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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

File:Wooden Shoe.svg
2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 16:21

 

Comment on en arrive à cesser le travail dans une PME de l’informatique.


Un matin, un regard, le même feu…

A s’entendre promettre une carotte qui ne vient jamais.

A se faire rouler dans la farine à chaque entretien.

A écouter pendant des heures un en-cravaté raconter ses salades et expliquer comment à la dernière ligne droite qui se termine se succède désormais une autre dernière ligne droite qui nous requiert plus que jamais, à quel point les mois qui viennent sont importants pour “la société” et pourquoi il va falloir accepter de passer des semaines à 800km de chez soi à faire acte de présence 14h par jour pour 15€ par nuit. A s’entendre expliquer que tout ce temps sera récupéré, plus tard…

A s’entendre dire qu’il n’y a pas de sous et admirer avec dégoût l’excellence que peut atteindre l’être humain dans le mensonge et la manipulation.

A voir ses congés annulés la veille pour le lendemain et s’y attendre avec banalité.

A se lever tous les matins et ravaler ses envies, pour qui, pour quoi ?

A savoir qu’on est les dindons d’une farce qui n’a rien de drôle.

Toutes les heures détournées à surfer sur internet n’y changent rien.

Il est un moment où partager sa haine à chaque pause-clope ne suffit plus. Où une dernière goutte d’eau ne fait pas déborder un vase, mais allume un brasier.

Qu’est-ce qu’il nous reste ? Le coulage quotidien, le sabotage discret, le chapardage, le détournement des ressources de l’entreprise et surtout la rupture d’un contrat soit-disant libre : la cessation du travail. Histoire de rappeler que le patron n’est rien si personne ne lui obéit. Et qu’on ne lui appartient pas.

La décision vient sur un coup de tête. C’en est trop, et s’il suffit d’être 2, alors nous serons 2. Nous n’irons pas bosser ce matin. On trouve des revendications pour se couvrir, l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est la voix chevrotante du patron qui flippe sur nos répondeurs. S’en suit une alternance bigarrée de flatterie, de supplications, de menaces, et de fausse négociation. Rien n’y fait. Une brèche est ouverte, une inspiration pour nos collègues qui après-coup auraient aimé participer, une possibilité abstraite qui se concrétise, une force qui se transmet.

S’il y a évidemment une dimension stratégique et tactique dans tout conflit, relever la tête ne saurait se perdre dans l’attente d’un “moment opportun” qui ne vient jamais, d’une consigne ou encore moins d’une autorisation.

Et si nous avons cessé de mobiliser nos corps et de mettre à disposition nos esprits pour une cause qui n’est pas la notre, ce n’est pas tant pour obtenir de meilleures conditions d’exploitation, que pour sortir, au moins pour un temps, de l’aliénation quotidienne et recouvrer un peu de notre autonomie, de notre liberté et de notre dignité.

Certain-e-s diront que nous avons perdu car nos revendications ont été ignorées, nous disons que cela nous importe peu, que cela nous était nécessaire et que ce n’est qu’un début, qu’il faudra bien d’autres grèves pour que nous ne soyons plus acculés à la grève, pour en finir avec le salariat et toutes les formes de domination et d’aliénation. Pour renverser la table et contempler l’éruption du commencement.

Un soir, des regards, et l’odeur

du souffre…

Repris du site lecridudodo.

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