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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 03:24

Les mouvements sociaux et les émeutes ne sont pas les seuls moments d’expression de la conflictualité sociale... Ce système ne peut plus promettre l’amélioration des conditions d’existence, mais plutôt leur appauvrissement, comme le confirment encore récemment les conséquences de la crise financière. Dans ces conditions, n’importe quel point de cristallisation des conflits de classe, tels les résistances aux expulsions, aux licenciements, les affrontements avec les flics, sont des foyers aussi nombreux qu’imprévisibles. Logiquement, le pouvoir utilise la répression afin d'isoler ces différentes dynamiques. Lorsque des personnes, des groupes se font réprimer, c'est l'occasion de rappeler que, quels que soient les outils que l'Etat utilise pour attaquer des moyens de lutte, il le fait dans le cadre de la conflictualité de classe dans le but de contenir la contestation le plus largement possible.

Cette réflexion entre autre est largement inspirépar  le texte ci dessous:trouvémeeting n°3  sur : http://meeting.senonevero.net.

Le grondement de la bataille et la plainte des pleureuses [tract]

La mobilisation contre le Contrat Première Embauche a investi comme une évidence le terrain de l’opposition à la précarisation générale du travail salarié, qui s’impose dans la phase actuelle de restructuration capitaliste comme mode privilégié de gestion de la force de travail.
La question est de savoir quelles perspectives de lutte un tel constat est en mesure de dégager. Car, enferrée dans la litanie syndicale et gauchiste de défense des acquis sociaux et du droit du travail, extrêmement prégnante dans le cycle actuel de luttes, cette opposition peine à se dégager d’une stricte réactivité, qui consiste davantage à invoquer un contre-modèle de stabilité et de sécurité salariales incarné par exemple par le CDI. Une réactivité qui établit une hiérarchie des différents contrats de vente de la force de travail en fonction du caractère plus ou moins tolérable de chacun d’entre eux. Nous nous intéresserons donc principalement ici à cette rhétorique, tout en sachant que les luttes sont parvenues d’elles-mêmes par endroits, grâce à leur richesse, à la dépasser matériellement et théoriquement.

CPE, CDD, CDI, etc.

D’abord, le contrat de travail n’est pas autre chose que la formalisation juridique du rapport social qu’est le salariat. A l’existence d’un marché du travail défini comme libre, c’est-à-dire sur lequel certains vendent à d’autres leur force de travail, répond une contractualisation de cette relation. Certes, sa nature juridique a évolué. D’abord limité à une dimension purement individuelle (transaction entre deux individus), le contrat de travail, à travers l’avancée de la législation sociale caractéristique du fordisme et l’apparition des conventions collectives, s’inscrit progressivement dans un cadre collectif. Surtout, au-delà de sa forme juridique, il s’agit structurellement de la définition réglementaire des conditions de l’exploitation, ou, pour le dire autrement, de la fixation des modalités et de l’intensité de l’extraction de la plue value.
Il ne s’agit pourtant pas de dire à l’opposé des syndicats que tous les contrats sont équivalents entre eux et assimilables à l’ultime horreur du « travail forcé ». L’utilisation d’une figure repoussoir sensée radicaliser la critique du salariat et en accentuer la force de persuasion (du genre « CPE, CDI, c’est toujours le STO » ou « contre l’esclavage salarié ») entretient en fait la confusion en prenant la partie pour le tout. La mise au travail généralisée répond au processus d’accumulation capitaliste et dépasse donc tel ou tel type de situation exceptionnelle moralement ou historiquement insupportable. Le problème avec le salariat n’est pas son caractère forcé, à travers la contrainte extrême de l’esclavage ou de la saisie pure et simple et « obligatoire » de la force de travail dans le contexte d’une économie de guerre par exemple. Ce qu’il convient de combattre est la normalité du rapport salarial dans ses formes actualisées les plus banales, et auquel nous ne pouvons pas échappé, avec ou sans travail. Sans positionnement moral, les différents types de contrats de travail donnent en fait une indication sur l’état et l’intensité du rapport d’exploitation, et pour cette raison répondent chacun à des conditions matérielles précises.
La critique de l’ « institutionnalisation » de la précarisation du travail dont il est question avec le CPE et le CNE se place bien en deçà de ce qui est en jeu. D’abord parce que ce qui pose problème est moins l’institutionnalisation de la précarisation, que le mouvement réel de précarisation qui est devenu la règle du rapport salarial depuis plusieurs dizaines d’années. Une précarisation du travail qui passe par la flexibilisation de la main d’œuvre et l’abaissement tendanciel du coût du travail, sans retour en arrière possible. Ensuite parce que le CPE et le CNE appartiennent à un dispositif général (annualisation par les 35 heures, emplois-jeunes, CES, RMA, projet de nouveau CDI...) visant à faire entrer en adéquation cette situation avec les règles juridiques à disposition. Enfin, parce que s’attaquer à une norme conditionnant l’extraction de la plue value doit pouvoir non pas dessiner un retour à un salariat plus sécurisé, mais bien nourrir les désirs d’abolition du salariat lui-même.
La dénonciation de l’ « institutionnalisation » de la précarisation du travail salarié trouve au sein du mouvement contre le CPE un de ses principaux canaux d’expression dans la mise en cause du recul inacceptable des droits sociaux. Des droits sociaux conquis au fil de décennies de luttes sociales et ouvrières. Une véritable chape de plomb doctrinale se constitue, dont l’ampleur et l’écho, mais également l’impuissance et la tristesse qui s’en dégagent nécessitent de s’en défaire. Cette doxa communément admise prend appui sur des slogans tels que « nos luttes ont construit nos droits », sur des mots d’ordres de défense acharnée du droit du travail (« on s’est battu pour le gagner on se battra pour le garder »), mettant à l’index un CPE accusé d’être la tête de pont d’une entreprise patronale et gouvernementale de démantèlement programmé du Code du travail, ou encore de refonte du contrat de travail au profit du seul patron.
La nécessité d’un changement de perspective s’exprime alors en ces termes : ressasser à l’infini la défense du droit du travail et en appeler à l’Etat pour garantir son intégrité menacée par l’hydre libérale, ou prendre acte (pour la combattre) d’une offensive cumulative du capital consistant à fluidifier les conditions de l’exploitation et garantir la mise au travail de tous. Même si les deux termes évoqués sont de fait liés, l’organisation de l’attaque contre l’approfondissement de la restructuration capitaliste ne saurait se satisfaire d’un endiguement pleurnichard et timoré du recul des droits ouvriers et de la défense béate du code du travail.

La bataille présente et à venir n’a pas à confier son grondement sourd aux hurlements plaintifs des pleureuses.

Le révisionnisme par le droit

La première raison à cela est que le postulat des droits-sociaux-conquis-de-haute-lutte n’est pas autre chose qu’un a priori idéologique. Pour ceux qui en font un acte de foi, il procède fondamentalement d’une illusion rétrospective.
Le « mouvement social » labellisé de ces dernières années présente en effet cette spécificité de concentrer ses efforts revendicatifs sur la défense des droits existants, qu’il s’agit de préserver des coups de boutoir d’un libéralisme déchaîné, et sur la conquête de droits nouveaux, c’est-à-dire des dispositions juridiques régissant la vie sociale, et établissant pour chacun un certains nombre de prérogatives, de possibilités, de garanties. Une telle polarisation est caractéristique des limites intrinsèques des luttes actuelles, nées de la dissolution du vieux mouvement ouvrier. Ces limites ont émergé du démantèlement de la communauté-identité ouvrière et de l’échec du programmatisme (l’affirmation de la classe ouvrière appelée à prendre possession des moyens de production pour libérer le travail) pour promouvoir une communauté d’appartenance de substitution : la citoyenneté. L’Etat en assure la reproduction, à partir du moment où il s’agit d’une communauté qui lui est complètement intégrée. Rien d’étonnant dès lors que la colonisation de la mentalité revendicative actuelle par l’idéologie du droit s’accompagne d’une statolâtrie assumée comme telle.
Le reflux de l’offensive prolétarienne depuis les années 1970 résonne dans la crispation sur la défense de l’existant, et notamment cet existant dont la fixation juridique a vertu de sacré. N’importe quel mouvement social se nourrit d’un héritage, assumé ou non, identifié ou non. Les droits sociaux, sur lesquels se cristallise l’héritage de nombre de mouvements, apparaissent comme les derniers oripeaux d’une identité ouvrière pour laquelle on éprouve de la nostalgie, même s’il est désormais impossible de la sauvegarder. En invoquant perpétuellement les bribes étatisées de la vieille identité ouvrière que sont ces droits, le démocratisme situe en fait moins son point d’ancrage dans la vielle classe ouvrière que dans les oripeaux de celle-ci médiatisés par l’Etat, et donc dans l’Etat lui-même.
L’illusion rétrospective qui anime l’hystérie démocratiste en faveur des droits consiste donc à établir que les droits sociaux (et politiques) qui existent aujourd’hui et qu’il s’agit de défendre ont été conquis comme tels et dans la même démarche par les luttes ouvrières du passé. Qu’à l’image des fiers militants des droits bafoués des sans-papiers, des chômeurs, des salariés, des mal-logés, les ouvriers ont subsumé leurs luttes dans la volonté d’inscrire leur droit au travail et à l’existence dans le marbre de la loi. Que la somme des victoires de la lutte des classes et des batailles de la guerre sociale depuis 200 ans n’est pas autre chose que l’édification lente, laborieuse et linéaire de codes juridiques. Elle consiste en fait à prêter aux prolétaires en lutte contre leurs conditions d’existence et de travail, voire contre leur condition et le travail eux-mêmes, l’outillage mental contemporain : celui de l’obsession citoyenne et judicialiste. Triste révisionnisme.
Sans proposer une genèse historique du droit du travail, lançons quelques réflexions. L’élaboration de droits sociaux, parmi lesquels les droits régissant l’exercice du travail salarié, est un processus qui vient sanctionner des situations matérielles concrètes. On peut par exemple penser à la formalisation juridique d’une situation de fait existant préalablement dans des branches d’industrie. Ainsi en est-il de la loi de 1906 sur le repos hebdomadaire qui sanctionne une pratique déjà largement acquise, puisque une large majorité des grandes entreprises à la fin du XIXème siècle chôment le dimanche. De la même manière la création par l’Etat d’une assurance contre les accidents du travail se contente de relayer des institutions patronales déjà en place dans les grandes entreprises, avec des caisses d’assistance alimentées par les cotisations, les subventions et les amendes ouvrières.
Par ailleurs, la représentation de l’action ouvrière entièrement suspendue à la volonté de conquérir des droits se heurte à la réalité de la praxis de la classe, c’est-à-dire au caractère anti, extra ou ante juridique de nombreuses pratiques ouvrières. Parmi ces pratiques qui précèdent le droit et qui n’éprouvent pas le besoin de s’en remettre à lui pour s’exercer, figure par exemple l’auto-réduction du temps passé au travail, c’est-à-dire l’habitude d’arracher, au grand dam des patrons, du temps non-travaillé au rapport salarial : raccourcir les journées en quittant le travail lorsque celui-ci est terminé, s’offrir la « Saint Lundi » en chômant, ou effectuer la semaine en quatre jours de travail intensif... Les ouvriers, pourtant qualifiés, qui en France ou en Angleterre pratiquaient au XIXème siècle dans la quotidienneté de leur vie au travail la Saint Lundi n’ont jamais ressenti la fièvre juridique d’en faire un droit reconnu par la société et l’Etat.
Dans le même ordre d’idées, en 1936, alors que les occupations d’usines ont pris fin, la résistance au travail s’est poursuivie : quand bien même les 40 heures ont été acquises, les ouvriers poursuivent leur habitude à l’absentéisme, aux retards, au ralentissement des cadences et à l’insubordination à la discipline usinière. Comme pouvait le déclarer un cadre de Renault, « dans les différents ateliers, les ouvriers ont modifié de leur propre initiative les heures de présence, se présentant une heure plus tôt ou une heure plus tard à leur travail, et le quittant en conséquence. »
La conception « judiciariste » de l’action ouvrière semble donc procéder d’une confusion, somme toute largement répandue, entre la matérialité des luttes et des conduites des prolétaires à la base, et l’arsenal revendicatif des encadrements syndicaux et politiques du « mouvement ouvrier ». Entre la multiplicité et l’extrême richesse des pratiques réelles de la classe, et les grandes campagnes syndicales et socialistes en faveur de telle avancée sociale, dont l’existence est en effet suspendue à une identification par l’Etat et le capital. A la fin du XIXème siècle, le « mouvement ouvrier » s’est justement structuré, a étendu son emprise organisationnelle et gagné en légitimité politique en même temps qu’il a commencé à se penser dans l’horizon du droit. Sa légalisation, son érection en interlocuteur et en représentant impliquent de fait de borner son action et ses pratiques à cet horizon.

« A ceux qui veulent casser l’code du travail... »

Les exigences en termes de gestion et de reproduction de la force de travail imprimées dans le droit apparaissent si l’on s’intéresse au fameux Code du travail en voie, donc, de démolition. Le discours sur son démantèlement est d’ailleurs assez étrange. Comme si le Code du travail, nouveau texte sacré, était autre chose qu’une législation perfectible en fonction des besoins actualisés de la mise en œuvre de la force de travail. Est-ce que les aménagements législatifs en matière de répression, la facilitation de certaines procédures de police ou de justice, de façon à adapter les prérogatives policières, le jugement et l’enfermement aux exigences de l’Etat et du capital conduisent à des levées de bouclier scandalisées contre la démolition de notre vieux Code pénal ?
Né par voie législative en 1910 et enrichi par la suite, le Code du travail est par définition une codification, celle des lois ouvrières mises en place par la Troisième République à partir des années 1870-80. La question qui se posait alors était soit de dégager un espace autonome pour les droits et devoirs relatifs à l’exercice du travail salarié, au risque de fonder un « droit ouvrier » ou une « législation de classe », soit de maintenir ces droits nouveaux au sein de l’ancien Code civil, au risque de le faire éclater. Les dites « lois ouvrières » de la jeune République sont au fondement de la législation concernant l’organisation du travail (interdiction du travail des enfants et réglementation du travail de nuit), sa durée (loi de 1906 sur le repos dominical), la sécurité (mise à la charge de l’employeur l’obligation de garantir l’ouvrier contre le risque d’accident, règles d’hygiène et de sécurité dans les usines), le contrat de travail (institution d’un délai de préavis et d’un recours avec dommages-intérêts contre le licenciement abusif), etc.
Alors, quid de ces droits-conquis-de-haute-lutte ? Certes, cette œuvre législative est une prise en acte par l’Etat de la croissance de la classe ouvrière et de son potentiel de lutte. Mais ce qui est en fait alors en jeu est une vaste entreprise de domestication de la classe, condition de son intégration au fonctionnement pacifié de la société capitaliste. Face à l’émergence d’un prolétariat de grande industrie guetté par la sous qualification, le capital et l’Etat se doivent d’entretenir un nouveau rapport avec la main d’œuvre industrielle : pour le capital, s’assurer la formation et la reproduction d’une force de travail régulée nécessaire aux mutations de l’appareil productif, et pour l’Etat garantir les conditions de cette formation et de cette reproduction.
La régulation juridique de la classe ouvrière par cette codification renvoie à la nécessité de fixer des règles précises admises et reconnues par ceux que l’on veut réguler. De produire un ensemble de droits et de devoirs faisant de la communauté ouvrière une entité intégrée, un acteur du jeu social, et, à travers ses représentants légaux mêlés au fonctionnement étatique, un partenaire. Cette régulation juridique fonctionne d’ailleurs de pair avec une entreprise de régulation patronale des ouvriers sur les lieux de travail (et au-delà), à travers le renforcement de la discipline d’usine et les tentatives d’encadrement paternaliste. L’objectif est alors globalement de régulariser l’emploi industriel, ce qui implique un changement radical de modes de vie et de comportements ouvriers à l’égard du travail, considérés comme des obstacles à la fluidité du marché du travail et à la formation d’une main d’œuvre policée : stabilisation au sein d’une même unité productive en tarissant les fluctuations d’activité (limitation de la mobilité ouvrière d’une entreprise ou d’une région à l’autre), dépendance accrue au salaire (limitation des revenus de l’économie non-marchande) ou encore ancrage de la normalité salariale dans le temps de la vie ouvrière. Le code du travail inscrit donc sa nécessité dans une domination accrue du capital sur la réalité du travail ouvrier.

Droit du travail ou défaites du prolétariat ?

La mise en place du droit est certes l’expression à tel moment de l’histoire d’un rapport de force entre des groupes aux intérêts antagonistes, la formalisation d’un conflit d’intérêt matériel, par exemple entre une revendication ouvrière et la résistance patronale à cette même revendication. Mais cela ne veut pas dire que les prolétaires en lutte le sont pour conquérir de nouveaux droits. Les luttes concrètes n’ont jamais en vérité pour objet des droits.
Même si une grève naît d’une revendication contre des conditions de travail vécues comme insupportables, contre telle ou telle mesure disciplinaire ou en faveur d’une augmentation salariale, ce qui est en jeu est autre chose qu’une simple reconnaissance d’un quelconque « droit à ». Le problème n’est d’ailleurs pas le fait en soi de revendiquer, mais les pratiques qui s’agencent à partir et au-delà de la revendication. Ce qui est en jeu, c’est l’exercice d’une puissance de classe et l’élaboration de solidarités offensives concrètes contre les formes du travail salarié ou le travail salarié lui-même. Même le combat pour la réduction de la durée de la journée de travail dépasse la démarche du « droit à » ou du « droit de » : l’aspiration à travailler moins, la mise en cause du surmenage et de l’enchaînement à un temps dicté par les nécessités de la production mettent en jeu autre chose qu’une reconnaissance par un tiers. D’autre part, lorsqu’il s’agit de défendre la réduction du temps passé au travail contre une mesure qui tend à la remettre en cause, ce qui est ressenti comme impossible de ne pas lâcher est moins un droit que des bribes de vie et de temps arrachées à la valorisation capitaliste.
L’irruption du droit procède en fait de la formalisation d’un statu quo, c’est-à-dire non pas de la formalisation juridique des termes mêmes de la lutte mais de son issue, de l’issue du rapport de forces. A l’image des grands accords conclus par les courtiers de la force de travail que sont les encadrements syndicaux, le patronat et l’Etat (accords Matignon en 1936, accords de Grenelle en 1968), certains des droits sociaux dont il est question, dont le sacro-saint droit du travail, sont donc conquis non par les luttes mais par leur issue, c’est-à-dire qu’ils expriment les limites de ces mêmes luttes, et leur échec.
Au lieu de victoires ouvrières, l’acquisition de droits nouveaux en sanctionne davantage les défaites. Au prix du désarmement de l’offensive, il s’agit pour les ouvriers de gagner, toujours en deçà de ce qui s’est joué dans la lutte, des protections, des avantages circoncits, des aménagements dans leur exploitation, et pour le capital d’éliminer certains de ses archaïsmes pour permettre une reproduction fluidifiée de la main d’œuvre, et en tous cas de toujours préserver les règles du jeu.
L’absorption de toutes les mesures que lui impose la lutte ouvrière est l’une des illustrations de la capacité intrinsèque d’autorégulation du capital. Ce que concède le capital à la classe ouvrière s’inscrit dans une démarche de neutralisation, qui cherche à dissocier les revendications politiques finales des revendications économiques, partielles et immédiates. La légalisation des syndicats (en France par exemple par la loi de 1884) est partie prenante de ce processus : elle ouvre la voie à des rapports certes conflictuels mais également contractuels, dont l’institutionnalisation minimise les débordements hors du cadre désormais fixé de la négociation.
La consécration de la défaite prolétarienne par le droit trouve un de ses symptôme dans l’édification de ce qui constitue jusqu’à aujourd’hui la quintessence d’une victoire ouvrière absolue : le droit de grève. Ici, le terme de droit prend tout son sens. Il s’agit en effet moins d’une prérogative unilatérale (j’ai le droit à faire telle chose, point barre) qu’un ensemble de règles qui commandent et ordonnancent une pratique, ici la cessation de travail. Le droit de grève apparaît donc comme une limitation contractuelle et légale de l’action de classe, et pour les syndicats qui s’y plient avec délectation, comme une autolimitation. Avec le préavis de grève, les syndicats s’imposent à eux-mêmes des règles qui, au lieu de surprendre l’ennemi et de saboter ses plans, l’avertissent à l’avance du mouvement de grève - éventuel. Le temps lui est donc laissé pour préparer les moyens de sa défense et de prendre ses dispositions pour assurer le bon fonctionnement de la production (par exemple, des mesures nécessaires pour la gestion des stocks ou pour maintenir un niveau de service suffisant).
Dans les conditions limitatives du droit, la grève devient moins une arme de lutte qu’une simple abstention de travailler limitée dans le temps et l’espace, une protestation symbolique, une démonstration pacifiée et ordonnée. Non seulement cela ne la préserve pas de la réaction policière, étant donné que l’Etat tolère ou ne tolère pas une grève pour des raisons strictement juridiques, mais en fonction du rapport de force réel qui s’exerce. Ensuite, reconnaître, respecter le droit de grève et se plier aux règles qu’il impose équivaut à reconnaître une défaite perpétuelle des prolétaires et la subordination codifiée de leur action à l’Etat.
Nous laissons donc aux adorateurs du code du travail le choix d’inscrire dans les textes juridiques le droit au refus du travail, à la grève sauvage, à la destruction de machines, au sabotage, à la bastonnade des petits-chefs, à l’incendie des usines et à la défenestration des patrons...

La question qui émerge de la mise en place du CPE et du CNE, et de la lutte qui s’y oppose est donc plus celle des mutations dans la gestion et la reproduction de la main d’œuvre que celle d’un recul intolérable des acquis sociaux, même si ceci se traduit par cela.
Plutôt que de pleurer sur le CDI et se lamenter sur des acquis qui de toutes façons n’en sont plus, plutôt que d’entretenir l’illusion d’un endiguement du processus de précarisation par un retour impossible au compromis fordiste, préférons attaquer le salariat et la reproduction de la classe. Pour prendre dans la guerre qui nous est faite une place qui nous ouvre la perspective d’abolir à la fois le capital et le prolétariat.


Brutes ouvrières
Avril 2006
[Version légèrement remaniée]

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commentaires

elle du 26 25/02/2010 05:37


le travail........c'est un excellent moyen pour te faire fermer ta gueule, t'es tellement nase quand tu en sors soit parce que t'as trop bossé , soit parce que t'as trop glandé que tu n'as qu'une
idée l'oublier..............et ne pas y retourner......


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