’imposer un ordre qui empêche la multiplicité de la vie, la diversité des agir, d’émerger librement dans une explosion de révoltes créatrices et effrontément raisonnables. L’écologie est d’abord et avant tout cette recherche salvatrice et réalisatrice d’une « ré-harmonisation » des êtres avec tout ce qui compose leurs extériorités, leurs partis extensives, ainsi qu’avec leur intériorité, définissant leur modalité de façon globale et entière. La vie est à ce prix qu’elle ne pourrait supporter beaucoup plus loin encore l’uniformisation forcée et contrainte par le jeux des pouvoirs iniques.

« Je ne me fatiguerai jamais à le répéter : l’uniformité, c’est la mort. La diversité, c’est la vie. » Bakounine, Lettre à Celso Cerretti, 1872

Et la vie pose la question du devenir :

« La question de l’avenir de la révolution est une mauvaise question,parce que, tant qu’on la pose, il y a autant de gens qui ne deviennent pas révolutionnaires, et qu’elle est précisément faite pour cela, empêcher la question du devenir révolutionnaire des gens, à tout niveau, à chaque endroit. La seule chance des hommes est dans le devenir révolutionnaire, qui peut seul conjurer la honte, ou répondre à l’intolérable. » Gilles Deleuze

Libertat

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