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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

File:Wooden Shoe.svg
12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 11:37

ce texte a été publié en 2011, la critique qu'il porte se retrouve aujourd'hui dans le combat contre le TGV Lyon Turin .

lire permet decomprendre la prise de pouvoir qui semble se déssiner dans le combat contre le lyon urin de ce côté des Alpes. Bien que le rédacteur du texte en couleur nest pas d'accord avec certains points du texte, le mérite est de discuter et engagé la discussionAprès la mort de Stéphane E, dans les rues de paris a circulé une petite annonce, inclinez vous à ppos de l'enterrement de Stéphane E .

Ce texte n’est pas le pro­duit de l’actua­lité immédiate puisqu’il a été initié, il y a plu­sieurs mois déjà, dans la pers­pec­tive de repla­cer de façon plus théorique différentes expérien­ces de lutte dites de « résis­tance » ou de « désobéissance » aux­quel­les cer­tains d’entre nous ont par­ti­cipé de manière pra­ti­que mais aussi cri­ti­que. C’est tout natu­rel­le­ment que nous avons décidé, au vu des événements actuels dans différents pays, de les intégrer à ce cadre théorique. Qui ne vou­drait pas se plier à cette « dis­ci­pline » de lec­ture métho­do­lo­gi­que peut se repor­ter direc­te­ment aux points 6 et sui­vants.

 

 

1 - Résistance au Pouvoir ou résistance aux dérives du Pouvoir ?

La résis­tance au Pouvoir met à nu la nature de domi­na­tion de tout pou­voir et par­ti­culièrement sa forme poli­ti­que et étati­que. Elle est conforme, par exem­ple, à la démarche de La Boétie et à sa notion de « ser­vi­tude volon­taire », ou à celles des diver­ses tra­di­tions anar­chis­tes, liber­tai­res ou paci­fis­tes. Elle est une résis­tance contre, qui ne peut souf­frir de com­pro­mis et a for­tiori de com­pro­mis­sions. En défen­dant ses prin­ci­pes, elle ne peut que se légiti­mer par rap­port au propre sen­ti­ment qu’elle a d’elle-même. Un sen­ti­ment éthique qui ne peut atten­dre aucune reconnais­sance de la part de ce qu’il combat. La révolte est sa forme d’expres­sion his­to­ri­que même si cette révolte peut, elle-même, pren­dre des formes variées, indi­vi­duel­les ou col­lec­ti­ves, légales ou illégales, vio­len­tes ou non vio­len­tes. Concrètement, d’ailleurs, ces formes se che­vau­chent ou se complètent1.

Mais, le plus sou­vent, la résis­tance n’est pas aussi générale. En effet, ce n’est pas la nature du pou­voir qu’elle met en cause mais le fait que cer­tai­nes formes de pou­voir dépas­sent le cadre « normal » de leur exer­cice vers une situa­tion d’excep­tion2 dans laquelle le pou­voir étati­que ne res­pecte pas les prin­ci­pes démocra­ti­ques et n’emploie pas les bons moyens qui s’ins­cri­vent dans ce cadre nor­ma­tif.

La fin ne jus­ti­fie­rait pas tou­jours les moyens, cer­tains d’entre eux pou­vant être plus par­ti­ci­pa­tifs, plus consen­suels, et d’autres plus hiérar­chi­ques, auto­ri­tai­res et répres­sifs. Ce type de résis­tance privilégie la désobéissance, une forme d’action qui n’impli­que pas la révolte glo­bale contre un « système » ou ce qui est perçu comme tel (le capi­ta­lisme ou un régime des­po­ti­que par exem­ple), mais seu­le­ment le refus de cer­tains aspects de ce système. Ce n’est donc pas cet ordre dans sa glo­ba­lité qui est jugé inac­cep­ta­ble, mais l’une de ses mani­fes­ta­tions ou encore cer­tai­nes de ses mesu­res. Dès lors, la désobéissance n’a pas besoin de faire état de sa propre légiti­mité uni­ver­selle au-delà des logi­ques étati­ques, car elle s’affirme d’emblée légitime contre ce qui serait illégitime y com­pris du point de vue de l’État3. Il s’ensuit qu’elle en appelle aux auto­rités et à la loi comme si elle attri­buait au droit une totale neu­tra­lité à l’égard de l’État ou du moins du gou­ver­ne­ment en place.

La solu­tion consis­te­rait donc à uti­li­ser la loi et le droit contre ce qui ne relèverait que de la force. À vou­loir oppo­ser l’atti­tude citoyenne du point de vue du peuple mili­tant (l’obéissance aux règles indis­cu­ta­bles d’une « vraie » Républi­que, le res­pect des droits de l’homme, la prééminence de l’éthique face à la raison d’État) à l’atti­tude civi­que exigée par l’État (la rela­tive fer­me­ture des frontières car « nous ne pou­vons abri­ter toute la misère du monde » et donc l’impos­si­ble légali­sa­tion de tous les sans-papiers, le renvoi des Roms, la lutte néces­saire contre l’insécurité, le ter­ro­risme et la délin­quance, le devoir de tout citoyen de par­ti­ci­per aux élec­tions, etc.). Mais l’intégra­tion par tout un chacun de pra­ti­ques comme celles du tri des ordu­res ménagères, du port obli­ga­toire de la cein­ture de sécurité, le res­pect de l’inter­dic­tion de fumer dans les lieux publics montre à quel point le citoyen­nisme peine à se dis­tin­guer du civisme et en tout cas, ce serait une erreur de les considérer comme anta­go­ni­ques. On trouve une bonne illus­tra­tion de cette concep­tion dans la préface de Philippe Meirieu au livre d’Alain Refalo Résister et ensei­gner de façon éthique et res­pon­sa­ble (Golias, 2011). Pour lui, la démocra­tie cons­ti­tue l’hori­zon commun sou­hai­ta­ble. Il ne dit pas un mot des rap­ports sociaux puis­que, impli­ci­te­ment, la société est définie comme un ensem­ble d’indi­vi­dus libres qui se sont donné contrac­tuel­le­ment des règles, des devoirs et des droits dans le cadre d’un projet démocra­ti­que non dis­cu­ta­ble. La résis­tance ne doit donc nul­le­ment viser l’ins­ti­tu­tion dont il ne faut pas com­pro­met­tre le fonc­tion­ne­ment, mais seu­le­ment cer­tai­nes de ses direc­ti­ves qui sont en contra­dic­tion avec le prin­cipe du « droit à l’éduca­tion pour tous ».

2 - La résistance peut-elle échapper au citoyennisme ?

Mais il ne faut pas se voiler la face. Ces formes de résis­tan­ces cor­res­pon­dent le plus sou­vent à des actions défen­si­ves. D’où le lien fait par cer­tains entre la notion de résis­tance et la démarche citoyenne. Il ne s’agit pas tant alors d’une insu­bor­di­na­tion à l’État ou envers un « système », mais plutôt d’une volonté de cor­ri­ger des abus du pou­voir par la recher­che de contre-pou­voirs, à l’ini­tia­tive d’une « société civile » dont la réacti­va­tion apparaît pour eux comme une nécessité. C’est le sens des appels à l’action citoyenne.

Emblémati­que de cette démarche, « l’Appel des appels » se pose d’emblée dans l’espace public républi­cain comme si la Républi­que était exempte de crimes d’État, comme s’il fal­lait rétablir l’État jaco­bin contre « les dérives libérales ». C’est comme s’il était encore pos­si­ble d’oppo­ser l’État et la société ; le méchant Lévia­than d’un côté, l’honnête « société civile » de l’autre et ceci, à une époque, celle de la société capi­ta­lisée, qui a trans­formé le pre­mier en un cabi­net de pro­fes­sion­nels de la ges­tion des affai­res cou­ran­tes et éven­tuel­le­ment de la poli­ti­que-spec­ta­cle comme en France avec Sarkozy et en Italie avec Berlusconi et la seconde en une agrégation d’indi­vi­dus atomisés.

On se heurte ici égale­ment à l’une des limi­tes du mou­ve­ment des désobéisseurs quand il prône la désobéissance, mais « en cons­cience et de façon éthique et res­pon­sa­ble », c’est-à-dire dans le res­pect du statut de fonc­tion­naire et de l’ins­ti­tu­tion qui l’emploie. La pra­ti­que d’écart consis­tant à s’éloi­gner de la norme et à se dis­tan­cier de la fonc­tion se résorbe alors dans l’allégeance à une légiti­mité censée être au-dessus du pou­voir, celle de la mis­sion de ser­vice public.

D’ailleurs, tous les actes de répres­sion aux­quels on assiste aujourd’hui dans la fonc­tion publi­que met­tent en accu­sa­tion de telles pra­ti­ques sous prétexte qu’il ne faut pas confon­dre d’un côté, éthique per­son­nelle ou citoyenne et de l’autre, res­pon­sa­bi­lité ou loyauté pro­fes­sion­nelle par rap­port à l’ins­ti­tu­tion.

Néanmoins, on peut quand même dis­tin­guer ce qui relève de manœuvres poli­ti­ques (voir le nombre impor­tant de vieux sta­li­niens ayant signé l’Appel des appels) et ce qui relève de la lutte quo­ti­dienne même si celle-ci est aussi l’objet de convoi­ti­ses de la part de partis ou grou­pes poli­ti­ques. Des réseaux comme resf tis­sent en effet, des liens, qua­drillent le ter­rain et acti­vent des pra­ti­ques de quar­tier ce qui est uti­li­sa­ble par la suite pour d’autres actions dans d’autres sec­teurs. Ainsi, dans le quar­tier de la Croix-Rousse à Lyon, le tra­vail antérieur de resf a faci­lité l’action du col­lec­tif Croix-Rousse parce que le ter­rain était préparé. On y a plus seu­le­ment affaire à des mili­tants, mais à des habi­tants, des parents, des voi­sins qui peu­vent occu­per les écoles, refu­ser de signer l’auto­ri­sa­tion de fichage de leurs enfants sur « base élèves », refu­ser de leur faire passer des évalua­tions pour la cons­ti­tu­tion du livret de compétence » et cela permet éven­tuel­le­ment de débou­cher sur une cri­ti­que du fichage généralisé, de la vidéo-sur­veillance etc.

3 - La résistance peut utiliser le droit mais elle ne peut être un droit

Cette ques­tion était déjà au cœur des débats poli­ti­ques chez les révolu­tion­nai­res français de la fin du xviiie siècle. Condorcet pro­je­tait d’ins­crire la résis­tance dans la Constitution (cette idée est à la base du « citoyen­nisme » actuel), alors que Robespierre s’y oppo­sait puis­que pour lui cela signi­fiait l’assu­jet­tis­se­ment de la résis­tance exclu­si­ve­ment aux formes auto­risées par la loi. C’est d’ailleurs ce que font les États contem­po­rains en cri­mi­na­li­sant toutes les luttes qui ne s’ins­cri­vent pas dans le cadre d’un strict res­pect de la légalité républi­caine ou étati­que.

Or, en vou­lant faire la preuve de sa légiti­mité, la résis­tance est amenée à se sou­met­tre à ce qui contre­dit son projet4 alors qu’à l’ori­gine elle est basée sur l’insou­mis­sion, qu’elle n’a rien à négocier, qu’elle est, en pre­mier lieu, refus. Elle est donc dans un conflit per­ma­nent entre son exi­gence de loyauté pro­fes­sion­nelle ou citoyenne et la nécessité, pour exis­ter effec­ti­ve­ment, de se poser en écart ou à la marge de son lieu d’élec­tion. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle prend par­fois des formes sou­ter­rai­nes si ce n’est clan­des­ti­nes5. Toutefois, le mou­ve­ment des ensei­gnants désobéisseurs a aussi montré les pos­si­bi­lités et la force d’un mou­ve­ment résolu­ment public avec la lettre « En cons­cience je refuse d’obéir » (novem­bre 2008). De la même façon, il a montré que cette désobéissance peut s’ins­crire dans une cri­ti­que de l’État sans passer par l’idéologie anti-étati­que de type liber­taire6 et une cri­ti­que, prag­ma­ti­que plus qu’idéolo­gi­que, de syn­di­cats inca­pa­bles de conce­voir une action qui ne prenne pas les formes tra­di­tion­nel­les de lutte du mou­ve­ment ouvrier offi­ciel7. Nous citons ici lon­gue­ment Refalo : « En réalité, les syn­di­cats majo­ri­tai­res8 sont en retard de plu­sieurs batailles. Ils ont oublié que "ce" [les guille­mets sont de nous] pou­voir a par­fai­te­ment retenu les leçons du passé et qu’il s’accom­mode désor­mais d’une contes­ta­tion légale quand bien même elle serait mas­sive dans la grève. Le mou­ve­ment des retrai­tes de l’automne der­nier en a encore donné une illus­tra­tion frap­pante. Finalement, il n’attend qu’une seule chose : que les syn­di­cats conti­nuent à "s’oppo­ser" par la grève et la mani­fes­ta­tion. L’évidence est pour­tant là. Ce que "ce" [ibid.] pou­voir redoute d’abord, c’est l’insou­mis­sion des per­son­nels et la désobéissance col­lec­tive, seules résis­tan­ces sus­cep­ti­bles de faire échec, dans l’action quo­ti­dienne, aux réformes des­truc­tri­ces » (p. 39, op. cit.).

Cette insu­bor­di­na­tion se retrouve à l’heure actuelle dans les actions de résis­tance aux effets dévas­ta­teurs de la tech­ni­que (ogm, Gaz de schiste, nucléaire, tav Lyon-Turin, etc.). Les pro­ta­go­nis­tes de ses actions mènent de front coups de force de petits grou­pes déterminés et actions de blo­cage ou d’occu­pa­tion de site par une masse de per­son­nes beau­coup plus impor­tante et diverse. Mais cette résis­tance est limitée par le fait qu’elle se réalise au nom de critères (santé des ali­ments ou de la popu­la­tion, préser­va­tion de l’éco-système) qui sont eux-mêmes tech­ni­ques. Et para­doxe de la situa­tion : une cons­cience plus grande de l’interdépen­dance de tous les pro­ces­sus tech­ni­ques conduit sou­vent à la para­ly­sie men­tale et donc à la para­ly­sie de l’action. Il s’avère donc dif­fi­cile de penser l’action de résis­tance ou plus générale­ment l’action poli­ti­que en dehors des cadres imposés par le dévelop­pe­ment du capi­tal9.

4 - L’insurbordination plutôt que la résistance

Cette résis­tance conçue comme insou­mis­sion (ou insu­bor­di­na­tion), même par­tielle (par exem­ple au sein de l’école) est en oppo­si­tion de nature avec des ini­tia­ti­ves telles que celle de « L’Appel des appels » parce qu’elles pren­nent jus­te­ment pour cadre l’espace public de façon à sus­ci­ter un rejet consen­suel des excès et dérives d’une poli­ti­que condamnée non pas parce qu’elle est une poli­ti­que d’État, mais parce qu’elle est « une poli­ti­que néo-libérale ». Il ne s’agi­rait alors que de retrou­ver des prin­ci­pes républi­cains oubliés comme le retour aux valeurs du Conseil natio­nal de la résis­tance (cnr) qui cons­ti­tue­raient en elles-mêmes un ordre républi­cain par­fait et tout aussi par­fai­te­ment immua­ble. Peu importe alors que ce cnr soit à l’ori­gine d’un gou­ver­ne­ment qui fera bom­bar­der la popu­la­tion algérienne de Sétif par le minis­tre « com­mu­niste » de l’armée de l’air de l’époque10. En fait, on a affaire à une résis­tance à géométrie varia­ble qui entérine les char­ters du minis­tre socia­liste de l’Intérieur Vaillant, mais pas ceux de son homo­lo­gue sar­ko­zyste Besson. À la limite, on peut dire que Besson est plus cohérent car en pas­sant d’un camp à l’autre il assure une cer­taine conti­nuité droite-gauche qui est à la base de la logi­que de l’État et non pas de « ce » pou­voir11. Cette cohérence, certes désagréable, on ne la retrouve pas sous la plume de Salim Abdelmadjid (Le Monde du 5-6/09/2010) quand il expose l’idée que depuis le 6 mai 2007, « nous sommes quel­ques uns à nous considérer comme des résis­tants 12 » alors qu’il appar­tient à un parti de gou­ver­ne­ment (le ps) qui reconnaît la suprématie du suf­frage uni­ver­sel et l’accep­ta­tion de ses résul­tats13. De toute façon, le propos de ce plu­mi­tif du ps est limité, comme celui de « l’Appel des appels » d’ailleurs, par le fait que cette résis­tance ne vise ici que la lutte contre l’inac­cep­ta­ble, une lutte dif­fi­cile car cet inac­cep­ta­ble se serait sédimenté par l’accep­ta­tion de toute une série de faits précédents, tous aussi inac­cep­ta­bles. L’ana­lyse ne remonte pas jusqu’aux causes de cette accep­ta­tion car la chaîne serait longue et obli­ge­rait à ques­tion­ner la forme poli­ti­que elle-même dans sa généralité et la forme démocra­ti­que en par­ti­cu­lier ainsi que notre rap­port à l’État.

Pour nous, les causes de cette accep­ta­tion (cer­tains diront sou­mis­sion mais le terme est impro­pre car il impli­que une extériorité des indi­vi­dus à leur propre exis­tence sociale) résident tout d’abord dans la défaite des der­niers mou­ve­ments à préten­tion révolu­tion­nai­res des années 60-70 avec la fin des gran­des espérances pour un autre monde au profit d’un repli sur des « libérations par­tiel­les et privées » ; puis dans la vic­toire à la Pyrrhus d’une démocra­tie considérée sim­ple­ment sous sa défini­tion mini­ma­liste de moins mau­vais des régimes poli­ti­ques au sein d’un capi­ta­lisme perçu comme hori­zon unique et indépas­sa­ble. Tout cela pro­duit une pas­si­vité qui enre­gis­tre la suc­ces­sion des événements et des normes ins­taurées dans l’indifférence. Pour le plus grand nombre, il n’y a alors plus rien de vérita­ble­ment inac­cep­ta­ble, parce que c’est la société capi­ta­lisée, comme tota­lité, qui s’impose objec­ti­ve­ment et sub­jec­ti­ve­ment, à tra­vers son propre dis­cours.

Prenons un exem­ple très général : l’exploi­ta­tion, au xxie siècle, est condam­na­ble, mais le capi­tal est accep­ta­ble puisqu’il donne du tra­vail et donc du revenu et de la consom­ma­tion ; l’extor­sion, le pillage des riches­ses, la rente, le gain finan­cier, le tra­vail des enfants sont condamnés, mais le profit est accepté s’il est bien utilisé, c’est-à-dire s’il est réinvesti pro­duc­ti­ve­ment ; l’enri­chis­se­ment aussi s’il est le fruit du tra­vail ; les déloca­li­sa­tions sau­va­ges ne sont pas accep­ta­bles, mais la concur­rence et la compétition le sont. Cette sorte de schi­zo­phrénie à la fois indi­vi­duelle et sociale ne semble pou­voir être dépassée que dans des situa­tions qui ren­dent ces ten­sions insup­por­ta­bles. C’est, d’après ce que nous en savons, ce qui est en train de se passer dans cer­tai­nes villes grec­ques.

Mais pour l’ins­tant cela reste de l’ordre de l’excep­tion­nel, de l’insur­rec­tion­nel. Pour le reste, en temps dit « normal », quand la résis­tance s’ins­crit dans le cadre de rap­ports sociaux non cri­tiqués et d’une légalité républi­caine rare­ment ques­tionnée, cela lui enlève tout contenu autre que poli­ti­cien – ainsi que vient de nous le mon­trer l’appo­si­tion de la signa­ture de « l’indigné » Hessel au bas d’un appel à éviter un nou­veau 2002 élec­to­ral sans la présence de la Gauche au second tour – mais en plus rend son dévelop­pe­ment hau­te­ment impro­ba­ble. En effet, on en a eu deux exem­ples seu­le­ment dans l’his­toire de la France :

— Dans la Décla­ra­tion des droits de l’homme de 1789, l’arti­cle 2 appuie les droits sur la défense de la propriété (tou­jours l’hypothèse des droits natu­rels de la Renaissance14 et non les droits contrac­tuels des Lumières) et l’assu­rance de la sécurité. Ce pacte tacite induit un trans­fert de sou­ve­rai­neté du peuple vers son ou ses représen­tants en échange de ces garan­ties. Il n’est donc pas ques­tion de résister à ce qu’on a choisi et les pre­miers cons­ti­tuants n’ont donc pas relevé la ques­tion d’une résis­tance ou d’une insou­mis­sion à un pou­voir qui ne se veut que la forme poli­ti­que de la société civile. Mais dans la Décla­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen de 1793, ce droit à la résis­tance sera effec­ti­ve­ment ins­crit et même le droit à l’insur­rec­tion dans l’arti­cle 34. C’était reconnaître l’inévita­bi­lité des conflits et même des futurs anta­go­nis­mes de classe au sein de la société entre les gou­ver­nants et l’État d’un côté, le peuple de l’autre. Cela fut repris dans une Constitution de l’an ii qui ne fut jamais mise en place et encore moins appliquée. Ce droit dis­paraît ensuite de la Constitution de 1795 et entérine le début de la res­tau­ra­tion ther­mi­do­rienne puis bona­par­tiste.

— Le projet de Constitution du 19 avril 1946 com­pre­nait un arti­cle xxi qui sti­pu­lait la pos­si­bi­lité d’une résis­tance sous toutes ses formes quand le pou­voir viole la liberté (la légiti­mité de la résis­tance contre les nazis est encore vivace), mais cela dis­paraît de la seconde ver­sion votée le 27 octo­bre 1946 où elle ne trouve plus place que dans le préambule et sous une forme par­ti­culièrement res­tric­tive et édulcorée : « Il est essen­tiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyran­nie et l’oppres­sion ». Ce régime se définit donc, en tant qu’État de droit comme un régime spécia­le­ment conçu pour empêcher toute action et oppo­si­tion puis­que c’est lui qui délimite ses bornes de légalité et d’illégalité. Le modèle achevé de ce type de régime sera ins­titué par la Constitution de la rfa qui ôtera tout droit à l’expres­sion poli­ti­que du parti nazi bien sûr, mais aussi au parti sta­li­nien et ensuite aux mem­bres de grou­pes gau­chis­tes à qui seront fermées les portes de l’admi­nis­tra­tion dans les années 60-70.

C’était aussi le sens des fêtes du bicen­te­naire de la révolu­tion française quand Michel Rocard décla­rait avec l’appui de l’his­to­rien François Furet que le temps de la révolu­tion était bien fini et que Pierre Joxe le minis­tre de l’intérieur « socia­liste » indi­quait lors d’un voyage au pays Basque : il n’existe aucune oppres­sion qui jus­ti­fie le recours à la vio­lence ou à l’illégalité15.

 

La résis­tance reste donc le plus sou­vent un appel (cf. là encore « L’Appel des appels », mais à l’ori­gine « l’appel du 18 juin ») ou une pra­ti­que de lutte qui n’a guère été employée que dans l’oppo­si­tion à un occu­pant (résis­tance au nazisme, au colo­nia­lisme) ou par­fois au fas­cisme comme en Italie, en Grèce ou en Espagne. Mais dans tous les cas il s’agis­sait d’une situa­tion excep­tion­nelle qui impli­quait une résis­tance armée. C’est ce que les grou­pes armés des années 70 ont essayé d’étendre à la situa­tion troublée qui caractérisait cette époque. Analysant le pou­voir de leurs États res­pec­tifs comme par­ti­culièrement auto­ri­taire, ils ne se considéraient pas comme des résis­tants (même si c’est peu clair pour les mili­tants de la raf alle­mande), mais plutôt comme des por­teurs d’une offen­sive au cœur de l’État (br ita­lien­nes, ad en France). Leur défaite a ouvert la voie à des formes plus alter­na­ti­ves mais aussi plus par­cel­lai­res et moins fron­ta­les comme les luttes contre le nucléaire en Allemagne et en France, la lutte contre les pro­duc­tions d’ogm ou l’oppo­si­tion à cer­tains tracés auto­rou­tiers ou fer­ro­viai­res (tunnel du Somport, val de Suze pour le tav Lyon-Turin).

5 - La désobéissance comme premier pas vers une pratique de crise

Si, nous l’avons vu, la résis­tance entre­tient un rap­port ambigu à la légalité, la désobéissance, elle, ne s’y rap­porte pas prin­ci­pa­le­ment parce que son cadre référen­tiel n’est pas ins­ti­tu­tion­nel, il n’est pas de l’ordre de la loi. La désobéissance est éthique et invo­que la légiti­mité de son action, y com­pris contre une majo­rité poli­ti­que.

Ainsi, pen­dant la guerre d’Algérie, l’action des sol­dats du contin­gent « déser­teurs » ou/et « insou­mis » ne relève pas sim­ple­ment d’une « désobéissance mili­taire », mais d’une conduite poli­ti­que. Ils ont non seu­le­ment fait acte d’insu­bor­di­na­tion mais ils ont aussi élargi leur lutte contre l’État néo-colo­nial16.

Il s’agis­sait non seu­le­ment de désobéissance et d’insou­mis­sion mais aussi d’action contre-ins­ti­tu­tion­nelle d’une portée qui se vou­lait uni­ver­selle.

Toutefois, il ne s’agis­sait pas d’une « alter­na­tive », au sens contem­po­rain du terme, mais d’une oppo­si­tion poli­ti­que à la gauche ins­ti­tu­tion­nelle qui menait la guerre d’Algérie17. D’ailleurs, l’émer­gence du psu a été favo­risée par ces réseaux, même si de futurs agi­ta­teurs d’idées de la fin des années 60 figu­rent, par exem­ple, dans « Le mani­feste des 121 » (Guy Debord, Henri Lefebvre, René Dumont, Pierre Vidal-Naquet, etc.) en dehors de toute pers­pec­tive par­ti­tiste.

Cette phase contre-ins­ti­tu­tion­nelle a été créative, mais elle a été dépassée par les actions anti-ins­ti­tu­tion­nel­les de mai 1968. La contes­ta­tion généralisée de toutes les ins­ti­tu­tions menée par le mou­ve­ment ne visait pas la conquête du pou­voir d’État, ni une alter­nance poli­ti­que mais cher­chait à dis­sou­dre les média­tions ins­tituées pour créer des rap­ports sociaux qui ne séparent plus l’indi­vidu et la com­mu­nauté humaine. La négati­vité his­to­ri­que exprimée par les contes­ta­tai­res s’est tra­duite par des luttes fron­ta­les contre les ins­ti­tu­tions de la société de classe et de son État-nation ; la dimen­sion anti-ins­ti­tu­tion­nelle y fut prépondérante. Le sala­riat, l’entre­prise, l’uni­ver­sité, la famille, le mariage, l’église, le parti, le syn­di­cat, les médias, le sport, les rap­ports hommes-femmes, aucune ins­ti­tu­tion n’a échappé aux cri­ti­ques-en-actes des assaillants « du vieux monde ».

Ce der­nier assaut de type prolétarien se vou­lait en conti­nuité (et par­fois en rup­ture) avec le mou­ve­ment ouvrier révolu­tion­naire. De son échec a émergé un mode d’action poli­ti­que non-ins­ti­tu­tion­nel fait d’alter­na­ti­ves, de pra­ti­ques « parallèles », de sub­jec­ti­vi­sa­tion des rela­tions et de désim­pli­ca­tion de la sphère poli­ti­que tra­di­tion­nelle. Le local, le par­ti­cu­lier, l’auto­no­mie, le « sujet » devien­nent, dans la crise ouverte de la repro­duc­tion, un opérateur du nou­veau com­pro­mis poli­ti­que. Les ins­ti­tu­tions n’ont pas dis­paru, mais elles sont résorbées dans une ges­tion des intermédiai­res. Le sala­riat existe encore, mais il est ins­ta­ble, mobile, précaire ; l’école est présente, mais elle a perdu sa puis­sance de média­tion sociale en se trans­for­mant en un vaste « dis­po­si­tif de for­ma­tion » ; le mariage n’a pas été aboli, mais il est assi­mi­la­ble à un Pacs étendu aussi aux homo­sexuels ; l’entre­prise n’est plus un centre de pro­duc­tion mais une stratégie de puis­sance écono­mi­que et poli­ti­que, etc.

Dans un tel contexte, les actuels mou­ve­ments d’insou­mis­sion et d’indi­gna­tion ne situent pas leurs inter­ven­tions au niveau du rap­port aux ins­ti­tu­tions. Ils posent un cons­tat : « cela ne peut plus durer », « rejoi­gnez-nous ». Ils mani­fes­tent leur exaspération et leur colère, mais dans le res­pect des ins­ti­tu­tions. Combiné à ce cons­tat d’insup­por­ta­bi­lité des condi­tions de vie, un présupposé uto­piste les anime : si un très grand nombre d’indi­vi­dus s’indi­gnent, alors le cours des choses ne pourra plus se pour­sui­vre en l’état ; nous sommes le rap­port social et nous ne vou­lons plus le repro­duire. Conscientisez-vous, pro­cla­ment-ils… tout en conti­nuant à tra­vailler et à vous diver­tir. Non vio­lence et bien­veillance avec les autres êtres humains cons­ti­tuent le pôle huma­niste du mou­ve­ment des indignés. En cela ils sont aux anti­po­des des grou­pes insur­rec­tion­na­lis­tes qui désignent des enne­mis extérieurs (L’État, les médias, les mafias, les puis­sants et les indi­vi­dus aliénés qui les sup­por­tent).

 6 - L’indignation : force ou faiblesse des dominés ?

Mais sur quoi faire repo­ser une révolte, une insou­mis­sion ou la désobéissance ?

On ne peut plus le faire au nom de l’Histoire ; pas davan­tage on ne peut le faire au nom d’un mes­sia­nisme révolu­tion­naire centré sur une mys­ti­que révolu­tion­naire du prolétariat qui n’a plus lieu d’être et dont le por­teur a été défait ; on ne peut le faire au nom d’un intérêt qui n’apparaît plus que comme un intérêt par­ti­cu­lier, à savoir, l’intérêt d’une catégorie ouvrière qui ne représente ni la masse des salariés en acti­vité ni les « pau­vres » de toutes sortes (per­son­nes âgées en dif­fi­culté, chômeurs défini­tifs, femmes céliba­tai­res peu ou pas qua­lifiées, jeunes à la recher­che d’emploi, jeunes à la recher­che d’autre chose, etc.).

Mais peut-on le faire à tra­vers un autre intérêt quand la société capi­ta­lisée évolue d’une façon telle qu’on ne peut plus déter­mi­ner un intérêt qui soit supérieur aux autres ? Peut-on le faire au nom de l’intérêt en général ? Alors, c’est retom­ber sur la notion « d’intérêt général » qui est d’ordi­naire, dans les démocra­ties contem­po­rai­nes, du res­sort de l’État censé être le seul à avoir la hau­teur de vue néces­saire pour tran­cher dans la jungle des intérêts par­ti­cu­liers18.

Peut-on alors le faire au nom de « valeurs » ? C’est ce que pense Hannah Arendt, dans son traité sur la désobéissance civile quand elle précise que « ceux qui se livrent à la désobéissance civile cons­ti­tuent en fait des mino­rités orga­nisées, unies par des décisions com­mu­nes, plutôt que par une com­mu­nauté d’intérêts, et par la volonté de s’oppo­ser à la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale, même lorsqu’elles peu­vent esti­mer que cette poli­ti­que a le sou­tien d’une majo­rité19 ».

Mais com­ment résoudre le problème si la majo­rité n’a pas cons­cience de ces valeurs ou conti­nue à penser que les intérêts matériels sont sou­vent et sur­tout pour les plus démunis, supérieurs à ces mêmes valeurs ?

Les exem­ples four­millent, mais conten­tons-nous d’un seul, très actuel : que pen­sent les tra­vailleurs des entre­pri­ses du nucléaire de la valeur « Sauver la planète » si l’entre­prise, outre le salaire consenti, leur offre par-dessus le marché confort et loi­sirs abon­dants et peu chers pour com­pen­ser les ris­ques de proxi­mité ?

L’indi­gna­tion exprime assez bien l’impuis­sance des dominés dans ce contexte et la dif­fi­culté à se pro­je­ter vers un avenir dont on sou­haite et dont on redoute en même temps sa dis­sem­blance avec le présent. D’où le flou que l’on res­sent non seu­le­ment sur le plan pro­gram­ma­ti­que, mais sur celui même du désir qu’il n’est plus ques­tion de pren­dre pour la réalité, comme en 1968. Ce flou expli­que aussi le peu d’enthou­siasme suscité par le « capi­ta­lisme vert » qui res­sem­ble à un der­nier sub­sti­tut de révolu­tion, accep­ta­ble pour la frange conser­va­trice de la société, à l’usage des réfor­mis­tes ou des naïfs invétérés, mais à tra­vers lequel la jeu­nesse a du mal à se des­si­ner un avenir.

Comme d’habi­tude, l’his­toire des femmes et des hommes tran­chera et sans doute avec bru­ta­lité. Mais la dif­fi­culté d’ana­ly­ser le moment présent pro­vient précisément du fait qu’il échappe aux cadres des théories ancien­nes et aux schémas men­taux inculqués par la tra­di­tion révolu­tion­naire. Il est donc pro­ba­ble que nous inven­te­rons aussi des formes inconnues jusqu’ici et que la pres­sion des cir­cons­tan­ces, donc la contin­gence aussi, aura un poids déter­mi­nant.

7 - L’indignation remplace la conscience politique 

Du moins du point de vue his­to­ri­que, la cons­cience morale a long­temps été déterminée par les canons de l’Église et de l’aris­to­cra­tie puis elle s’en est émancipée au sein d’une phi­lo­so­phie cri­ti­que des « Lumières » pro­pice au pro­ces­sus de l’indi­vi­dua­li­sa­tion bour­geoise, mais le peuple n’y a pas trouvé son compte. Si les révoltes ou les révolu­tions ont tou­jours été la conséquence d’une mise en action d’une cons­cience morale (« Liberté, égalité, Fraternité »), elles repo­saient aussi sur la cons­cience d’intérêts com­muns, la cons­cience d’une oppo­si­tion avec les domi­nants ou les exploi­teurs, bref d’une cons­cience poli­ti­que ou d’une cons­cience de classe que le mou­ve­ment ouvrier puis le syn­di­ca­lisme devait accélérer à partir de la révolu­tion indus­trielle.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui cette cons­cience de classe se réduit comme peau de cha­grin à la mesure du déclin numérique et qua­li­ta­tif (l’impos­si­ble affir­ma­tion actuelle d’une iden­tité ouvrière) du prolétariat. Sa crois­sance dans les pays émer­gents n’est pas une solu­tion de rechange car il s’y développe en dehors de toute pers­pec­tive de classe, en dehors de tout projet socia­liste.

La cons­cience morale resur­git donc sur ce déclin de la cons­cience de classe et aussi sur le fait que la révolte ou la révolu­tion ne peu­vent plus se pro­duire au titre d’une classe suf­fi­sam­ment unifiée mon­dia­le­ment qui concen­tre­rait tous les torts du capi­ta­lisme et non pas un tort par­ti­cu­lier comme le disait la célèbre for­mule de Marx, mais seu­le­ment à titre humain car le pro­ces­sus de tota­li­sa­tion du capi­tal a fait que ce der­nier a étendu considérable­ment son champ de domi­na­tion.

Mais cette cons­cience morale qui prend aujourd’hui la forme média­ti­que de l’opus­cule à succès de Stéphane Hessel en reste à « l’indi­gna­tion » et à la dénon­cia­tion de ce qui est vrai­ment exagéré comme si cet exagéré n’était pas le pro­duit d’une logi­que générale. Certes, tous les moyens sont bons pour faire pièce à la domi­na­tion et au pou­voir, mais on sait très bien que l’indi­gna­tion peut conduire à toutes sortes de com­por­te­ments pro­tes­ta­tai­res ou récri­mi­na­toi­res, y com­pris à voter ps ou fn en France, Liga en Italie ou à reven­di­quer de quit­ter l’ue et le retour à la drachme en Grèce.

8 - Pourquoi occuper les places ou faire des « marches de l’indignation » ?

L’occu­pa­tion des places a une grande impor­tance car elle signale un détour­ne­ment de leur usage habi­tuel qui est d’être lieu de cir­cu­la­tion ou de ras­sem­ble­ments infor­mels et très pro­vi­soi­res. Cela prend encore plus d’impor­tance quand l’occu­pa­tion est le fait de forces ras­semblées, de façon plus ou moins spon­tanées, pour contes­ter tout ou partie de l’ordre établi20. Il s’agit là de la création d’un « espace public non ins­ti­tu­tion­nel » pour repren­dre les termes d’Oscar Negt21, sur une place publi­que. Mais du fait de l’occu­pa­tion, il y a trans­for­ma­tion du statut poli­ti­que et social du lieu. Il ne fait pas de doute que la place Tahrir du Caire a dû jouer le rôle de modèle. Non plus un simple rôle de lieu de ras­sem­ble­ment, de sta­tion­ne­ment ou de cir­cu­la­tion des foules, ce qui est, après tout, la fonc­tion des places, mais un lieu où l’inten­sité d’une crise poli­ti­que et sociale semble se cris­tal­li­ser. Cette expan­sion par capil­la­rité connexion­niste est une des caractéris­ti­ques des mou­ve­ments actuels et les bran­che­ments sont à cou­rant alter­na­tif. Ainsi, on a d’abord la révolte des jeunes Grecs en décembre 2008, suite au meur­tre par la police du lycéen Alexandros Grigoropoulos ; puis la répres­sion policière du 5 mai 2010 où la police brise une mani­fes­ta­tion de cent mille per­son­nes à Athènes après un incen­die qui a fait quatre morts. Ces événements réson­nent comme un écho posi­tif et radi­cal à l’échec de la conjonc­tion de la révolte des ban­lieues de 2005 avec la lutte des étudiants contre le cpe en 2006 en France, dans un contexte de crise grave de la repro­duc­tion des rap­ports sociaux. Enfin, le pan­neau des indi­gna­dos espa­gnols : « Réveillez-vous les Grecs » est une allu­sion à la cir­cu­la­rité des événements et n’est pas pour rien dans l’occu­pa­tion de la place Syntagma à Athènes en mai 2011. Est-ce que ces résonan­ces qui recou­vrent une assez vaste aire méditer­ranéenne sont le signe d’un nouvel inter­na­tio­na­lisme des luttes, l’ouver­ture d’un nou­veau cycle comme celui initié dans la seconde moitié des années 60 ? Nous ne pou­vons le dire pour le moment.

Il s’agit bien là d’une rup­ture avec les pra­ti­ques quo­ti­dien­nes repro­duc­tri­ces de l’ordre social, même si cette rup­ture est limitée par son caractère par­tiel aussi bien dans la forme que du point de vue de son contenu. Ainsi, il est prévu un ras­sem­ble­ment le week-end du 25-26 juin Puerta del Sol. Mais pour deux jours seu­le­ment. Le modèle de la place Tahrir s’estompe.

L’occu­pa­tion des places ne cons­ti­tue d’ailleurs pas le seul moyen d’action utilisé. Les indi­gna­dos espa­gnols, après avoir décidé de quit­ter la Puerta del Sol à Madrid, ont recours à d’autres types de mani­fes­ta­tions, parmi les­quels des mar­ches entre Barcelone et Madrid en pas­sant par villes et vil­la­ges. Ils disent « nous avons occupé les places, nous occu­pons les routes… nous allons occu­per l’Europe ». De même en Grèce, les mani­fes­tants ont essayé d’empêcher les députés de se rendre au Parlement et la place Syntagma à Athènes semble être occupée de façon quasi per­ma­nente.

Mais l’idée d’une « révolu­tion à titre humain » que nous sommes nom­breux à espérer, peine à trou­ver sa confir­ma­tion dans un mou­ve­ment qui, comme celui qui se déroule actuel­le­ment, n’entraîne pas la remise en cause des sta­tuts et des iden­tités dont il se contente de défendre la simple équi­va­lence.

Cela pour­rait rester de l’ordre des argu­ties théori­ques si cela n’influait pas sur les condi­tions concrètes de la lutte. Par exem­ple, quand cer­tains, au sein du mou­ve­ment des occu­pa­tions, défen­dent la police « parce qu’elle fait son métier », cela ren­force bien évidem­ment les posi­tions glo­ba­le­ment uni­tai­res et paci­fis­tes du mou­ve­ment, en dépit des fric­tions que cela peut occa­sion­ner à l’intérieur du mou­ve­ment. Ce fut le cas, par exem­ple, le 27 mai Plaça de Catalunya à Barcelone, quand un « cordon sani­taire » a tenté de s’inter­po­ser entre la police chargée de déblayer la place et un groupe d’irréduc­ti­bles qui enten­daient demeu­rer à cet endroit.

Cela ren­force aussi l’idée d’un « Tous ensem­ble » qui a montré ses limi­tes en France en 1995 et qui semble par­fois cri­tiqué comme l’expri­ment les événements en Grèce et aussi le rejet de la plate-forme « la démocra­tie réelle main­te­nant » à Barcelone et de nom­breu­ses ini­tia­ti­ves auto­no­mes à Madrid. Mais les choses peu­vent évoluer très vite en fonc­tion de la situa­tion. Par exem­ple en Grèce, en cette fin juin, la crise est telle que l’ordre établi doit se défendre par tous les moyens si bien qu’une esca­lade des affron­te­ments n’est pas à exclure. C’est d’ailleurs en Grèce que les forces en présence sem­blent être les plus éclatées, les plus différenciées avec d’une part des mani­fes­tants aux into­na­tions anti-union européenne voire natio­na­lis­tes aux­quels des forces d’extrême droite pour­raient venir s’agréger via des hoo­li­gans semble-t-il assez actifs autour du Parlement ; d’autre part des mani­fes­tants pro­ches de l’extrême gauche qui concen­trent leur acti­vité sur les quar­tiers et assemblées loca­les. Mais comme en Espagne, le rap­port à la vio­lence est un sujet dis­cri­mi­nant, au moins tant que la répres­sion reste limitée et sous contrôle22. De toute façon, de tels affron­te­ments ne pour­raient pren­dre une dimen­sion supplémen­taire que si cette crise s’éten­dait ailleurs car il n’y a pas d’inter­na­tio­na­lisme des soli­da­rités, il n’y a qu’un inter­na­tio­na­lisme des luttes.

On notera qu’il y a une différence entre des occu­pa­tions ou des blo­ca­ges qui s’insèrent dans un mou­ve­ment de lutte plus large – comme en France en octo­bre-novem­bre 2010, même si ce n’est pas sur un même objec­tif, ou comme en Grèce depuis plus de trois ans et main­te­nant en Espagne où des comités de voi­si­nage ont précédé les occu­pa­tions de places cen­tra­les – et une situa­tion comme celle de Paris où l’occu­pa­tion en soi crée l’événement, en dehors de toute lutte, où la mons­tra­tion se confond avec la lutte et où une simple pos­ture de contes­ta­tion fait figure de vraie oppo­si­tion riche de contenu. En effet, si à Paris le ras­sem­ble­ment qui s’opère à Bastille est bien dans la filia­tion du mou­ve­ment des indi­gna­dos (parmi ses ini­tia­teurs figu­rent des étudiants espa­gnols en résidence à Paris) il est plus dans l’imi­ta­tion que dans l’expres­sion propre de ses par­ti­cu­la­rités. C’est que les effets de la crise de 2008 sont moins forts en France. La répres­sion y est aussi plus présente comme le montre le dépla­ce­ment manu mili­tari de l’ag après le succès rela­tif du ras­sem­ble­ment de 3000 per­son­nes le 5 juin, des mar­ches de l’Opéra Bastille vers le Boulevard Richard Lenoir où la visi­bi­lité est moin­dre ; comme le montre aussi la rafle policière du 19 juin contre une ini­tia­tive pour ins­tal­ler un cam­pe­ment per­ma­nent.

Ces caractéris­ti­ques vont conduire les par­ti­ci­pants à privilégier les ques­tions d’orga­ni­sa­tion. Devant l’absence de pers­pec­tive, même immédiate, le démocra­tisme abs­trait va être érigé en prin­cipe. L’ag doit être régie par le consen­sus après dis­cus­sion ce qui conduit le plus sou­vent au blo­cage puisqu’une petite mino­rité peut tou­jours cri­ti­quer un point par­ti­cu­lier. Dans ce cas, la décision est renvoyée à une com­mis­sion quitte à ce que la pro­po­si­tion revienne devant l’ag après modi­fi­ca­tion. On a là en germe toutes les tares du par­le­men­ta­risme. Très vite les com­mis­sions mul­ti­ples qui se spécia­li­sent à partir d’une prétendue exper­tise devien­nent des bran­ches d’un exécutif qui ne dit pas son nom23. Elles sont cha­peautées par une coor­di­na­tion des com­mis­sions et l’ag, dont la fréquence est réduite, devient une cham­bre d’enre­gis­tre­ment. Les « indignés » sont piégés par leurs pro­pres règles démocra­ti­ques alors même qu’ils n’arri­vent pas à poser la ques­tion plus générale de leur rap­port à la légalité. Ainsi, la « com­mis­sion juri­di­que » posera, à un moment donné, la ques­tion de la légalité du mou­ve­ment par rap­port au pou­voir : « Voulez-vous la res­pec­ter oui ou non », en des termes qui font penser à une ques­tion de phi­lo­so­phie au bac­ca­lauréat. Le « mou­ve­ment », s’il faut l’appe­ler comme cela, semble hors-sol. Son paci­fisme fon­cier cor­res­pond au moins autant à une absence de prise en compte des rap­ports de force qu’à un pur refus de la vio­lence. L’idée d’une alter­na­tive dans la cons­truc­tion d’un monde parallèle à la société en place est-elle le fruit d’une illu­sion, qui plus est génération­nelle24, ou une résur­gence des uto­pies du xixe siècle ?

En tout cas, on ne peut négliger ou a for­tiori juger ces événements à partir d’une posi­tion cri­ti­que extérieure qui attri­bue­rait les bons et mau­vais points25.

On peut dire sim­ple­ment que toute occu­pa­tion « sau­vage » représente un début de rup­ture avec l’ordre établi. En Espagne, par exem­ple, les auto­rités dont la première réaction a été d’inter­dire l’occu­pa­tion pro­longée des places tout en auto­ri­sant la mani­fes­ta­tion tem­po­raire, ont dû faire machine arrière face à la force du mou­ve­ment, et cela d’ailleurs en contra­dic­tion avec les prin­ci­pes cons­ti­tu­tion­nels au sujet des mani­fes­ta­tions poli­ti­ques en période pré-élec­to­rale.

En tout état de cause, il semble que ce type de mou­ve­ment doive dévelop­per, à court terme, un démocra­tisme d’assemblée avec toutes les dérives que cela com­porte26 et un citoyen­nisme qui se pose comme une nou­velle média­tion à l’époque de la crise et du déclin des ancien­nes média­tions de l’époque précédente (État-nation-pro­vi­dence) toutes plus ou moins ins­ti­tu­tion­nel­les27.

Obligée de dis­sou­dre tou­jours davan­tage les anciens rap­ports sociaux hérités de la société de clas­ses et deve­nus pour elle des « obs­ta­cles au chan­ge­ment », la société capi­ta­lisée est de plus en plus frag­mentée et elle a donc besoin de nou­vel­les média­tions pour représenter son unité. Pour se faire média­tion, la démarche citoyenne cher­che à recréer les condi­tions d’appa­ri­tion d’une société civile qui échap­pe­rait aux fon­da­men­ta­lis­mes du marché et de l’indi­vi­dua­li­sa­tion. C’est cela qui limite sa cri­ti­que de l’État capi­ta­liste à la cri­ti­que des poli­ti­ques néo-libérales.

Le capi­ta­lisme mon­dia­lisé aurait dépossédé les États natio­naux et donc les hommes (via les élec­tions) de leur pou­voir poli­ti­que assis sur la liberté. Il n’y aurait donc plus de démocra­tie « réelle » et il faut en recréer une de la même façon que, pour beau­coup, il n’y a plus « d’écono­mie réelle » et c’est pour cette raison que les choses iraient si mal.

Il y a tout lieu de penser que nous conti­nue­rons à connaître grosso modo les mêmes erre­ments lors des pro­chai­nes insur­rec­tions en Occident et, à chaque fois se posera néces­sai­re­ment le problème du rap­port à la vio­lence et du rap­port à l’État. Une cla­ri­fi­ca­tion s’impose dans ce domaine afin d’échap­per au dilemme : « paci­fisme bêlant » ou « lutte armée », et de sortir des ornières où cette ques­tion s’est enlisée.

Malgré tout, nous devons être là où une dyna­mi­que semble pou­voir s’ins­tau­rer et rester atten­tifs à ses poten­tia­lités sub­ver­si­ves parce que les ten­sions conflic­tuel­les côtoient les appa­ren­tes pra­ti­ques de sou­mis­sion. Participer aux mou­ve­ments en cours, c’est essayer de ren­for­cer l’auto­no­mie pra­ti­que de ces luttes dans tous les aspects de la vie quo­ti­dienne en cri­ti­quant toute illu­sion sur la for­ma­tion d’une auto­no­mie poli­ti­que (une « démocra­tie réelle ») qui se dévelop­pe­rait à l’abri d’une auto­no­mie écono­mi­que (retour au pro­tec­tion­nisme, retour à l’inter­ven­tion de l’État et mora­li­sa­tion de la finance). Ce n’est pas parce que l’État s’est redéployé sous une forme réseau, qu’il n’existe plus, bien au contraire ; c’est parce qu’il pro­duit de la tota­li­sa­tion sans être tota­li­taire qu’il recou­vre ou englobe toute la société28. Il en est ainsi des modes de mobi­li­sa­tion. En effet, le mou­ve­ment des indignés fait comme si la force des tech­ni­ques de com­mu­ni­ca­tion était un élément faci­li­tant, alors que c’est précisément parce que ces tech­ni­ques désub­stan­tia­li­sent la com­mu­ni­ca­tion qu’elles per­met­tent des ras­sem­ble­ments rapi­des et mas­sifs, mais creux, sans prise sur le réel et qui tour­nent à vide ; qui gra­vi­tent, jus­te­ment, autour des problèmes de com­mu­ni­ca­tion. À cet égard, l’atti­tude vis-à-vis de la presse est celle d’une quête de son effet miroir (miroir qu’on espère gros­sis­sant) et cette mise en abyme com­mu­ni­ca­tion­nelle signe dès le départ le manque de pers­pec­ti­ves ou sim­ple­ment l’élan insuf­fi­sant du mou­ve­ment.

En effet, le refus du poli­ti­que qu’il exprime n’est pas, pour le moment du moins, un signe de luci­dité chez les jeunes qui com­po­sent la majo­rité de ces mou­ve­ments (au moins pour l’Europe), mais au contraire un refus de la cri­ti­que au nom d’un idéal com­mu­ni­ca­tion­nel apo­li­ti­que.

C’est bien parce que ces mou­ve­ments ne pas­sent pas à l’action contre les lieux de pou­voir et la cir­cu­la­tion des flux de pro­duc­tion et de repro­duc­tion qu’ils ne font pas peur aux États. Dans les pays arabes, ils auront servi au chan­ge­ment du per­son­nel poli­ti­que et à quel­ques réfor­met­tes démocra­ti­ques, mais ils auront eu tout de même une influence considérable sur les condi­tions de vie des popu­la­tions et leur rap­port au pou­voir. D’une cer­taine façon, la peur a changé de camp parce qu’il ne s’est pas agi d’une simple indi­gna­tion contre les abus, mais d’une vérita­ble résis­tance due à l’insou­te­na­bi­lité des situa­tions. Il a fallu, de plus, qu’inter­vien­nent la sin­gu­la­rité de cer­tains événements (sacri­fice indi­vi­duel, sorte de mai 68 sur la place Tahrir) pour que cette insou­te­na­bi­lité – qui ne datait évidem­ment pas d’hier – puisse se cris­tal­li­ser, pour que « l’étin­celle mette le feu à la plaine ».

Mais ici, en Europe, hormis en Grèce où la crise de repro­duc­tion des rap­ports sociaux est plus grave, nous n’en sommes pas là jus­te­ment parce que ceux pour qui la situa­tion relève le plus de l’insou­te­na­ble sont ceux qui sont les plus écrasés par les struc­tu­res matériel­les et men­ta­les de la domi­na­tion. Ce sont plutôt ceux qui sont dans l’entre-deux qui for­ment une nou­velle catégorie de pro­ta­go­nis­tes. Donc, non pas les chômeurs, mais ceux qui ont peur de l’être, non pas les sans-logis, mais ceux qui retar­dent leur départ du milieu fami­lial, non pas les non diplômés, mais ceux qui pen­sent que leurs diplômes sont dévalo­risés etc. Leur pra­ti­que connexion­niste n’est donc pas sim­ple­ment une nou­velle forme de fétichisme vis-à-vis des nou­vel­les tech­no­lo­gies, elle est due à ce même entre-deux qui fait qu’ils sont comme sus­pen­dus au-dessus du rap­port social. S’il nous paraît complètement faux d’y voir un mou­ve­ment de nou­vel­les clas­ses moyen­nes en voie de déclas­se­ment, il n’en est pas moins vain d’y cher­cher une nou­velle figure de classe qui vien­drait sup­plan­ter la classe ouvrière ou former un nou­veau prolétariat uni­ver­sel. Ce serait encore une pers­pec­tive de classe tota­le­ment hors de propos ici. Il ne nous semble pas non plus pos­si­ble de faire une interprétation en termes de nou­veau sujet. Tout d’abord pour une raison théorique qui est que cela fait plus de qua­rante ans que la cri­ti­que s’use en vain à cher­cher un nou­veau sujet sur le modèle du prolétariat (cf. Marcuse à la fin des années 60) ; ensuite parce qu’à une cer­taine unité de classe a succédé une frag­men­ta­tion du sala­riat et même une amorce de décom­po­si­tion de celui-ci. Il n’est donc pas pos­si­ble de faire un tri et d’en choi­sir une com­po­sante qui joue­rait un rôle moteur, d’autant que les mou­ve­ments actuels mon­trent un enchevêtre­ment de différentes catégories : le « précaire », « le tra­vailleur cog­ni­tif », ou de façon encore plus indéterminée, le « tra­vailleur col­lec­tif ». D’ailleurs ces catégories man­quent elles-mêmes de consis­tance et d’unité29. Elles sont, sou­vent au même titre, vic­ti­mes des nou­vel­les condi­tions de la domi­na­tion et de l’exploi­ta­tion et elles sont, au mieux, par­ties pre­nan­tes des nou­vel­les com­mu­nautés de luttes contre ces condi­tions.

C’est ce qui rend ce type de mou­ve­ment assez sin­gu­lier et faci­lite son écart30 par rap­port à ce que l’on attend habi­tuel­le­ment, mais qui est aussi sus­cep­ti­ble de sur­pren­dre le pou­voir en place. Ainsi, l’événement que cons­ti­tue l’occu­pa­tion des places, en Espagne et en France, reste ambigu et limité par le fait que cet écart est comme posé, comme en soi, à la fois néces­saire et suf­fi­sant. Il ne faut sans doute pas cher­cher plus loin l’auto­sa­tis­fac­tion qui semble émaner des différentes com­mis­sions sur les tâches les plus quo­ti­dien­nes et ce qui apparaît déjà comme un fétichisme de l’orga­ni­sa­tion. Tout au plus peut-on y voir une ten­dance auto­ges­tion­naire qui, pour le moins dépassée, en ce qui concerne ses conte­nus ori­gi­nels (ce qui était l’auto­ges­tion d’une pro­duc­tion dont la majeure partie devrait être aujourd’hui aban­donnée) réapparaît dans le cadre d’une idéologie de la forme ; ce que nous avons nommé et cri­tiqué comme « la forme d’abord31 ».

La ques­tion qu’on peut se poser est celle-ci : cette limi­ta­tion est-elle auto­li­mi­ta­tion ou bien est-ce qu’il y a cons­cience de la dif­fi­culté à créer une dyna­mi­que parce que le mou­ve­ment n’est pas relié aux forces qui pour­raient trans­for­mer un écart, sim­ple­ment posé, sta­ti­que, en pra­ti­ques d’écart et de sub­ver­sion de l’ordre établi ? Mais cette dyna­mi­que n’est pas impos­si­ble. D’accord pour dire que le mou­ve­ment actuel n’a rien de révolu­tion­naire, ni dans sa forme ni dans son contenu mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas débou­cher sur autre chose ou qu’en tout cas il puisse pro­duire un effet d’entraînement. On en a un exem­ple ce 5 juillet avec la mise en échec d’une rafle policière anti-immigrés dans un quar­tier popu­laire de Madrid (Lavapiès32). Là non plus rien de révolu­tion­naire en soi mais des signes de résis­tance au pou­voir et la démons­tra­tion que l’indi­gna­tion, quand elle se fait col­lec­tive, peut faire mou­ve­ment, peut créer des pas­se­rel­les, des conver­gen­ces de lutte. Notre tâche est aujourd’hui de faci­li­ter ce lien dans la mesure où une occu­pa­tion sau­vage, une « plan­to­ni­sa­tion »33, de la voie publi­que, quel­les que soient les limi­tes du mou­ve­ment qui s’y livre, ne peu­vent que contri­buer à inculquer de bonnes habi­tu­des aux taupes indi­vi­dua­lis­tes que nous sommes deve­nus34.

 

The future is unwrit­ten35 peut-on lire actuel­le­ment sur un mur d’Athènes…

 

Temps cri­ti­ques, 12 juillet 2011


1 — On oublie trop faci­le­ment que la résis­tance à la puis­sance colo­niale anglaise aux Indes ne consista pas uni­que­ment en actes de désobéissance paci­fi­ques de la part de Gandhi et de ses dis­ci­ples, mais fut accom­pagnée d’actes ter­ro­ris­tes.

2 — Le retour à la mode d’un théori­cien du droit et de l’État comme Carl Schmitt nous four­nit un bon exem­ple de la prolifération actuelle de situa­tions d’excep­tion (la juri­dic­tion de l’Italie des « années de plomb », Guantánamo et les lois contre le ter­ro­risme, gardes à vue abu­si­ves sous prétexte sécuri­taire).

3 — Cf. l’exem­ple des fonc­tion­nai­res qui démis­sionnèrent pen­dant le gou­ver­ne­ment de Vichy. La défaite mili­taire ne jus­ti­fiait pas la col­la­bo­ra­tion active.

4 — On en a un exem­ple avec le projet de lettre à Sarkozy et au gou­ver­ne­ment décidé à l’uni­ver­sité d’été des désobéisseurs à Lyon. Plusieurs des pro­jets de let­tres incluent l’idée d’insou­mis­sion aux ordres… mais dans la « loyauté » au système, c’est-à-dire à l’ins­ti­tu­tion Éduca­tion Nationale. C’est la qua­dra­ture du cercle. Un fonc­tion­naire « loyal », c’est un fonc­tion­naire qui dit qu’il n’est pas d’accord, mais qui appli­que ce avec quoi il n’est pas d’accord. Ceci vient d’être offi­cia­lisé par l’admi­nis­tra­tion cen­trale qui en appelle main­te­nant de plus en plus sou­vent à un « devoir de réserve » des fonc­tion­nai­res alors que ce devoir n’existe que pour les mem­bres de la haute fonc­tion publi­que et non pas pour les fonc­tion­nai­res de base.

5 — Alain Refalo dis­tin­gue les « désobéisseurs » publics et les « désobéissants » dis­crets (op. cit., p. 54).

6 — Cf. J.-M. Muller dans sa lettre à l’ins­pec­teur d’académie de la Haute-Garonne suite à la sanc­tion prise contre Alain Refalo : « Un fonc­tion­naire doit être un homme avant d’être un sujet. Et un homme res­pon­sa­ble obéit aux exi­gen­ces de sa cons­cience plutôt que de se sou­met­tre aux injonc­tions de l’État (un fonc­tion­naire ça obéit ou ça démis­sionne) ». Toutefois c’est pour réins­crire la désobéissance dans une « forme supérieure de civisme » ce qui revient à cher­cher à tout prix une légiti­mité… dont on n’est pas très sûr puis­que c’est en prin­cipe l’État démocra­ti­que qui définit le civisme en vigueur. On n’est pas loin de se mordre la queue !

7 — Les ensei­gnants désobéisseurs comme d’ailleurs les col­lec­tifs École en danger ont bien pointé, entre 2008 et 2010, les insuf­fi­san­ces des grèves et mani­fes­ta­tions sans len­de­main car le retour au tra­vail est alors tou­jours le retour à l’ordre des choses comme si chacun se dis­so­ciait, un jour mani­fes­tant criant son indi­gna­tion, le len­de­main salarié docile ou res­pec­tueux.

8 — Ni sud ni la cnt n’ont appelé leurs adhérents à la désobéissance publi­que.

9 — Nous revien­drons sur cette ques­tion dans le no 16 de Temps cri­ti­ques, à paraître à l’automne 2011.

10 — Dernier exem­ple d’actua­lité, l’appel pour une mani­fes­ta­tion anti-raciste et sur­tout anti-Sarkoziste du 4 sep­tem­bre 2010. L’appel à cette mani­fes­ta­tion essaie de nous faire accroire que les poli­ti­ques actuel­les seraient en contra­dic­tion avec les prin­ci­pes de la Républi­que, mais de quelle républi­que, quand on sait que la troisième Républi­que, celle de Jules Ferry s’est cons­truite sur les mil­liers de morts et de déportés de la Commune, la quatrième sur une poli­ti­que colo­nia­liste partagée par tous les partis poli­ti­ques de droite comme de gauche et une cinquième Républi­que qui en a remis une couche avec Papon à Charonne.

11 — C’est ce que ne semble pas per­ce­voir Alain Refalo dans la conclu­sion de son livre.

12 — Comme le dit Annie Le Brun dans un entre­tien au Magazine littéraire, il paraît insup­por­ta­ble qu’à tout propos on parle de « Résis­tance », en se référant impli­ci­te­ment ou non à l’époque de la Seconde Guerre mon­diale. C’est encore une de ces approxi­ma­tions, au bout du compte mons­trueu­ses, qui en dit long sur l’air du temps.

13 — Il mélange d’ailleurs tout quand il fait des partis et des syn­di­cats des orga­ni­sa­tions de résis­tance ! Mais de résis­tance à quoi ? Les partis comme les syn­di­cats sont financés par l’État et le patro­nat, comme d’ailleurs les asso­cia­tions. Tout juste peut-on alors parler de défense des acquis ou de cer­tains prin­ci­pes comme celui de la mis­sion de ser­vice public, mais en aucun cas de résis­tance.

14 — Pour Hobbes, par exem­ple, dans une concep­tion de l’État moderne qui devien­dra le modèle du libéralisme poli­ti­que.

15 — Dans le même temps, mais en sous-main, le pou­voir négociait avec les « ter­ro­ris­tes » cana­ques et corses.

16 — Un petit nombre ont rejoint direc­te­ment les rangs de l’aln, d’autres ont pour­suivi leur combat en Suisse ou en Belgique avec les réseaux d’aide au fln, les réseaux com­mu­nis­tes antis­ta­li­niens (notam­ment trots­kis­tes) ou encore les asso­cia­tions huma­ni­tai­res ou les mou­ve­ments paci­fis­tes. La mani­fes­ta­tion poli­ti­que la plus remar­qua­ble de ces insou­mis est celle du réseau « Jeune Résis­tance ». Ce réseau asso­cie des clan­des­tins et des mili­tants qui les sou­tien­nent. Cf. Cette thèse récente dirigée par Benjamin Stora sur les désobéisseurs mili­tai­res et civils (www.ldh-toulon.net/spip.php?arti­cle2265).

17 — L’émer­gence du psu a d’ailleurs été favo­risée par l’action de ces réseaux. Cette résis­tance sous forme d’insou­mis­sion et de déser­tion a sou­vent été occultée de l’his­toire de l’extrême gauche comme de celle du com­mu­nisme radi­cal dans la mesure où elle n’est pas poli­ti­que­ment cor­recte : trop tiers-mon­diste pour les uns, trop exclu­si­ve­ment anti-impéria­liste pour les autres, trop fron­tiste pour les der­niers.

18 — Alain Refalo (op. cit.) parle de « l’intérêt public », mais ça ne résout pas le problème.

19 — Hannah Arendt, Du men­songe à la vio­lence, éd. Calmann-Lévy, 1972, p. 58.

20 — Cf. l’occu­pa­tion de la place Bellecour à Lyon pen­dant le mou­ve­ment contre la réforme des retrai­tes d’octo­bre-novem­bre 2010. Cf. notre texte : « Sur les luttes d’octo­bre-novem­bre 2010 » dis­po­ni­ble en ligne sur le site de Temps cri­ti­ques : temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php ?arti­cle280

21 — Pour des précisions sur cette ques­tion et la par­ti­cu­la­rité de la cri­ti­que de Negt par rap­port à Habermas, on peut se repor­ter au blog des « Journées cri­ti­ques » (journ­cri­ti­ques.canal­blog.com) et tout par­ti­culièrement à l’arti­cle d’Alexander Neumann.

22 — Au cours de la grande mani­fes­ta­tion du 15 juin, on a vu la grande masse des mani­fes­tants réoccu­per la place Syntagma en repous­sant paci­fi­que­ment les forces de police alors que celles-ci avaient été harcelées toute la journée par des bacha­lis (littérale­ment : les « casse-tout ») eux-mêmes tenus à l’écart de la grande mani­fes­ta­tion par ses orga­ni­sa­teurs. Cette différen­cia­tion semble avoir été moins nette au cours des dernières mani­fes­ta­tions fin juin dans la mesure où la répres­sion s’est fait plus active et l’exaspération plus grande.

En Espagne, suite à une mani­fes­ta­tion à Barcelone, à l’ini­tia­tive du « 15M » le 15 juin où des poli­ti­ciens locaux furent hous­pillés, les médias passèrent en boucle des scènes d’accro­chage censées démon­trer la vio­lence des indi­gna­dos. Depuis, les porte-parole du mou­ve­ment cher­chent à donner des preu­ves du caractère paci­fi­que des ras­sem­ble­ments et deman­dent à leurs par­ti­ci­pants d’expri­mer visi­ble­ment cette posi­tion (par des affi­chet­tes au format A5 par exem­ple).

23 — Toutefois, un peu tar­di­ve­ment, une com­mis­sion « Convergence des luttes » animée par une ten­dance révolu­tion­naire au sein du npa, pro­po­sera des actions en direc­tion de salariés grévistes de la région pari­sienne. Malgré un accueil empa­thi­que en ag, ces actions res­te­ront très sym­bo­li­ques et périphériques.

L’oppo­si­tion éthique des indi­gna­dos peut-elle ren­contrer la colère spo­ra­di­que de tra­vailleurs des­pe­ra­dos ? Là encore, rien n’est écrit et ce n’est pas une ana­lyse en termes stricts de classe qui résoudra le problème.

24 - On retrouve cette pers­pec­tive au sein de cer­tai­nes ten­dan­ces dites insur­rec­tion­nis­tes. Pour plus de dévelop­pe­ment sur ce point, on pourra se repor­ter au livre, en prépara­tion, de J. Wajnsz­tejn et G. Zavier L’insur­rec­tion­na­lisme : nos­tal­gie de l’insur­rec­tion ou nécessité de notre temps.

25 — C’est ce que l’on peut repro­cher à des textes comme celui de Miquel Amorós « Réflexions intem­pes­ti­ves après les tam­bou­ri­na­des » (14/06/11) où on retrouve le ton péremp­toire de celui qui condamne à mort un malade en en ayant seu­le­ment pris la température et celui signé Nacho Mato : « Ils appel­lent ça la révolu­tion mais ce n’en est pas une » (20/06/11). Néanmoins, ce der­nier qui s’exerce à dis­tin­guer révolu­tion poli­ti­que et révolu­tion sociale com­prend une cita­tion intéres­sante sur la révolu­tion poli­ti­que espa­gnole de 1869 : « Curieux destin de cette révolu­tion qui depuis ses débuts, semble avoir seu­le­ment des enne­mis à sa gauche » (Josep Fontana, Cambio económico y acti­tu­des políticas en la España del siglo xix, Barcelona, Editorial Ariel, p. 131). Une cita­tion qui, de Tunisie en Espagne en pas­sant par la Grèce et l’Égypte, n’a pas perdu de son actua­lité.

C’est déjà ce qui était incohérent et confu­sion­niste chez les anars insur­rec­tion­na­lis­tes mexi­cains qui refu­saient de se mélanger à l’Assemblée Populaire des peu­ples d’Oaxaca (appo), née de l’insur­rec­tion popu­laire de 2006, alors que cette assemblée appe­lait clai­re­ment à boy­cot­ter les élec­tions et se débat­tait au milieu de toutes les dif­fi­cultés qui sont inhérentes à l’impos­si­ble ins­tau­ra­tion d’une démocra­tie déter­ri­to­ria­lisée, urbaine, consen­sua­liste, prin­ci­pa­le­ment dis­cur­sive, imprégnée d’égali­ta­risme citoyen­niste (tout le monde a le droit à la parole et à la représen­ta­tion dans l’assemblée) mélan­geant des ima­gi­nai­res et des habi­tu­des de pensée divers et sou­vent opposés.

26 — Cf. sur ce point le texte de Peter Gelderloos « Spanish Revolution at the cross­roads » tiré de la news­let­ter américaine Couterpunch, dis­po­ni­ble sur www.cou­ter­punch.org/gel­der­loos06072011.html. Ce texte a été tra­duit en français par une cama­rade du « réseau­de­dis­cus­sion » et nous pou­vons le trans­met­tre en fichier sur demande.

27 — Les ancien­nes média­tions per­du­rent, mais affai­blies, elles opèrent sur­tout en dehors de leur fonc­tion d’ori­gine. Les syn­di­cats par­ti­ci­pent à la ges­tion du social, la police et la jus­tice s’auto­no­mi­sent de la poli­ti­que comme on a pu le voir le plus aisément en Italie, pays où les poli­ti­ques s’auto­no­mi­sent de la sphère poli­ti­que étati­que par leurs pra­ti­ques clientélistes, mafieu­ses, oli­gar­chi­ques.

Pour un dévelop­pe­ment cri­ti­que sur les ten­ta­ti­ves de création de com­mu­nautés poli­ti­ques auto­no­mes, on peut se repor­ter à l’arti­cle de J. Guigou, « Les nos­tal­gi­ques de la cité grec­que », Temps cri­ti­ques no 15, p. 186-190, égale­ment dis­po­ni­ble ici : temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php ?arti­cle211

28 — Cf. l’arti­cle « Quelques précisions sur capi­ta­lisme, capi­tal et société capi­ta­lisée », Temps cri­ti­ques no 15, p. 5-65, dis­po­ni­ble sur le site de la revue temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php ?arti­cle206

29 — Par exem­ple la qualité « d’inter­mit­tent du spec­ta­cle » recou­vre des condi­tions de tra­vail et de vie très dis­sem­bla­bles.

30 — Sur les pra­ti­ques de l’écart, cf. notre texte bilan sur les grèves d’octo­bre-novem­bre 2010, dis­po­ni­ble sur le site de la revue Temps cri­ti­ques ici : temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php ?arti­cle280

31 — Ibid. temps­cri­ti­ques.free.fr/spip.php ?arti­cle280

32 — Cf. www.you­tube.com/watch&nbsp ; ?v=FOjtOvYQ2qk&fea­ture=chan­nel_video_title. On en a un autre exem­ple avec la vic­toire d’une action anti-desa­hu­cios (expul­sions) dans le quar­tier ouvrier de Ciudad Lineal à Madrid. Il sem­ble­rait que de nom­breu­ses actions de quar­tier cou­vrent la défense de per­son­nes menacées par leurs prêts hypothécaires non recou­vra­bles, au sein d’une « Plate-forme des vic­ti­mes des hypothèques » (pah).

33 — Plantones est le nom que les insurgés d’Oaxaca (Mexique) ont donné aux cam­pe­ments sau­va­ges qui leur ont servi à occu­per le centre de la ville lors du soulèvement de 2006.

34 — Comme nous le disions dans le no 10 de la revue (« Politique élémen­taire » de Loïc Debray, p. 20, 1998) : « Il est urgent de remet­tre en selle la radi­ca­lité qui consiste à tenir bon y com­pris sur l’impos­si­ble, et même si on est seul, en se disant "Si je ne le fais pas, per­sonne ne le fera" et à chaque fois forcer la soli­da­rité pour conver­tir la peur en enthou­siasme. Et cela, à l’endroit où on est, ce qui est déjà beau­coup ». Le récent exem­ple tuni­sien, comme l’action des ensei­gnants désobéisseurs en France, mon­trent que cette radi­ca­lité n’est pas l’apa­nage d’une avant-garde, mais la pos­si­bi­lité de tout un chacun. Là encore, il faut que se créent les condi­tions d’une conjonc­tion entre la résis­tance comme action première par rap­port au pou­voir et la résis­tance comme réponse ou réaction au pou­voir.

35 — En référence à un album pos­thume de Joe Strummer ex-membre du groupe The Clash.

 

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