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le blog du laboratoire anarchiste

Le Bulletin de contre-info en Cévennes n°12 vient de sortir.

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Edito

On le sait bien : d’une élection à l’autre, les diri­geants chan­gent, les débats pren­nent dif­fé­ren­tes tein­tes, mais la réa­lité reste la même. Suffrage uni­ver­sel, mul­ti­ples partis et pro­gram­mes, débats poli­ti­ques média­ti­sés, pri­mai­res... le spec­ta­cle démo­cra­ti­que est en place. Il doit main­te­nir la croyance dans ce sys­tème, entre­te­nir l’illu­sion qu’on puisse être maî­tres de notre avenir.

D’un parti à l’autre, l’essen­tiel est conservé. Les bases du sys­tème ne peu­vent jamais être remi­ses en ques­tion : exploi­ta­tion, pro­priété, fron­tiè­res, mar­chan­dise, argent, famille... De toute manière, dans l’exer­cice du pou­voir, les réa­li­tés socia­les et les enjeux économiques indui­sent les poli­ti­ques exer­cées. Le rôle des diri­geants est de gérer l’exis­tant, pas de le chan­ger, quel­les que soient leurs pro­mes­ses. Aucun can­di­dat n’est assez stu­pide pour igno­rer ces évidences. Ils pos­tu­lent pour béné­fi­cier d’une par­celle, plus ou moins grande, du pou­voir que leur confère un État moderne, et en tirer les avan­ta­ges. En tant qu’admi­nis­tra­teurs ou ges­tion­nai­res, ils ne peu­vent ni n’ont inté­rêt à en chan­ger la fonc­tion ou les règles.

Le rôle de l’État est d’abord de pré­ser­ver le sys­tème, d’en assu­rer la conti­nuité, que les gou­ver­ne­ments chan­gent ou même les régi­mes. Le capi­ta­lisme doit per­du­rer, la classe domi­nante doit assu­rer sa posi­tion : l’État est là pour le per­met­tre. Sa fonc­tion est sa raison d’être, elle ne peut être chan­gée. Il doit sou­te­nir l’économie en pro­po­sant un cadre entre­pre­neu­rial com­pé­ti­tif. L’urba­ni­sa­tion du ter­ri­toire, une recher­che de pointe, des poli­ti­ques moné­tai­res adap­tées, des sub­ven­tions aux entre­pri­ses ou, bien sûr, la mise à dis­po­si­tion et la for­ma­tion d’une main-d’œuvre ren­ta­ble (rap­port coût/qua­li­fi­ca­tion) sont des objec­tifs indé­pas­sa­bles pour un État moderne. D’un côté, dyna­mi­ser le capi­tal (jusqu’aux guer­res pour l’accès aux res­sour­ces, à des nou­veaux mar­chés), de l’autre, admi­nis­trer la popu­la­tion pour four­nir, à mesure, le marché du tra­vail (éducation, sécu­rité sociale, etc.) et garan­tir la paix sociale (de l’inté­gra­tion citoyenne à la répres­sion des clas­ses dan­ge­reu­ses).

Les États d’Europe de l’Ouest ont pu se per­met­tre, après la Seconde Guerre mon­diale, de déployer une poli­ti­que de « redis­tri­bu­tion ». En fait, une poli­ti­que de relance par la consom­ma­tion, en vu de boos­ter le marché inté­rieur. L’objec­tif étant de garan­tir la paix sociale (la bour­geoi­sie gar­dant le sou­ve­nir des révo­lu­tions au sortir de la Première Guerre mon­diale) tout en garan­tis­sant la crois­sance. Cette période des Trente glo­rieu­ses a vu appa­raî­tre l’essen­tiel des « acquis sociaux ». S’ils ont été prin­ci­pa­le­ment obte­nus par des luttes, la classe domi­nante les a octroyés pour endi­guer la « menace rouge », parce qu’elle en avait les moyens, que ça ne met­tait pas en péril ses inté­rêts et béné­fi­ces et que ça s’inté­grait à sa poli­ti­que du New Deal [1].

Aujourd’hui, le contexte a pro­fon­dé­ment changé. Depuis les années 70, la crois­sance n’est plus là. La perte d’influence, rela­tive certes, des puis­san­ces euro­péen­nes sur leurs ancien­nes colo­nies, la hausse du prix des matiè­res pre­miè­res, la dif­fi­culté d’ouvrir de nou­veaux mar­chés, la concur­rence entre les capi­ta­lis­tes... en sont des fac­teurs déter­mi­nants. Malgré les réor­ga­ni­sa­tions et ten­ta­ti­ves pour dépas­ser ces limi­tes [2], les phases de relance échouent suc­ces­si­ve­ment. L’impor­tance majeure prise par la finance n’est qu’une réponse du capi­tal pour réta­blir la crois­sance. La crise, à force d’être conte­nue, ne fait que s’appro­fon­dir, de failli­tes en krach bour­sier.

Face à cette situa­tion, les gou­ver­ne­ments des États euro­péens, de droite comme de gauche, dérou­lent tout un panel de mesu­res afin d’assu­rer la sta­bi­lité finan­cière et de réta­blir la com­pé­ti­ti­vité et la ren­ta­bi­lité économiques. Une poli­ti­que de rigueur, pour éviter la faillite, se double d’une poli­ti­que d’aus­té­rité visant à faire bais­ser le coût de la main-d’œuvre : hausse des taxes et des impôts, réduc­tion des dépen­ses de l’État (sup­pres­sion de postes et res­tric­tions bud­gé­tai­res dans le sec­teur public), des dépen­ses socia­les (retrai­tes, sécu, radia­tions d’allo­ca­tai­res) et des coûts sala­riaux (baisse des char­ges patro­na­les, contrats pré­cai­res, RSA, etc.).

Elles ne se met­tent pas en place sans réac­tions. Les condi­tions d’exis­ten­ces se dégra­dant, les résis­tan­ces se mul­ti­plient. Des moyens ou réseaux de débrouille qui s’étendent en dehors du sala­riat, aux mou­ve­ments col­lec­tifs de révolte, le pro­lé­ta­riat et la classe moyenne réa­gis­sent face au sort qui leur est fait. Des luttes émergent dans dif­fé­rents pays, prin­ci­pa­le­ment menées par cer­tai­nes caté­go­ries socia­les, ciblées par des mesu­res d’aus­té­rité et de ren­ta­bi­lité économique ou lais­sées pour compte (étudiants, fonc­tion­nai­res, ouvriers, jeu­nesse déshé­ri­tée, etc.). Comme en témoi­gnent les conflits sociaux récur­rents en Europe : étudiants en Angleterre ou en Italie, sala­riés et fonc­tion­nai­res en Espagne, jeu­nesse et pré­cai­res en Angleterre ou en France, ouvriers à tra­vers toute l’Union... Et lorsqu’un État est contraint par l’économie de s’atta­quer à toutes les caté­go­ries de sa popu­la­tion en même temps, il y a de gran­des chan­ces que la révolte se géné­ra­lise, au-delà des inté­rêts caté­go­riels, comme c’est le cas en Grèce. Les mêmes poli­ti­ques pro­dui­sent les mêmes réac­tions, au-delà des pays euro­péens : comme aux États-Unis avec le mou­ve­ment des occu­pa­tions, dans lequel des fran­ges socia­les très variées se retrou­vent, au Québec avec les luttes étudiantes sou­te­nues par la popu­la­tion, en Israël où un large mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion contre la vie chère s’est déclaré ou comme dans le monde arabe où des révol­tes et des mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion ont fait chuter des régi­mes auto­cra­ti­ques et en ont poussé d’autres à des réfor­mes...

En contre­par­tie, la néces­sité de bais­ser le coût mon­dial de la main-d’œuvre impli­que des condi­tions d’exploi­ta­tion et de domi­na­tion telles que les pro­lé­tai­res d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine se révol­tent régu­liè­re­ment contre leurs condi­tions de vie (émeutes de la faim, contre la vie chère, contre les expro­pria­tions, contre les exi­gen­ces déme­su­rées des patrons et de l’État qui les admi­nis­tre, etc.).

Tous les États répri­ment ces mou­ve­ments de colère et ten­ta­ti­ves de débrouille. Dans ce pro­ces­sus de nivel­le­ment économique et d’har­mo­ni­sa­tion du marché, en paral­lèle, les États ten­dent à se nor­ma­li­ser vers un modèle libé­ral et répres­sif. Au nom de l’idéal démo­cra­ti­que et huma­niste, ils se dotent d’un arse­nal légis­la­tif et poli­cier pour parer aux éventuels débor­de­ments, comme pour mettre au pas tous les récal­ci­trants (économies paral­lè­les, auto-suf­fi­san­tes, réseaux d’entraide, etc.).

Dans un tel climat économique et social, les réflexes iden­ti­tai­res (com­mu­nau­ta­ris­tes, natio­na­lis­tes, confes­sion­naux ou cultu­rels) sont lar­ge­ment atti­sés et ins­tru­men­ta­li­sés par les capi­ta­lis­tes et les diri­geants poli­ti­ques. L’exem­ple des sou­lè­ve­ments en Tunisie et en Égypte illus­tre une double ten­dance que l’on retrouve par­tout : des sou­lè­ve­ments expri­mant un désir de liberté et d’égalité sociale, et un an plus tard, les succès électoraux de for­ma­tions conser­va­tri­ces et natio­na­lis­tes (comme Ennahdha ou les Frères musul­mans). En Grèce, coexis­tent un mou­ve­ment social en confron­ta­tion forte avec l’État et l’économie, et une montée de l’extrême-droite ; alors que l’extrême-gauche porte en elle les deux ten­dan­ces : reflet ins­ti­tu­tion­nel des luttes et pro­tec­tion­nisme.

L’impos­si­bi­lité démo­cra­ti­que de former un gou­ver­ne­ment et les injonc­tions struc­tu­rel­les du capi­ta­lisme, comme on le voit en Grèce, mon­trent les limi­tes de la média­tion étatique et du pou­voir de l’État en géné­ral. L’exem­ple de la Tunisie est éloquent : après le sou­lè­ve­ment de l’hiver 2010-2011, les luttes conti­nuent. Le gou­ver­ne­ment élu se confronte au pro­lé­ta­riat tuni­sien, tou­jours insa­tis­fait de sa condi­tion, malgré les pas­sa­tions de pou­voir et le pro­ces­sus démo­cra­ti­que.

Ce que nous ensei­gnent ces situa­tions, à tra­vers la pla­nète, c’est que seuls les rap­ports de force et l’auto­no­mie des luttes peu­vent amor­cer un chan­ge­ment réel. Partout l’État et ses pré­ten­tions démo­cra­ti­ques, ancien­nes ou nou­vel­le­ment acqui­ses, appa­raît comme un adver­saire irré­duc­ti­ble du pro­lé­ta­riat. Lequel est aujourd’hui amené à lutter, non plus pour une quel­conque amé­lio­ra­tion de ses condi­tions d’exis­tence, mais sim­ple­ment pour s’oppo­ser à leur dégra­da­tion conti­nuelle, situa­tion qui per­du­rera tant que le sys­tème ne sera pas remis en cause glo­ba­le­ment.


Au som­maire :

Exploitation & Précarité

Crachons dans la soupe, elle est dégueu­lasse !
Taxe d’habi­ta­tion
Exploités Énervés - Un col­lec­tif sur Alès et les Cévennes
Macha, Roger et Monsieur Serpent
Des sei­gneurs à abat­tre...
La croi­sade « anti-fraude » frappe encore les pau­vres
Arrête de nous remon­ter les bre­tel­les
Autodéfense des pré­cai­res !
Refusons les équipes plu­ri­dis­ci­plia­ni­res !!!
Le tra­vail c’est la crise
Pourquoi parler de crise ?

Répression

De la carotte au bâton
Kaliméro sous le soleil, c’est quoi au zuste ?
L’ADN à fond la forme !
Solidarité face à la Justice et au fichage
Un « bar­bare » agressé par le gérant d’un U Express
Procès anti­ter­ro­riste à Paris - Faits et petit compte-rendu
Procès de Chambéry
Labège : on en est où ?
A la direc­tion et à la juge d’appli­ca­tion des peines

Développement

Liberté de l’élevage et des pra­ti­ques agri­co­les
L’agroar­na­que
Nous nous oppo­sons au projet de Center Parcs dans les Chambarans
La clé plutôt que la chaîne
Oublier Fukushima - Textes et docu­ments
Fukushima Paradise, pour une cri­ti­que radi­cale du nucléaire (2005-2011)

Tunisie

Tunisie - Quelques réflexions autour des révol­tes
L’UGTT - Ambigüe par­te­naire du RCD et des luttes de tra­vailleurs
Ennahdha
La Tunisie en quel­ques villes

Mauvaise blague...
Dans le hall de l’hôpi­tal...
Ne votez jamais...
Appel à par­ti­ci­pa­tion
Agenda

La suite à lire sur :  http://contreinfo7.internetdown.org

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pour le G8 Gênes 2001 

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