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le blog du laboratoire anarchiste

Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 10:31
Pourdes clarifications essentielles pour les lecteurs du blog et pas seulement. Pour les anarchistes aussi  ceux qui se réfugient à  Romans. Pourquoi pas Romans plutot que Crest.  ceux ci se propulsent vers cette ville sans faire la critique de l'existant dans cette ville. Celle ci,soumise à une dictature d'une politique écologiste,. Le texte lu sur le blog mondialisme .orgdonne quelques pistes utiles pour une critique de l'existant.  Le texte ci dessous a été lu sur le site mondialisme.org

Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste :

un nœud de contra­dic­tions

qui fini­ront peut-être par explo­ser… ou pas

4.1. C’est à l’évid­ence un espace de reconver­sion des énergies de beau­coup de gens qui ont milité dans les orga­ni­sa­tions poli­ti­ques ou syn­di­ca­les tra­di­tion­nel­les. Cette reconver­sion peut être tem­po­raire (liée aux cal­culs de mili­tants dont l’orga­ni­sa­tion ne réussit pas à percer, ne dis­pose pas d’oxygène poli­ti­que) ou plus dura­bles, quand ces mili­tants sont défi­ni­ti­vement déçus par l’idéo­logie poli­ti­que qui les ani­mait, ou qu’ils acquièrent des posi­tions de pou­voir et d’influence telles qu’il serait ridi­cule de les aban­don­ner.

4.2. Ce mou­ve­ment donne à de peti­tes orga­ni­sa­tions natio­na­les les moyens, en se pro­je­tant à l’éch­elle inter­na­tio­nale, d’acquérir une aura, un statut social, voire un écho méd­ia­tique qu’elles n’auraient pas pu attein­dre autre­ment. C’est le cas par exem­ple de la Confédération pay­sanne qui est un petit regrou­pe­ment (15 000 pay­sans) à côté de la FNSEA, par exem­ple et de ses 330 000 adhérents.

4.3. Il four­nit à des indi­vi­dus placés dans les ins­ti­tu­tions natio­na­les ou inter­na­tio­na­les, dét­enteurs d’un savoir éco­no­mique, ou dét­enteurs d’infor­ma­tions impor­tan­tes, le moyen de com­bat­tre des poli­ti­ques qu’ils contri­buent pro­fes­sion­nel­le­ment à mettre en place. Ils jouent tantôt les « Gorge Profonde » (surnom de l’infor­ma­teur du scan­dale du Watergate durant la pré­sid­ence Nixon), tantôt les experts de la mon­dia­li­sa­tion, tantôt les conseillers du prince, les sher­pas des diri­geants du Sud…

4.4. Il met en avant la « pri­mauté des droits humains sur les droits des affai­res », tra­duire des capi­ta­lis­tes. Donc droits à la démoc­ratie, à la paix, droit des popu­la­tions et de leurs États à définir leur poli­ti­que ali­men­taire (leur « sou­ve­rai­neté ali­men­taire »), droits à l’ali­men­ta­tion, à la santé, au loge­ment, au tra­vail, droits envi­ron­ne­men­taux, droits sexuels et repro­duc­tifs. Ces droits mini­maux sont à la base de cam­pa­gnes contre la dette, contre la guerre, contre l’Organisation mon­diale du com­merce, etc., dont les rés­ultats sont pour le moment fort mai­gres.

Mais à terme, si l’on ne veut ni pren­dre le pou­voir, ni gérer l’État, ces reven­di­ca­tions de droits ne peu­vent qu’abou­tir à ren­for­cer les pou­voirs des États-nations ou alors des gran­des bureau­cra­ties inter­na­tio­na­les. En effet, dans le modèle alter­mon­dia­liste idéal, « les ins­ti­tu­tions supra­na­tio­na­les démoc­ra­tiques » devien­draient plus trans­pa­ren­tes ; les ins­ti­tu­tions finan­cières seraient subor­données à l’Assemblée géné­rale de l’ONU, à l’OIT, à la CNUCED (Conférence des nations unies pour le com­merce et le dével­op­pement), censées veiller au res­pect des droits. Les orga­ni­sa­tions dép­endant de l’ONU garan­ti­raient alors ces mul­ti­ples droits, mis en musi­que dans toutes sortes de Conventions des Nations unies sur tous les thèmes chers aux alter­mon­dia­lis­tes : droits de l’enfant, droits à l’édu­cation, au loge­ment, à la santé, à l’édu­cation, à l’égalité entre les sexes, etc.

4.5 Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste défend la notion de « biens publics mon­diaux » (la terre, l’eau, l’air, les res­sour­ces géné­tiques, la bio­di­ver­sité, la forêt tro­pi­cale, les écosystèmes, le savoir, l’énergie, les cultu­res et les iden­tités des peu­ples – ces deux der­nières notions devant être précisément définies puisqu’elles sont uti­lisées depuis long­temps par la droite et l’extrême droite) ou de « biens com­muns » (loge­ment, santé, édu­cation) qui devraient être « non mar­chands » et qui relè­veraient d’un « patri­moine commun de l’huma­nité » sans vrai­ment se deman­der com­ment impo­ser cette trans­for­ma­tion radi­cale des men­ta­lités et des pra­ti­ques éco­no­miques.

Que ce soit la notion de droits ou celle de biens publics mon­diaux, on ne voit pas bien l’intérêt que ces concepts devien­nent un patri­moine commun aux alter­mon­dia­lis­tes et aux ins­ti­tu­tions inter­na­tio­na­les. Loin qu’il s’agisse d’une « vic­toire idéo­lo­gique », ces conver­gen­ces sem­blent plutôt signa­ler la récu­pération de ces concepts que cons­ti­tuer un pas en avant dans leur mise en appli­ca­tion.

4.6. Certains grou­pes alter­mon­dia­lis­tes comme Oxfam déf­endent l’idée qu’un com­merce équi­table pour­rait dimi­nuer la pau­vreté et aug­men­ter la crois­sance éco­no­mique des pays du Sud, ce qui les rap­pro­che de la Banque mon­diale et du PNUD, Programme des nations unies pour le dével­op­pement.

4.7. Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste est plutôt favo­ra­ble au pro­tec­tion­nisme, quel­les que soient ses ten­dan­ces et même pour celles qui le cri­ti­quent en paro­les, qu’il s’agisse

* des cou­rants sou­ve­rai­nis­tes de gauche (qui veu­lent réha­bi­liter la nation « espace de démoc­ratie, de soli­da­rité et de rés­ist­ance à la loi des mar­chés », selon Bernard Cassen),

* des tiers-mon­dis­tes (qui veu­lent que les États du Sud adop­tent « une stratégie de dével­op­pement auto­cen­trée ou endogène » fondée sur l’exis­tence de 1,3 mil­liard d’agri­culteurs, prin­ci­pa­le­ment dans les pays du Sud),

* ou des par­ti­sans des solu­tions alter­na­ti­ves loca­les (coopé­ra­tives, entre­pri­ses autogérées, com­mu­nautés rura­les, etc.) qui ne pour­raient s’impo­ser qu’à la marge et seu­le­ment dans un monde où cer­tai­nes unités géog­rap­hiques (régions) seraient de fait pro­tec­tion­nis­tes en réd­uisant les éch­anges inter­na­tio­naux entre pays dis­tants « au strict néc­ess­aire » (ATTAC) et qui seraient mira­cu­leu­se­ment indép­end­antes des États et de la sphère mar­chande.

L’« auto­suf­fi­sance » (joli mot pour l’autar­cie) ou l’« indép­end­ance » ali­men­tai­res de CHAQUE pays, considéré de façon isolée, est extrê­mement dif­fi­cile à attein­dre dans les condi­tions actuel­les d’orga­ni­sa­tion capi­ta­liste de la pro­duc­tion et du tra­vail. Du moins si l’on exclut les solu­tions auto­ri­tai­res – d’ailleurs même les régimes tota­li­tai­res qui ont essayé d’être autar­ci­ques ont connu des fami­nes à cause notam­ment de la rés­ist­ance farou­che des pay­sans. En Europe, par exem­ple seuls quel­ques pays (France, Pologne, Allemagne) sont auto­suf­fi­sants sur le plan ali­men­taire.

4.8. Les som­mets alter­mon­dia­lis­tes cons­ti­tuent l’occa­sion pour de nom­breux mili­tants de base de se ren­contrer, de nouer des ami­tiés, de par­ta­ger des tech­ni­ques de lutte et des savoirs mili­tants, de ren­for­cer mutuel­le­ment leurs luttes (ex des VAAG, etc.).

4.9 Le mou­ve­ment alter­mon­dia­liste repose sur une idéo­logie citoyen­niste, « anti-partis », pro­duit du reflux des luttes qui a com­mencé à partir du milieu des années 70. Cette idéo­logie est à la fois hos­tile aux syn­di­cats et partis de gauche clas­si­ques, tout en rêvant de faire pres­sion sur eux ; elle est hos­tile à la mon­dia­li­sa­tion tout en rêvant de réguler les mécan­ismes finan­ciers ; elle est hos­tile à l’exploi­ta­tion tout en rêvant d’un monde peuplé de peti­tes entre­pri­ses sympa et équi­tables, ou de coopé­ra­tives – capi­ta­lis­tes – où tous les sala­riés auraient la même rému­nération ; elle est spon­tanément hos­tile à la divi­sion entre tra­vail manuel et tra­vail intel­lec­tuel, tout en ayant une confiance aveu­gle dans des spéc­ial­istes, experts ou pro­fes­seurs uni­ver­si­tai­res.

Ce qui expli­que le succès d’idées comme celles des décisions au consen­sus (1), des struc­tu­res déc­ent­ralisées, des accords mini­maux sur des « objec­tifs concrets, limités, mais ras­sem­bleurs » (F. Polet), l’hos­ti­lité au dog­ma­tisme (tra­duire au marxisme), l’éloge du plu­ra­lisme pour créer un mou­ve­ment le plus « ras­sem­bleur » pos­si­ble. Ce mou­ve­ment met donc les ques­tions idéo­lo­giques et straté­giques au second plan (ce qui fait qu’elles se dis­cu­tent en très petit comité et non devant tout le monde, comme le montre le livre de Raphael Wintrebert sur ATTAC) au nom de l’action concrète (2) qui devrait primer sur le débat idéo­lo­gique, et au nom de formes et de mét­hodes d’action qui sem­blent plus démoc­ra­tiques, plus hori­zon­ta­les, moins sexis­tes, etc.

Le fait que ATTAC ne soit pas un parti, qu’il n’y ait pas de ligne poli­ti­que offi­cielle, que les Forums sociaux mon­diaux n’adop­tent de pro­gramme poli­ti­que cons­truit permet aux mili­tants alter­mon­dia­lis­tes de base de ne pas sentir forcément engagés par les déc­la­rations des experts, des diri­geants ou des intel­lec­tuels les plus sou­vent inter­viewés par les médias.

Cela génère, au nom de la richesse du foi­son­ne­ment des différ­ences qui coexis­tent au sein d’un même mou­ve­ment une cer­taine confu­sion (3) et un cer­tain rela­ti­visme, bien dans l’air du temps. À part les idées néoli­bérales ou fas­cis­tes, fina­le­ment toutes les idées de gauche, d’extrême gauche ou liber­tai­res ne se valent-elles pas ?

Dans ce genre de situa­tion où l’unité prime sur la clarté et le tran­chant des posi­tions adoptées, les points de vue les plus modérés, donc les pro­jets alter­ca­pi­ta­lis­tes cri­ti­qués dans ce texte, sont cer­tai­ne­ment ceux qui connais­sent la plus grande dif­fu­sion méd­ia­tique et qui ris­quent d’influen­cer le plus les esprits. Face à la montée des idéo­logies pro­tec­tion­nis­tes, il n’est pas du tout sûr que l’alter­mon­dia­lisme soit capa­ble de rem­por­ter la bataille contre les idées natio­na­lis­tes, contre les partis et les dis­cours popu­lis­tes, d’extrême droite et fas­cis­tes qui pren­nent de l’ampleur. Tout un tra­vail de défi­nition poli­ti­que devrait être entre­pris et il est à crain­dre que la concep­tion du néoli­bér­alisme qui est la sienne ne l’en rende inca­pa­ble.

Y.C., juin 2011

1. Comme le notent des mili­tants d’ATTAC : « la culture du consen­sus ou de l’una­ni­mité qui est pér­io­diq­uement affirmée comme une force par les diri­geants de l’orga­ni­sa­tion, recou­vre, de fait, des rap­ports de domi­na­tion ». Une cons­ta­ta­tion que l’on pour­rait faire aussi à propos d’un réseau comme RESF, sous une forme plus atténuée.

2. Ce primat de l’action concrète a des effets per­vers puisqu’« une cri­ti­que n’est considérée comme légi­time que si elle répond aux besoins des mili­tants pour leur action concrète ». Dans une orga­ni­sa­tion comme Lutte ouvrière par exem­ple cela donne (au mieux) : « C’est peut-être intér­essant ta posi­tion, mais quel­les sont les conséqu­ences pra­ti­ques sur nos acti­vités quo­ti­dien­nes ? »

3. G. Wassermann, direc­teur de la revue Mouvements (créée en 1998) et qui passa pres­que toute sa vie mili­tante au PCF avant de le quit­ter en 1987, cri­ti­que les dém­ar­cations et affron­te­ments poli­ti­ques du mou­ve­ment ouvrier et socia­liste, pour dres­ser un tableau idyl­li­que du mou­ve­ment alter­mon­dia­liste qui, d’après lui, se serait « d’emblée cons­ti­tué par agré­gation de cultu­res, de cou­rants, de pra­ti­ques différents. Cette agré­gation est même la condi­tion sine qua non de son exis­tence ». Cette « agré­gation » tant vantée ne peut qu’entre­te­nir la confu­sion et favo­ri­ser les posi­tions les plus conci­lia­tri­ces vis-à-vis de la domi­na­tion du Capital et de son frère jumeau l’Etat.

Bibliographie

Eric Agrikoliansky, Olivier Fillieule, Nonna Mayer, L’alter­mon­dia­lisme en France. La longue his­toire d’une nou­velle cause, Flammarion, 2005. La plu­part des arti­cles sont excel­lents et font preuve d’un regard cri­ti­que sur les affir­ma­tions auto­com­plai­san­tes des alter­mon­dia­lis­tes. À la fois un ouvrage de socio­lo­gie des mou­ve­ments et d’ana­lyse poli­ti­que.

Eric Fougier, Dictionnaire ana­ly­ti­que de l’alter­mon­dia­lisme, Ellipses, 2006. Bien informé. Très pra­ti­que à consul­ter. Seul inconvénient : il contient quel­ques répé­titions, indis­pen­sa­bles vu la nature de l’ouvrage mais un peu gên­antes si on le lit de la pre­mière à la der­nière page.

François Polet, Clés de lec­ture pour l’alter­mon­dia­lisme, CETRI, 2008. Un résumé bref, donc rapide à lire, mais por­tant sur­tout sur les idées, pas sur les mou­ve­ments.

Gustave Massiah, Une stratégie alter­mon­dia­liste, La Découverte, 2011 – Jargonneux en diable et peu centré sur le récit d’expéri­ences mili­tan­tes concrètes.

Michel Wieworka (sous la direc­tion de), Un autre monde, Balland, 2003. Beaucoup de dis­cours généraux, peu d’exem­ples concrets

Ignacio Ramonet, Ramon Chao, Wozniak, Abécédaire par­tial et par­tiel de la mon­dia­li­sa­tion, Plon, 2003. Simple voire sim­pliste et acri­ti­que dans beau­coup d’entrées, mais assez représ­en­tatif du consen­sus mou sou­haité par les idéo­logues du Monde diplo­ma­ti­que et d’ATTAC.

Raphaël Wintrebert, ATTAC, la poli­ti­que autre­ment ? Enquête sur l’his­toire et la crise d’une orga­ni­sa­tion mili­tante, La Découverte, 2007. Autant l’enquête de cet obser­va­teur par­ti­ci­pant est intér­ess­ante, en tout cas pour quelqu’un d’extérieur à ATTAC qui sou­hai­te­rait en com­pren­dre un peu le fonc­tion­ne­ment, autant la partie consa­crée à la crise orga­ni­sa­tion­nelle qui a vu le départ de Nikonoff, puis en 2008 la création par celui-ci du très chau­vin M’PEP, Mouvement poli­ti­que d’édu­cation popu­laire, est très décev­ante. L’auteur ne dis­po­sait pas à l’époque de suf­fi­sam­ment de recul après la scis­sion et les enjeux sont pour le moins obs­curs, tels qu’il les prés­ente, ce qui nuit à l’intérêt de l’ouvrage.

ATTAC, Inégalités, crises, guer­res : sortir de l’impasse, Mille et une nuits, 2003

Quelques sour­ces Internet, parmi d’innom­bra­bles arti­cles

– Critiques de l’alter­mon­dia­lisme sur Internet

http://www.daniel­mar­tin.eu/Politiqu...

– Numéro de L’Economie poli­ti­que

http://www.leco­no­mie­po­li­ti­que.fr/l-...

– Site anti­ci­toyen­nisme

http://web.tis­cali.it/anti­ci­toyenni...

– Altermondialisme et indi­vi­dua­lisme : une cri­ti­que liber­taire, Marco Silvestro, 25-26 mars 2006

www.crac-kebec.org/.../Altermondial...

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