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le blog du laboratoire anarchiste

Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 15:32

e livre est intéres­sant d’abord d’un point de vue fac­tuel, mais aussi parce qu’il intègre de bonnes cita­tions dont cer­tai­nes assez peu connues comme celle de F. Piperno sur le mou­ve­ment de refus du tra­vail ou celle de L. Castellano à son procès pour dénoncer la théorie du com­plot. Enfin, le livre marque bien la césure que représente le mou­ve­ment de 1977 par rap­port au mou­ve­ment qui l’a précédé entre 1968 et 1973. « S’il y eut rup­ture en 1977, c’est que pour la première fois un mou­ve­ment révolu­tion­naire moderne ne se définis­sait pas à partir des catégories de l’écono­mie poli­ti­que ni en tant que Sujet : c’est pour­quoi il échap­pait à toute cap­ture » (p. 216). Mais s’il marque la rup­ture, il ne néglige pas pour autant ses prémisses en le rat­ta­chant his­to­ri­que­ment à la théorie opéraïste et à ses auteurs prin­ci­paux Tronti et Negri. C’est d’autant plus remar­qua­ble que cette reconnais­sance de dette du mou­ve­ment de 1977 envers l’opéraïsme n’est pas du tout cou­rante, du moins en France, comme on put le voir dans le « trai­te­ment de faveur » réservé à Negri dans la revue Tiqqun. En effet, Negri n’y est pas traité en fonc­tion de ses écrits et de ses actes de l’époque, mais en fonc­tion de ce qu’il est devenu depuis. Et pour­tant, cer­tains de ses concepts sont repris sans que soit rappelée leur ori­gine (« l’Empire », les « mul­ti­tu­des »).

Qu’est-ce qui « cloche », alors, quand on lit ce livre en ayant bien connu l’Italie de l’époque ?

1- Une lecture insurrectionniste de l’autonomie

2 Tout d’abord, on a l’impres­sion d’une réécri­ture des événements à partir d’un prisme qui lui est en grande partie étran­ger et en tout cas lar­ge­ment postérieur, à savoir le prisme insur­rec­tion­niste. Cet a priori se mani­feste à tra­vers des références, non indiquées comme telles, à la revue Tiqqun1. Cela donne lieu à de nom­breux néolo­gis­mes : « plan de consis­tance », « ligne de fuite », « machine de guerre en prolifération », « contre-insur­rec­tion », oppo­si­tion entre « le molaire et le moléculaire », « gou­ver­ne­men­ta­lité ». Il est vrai que sur la fin et à Bologne, le mou­ve­ment à partir d’A/tra­verso est chargé de références aux concepts en pro­ve­nance de la « boîte à outil » de Deleuze, Guattari2. La notion de trans­ver­sa­lité est ainsi avancée comme mode de recom­po­si­tion non dia­lec­ti­que des expérien­ces sub­ver­si­ves. Une cri­ti­que de la dia­lec­ti­que que Tari retrouve à l’intérieur de cer­tai­nes ten­dan­ces du mou­ve­ment féministe ita­lien : « Qui n’est pas dans la dia­lec­ti­que du maître et de l’esclave devient cons­cient et intro­duit dans le monde le sujet imprévu3 ». Le fait même de partir d’une posi­tion his­to­ri­que de non sujet per­met­trait aux femmes de suivre un par­cours différent, de pra­ti­quer une « ligne de fuite » (tou­jours les néolo­gis­mes deu­leu­ziens). En effet, si on scrute le livre de référence en la matière, à savoir le livre de F. Berardi (Bifo) : Le ciel est enfin tombé sur la terre4, recueil des arti­cles mar­quants de la revue A/tra­verso, on trouve bien l’accent mis sur les désirs, la volonté de poser la ques­tion de l’exis­tence, du vécu, de la trans­ver­sa­lité (Deleuze). Ces termes moder­nis­tes qui fleu­rent bon la psy­cha­na­lyse radi­ca­lisée (on y trouve, par exem­ple, l’expres­sion « machine de guerre », page 72 et aussi « l’Université comme usine de dis­si­dence »), côtoient encore un lan­gage marxi­sant mis à la mode « mao-dada » comme le reven­di­quent les bolo­gnais où il est encore fait men­tion des « besoins radi­caux de classe », de « révolu­tion cultu­relle », de « pro­ces­sus révolu­tion­naire », de « révolu­tion en Italie » etc.). Mais d’une manière générale la rup­ture est marquée par une appréhen­sion du capi­ta­lisme comme système de domi­na­tion plus que comme système d’exploi­ta­tion.lire la suite ici


Publié dans : lelaboratoire
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