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le blog du laboratoire anarchiste

Vendredi 24 juin 2011 5 24 /06 /Juin /2011 11:00

La crise actuelle nous a amenés à écrire Crise financière et capi­tal fictif (L'Harmattan, 2008), mais la crise ne fait pas que subir l'ana­lyse, elle rétroa­git sur la cri­ti­que en dévoi­lant ses pro­pres fai­bles­ses d'ana­lyse comme de concep­tua­li­sa­tion. Il nous faut donc préciser cer­tains points.

2 Nous sommes partis de Marx mais en essayant de nous appuyer sur ce qui, chez lui, relève davan­tage d'une concep­tion dyna­mi­que1 de l'ana­lyse du capi­ta­lisme que d'une concep­tion archéolo­gi­que de celui-ci2. C'est aussi pour cela que tout en conti­nuant un éclair­cis­se­ment des « catégories » que nous uti­li­sons, nous avons voulu les confron­ter à un mou­ve­ment his­to­ri­que de longue durée alors que l'ana­lyse de Marx reste centrée sur la période, his­to­ri­que­ment courte du dévelop­pe­ment indus­triel du capi­ta­lisme.

La valeur comme représentation

3 Jusqu'au 1er millénaire avant notre ère, envi­ron, le désen­cas­tre­ment3 de l'écono­mie et l'ins­ti­tu­tion du marché n'exis­tent pas dans les sociétés humai­nes. De l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge, le tra­vail n'est encore qu'un ser­vice lié à un statut et à une condi­tion sociale sou­vent inférieure. L'écono­mie domes­ti­que est un art de la dépense en vue de la satis­fac­tion de besoins par­ti­cu­liers et concrets.

4 L'écono­mie s'est auto­no­misée de l'acti­vité domes­ti­que dont elle n'était donc qu'un moment (oiko­no­mos signi­fie admi­nis­tra­tion de la maison) à partir d'un double mou­ve­ment d'abs­trac­tion de la socia­lité immédiate et de sépara­tion des différentes acti­vités qui posent les fon­de­ments du tra­vail, des échan­ges en dehors de leur cadre sym­bo­li­que, de la propriété. Tout cela s'effec­tue au cours d'un pro­ces­sus qui voit les « fruits » se trans­for­mer en pro­duits qui ne tom­bent pas d'une corne d'abon­dance mais cons­ti­tuent le résultat d'un effort (le tra­vail), lui-même séparé de la jouis­sance par l'exis­tence de la propriété privée. L'ins­ti­tu­tion de cette dernière a un caractère juri­di­que et poli­ti­que qui impli­que sa légiti­ma­tion par l'inter­ven­tion d'un État qui va ensuite trou­ver dans l'accu­mu­la­tion de sur­plus de riches­ses la base matérielle à l'exer­cice de sa puis­sance. Mais ces riches­ses ne sont pas utilisées comme base d'accu­mu­la­tion de capi­tal, ce qui sup­po­se­rait la trans­for­ma­tion préalable des pro­duits en mar­chan­di­ses, condi­tion pour que l'argent devienne capi­tal. Il ne s'agit encore que de consom­ma­tion somp­tuaire ou de thésau­ri­sa­tion. L'accrois­se­ment de riches­ses fut rendu pos­si­ble dans les États-empi­res mésopo­ta­miens des xe-viiisiècles (notam­ment en Lydie) par le dévelop­pe­ment du com­merce mari­time4 et par l'assu­jet­tis­se­ment d'une classe d'êtres humains, les escla­ves, aux tâches que cette accu­mu­la­tion néces­si­tait.

5 Cette première opératio­na­li­sa­tion de la valeur a été élargie et inten­sifiée par les Cités-États grec­ques. Mais un tel mou­ve­ment d'auto­no­mi­sa­tion et d'abstraïsation de la valeur qui ten­dait vers la for­ma­tion d'un capi­tal argent, menaçait la cohésion de la com­mu­nauté encore fondée sur l'écono­mie domes­ti­que dans laquelle n'exis­tait que « des valeurs » concrètes. Il convient alors pour la Cité de contrôler ce capi­tal-argent, de ne pas lais­ser libre cours à la valo­ri­sa­tion de l'argent. D'où le com­pro­mis poli­ti­que élaboré par Aristote dans sa chrématis­ti­que : l'admi­nis­tra­tion de la com­mu­nauté peut uti­li­ser l'argent pour assu­rer ses échan­ges vitaux et sa conti­nuité, mais l'accu­mu­la­tion de l'argent pour l'argent (l'usure, le profit finan­cier) est condam­na­ble car elle crée un déséqui­li­bre social dans la Cité, elle menace l'être ensem­ble des citoyens. L'écono­mie ne doit pas domi­ner la poli­ti­que, l'éthique et la phi­lo­so­phie. Cette idée sera reprise par Thomas d'Aquin au Moyen Âge, pour qui le profit du mar­chand au long cours est jus­tifié par le risque encouru par le mar­chand et en raison de l'utilité com­mu­nau­taire de son com­merce qui rend acces­si­ble des biens exo­ti­ques.

6 C'est quand le système d'échange va se dévelop­per et s'étendre géogra­phi­que­ment à la suite d'une plus grande pro­duc­tion de sur­plus pour le marché5 (les pro­duits devien­nent mar­chan­di­ses) que la valeur va apparaître comme une représen­ta­tion de la com­men­su­ra­bi­lité de ce qui est échangé et de la richesse en général. Mais on ne peut encore parler d'un dédou­ble­ment de la valeur en une valeur d'usage et une valeur d'échange car cette dernière ne peut vrai­ment exis­ter en dehors d'une pos­si­bi­lité de repro­duc­ti­bi­lité à une assez grande échelle des biens pro­duits. Son expres­sion monétaire est donc très fluc­tuante puis­que la loi de l'offre et de la demande ne joue pas un rôle d'équi­li­bre. Il n'y a pas encore d'oppo­si­tion entre valeur et richesse matérielle. Le prix permet seu­le­ment une pro­jec­tion de la valeur hors de la valeur d'usage, dans un système mar­chand qui n'est pas encore capi­ta­liste, même si la valeur y cir­cule et que le capi­tal peut s'y accu­mu­ler. La cir­cu­la­tion s'y effec­tue encore d'une manière auto­nome par rap­port au procès de pro­duc­tion. D'ailleurs, ce procès de pro­duc­tion ne met en jeu qu'un capi­tal fixe peu impor­tant. En effet, le capi­tal est conquête du monde et domi­na­tion, source de puis­sance pour le sou­ve­rain et ses pro­ches avant d'être rap­port d'exploi­ta­tion dans la sphère pro­duc­tive. La pro­duc­ti­vité du tra­vail est encore faible et les capi­taux qui s'y aven­tu­rent per­dent du temps et de l'argent par rap­port à d'autres sour­ces de profit et par­ti­culièrement par rap­port aux oppor­tu­nités qui se présen­tent dans la sphère de la cir­cu­la­tion.

7 Ce n'est que pro­gres­si­ve­ment qu'une couche de petits commerçants et arti­sans, labou­reurs enri­chis va dyna­mi­ser l'indus­trie rurale d'abord locale puis natio­nale, puis, à défaut de pou­voir accéder aux sur­pro­fits du grand com­merce, elle va inves­tir dans la révolu­tion indus­trielle6.

8 Pour la France, Duby date le début de ce pro­ces­sus vers le xiiie siècle. Ce n'est pas que dans les autres régions il n'y ait pas eu d'accu­mu­la­tion matérielle des riches­ses, mais ces aires ne se sont pas affran­chies des contrôles étati­ques et reli­gieux ni de la fonc­tion première de la mon­naie. Il y a blo­cage tant que le mar­chand est confiné dans son rôle peu pres­ti­gieux d'intermédiaire entre aris­to­cra­tie et pay­san­ne­rie.

9 À cette époque, en Occident, le sens du mot « capi­tal » désigne soit un stock de mar­chan­di­ses ou d'argent por­tant intérêt, soit il s'agit de capi­tal-argent. Ce n'est que dans la seconde moitié du xviiie siècle que le capi­tal devient argent pro­duc­tif (Turgot et les phy­sio­cra­tes) puis au xixe siècle, argent-moyen de pro­duc­tion (Marx).

10 Ce n'est qu'à la fin du xviiie siècle que les écono­mis­tes clas­si­ques et Marx lui-même, en recher­chant l'ori­gine de la richesse, en vien­dront à bâtir un para­digme de la valeur qui ouvrira la voie à une dicho­to­mie entre valeur et richesse. La théorie de la mon­naie-voile des écono­mis­tes clas­si­ques, la dia­lec­ti­que de l'essence et de l'appa­rence et conséquem­ment la concep­tion du fétichisme chez Marx, peu­vent alors se donner libre cours. Au lieu de voir la valeur comme une représen­ta­tion de la puis­sance des sou­ve­rains d'abord, des agents écono­mi­ques por­teurs de capi­tal-argent ensuite, ils vont en faire l'essence de la richesse sociale d'une nation et lui cher­cher une sub­stance, le tra­vail, à tra­vers la théorie de la valeur-tra­vail de Ricardo. Marx dans la Contribution à la cri­ti­que de l'écono­mie poli­ti­que (1859)7, va repren­dre la vision bour­geoise du temps comme res­source (« le temps c'est de l'argent ») et en faire un ins­tru­ment de mesure de la valeur. Une valeur qui ne peut être fonc­tion que d'un temps objec­tif : ce sera le temps de tra­vail. Cela empoi­son­nera pour plus d'un siècle les dis­cus­sions autour de la trans­for­ma­tion des valeurs en prix de pro­duc­tion à partir du moment où la valeur va être définie comme une catégorie his­to­ri­que­ment spécifi­que (une « richesse sociale ») du capi­ta­lisme à dis­tin­guer donc d'une « richesse réelle » qui serait, elle, trans­his­to­ri­que. Comme si la richesse « réelle » pou­vait être autre chose qu'une richesse spécifiée his­to­ri­que­ment par des rap­ports sociaux spécifi­ques !

11 Pourtant, ce qui était le plus impor­tant dans cette affir­ma­tion d'une dicho­to­mie entre valeur et richesse, à savoir le fait que les deux notions ten­dent à tou­jours plus s'oppo­ser, n'a guère été repris par les épigo­nes marxis­tes8. Ils ont préféré se repor­ter sur la contra­dic­tion soi-disant fon­da­men­tale entre dévelop­pe­ment des forces pro­duc­ti­ves et étroi­tesse des rap­ports de pro­duc­tion (fina­le­ment une simple ques­tion de chan­ge­ment de propriété) plutôt que sur les effets de crise portée par un accrois­se­ment de la richesse cor­res­pon­dant à une « évanes­cence de la valeur9 ».

12 La valeur n'est donc pas un sujet, contrai­re­ment à cer­tai­nes expres­sions que nous avons sou­vent employées, telles que : « le mou­ve­ment de la valeur ». Tout au plus cette for­mu­la­tion pou­vait-elle rendre compte du fait que les échan­ges chan­geaient de nature quand on pas­sait des échan­ges mar­chands non capi­ta­lis­tes aux échan­ges mar­chands capi­ta­lis­tes. Que dans le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste, ce n'était plus les hommes qui échan­geaient entre eux au tra­vers des biens et ser­vi­ces qui leur étaient néces­sai­res (la valeur d'usage domine dans des rap­ports d'échange qui res­tent encore des rap­ports de « ser­vi­ces » minu­tieu­se­ment réglés par les orga­ni­sa­tions cor­po­ra­ti­ves et qui res­tent assignés au « juste prix »), mais des mar­chan­di­ses qui s'échan­geaient entre elles à tra­vers la média­tion des indi­vi­dus pro­duc­teurs et consom­ma­teurs (la valeur d'échange devient domi­nante à partir du moment où les biens et les per­son­nes revêtent un caractère abs­trait ou imper­son­nel). À l'uni­ver­sa­lité des pro­duits va cor­res­pon­dre l'ins­ti­tu­tion du marché, à l'uni­ver­sa­lité du tra­vail va cor­res­pon­dre un « marché » du tra­vail etc.

13 La valeur n'est pas non plus l'enve­loppe d'une sub­stance comme le pen­sait Marx pour qui la valeur sup­pose l'exis­tence de sa sub­stance : le tra­vail10. Or, dans les sociétés pré-capi­ta­lis­tes, il n'exis­te­rait qu'un tra­vail effec­tif ou immédiat ou encore concret. Donc, Marx, en bon hégélien, va dire que la valeur existe déjà parce qu'il y a des pro­por­tions de temps et de richesse, mais qu'elle n'existe pas encore parce qu'il n'y a que du tra­vail effec­tif11. En fait, le capi­tal n'est pas encore un rap­port social de dépen­dance récipro­que entre les clas­ses ; par exem­ple, le serf n'a pas besoin d'une classe domi­nante pour tra­vailler. Il n'est pas libre et il tra­vaille sur une terre dont il n'est pas propriétaire, mais avec ses pro­pres moyens de tra­vail rudi­men­tai­res. Ce n'est plus la même chose dans le système du sala­riat dans lequel chaque classe devient dépen­dante de l'autre et cela se ren­force dès que la manu­fac­ture et sa cen­tra­li­sa­tion du capi­tal fixe (machi­nes, locaux) rem­place le tra­vail en ate­lier ou à domi­cile. « Le capi­tal n'est pas un objet, mais un rap­port social de pro­duc­tion déterminé ; ce rap­port est lié à une cer­taine struc­ture sociale his­to­ri­que­ment déterminée […]. Le capi­tal […] ce sont les moyens de pro­duc­tion conver­tis en capi­tal mais qui, en soi, ne sont pas plus du capi­tal que l'or ou l'argent métal en soi - ne sont de l'argent au sens écono­mi­que. Le capi­tal, ce sont les moyens de pro­duc­tion mono­po­lisés par une partie déterminée de la société ; les pro­duits matérialisés et les condi­tions d'acti­vité de la force de tra­vail vivante en face de cette force de tra­vail et qui, du fait de cette oppo­si­tion, sont per­son­nifiés dans le capi­tal12 ». Le capi­tal est donc une tota­lité sociale qui est à dis­tin­guer des pôles qui le cons­ti­tuent, le pôle tra­vail d'un côté et le pôle capi­tal de l'autre dans lequel il se fait sub­stance13 sous la forme de la machine, des immo­bi­li­sa­tions

14 C'est l'uti­li­sa­tion par Marx d'une affir­ma­tion et de son contraire qui fera dire à Castoriadis que la pensée de Marx est rem­plie d'anti­no­mies14 sous cou­vert d'une logi­que de la contra­dic­tion, et sa théorie de la valeur, une métaphy­si­que. Marx a certes cherché à dépasser ces dif­fi­cultés logi­ques dans une vision du com­mu­nisme comme abo­li­tion de la valeur, mais nombre de marxis­tes ont vu dans le socia­lisme le plein essor de cette même valeur dans sa forme de valeur-tra­vail. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le capi­tal s'est montré moins métaphy­si­que et plus prag­ma­ti­que. En impo­sant comme référence les prix de pro­duc­tion (c'est-à-dire, pour Marx, une forme phénoménale qui se mani­fes­te­rait en sur­face cachant ainsi la réalité pro­fonde), il domine la valeur (qui est, pour Marx, l'essence du procès capi­ta­liste) et il en est même la source. Ainsi, le prix permet de valo­ri­ser même ce qui n'a pas de valeur parce que pas pro­duit par l'acti­vité des hommes ou alors parce que resté à l'extérieur des acti­vités mar­chan­des. Tout est alors capi­ta­li­sa­ble, même ce qui n'est pas pro­duit, même ce qui n'est pas de l'ordre de la pro­duc­tion.

15 Le slogan alter­na­tif « Le monde n'est pas une mar­chan­dise » a eu un grand reten­tis­se­ment parce qu'il rend jus­te­ment compte de ce pro­ces­sus et qu'il s'y oppose, même s'il le fait de manière élémen­taire. En effet, cette contes­ta­tion poli­ti­que de la mar­chan­di­sa­tion co-existe avec une absence de cri­ti­que pra­ti­que de la monétari­sa­tion des rap­ports sociaux.

16 Le dis­po­si­tif monétaire est plus qu'un simple rap­port mar­chand contrac­tua­lisé. Il ins­taure l'argent dans son rôle social, celui de lien social au sein d'un pro­ces­sus d'indi­vi­dua­li­sa­tion15. Le règne de l'argent apparaît comme un règne sans maître dont les règles ont été intériorisées à tra­vers le pro­ces­sus de démocra­ti­sa­tion et la recher­che de « l'égalité des condi­tions » (Tocqueville). Le dévelop­pe­ment de la mon­naie moderne réduit la dis­tance entre statut social d'ori­gine et capa­cité d'accès aux biens. Avec le marché et la mon­naie, on peut croire que n'importe qui vaut n'importe qui.

17 Il n'y a que lors­que l'argent ne cir­cule plus ou mal que sa domi­na­tion réapparaît sous une forme visi­ble. C'est ce qui se passe aujourd'hui où des pans entiers d'acti­vités ne sem­blent plus irrigués (failli­tes en chaîne sur­tout dans le tissu des pme, baisse des inves­tis­se­ments et suren­det­te­ment des ménages dus à des poli­ti­ques de hausse des taux d'intérêt).

18 On peut appli­quer ce schéma à la notion de force de tra­vail. Ce que vend le salarié, ce n'est pas une mar­chan­dise (Marx dit sou­vent dans le livre I du Capital que la force de tra­vail est une « non mar­chan­dise » qui se trans­forme, dans le procès de pro­duc­tion capi­ta­liste en « mar­chan­dise fic­tive »), mais sa sou­mis­sion per­son­nelle pen­dant la journée de tra­vail, donc son temps de tra­vail. De même, ce qu'achète le capi­ta­liste, c'est un droit de com­man­de­ment. C'est une réalité qui a été bien vue par les opéraïstes ita­liens mais qui a été complètement négligée par les ana­ly­ses qui, s'ins­pi­rant de Postone, met­tent l'accent sur les « abs­trac­tions réelles » (la valeur, le tra­vail abs­trait). Pourtant, c'est cette prise en compte qui peut expli­quer que per­du­rent les conflits sociaux du tra­vail en dehors d'un vérita­ble anta­go­nisme de classe.

19 Ce qui devient essen­tiel ce ne sont pas les concepts de sur­va­leur et d'exploi­ta­tion, mais une domi­na­tion et une contrainte de nature monétaire liée au rap­port sala­rial comme élément clé des rap­ports sociaux. Or ce rap­port sala­rial n'est pas le fruit d'un rap­port privé entre patrons et salariés. Le capi­tal ne peut être pensé sans l'État et la ques­tion de la puis­sance. Faute de cela, la cri­ti­que ne sait plus quoi faire d'une puis­sance qui ne relève pas stric­te­ment de l'écono­mie16 et se laisse aller à des faci­lités en qua­li­fiant l'État de « poli­cier » ou de simple « ministère de l'intérieur ».lire la suite là

 

envoie  ci dessousd'une militante rencontrée au rassemblement des indigné-E-s de valennce


Lundi 11 avril, France Inter reçoit, dans sa matinale, Christine Lagarde. Il s'agit d'un entretien suivi, comme à l'accoutumée, de questions d'auditeurs. Une retraitée expose : elle essaie de vivre avec 800 euros par mois et en réalité, sans les fortes privations qu'elle s'inflige, cette somme ne lui permettrait de vivre que quinze jours. Réponse de la ministre :

« Le gouvernement a tout a fait conscience de votre problème et c'est pour cela qu'il a décidé d'augmenter de 2% les pensions de minimum vieillesse. »

En fait, le gouvernement a augmenté le minimum vieillesse de 4,7% et les pensions, effectivement, de 2%. Notre retraitée va donc percevoir 16 euros de plus par mois. De quoi se plaindrait-elle ?

Le meilleur de l'entretien est à venir. Un autre auditeur s'inquiète de la capacité de l'Europe à continuer de venir en aide aux pays débiteurs en difficulté : Grèce, Irlande, demain Portugal, et ensuite ? Réponse (résumée) de la ministre : pas d'inquiétude ! L'Union européenne dispose d'un fonds de soutien de 500 milliards d'euros. Elle a de quoi aider. On en a encore sous le pied !

La petit dame à 800 euros n'écoutait peut-être plus la radio. Si elle l'écoutait, elle a dû être sidérée.

Christine Lagarde n'est pas en cause elle-même. Elle participe simplement d'un monde séparé par un vide effectivement « sidéral » de celui, réel, de millions de Français.

Les 800 euros contre les milliards des Etats

Quels discours a, en effet, entendu cette brave dame à 800 euros depuis trois ans ?

En 2008 puis 2009, notre chef de l'Etat lui a exposé que, pour éviter la récession, il injectait des dizaines de milliards dans notre économie ; vers la même époque, il lui a aussi expliqué qu'il était contraint d'avancer aux banques des dizaines d'autres milliards, pour éviter leurs faillites, tout en critiquant vivement, par ailleurs, leur gestion déplorable qui avait conduit à cette situation.

Il n'y a eu, en France du moins, aucune subvention aux banques : celles-ci ont remboursé les avances et versé des intérêts ; mais entre-temps, les démagogues d'extrême droite et gauche se sont époumonés à répéter qu'il y avait « de l'argent pour les cadeaux aux banques et rien pour les pauvres ».

Les profits des banques plus élevés que jamais

Quand arrivent les résultats 2010, la même dame, puisqu'elle écoute France Inter, entend énumérer les résultats faramineux des banques, dont certaines étaient proches de l'agonie deux ans plus tôt :

  • 7,8 milliards pour BNP-Paribas ;

  • 3,6 milliards pour le Crédit Agricole ;

  • 3,2 milliards d'euros pour la Société Générale presque « ruinée » deux ans plus tôt par l'horrible Kerviel..

Publié dans : tribune libre
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