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le blog du laboratoire anarchiste
lu sur non fides et relayé par mondialisme .org
Ils disent « enfant-roi » comme si c’était une mauvaise chose. Comme si nous ne méritions pas la pleine souveraineté de notre être. Comme si nous devions nous contenter d’être des enfants-contribuables, des enfants-électeurs ou des enfants-larbins. Comme si nous devions nous contenter des miettes que la société laisse tomber dans notre écuelle.
Dans une monarchie, le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous. Voilà pourquoi la nuit, dans mes rêves, je suis l’impératrice de l’univers, la souveraine tyrannique de mon monde intérieur. Mais une fois éveillée, puisque ce que je veux, c’est l’anarchie, je me pince et prends conscience que suis une anarque ; je règne sur moi-même, et gare à quiconque tentera de corseter mes désirs.
Pour les libéraux, ces quidams médiocres qui n’ont que le mot « liberté » en bouche et le salissent de leur salive purulente, l’individu est un être plat, sans qualités singulières. Équivalent à tous les autres individus, il est radicalement coupé de toute force ou de tout possible extérieur à ce qu’exige le système qui le produit et dont il est entièrement dépendant, que ce soit les lois du marché ou la logique électorale des démocraties. On peut le classer dans l’une ou l’autre des catégories sociales définies par le pouvoir et s’attendre raisonnablement à ce qu’il joue le rôle qu’on lui a assigné. L’individu bourgeois n’a de valeur que dans la mesure où il devient une abstraction – et comment fait-on pour caresser une abstraction jusqu’à l’orgasme ?
Pour les anars, l’individu, loin de voir son existence définie par un modèle unique parce que général, à côté d’individus semblables à lui, affirme au contraire vigoureusement sa singularité, son unicité. Cette singularité absolue de l’anarque implique ainsi tous les autres comme faisant partie intégrante de la sphère du singulier, de son propre. Pourquoi ? Parce que la singularité mène à des combinaisons infinies de rapports incessants et imprévisibles, se composant, se décomposant et se recomposant, en devenant toujours plus intimes et plus complexes, et en créant ainsi des subjectivités collectives tout aussi singulières et éphémères que les individus qui les composent. Nous sommes des êtres nés du chaos et rien ne saura étancher notre soif d’aller au bout de nous-mêmes, de nous réapproprier notre vie et de nous consumer dans les flammes de notre désir.
L’individualisme anarchiste mène à l’association, à la rivalité créative, au potlatch et à l’orgie. L’individualisme libéral, celui de l’homme de la masse soumis au marché et aux diktats des majorités démocratiques, mène à l’atomisation, au nihilisme, à l’aliénation des volontés et à l’horreur banale et quotidienne qu’on désigne sous le nom de société.
Quand j’étais petite, je rêvais de devenir princesse. Maintenant que je suis grande, je sais que j’en suis une depuis le début et je m’efforce chaque jour de le devenir un peu plus. Ce qu’il y a de plus beau, c’est que toutes mes compagnes et compagnons d’aventure en sont aussi ; c’est avec ces individus solaires et souverains que nous incendieront le monde.
Repris du blog d’Anne Archet.
mercredi 8 mai de 16h à 18h
lecture collective de la revue subversion
café théet biscuit
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