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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 08:06

 

 

Ci-dessous la première page d'un journal grec récupéré par ses
salariés envoyé par un syndicaliste de Sud Ptt 26-07


    Les Travailleurs d’Eleftherotypia sont de retour avec leur propre journal !
    

    
    par Moissis Litsis*
    

    
    

    
    Ça y
        est ! C’est fait! Les travailleurs d’Eleftherotypia, un des plus
        grands et plus prestigieux quotidiens grecs, vont de l’avant
        dans la grande entreprise de l’édition de leur propre journal « Les
Travailleurs à Eleftherotypia » !
    Depuis le
            mercredi 15 février, les kiosques dans tout le pays
            affichent à côté des journaux habituels un journal de plus,
            écrit par ses propres salariés. Un journal qui ne cherche
            pas seulement à mettre en évidence la lutte des travailleurs
            de Eleftherotypia, mais qui veut aussi être un journal
            d’information complète, spécialement en cette période si
            critique pour la Grèce.
    Les 800
            travailleurs et travailleuses à l’entreprise X. K.
            Tegopoulos, qui édite le journal Eleftherotypia, des
            journalistes aux techniciens, des nettoyeuses aux employés
            et aux concierges, sont en grève reconductible depuis le 22
            décembre 2011 puisque le patron ne leur verse plus leurs
            salaires depuis aout passé !  
    Les
            travailleurs de Eleftherotypia,
            voyant que le patron demande l’application de l’article 99
            du code des mises en faillite, en vue de se protéger de ses
            créanciers, en réalité ses salariés auxquels il doit un
            total d’environ 7 millions d’euros en salaires impayés (!),
            ont décidé parallèlement aux mobilisations et aux actions en
            justice de faire paraitre leur propre journal. Un journal
            distribué par les agences de la presse dans tout le pays,
            pour le prix de 1 euro (contre le 1,30 euro qui est le prix
            habituel des autres journaux), avec comme objectif de
            soutenir da caisse de grève.
    Etant impayés
            depuis sept mois, les travailleurs et travailleuses de
            Eleftherotypia sont soutenus par un mouvement de solidarité
            des diverses collectivités ou même des citoyens isolés qui
            font des dons en argent ou en espèces (nourriture,
            couvertures, etc). Avec l’édition de leur propre journal et
            l’argent de sa vente, ils pourront soutenir financièrement
            leur grève sans qu’il y ait la moindre médiation de
            personne : En somme, ils avancent dans une sorte d’autogestion.
    Le journal a
            été confectionné dans un atelier ami, dans une ambiance qui
            rappelait l’édition d’un journal clandestin, puisque la
            direction, dès qu’elle a appris que les journalistes vont de
            l’avant dans leur entreprise d’édition, a coupé d’abord le
            chauffage, ensuite le système employé par les rédacteurs
            pour écrire leurs articles et enfin, elle a fermé l’atelier
            lui-même, bien que pour l’instant l’accès aux bureaux du
            journal reste libre. Eleftherotypia des Travailleurs a été
            imprimé à une imprimerie étrangère à l’entreprise avec
            l’appui des syndicats des salariés de la presse, parce que
            les travailleurs de sa propre imprimerie hésitaient à
            occuper leur lieu de travail.
    La direction
            qui a peur de l’impact de l’édition autogestionnaire du
            journal, menace de recourir à des actions en justice, elle
            intimide en menaçant de licencier les membres du comité de
 rédaction
            qui ont été élus tout a fait démocratiquement par l’assemblée
générale des
            grévistes. Cependant, le public grec, et
            pas seulement les lecteurs de Eleftherotypia, attendait avec
            grand intérêt sa parution – on a été submergé par les
            messages encourageant les journalistes à éditer seuls le
            journal- puisque la dictature des marchés est couplée de la
            dictature des medias qui rendent opaque la réalité grecque.
            S’il n’y avait pas le climat consensuel cultivé par la
            plupart des medias en 2010, avec l’argument qu’il n’y avait
            pas d’alternative quand le gouvernement Papandreou signait
            le premier Mémorandum dont l’échec patent est reconnu
            maintenant par tout le monde, on aurait peut être vu le
            peuple grec se révolter plus tôt pour renverser une
            politique catastrophique pour toute l’Europe. 
    
    Le cas
            d’Eleftherotypia n’est pas unique. Des dizaines
            d’entreprises du secteur privé ont cessé depuis longtemps de
            payer leurs salariés, et leurs actionnaires les ont
            virtuellement abandonnées en attendant des jours
            meilleurs…Dans la presse, la situation est même pire. A
            cause de la crise, les banques ne prêtent plus aux
            entreprises tandis que les patrons ne veulent pas payer de
            leur poche, préférant avoir recours à
            l’article 99 –il y au moins 100 sociétés cotées en bourse
            qui l’ont déjà fait- afin de gagner du temps en vue de
            l’éventuelle faillite grecque et de sa probable sortie de la
            zone euro.  
    Elefthrotypia a
            été créée en 1975 comme un « journal de ses rédacteurs »
dans

            la période de radicalisation qui a suivi la chute de la
            dictature en 1974. Aujourd’hui, dans une époque marquée par
            la nouvelle « dictature  des créanciers » internationaux,
            les travailleurs et les travailleuses d’Eleftherotypia ont
            l’ambition de devenir l’exemple lumineux d’une information
            totalement différente, en résistant à la « terreur » tant du
            patronat que des barons des medias, qui ne voudraient
            absolument pas voir les travailleurs prendre en main le sort
            de l’information.
    *Moisis Litsis est rédacteur économique, membre
            du Comité de Rédaction d’ « Eleftherotypia des
            Travailleurs », membre suppléant du Conseil d’Administration
            du syndicat grec des Journalistes (ESHEA).                                               

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