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Rarement un petit village perdu de la Lusace, dans le Land allemand du Brandebourg, n’a vu autant de caméras, micros et journalistes. Horno, humble bourgade
de 400 âmes, a eu la malchance d’être située au-dessus d’une veine de lignite. En 2001, au sortir d’une longue bataille judiciaire, les habitants d’Horno ont été priés de quitter leurs
foyers pour aller refaire leur vie douze kilomètres plus loin, dans un village flambant neuf construit aux frais du géant suédois de l’énergie, Vattenfall.
Le lignite, ce charbon ultra polluant, est l’une des solutions allemandes pour une énergie sûre, depuis que la chancelière, Angela Merkel, a annoncé,
acculée par le drame Fukushima, la sortie du nucléaire à l’horizon 2022.
C’est le paradoxe allemand. Mobilisé depuis longtemps et en avance sur la question du nucléaire, l’Allemagne utilise pourtant une ressource fortement
émettrice de gaz à effet de serre. La combustion d’une tonne de lignite dégage entre 1,2 et 1,3 tonne de CO2, tandis que le pays, premier producteur mondial, en extrait environ 180
millions de tonnes par an, dont 40 millions proviennent du bassin de la Lusace.
Le lignite, « une richesse souterraine nationale »
Indépendamment du désastre écologique, l’exploitation de cette énergie fossile a des impacts humains. A l’époque de la RDA, près de 80 villages ont été rasés et 30000
personnes déplacées. Conscient du traumatisme pour les populations concernées, le gouvernement s’était engagé à ne plus recourir aux expropriations. Horno devait être le dernier.
Pourtant, les mines à ciel ouvert continuent de s’étendre dévorant la campagne allemande. « En 1993, les autorités pensaient que les énergies renouvelables ainsi que les
technologies associées seraient prêtes. Aujourd’hui, avec la sortie du nucléaire, la donne a changé », justifie Henning Heidemanns, secrétaire d’Etat à l’Economie du land du
Brandebourg. Actuellement, la production d’électricité outre-Rhin provient à 40 % des énergies fossiles, le lignite représentant 24 % de l’ensemble, alors que 23 % sont encore issus du
nucléaire et 16 % des énergies renouvelables.
Pour la société Vattenfall, qui exploite les mines de la région, le lignite est une « richesse souterraine nationale ». « Sans
le nucléaire, les énergies fossiles sont les seules à pouvoir assurer un approvisionnement stable en électricité », argumente Thoralf Schirmer, porte-parole de l’entreprise. Qui
ajoute : « Le lignite garantit des prix abordables aux consommateurs ». Quant aux fortes émissions de CO2 liées à la combustion de ce type de charbon, le Suédois
met en avant la technologie de captage et stockage de CO2 (CSC), qui consiste à capter les émissions des centrales thermiques alimentées au charbon et à les stocker sous terre.
« Le CSC n’est définitivement pas la solution pour le lignite, estime Annalena Baerbock, membre du Parti vert européen et co-présidente des Verts du
Brandebourg. La question est posée au niveau de l’Europe, mais c’est encore en phase de test. On ne connaît donc pas les risques dus à l’enfouissement de gaz carbonique sous
terre. »
Trois villages menacés d’ici 2030
« La décision d’ouvrir de nouvelles mines ne dépend pas tellement des enjeux environnementaux, mais davantage de la question de l’emploi », juge Axel
Heinzel-Berndt, membre des Amis de la Terre-Allemagne. Selon le secrétariat d’Etat à l’Economie, 10000 salariés travaillent pour Vattenfall et ses sous-traitants dans le lignite.
« Si Vattenfall s’en va, la Lusace meurt », résume ainsi Sebastian Zoepp, fondateur de Spreescouts, une société qui organise des visites guidées des sites miniers, afin
d’alerter l’opinion sur le problème du lignite.
Ainsi, malgré la « promesse d’Horno », trois villages sont toujours menacés : Kerwitz, Atterwasch et Grabko. Neuf cents habitants contraints
de déménager d’ici 2030. Face à cette menace, la résistance s’organise autour de Mathias Berndt, pasteur des communes. « Nous avons le droit d’habiter là où nous avons grandi.
Nous ne vivons pas une période si dure, comme en temps de guerre, où il n’y a pas d’autres alternatives énergétiques », plaide l’homme d’Eglise. L’argument de poids de la
défense villageoise, c’est Vattenfall qui le formule : « Avec nos équipements techniques actuels, nous pourrons fournir de l’électricité à base de lignite au moins jusqu’en
2050, sans avoir à construire de nouvelles centrales », affirme Thoralf Schirmer. D’ici là, les énergies vertes seront-elles suffisamment avancées pour assurer l’indépendance
énergétique du pays ? « Il n’y a pour l’instant pas de prévisions fiables, nous n’allons pas spéculer sur ce sujet », élude le porte-parole. De leur côté, les
Verts ont fait le calcul. « À partir de 2020, les énergies renouvelables seront complètement au point et le lignite ne sera pas nécessaire pour notre région », prévoit
Annalena Baerbock.
Un élément pourrait bouleverser le mix énergétique allemand. Dès 2013, les entreprises devront compenser leur impact sur l’environnement avec l’achat de
certificats d’émissions de CO2. « Ces certificats conduiront à des augmentations de coût significatives pour l’exploitation du lignite, annonce Henning
Heidemanns. Deux tendances peuvent être observées à long terme. Le coût des énergies renouvelables va diminuer régulièrement tandis que celui des énergies fossiles sera en hausse
constante. »
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