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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

File:Wooden Shoe.svg
16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 14:40
Sous prétexte d'échanges culturels, le gouvernement et l'industrie

militaire français participent activement à la guerre menée contre les

peuples du Mexique.
En octobre 2010 on a reçu au LaboratoirePauline pour
son livre

¡ Duro Compañer@s !Oaxaca 2006 : Récits d'une insurrection
mexicaine
le collectif libertaire est fortement investie dans la lutte

des peuples du Mexique

C'est dans l'annuaire de la ville de Toulouse : 2011 sera
« l'année du Mexique en France ». Certes, les
organisateurs du festival/ Río Loco/ n'ont pas trop le sens de
l'orientation, puisqu'ils situent le pays d'Emiliano Zapata et Amparo
Ochoa... en Amérique du Sud. Mais gageons que les multiples et
coûteuses « rencontres culturelles », à Toulouse et un
peu partout en France, sauront leur ouvrir un peu les yeux sur la
géographie. Et sur quelques autres réalités. Ils auront notamment
tout loisir de découvrir les généreux mécènes de cette belle
aventure. Pour la France, il s'agit du groupe militaro-industriel
(pardon, de « sécurité-défense ») Safran. Pour le
Mexique, aux côtés de l'organisation para-gouvernementale
« Pro México », il feront connaissance avec Miguel
Alemán Velasco. Un inquiétant personnage, sur lequel nous
reviendrons. Il leur faudra auparavant tenter de comprendre dans quel
contexte les deux grands hommes qui président aux destinées de nos
pays ont décidé de renforcer ainsi les « relations
bilatérales » franco-mexicaines. S'agit-il de relancer une
vieille amitié, celle qui puise toute sa force dans la célèbre
lettre de Victor Hugo aux habitants de Puebla 1 <>
http://lettres.ac-rouen.fr/francais/dernier/tapner1.htm


*Que se passe-t-il au Mexique ?*

Le dernier supplément de/ La Jornada/ sur les peuples
indigènes,/* Ojarasca*/ /*2*/ <>
,
publie un article écrit en 1914 par le grand reporter
nord-américain John Reed, et intitulé « Que se passe-t-il au
Mexique ». L'auteur y proposait à ses compatriotes une fine
analyse des causes et de l'ampleur réelle de la révolution qui
était en train de se dérouler dans le pays, ignoré et stupidement
méprisé par une majorité de « gringos ».

Les nouvelles qui aujourd'hui parviennent de temps à autre à
percer l'épaisse complicité des grands médias sont des plus
alarmantes. Plus de 15 000 morts en 2010, tombés sous les coups de
ce que l'on essaie de faire passer pour une « guerre contre
le crime organisé ». Corps décapités ou calcinés,
fosses communes, affrontements à l'arme lourde, enlèvements, rien
ne manque au tableau...

La question posée par Reed est plus que jamais
d'actualité.

Car, au-delà du sensationnel, de l'insupportable répétition
des tragédies et des discours officiels sur la « guerre
contre le narcotrafic », ce sont bel et bien les classes
populaires qui paient le prix fort. A côté des jeunes chômeurs,
marginaux ou militaires embauchés par les gros bonnets de la drogue
pour escorter les chargements illicites et disputer le terrain aux
gangs concurrents, les principales victimes de cette sale guerre sont
ces ouvrières des maquiladoras 3 <>
, violées et
mutilées à Ciudad Juarez 4 <>
(Chihuahua). Ces paysans
abattus au bord d'un chemin au Guerrero. Ces villageois indigènes
encerclés par des groupes paramilitaires, comme à San Juan Copala
(Oaxaca). Ces responsables des biens communaux enlevés et
assassinés à Santa María Ostula (Michoacan). Ces milliers de
migrants mexicains ou centre-américains, cibles eux aussi de la
violence dans leurs pays et régions d'origine, persécutés,
rançonnés, massacrés, tant par les membres de la police mexicaine
que par les gangsters des cartels... Sans oublier, enfin,
l'implacable
et multiforme guerre de basse intensité menée contre les
communautés zapatistes en résistance, dans les montagnes et les
forêts du Chiapas.

*L'objectif de ce « nettoyage
ethnico-social »* est purement et simplement de terroriser les
secteurs de la population faisant encore obstacle aux changements
programmés de l'usage des sols, d'obtenir l'expulsion massive de ce
qui reste de paysans pratiquant l'agriculture d'auto-subsistance.
Ceux-ci doivent céder la place aux exploitations agro-industrielles,
consacrées aux monocultures d'exportation ou à l'alimentation à
bas coût/ 5/ <>
de populations de plus en plus
urbanisées et dépendantes. Ou bien, il s'agit de développer les
méga-projets énergétiques (barrages 6 <>
,
gigantesques « fermes » éoliennes, mines à ciel
ouvert), les immenses complexes touristiques, la prospection et
l'exploitation des ressources de la biodiversité naturelle, etc. En
un mot, faciliter le passage du rouleau compresseur industriel et
financier, de la « barbarie du progrès ».

L'ennui, pour les dirigeants mexicains qui se succèdent, à la
tête du gouvernement fédéral comme dans chacun des 32 états du
pays, bien disposés à continuer de vendre au plus offrant les
richesses naturelles et humaines à une économie mondiale se ruant
sur ce qui reste à ronger de l'os planétaire, c'est qu'une partie
encore significative de la population traîne les pieds. Ou pis
encore, elle refuse obstinément de quitter la terre et la vie qui va
avec : une large autonomie, une solidarité concrète entre les
individus, le partage d'une culture riche et vivante, l'organisation
régulière de fêtes et la manifestation réitérée de l'envie
de demeurer ensemble malgré la pauvreté. Ce refus s'appuie sur des
pratiques anciennes d'organisation communautaire, indépendante des
partis politiques, de leurs man¦uvres -souvent criminelles- de
division et de domination. C'est bien là que se trouve la principale
explication à cette guerre sans fin. Celle qui ensanglante un pays
dont les régions à majorité indigène subissent depuis
plusieurs décennies une véritable occupation militaire. Les
villes, dont les quartiers populaires se sont eux aussi organisés
-et même soulevés contre le pouvoir régional, comme à Oaxaca 7 <>
en 2006-, sont elles aussi la cible de cette
militarisation et d'une omniprésence policière, facteurs de
violence et d'insécurité. Des villages et des/ ejidos// 8/ <>
comme ceux de San Salvador Atenco, dans la
grande banlieue de Mexico, qui ont refusé catégoriquement
l'expropriation et la transformation de leurs champs en pistes
d'aéroport, ont également payé le prix fort en terme d'agressions
policières, d'arrestations massives, de tortures et de viols. Mais
la résistance de tout un peuple est là, multiforme, quoique
savamment ignorée et dissimulée par une presse aux ordres 9 <>
.

*2011, année de tous les dangers.*

2010 s'est achevée pour les Mexicains, au milieu des cortèges
sinistres de meurtres en tous genres 10 <>
, par la
curieuse et rocambolesque « libération » de Diego
Fernandez de Ceballos, millionnaire et dirigeant du PAN,
propriétaire de vastes haciendas dans l'État du Querétaro.
Celui-ci aurait été enlevé et détenu pendant plus de 7 mois
par un groupe mystérieux, dont les communiqués singeaient mal une
phraséologie de guérilléros. Et c'est finalement l'EZLN qui sera
mise en cause par les déclarations d'un pseudo
« repenti ». L'agence de presse EFE fera faire le tour du
monde à cette grossière manipulation, sans publier par la suite
aucun des démentis et protestations de la part des nombreux
individus et associations qui savent que les zapatistes n'ont jamais
eu recours à de telles méthodes.

*« L' année du Mexique en France »*

C'est donc dans ce contexte quelque peu sinistre que débute la
vaste opération publicitaire, comprenant selon les organisateurs,
plus de 200 manifestations, allant du Salon du Bourget au Festival de
Cannes 11 <>
, de l'année du Mexique en France. Avex la
culture comme cerise sur un gâteau peu reluisant, quoique
juteux...

Comme il est écrit plus haut, le « Président »
de l'« année du Mexique en France » est, pour le
Mexique, Miguel Alemán Velasco . Fils du président de la
république fédérale Miguel Alemán Valdés, ex-gouverneur de
l'État de Veracruz , ce monsieur a fait l'objet de nombreuses
accusations de corruption et de détournement des biens publics,
ainsi que pour les liens qu'il aurait entretenus avec les
organisations criminelles du narco-trafic 12 <>
(le/
Cartel del Golfo/ et les/ Zetas/, tueurs encadrés par
d'ex-militaires des forces spéciales mexicaines, se sont
considérablement renforcés sous son mandat).

Pour le Gouvernement mexicain, cette série de manifestations
vise de toute évidence à tenter de gommer l'image désastreuse
laissée par tant de violence, à masquer la recrudescence actuelle
des opérations militaires et paramilitaires.

Il s'agit en même temps, probablement, de relancer la promotion
touristique. Cette activité, accompagnée de méthodes d'expulsion
violente des habitants « primitifs » des lieux
convoités et du blanchiment de l'argent favorisé par les
opérations immobilières de grande ampleur, est un des secteurs d'
« avenir » pour les satrapes qui contrôlent le pays.
Mais il y a plus grave...

Du côté français, en effet, la présidence de l'
« année du Mexique » a été confiée au Président
du Groupe Safran, J. Paul Herteman. Et le « choix » de
cette entreprise, spécialisée dans la « défense »
et la « sécurité », le matériel militaire de haute
technologie (« armement du futur » pour fantassin,
moteurs et équipements d'avions et hélicoptères de combat,
matériels de détection, d'identification et de contrôle
biométrique 13 <>
...) n'est pas anodin. Safran est
présent au Mexique depuis 20 ans, et a semble-t-il équipé des
unités de la police et de l'armée du pays en matériels
sophistiqués. Lorsque Madame Alliot Marie, ministre du président
Sarkozy, déclare par exemple à l'Assemblée Nationale que le
gouvernement français projette l'envoi de policiers pour aider le
dictateur Ben Ali à mater les manifestations de la population
tunisienne, elle ne parle pas en l'air, et s'appuie sur de solides
précédents : des hommes du RAID se trouvaient déjà dans le
sud-est mexicain, au Chiapas, en 1999...Leur mission ? former des
policiers mexicains aux opérations commandos... Depuis des années,
de nombreuses « formations » ont été effectuées
dans le cadre de tels accords de coopération 14 <>
.
C'est que, comme l'a déclaré au journal El Universal l'attaché
« sécurité » de l'ambassade de France à Mexico,
notre pays a vécu des « événements terroristes
comparables à ce que le narcoterrorisme fait subir au Mexique »

15 <>
.

Le groupe Safran a inauguré construit deux usines à
Querétaro (le fief de Fernández de Ceballos, le politicien
« enlevé » et « libéré » en décembre
dernier). Les conditions de ces nouvelles installations ont été
royales : terrains cédés, etc...

Enfin, le fils de Miguel Alemán dirige une compagnie
d'aviation/ low cost/, Interjet. Cette entreprise a acheté une
quinzaine d'Airbus, et participe, avec EADS et ...Safran, à
l'expérimentation d'un nouveau « bio kérosène »,
fabriqué notamment à partir de salicorne. Voilà qui est bon pour
l'image d'une aviation dont les émissions de gaz à effet de serre
croissent de 5% par an. Mais les pêcheurs et les populations
indigènes de l'État du Sonora, où l'on projette de cultiver
massivement ces plantes, ne seraient peut-être pas tout à fait de
cet avis, s'ils étaient consultés.

L'année du Mexique en France est donc, avant tout, une
entreprise de manipulation. Elle vise à camoufler la situation dans
ce pays, à justifier la participation aux violences exercées
contre sa population, et à légitimer le pillage de ses ressources.
En outre, le choix et la banalisation de tels sponsors témoignent
d'une militarisation croissante de nos deux sociétés.

*Une autre année du Mexique ?*.

Il est extrêmement attristant de voir qu'en même temps que
certaines municipalités, des associations engagées dans
l'organisation de manifestations culturelles, et naguère plus
« militantes », se déclarent ravies de participer à
cette funèbre mascarade... Ignorance totale de ce que recèlent ces
montages onéreux, opérés, comme le rappelait un ami Mexicain,
sur le dos de nos deux populations ? Complaisance liée à des
subventions et autres avantages ?

Il est en tout cas encore temps, pour beaucoup, de réagir et
sortir de ces compromissions. Les individus, groupes et associations
désireux de découvrir la culture, les résistances et les
réalisations de l'Autre Mexique, celui d'en bas à gauche, des
quartiers populaires et des communautés indigènes et paysannes,
savent qu'il est possible de construire, non pas seulement au cours
de
cette année, de véritables rencontres et échanges avec le pays
de Frida Kahlo et Juan Rulfo.

Janvier 2011 ­ Jean-Pierre Petit-Gras

1 <>
« Habitants de Puebla (...) vous avez
raison de croire que je suis avec vous. Ce n'est pas la France qui
vous fait la guerre, c'est l'empire... ».
Ainsi s'exprimait Victor Hugo dans sa lettre aux défenseurs
de la ville de Puebla, attaquée par les troupes de Napoléon III.
Le 5 mai 1862, les soldats mexicains, en grande partie indiens des
montagnes voisines, mirent en déroute les représentants de la
« meilleure armée du monde ».

2 <>
Numéro de janvier 2011 -
http://www.jornada.unam.mx/2011/01/15/ojaportada.html

3 <http://www.jornada.unam.mx/2011/01/15/ojaportada.html>
Usines de montage de produits textiles,
électroniques ou informatiques, dont les employés surexploités,
presque toujours des femmes, n'ont quasiment aucun droit.

A Ciudad Juarez, des croix en bois rendent hommage aux victimes sur le lieu où leurs corps ont été retrouvé

A Ciudad Juarez, des croix en bois rendent hommage aux victimes sur le lieu où leurs corps ont été retrouvé



/http://www.courrierinternational.com/article/2009/05/06/
filles-en-danger-a-ciudad-juarez/.

Pour 2010, la journaliste Gloria

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