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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

le blog du laboratoire anarchiste

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 11:24

Jeudi 28 juillet, un feu de matelas a déclenché un incendie au Centre de rétention administrative de Satolas-Lyon. Les 68 [1] personnes enfermées ont été transférées dans d’autres prisons pour sans-papiers à Toulouse et à Nîmes, depuis lesquels ils seront expulsés. Reste à savoir si en plus certains d’entre eux seront poursuivis pour l’incendie, à l’image de ce qui a déjà eu lieu par le passé.

19 personnes, dont 14 flics, ont été hospitalisées après avoir respiré du monoxyde de carbone dégagé par l’incendie.

Un centre de rétention, c’est avant tout une prison, et une prison ou l’on se retrouve enfermé, sans avoir été condamné pour quoi que ce soit, et dans l’attente d’une expulsion vers un pays qui n’a bien souvent rien à voir avec la vie actuelle des personnes expulsées. Alors un centre de rétention qui crame, on ne peut que s’en réjouir.

Sabotons la machine à expulser !
liberté de circulation !

Déjà, en juin 2008, à Vincennes, souvenez-vous :

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Beau comme des centres de rétention qui f lambent

-Le 22 juin 2008, les deux bâtiments du centre de rétention de Vincennes (Paris) sont cramés. Après des mois de tension et d’affrontements, comme au Mesnil-Amelot et ailleurs, des sans-papiers y ont réalisé la seule réforme possible des prisons : leur réduction en cendres.

En Espagne, comme en Italie ou en Belgique (incendie du centre 127bis de Bruxelles le 24 août 2008), des émeutes viennent aussi régulièrement troubler le bon ordre de ces camps de la démocratie marchande.

Les centres de rétention ne sont qu’un des maillons de cette société carcérale. D’un système qui voudrait tous nous voir soumis ou résignés pour que les puissants continuent de s’enrichir sur la misère, les désastres écologiques ou la guerre.

La question des prisons est donc d’abord celle du monde qui les produit : il n’existe pas d’enfermement décent, comme il n’y a pas de capitalisme à visage humain. Face aux contrôles et aus rafles de sans-papiers dans les rues et les transports, face au racket spéculatif des tauliers, contre l’exploitation qui nous tue à la tâche, il est temps que la peur change de camp.

-Le 9 mars 2011, la prison pour sans-papiers du Canet à Marseille est hors service suite à un incendie. C’est le lieu, appelé Centre de Rétention Administrative, où l’Etat enferme des gens (uniquement parce qu’ils n’ont pas de papiers) raflés lors de contrôle d’identité en attendant de s’organiser pour les expulser sous trente jours. Des retenus ont mis le feu à des matelas dans deux bâtiments différents. Les retenus, intoxiqués par les fumées, ont été emmenés à l’hôpital. L’un d’entre eux en a profité pour se faire la belle.

« On a été soignés, rapidement, légèrement, ce qui est normal aux yeux de l’état français parce qu’on est sans papiers. Aucun droit. On a passé toute une soirée dans une cour, à l’air, jusqu’à 23h, et puis on a été conduits dans une petite salle de 12m2. On était 36 personnes. Entre 23h30 et minuit, ils nous ont conduits au centre de rétention de Nîmes. Pire que des animaux, on est restés dans une salle jusqu’au petit matin. »

Très peu ont été libérés contrairement à ce qui se passe d’habitude lors de transferts collectifs suite à des incidents. Le message est clair : la volonté du pouvoir d’étouffer tout espoir de libération par des actes de révoltes qui sont quotidiens. De l’Australie à l’Italie, de la Lybie à la Belgique : évasions collectives, départs de feu, grèves de la faim, mutineries... Alors, la vengeance de l’État ne se fait pas attendre : on pense à ceux de Vincennes (jusqu’à 3 ans ferme), ou de Bordeaux (jusqu’à 5 ans).

Six des retenus du Canet sont actuellement en détention provisoire à la prison des Baumettes, soupçonnés d’avoir mis le feu. Une instruction est en cours. D’une prison à une autre, de la « rétention » à la « détention », il n’y a qu’un pas, souvent franchi lorsque l’on s’oppose à son expulsion, que l’on donne une fausse identité, qu’on ne se laisse pas faire.

Dès le lendemain de l’incendie, un rassemblement spontané devant le commissariat est venu manifester son soutien avec les sans papiers placés en garde à vue avant leur inculpation. Un collectif décide alors de s’organiser pour exprimer sa solidarité avec ce geste de révolte qui n’est pas un acte de désespoir mais bien au contraire un acte de résistance contre l’enfermement. Qu’ils soient coupables ou innocents, peu importe, il s’agit de soutenir ceux que l’État a choisi pour se venger de ce coup porté à la machine à expulser : le centre de rétention du Canet est fermé jusqu’à nouvel ordre.

Un centre de rétention en moins, c’est concrètement une diminution des rafles et des expulsions. Les centres de rétention sont un rouage de la machine à expulser, outil des politiques migratoires. Par ce dispositif de gestion des populations, l’État cherche à fragiliser une main-d’œuvre immigrée forcée de se cacher dans la peur quotidienne du contrôle et de l’expulsion, et surtout d’accepter n’importe quel boulot payé des miettes et n’importe quel logement pourri hors de prix. L’Etat crée ainsi une catégorie de travailleurs avec droits au rabais ou sans droit pour le plus grand profit des patrons et ainsi fout la pression sur les autres travailleurs. Par la mise en concurrence des travailleurs légaux et illégaux, c’est l’ensemble des salaires et des conditions de travail qui sont précarisés. Cette stratégie économique est légitimée par une idéologie raciste et post-coloniale qui construit l’image de l’immigré comme ennemi intérieur responsable du chômage et de l’insécurité, créant ainsi un climat de haine, la guerre de tous contre tous : diviser pour mieux régner.

Dans ce monde de soumission et de résignation, où l’État impose sa terreur à coups de contrôles, de flics, de juges, de prisons, lorsque des individus, du fond de leur trou, passent à l’offensive en détruisant une prison, ça nous touche parce que nous aussi nous sommes enfermés, contrôlés, jugés pour mieux être exploités. La destruction d’une prison, c’est un peu d’air et d’espoir, comme un écho aux révoltes dans les pays du maghreb et du moyen-orient. Lorsque le pouvoir approuve du bout des lèvres ces révoltes, c’est pour ériger nos démocraties comme unique modèle, en oubliant qu’ici aussi, on exploite, on enferme, on tue, au nom de la liberté, celle des puissants, qui vivent sur notre dos, qui nous volent jusque nos vies pour s’enrichir.

Voilà pourquoi nous nous réjouissons quand une prison brûle. Voilà pourquoi nous nous réjouissons que partout dans les centres de rétention éclatent des révoltes. Les révoltés de Marseille ont brûlé leur prison de l’intérieur, poursuivons la lutte à l’extérieur. Organisons nous pour soutenir les 6 inculpés.

pour nous contacter : soutien6cra@riseup.net
"

le 26 juin 2011 [Marseille]Soutien aux inculpés de l'incendie du centre de rétention du Canet


http://farm4.static.flickr.com/3052/3022304679_9712e1b9fe.jpg

dernière nouvelle:

Après quatre mois et demi de détention provisoire aux Baumettes et cinq jours de grève de la faim, Djamel Benamar, inculpé suite à l’incendie du CRA du Canet, a été libéré jeudi 21 juillet. Il est sous contrôle judiciaire. Il n’y a donc plus d’inculpé de l’incendie du CRA du Canet en détention provisoire. Nous ne savons pas encore quand aura lieu le procès, mais vraisemblablement, ce ne sera pas avant 2012. Le chef d’inculpation est : destruction de bien d’autrui avec un moyen dangereux pour les personnes. En attendant, un concert de soutien est prévu le 16 septembre à Marseille. La solidarité continue, merci à tous ceux qui y ont participé de près ou de loin.

Un centre de rétention qui brûle c’est la machine à expulser qui s’enraye. Liberté pour tous les inculpés du Centre de Rétention Administrative du Canet.

Mercredi 27 juillet 2011.

 

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