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le blog du laboratoire anarchiste

Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 08:34

On publie à nouveau des textes sur les meutres de Toulouse et Montauban il serait important pour lesmilitants  d'oser réfléchir sans céder à la polémique .

 

reçu par d'un militant par mail.le texte ci dessous on peut le lire ici

Ce texte cons­ti­tue une ver­sion, modi­fiée et aug­mentée, d’un arti­cle écrit pour des mili­tants bri­tan­ni­ques et néerl­andais. Il se concen­tre seu­le­ment sur les meur­tres antisé­mites de Toulouse et n’aborde pas les autres moti­va­tions poli­ti­ques ou éventu­el­lement reli­gieu­ses de Mohamed Merah car il est bien trop tôt pour le faire séri­eu­sement. Les notes ajoutées au texte ini­tial tien­nent compte de cri­ti­ques reçues avant sa paru­tion en français et nuan­cent donc cer­tai­nes affir­ma­tions du texte publié en anglais ou rép­ondent à cer­tai­nes cri­ti­ques exprimées par des cama­ra­des. Un grand merci donc à toutes celles et tous ceux qui ont relu cet arti­cle, et m’ont exprimé leurs dés­acco­rds, ont repéré des erreurs fac­tuel­les ou suggéré des modi­fi­ca­tions. Y.C.)

Une longue his­toire

L’anti­ju­daïsme et l’antisé­mit­isme ont une longue his­toire en France. Des pogroms furent orga­nisés autour de la pre­mière croi­sade de 1095 ; les Juifs furent plu­sieurs fois expulsés du royaume de France au Moyen Age (entre 633 et 1394) ; pen­dant une pér­iode, les Juifs furent obligés par l’Église de porter une « rouelle », un bout de tissu jaune qui a précédé l’étoile jaune imposée par les nazis. A la fin du XIXe siècle, après la déf­aite de la France contre la Prusse en 1870, les Juifs devin­rent une cible pri­vilégiée de l’extrême droite, des catho­li­ques de droite antiré­pub­licains, et aussi d’une partie du mou­ve­ment ouvrier, notam­ment lors de scan­da­les finan­ciers. A chaque crise sociale impor­tante, entre les deux guer­res mon­dia­les, des grou­pes d’extrême droite ou natio­na­lis­tes-xénop­hobes qui pou­vaient orga­ni­ser des cen­tai­nes de mil­liers de per­son­nes ciblèrent les Juifs, par exem­ple pen­dant le Front popu­laire dirigé par le Premier minis­tre socia­liste Léon Blum. Au cours de la Seconde Guerre mon­diale, non seu­le­ment le gou­ver­ne­ment Pétain col­la­bora avec les nazis, mais sa défi­nition « juri­di­que » (raciale et raciste) de la judéité était plus stricte en France qu’en Allemagne, grâce aux efforts des juris­tes et poli­ti­ciens gau­lois ! La plu­part des métiers furent inter­dits aux Juifs (jus­tice, ensei­gne­ment, fonc­tion publi­que, presse, armée, police) et aussi les pro­fes­sions libé­rales (avo­cats, médecins, etc.). Leurs biens furent expro­priés, qu’il s’agisse de peti­tes bou­ti­ques, d’appar­te­ments, d’actions ou de capi­taux dans de gran­des entre­pri­ses. Dans les lycées et les uni­ver­sités, les Juifs ne devaient pas représ­enter plus de 3% des élèves. Le mot « Juif » fut inclus sur les cartes natio­na­les d’iden­tité. Le gou­ver­ne­ment français créa, dès sep­tem­bre 1940, un fichier détaillé des Juifs qui permit ensuite aux nazis, assistés de poli­ciers français, d’arrêter 80 000 Juifs (sur 300 000), dont 77 320 mou­ru­rent en dép­or­tation. Et le gou­ver­ne­ment français accorda aux nazis la pos­si­bi­lité de dép­orter 11 000 enfants, alors que les fas­cis­tes vou­laient au départ dép­orter « seu­le­ment » les Juifs ayant plus de 16 ans...

Nul ne peut oublier ce passé très lourd, dans l’his­toire de la France, y com­pris répub­lic­aine, quand il doit pren­dre posi­tion à propos d’actes antisé­mites (1) .

Juifs et musul­mans en France

Aujourd’hui, la France possède la plus grande popu­la­tion juive ainsi que la plus grande popu­la­tion « musul­mane » en Europe. Évide­mment, le fait que le tueur de Toulouse se réc­lame de l’islam (même s’il était appa­rem­ment peu pra­ti­quant) ne va pas aider les juifs (et les Juifs) français à se rap­pro­cher des musul­mans vivant dans ce pays. Une mani­fes­ta­tion com­mune avait été pla­ni­fiée à Paris par les diri­geants des deux « com­mu­nautés » reli­gieu­ses, mais elle a été annulée lors­que le meur­trier a été iden­ti­fié et tué. Néanmoins plu­sieurs mani­fes­ta­tions loca­les inter­com­mu­nau­tai­res ont eu lieu, ou vont avoir lieu, en ban­lieue et en pro­vince.

Au cours de la semaine sui­vant le 19 mars 2012, les auto­rités reli­gieu­ses juives et musul­ma­nes ont déployé tous leurs efforts pour expli­quer que la reli­gion musul­mane n’était pas en jeu dans cet assas­si­nat et condam­ner la « folie » sup­posée de Mohamed Merah et son inter­pré­tation « folle » du Coran. Ils ont tra­vaillé main dans la main avec la police et le gou­ver­ne­ment de Sarkozy (le même gou­ver­ne­ment qui, depuis des années, stig­ma­tise les femmes musul­ma­nes qui veu­lent porter le hijab à l’école, dans les admi­nis­tra­tions publi­ques voire dans l’espace public, et dén­once l’abat­tage rituel des ani­maux – posi­tion qui avait d’ailleurs aussi braqué la com­mu­nauté juive) pour éviter toute mani­pu­la­tion reli­gieuse ou poli­ti­que de l’atten­tat de Toulouse.

Néanmoins, dès que l’iden­tité du tueur a été dévoilée, les radios com­mu­nau­tai­res juives ont com­mencé une vio­lente cam­pa­gne contre l’islam, confon­dant allég­rement cette reli­gion avec ses cou­rants poli­ti­ques les plus extrém­istes, comme le dji­ha­disme inter­na­tio­na­liste, tout en répétant hypo­cri­te­ment qu’il ne fal­lait « sur­tout pas faire d’amal­game » ! Il est vrai que les radios juives pari­sien­nes (RCJ, Radio J, Radio Judaïques, Radio Shalom, etc.) qui émettent toutes sur la même fréqu­ence, à tour de rôle, sont de droite et qu’elles ont l’habi­tude d’invi­ter à l’antenne les mem­bres les plus conser­va­teurs de la « com­mu­nauté », mais leurs com­men­tai­res, dès que l’on a su l’iden­tité du tueur, étaient plutôt inquiétants, même en tenant compte de l’émotion com­préh­en­sible. On peut seu­le­ment espérer que ces radios dites « com­mu­nau­tai­res » ne reflètent pas l’état d’esprit général des Juifs vivant en France.

Les argu­ments ridi­cu­les de la gauche et de l’extrême gauche

Les réactions des mili­tants de la gauche réf­orm­iste ou radi­cale sur le Net n’étaient pas moins inquiét­antes. Aucun de ces mili­tants n’a remar­qué que l’atten­tat de Toulouse est le troi­sième atten­tat depuis 30 ans qui tue des Juifs sur le sol français et que la gauche attri­bue pré­ci­pit­amment à l’extrême droite (2) . La même atti­tude a pré­valu lors­que 4 per­son­nes ont été tuées par une bombe placée en face de la syna­go­gue Copernic à Paris, le 3 octo­bre 1980 (c’est un mira­cle que « seu­le­ment » 4 per­son­nes furent tuées ce jour-là, étant donné l’affluence le ven­dredi soir dans ce lieu de culte, de sur­croît un jour de fête juive) et quand 6 per­son­nes furent tuées et 22 blessées dans Paris, le 9 août 1982. Cette fois-ci, un com­mando ter­ro­riste (dont on n’a jamais retrouvé les auteurs, les hypo­thèses se par­ta­geant entre le Fatah-Commandement révo­luti­onn­aire et des néo­nazis alle­mands entraînés en Palestine) atta­quèrent à la gre­nade et au pis­to­let-mitrailleur le res­tau­rant Goldenberg dans la rue des Rosiers (ancien quar­tier juif, et à proxi­mité d’une syna­go­gue). La troi­sième fois, à Toulouse, le 19 mars 2012, trois enfants juifs (de 7, 5 et 4 ans) et un adulte ont été tués, et un ado­les­cent griè­vement blessé (il se trouve tou­jours dans un ser­vice de soins inten­sifs). Pour la pre­mière fois dans l’his­toire de la France moderne, quelqu’un animé de moti­va­tions poli­ti­ques est venu tuer déli­bérément des enfants dans une école (3) .

L’atten­tat a été imméd­ia­tement imputé à l’extrême droite (comme l’illus­tre un arti­cle paru en anglais http://www.wor­kers­li­berty.org/story..., ce qui est plutôt sur­pre­nant car l’Alliance for Workers Liberty, AWL, est l’une des rares orga­ni­sa­tions trots­kys­tes dans le monde qui cri­ti­que depuis des années l’antisé­mit­isme de gauche). Dans ce texte, écrit le 22 mars, l’auteur pri­vilégie l’hypo­thèse de la piste d’extrême droite.

Il rap­pelle que l’OAS (Organisation Armée Secrète) au cours de la guerre d’Algérie a tenté de ren­ver­ser le régime du général de Gaulle et d’empêcher l’indép­end­ance de l’Algérie en orga­ni­sant un coup d’État sous la direc­tion d’un « quar­te­ron de généraux en retraite » (De Gaulle dixit) et en mobi­li­sant les colons français en Algérie. Il men­tionne l’influence actuelle des fas­cis­tes au sein de l’armée, en citant l’exem­ple récent de trois mili­tai­res néo-nazis de Montauban qui ont fina­le­ment dém­issionné. Mais il ignore que l’extrême droite pro-colo­nia­liste n’a jamais tué les sol­dats viet­na­miens, algériens ou afri­cains qui se bat­taient sous ses ordres au sein de l’armée franç­aise. En effet, dans les nom­breux livres écrits par des offi­ciers supérieurs des armées colo­nia­les, les auteurs pren­nent tou­jours le soin de saluer le cou­rage et les qua­lités de leurs sol­dats afri­cains, arabes ou asia­ti­ques. En fait, dans l’Empire français, l’armée prônait l’uti­li­sa­tion de forces colo­nia­les contre les mou­ve­ments de libé­ration (tech­ni­que ensuite copiée par les Américains au Vietnam et ailleurs, avec le succès que l’on sait...). L’armée recru­tait des sup­plét­ifs parmi les peu­ples colo­nisés et for­mait des sol­dats afri­cains et asia­ti­ques qui furent ensuite uti­lisés pour tor­tu­rer et tuer des mili­tants et guér­il­leros indép­end­ant­istes. Une partie signi­fi­ca­tive des 66 000 « harkis » (ces Algériens, que cer­tains évaluent à 90 000, avaient choisi de coopérer, sous différ­entes formes, avec l’armée franç­aise pen­dant la guerre d’Algérie ; ils ont donc fui avec leurs famil­les après l’indép­end­ance pour éviter d’être mas­sa­crés par le FLN) et de leurs des­cen­dants vote pour le Front natio­nal aujourd’hui (les « harkis de la pre­mière et de la deuxième géné­ration » – sic – représ­entaient, en 1997, 154 000 per­son­nes ; entre 24 et 28 % d’entre eux ont l’inten­tion de voter pour Marine Le Pen en 2012, contre 26 % pour Sarkozy et 26% pour Hollande selon une étude réc­ente du CEVIPOF).

Le meur­tre d’enfants juifs par Mohamed Merah n’a donc rien à voir avec la tra­di­tion d’extrême droite dans l’armée franç­aise. Pas plus, d’ailleurs, qu’avec la prés­ence de fas­cis­tes ou la prégn­ance du racisme chez les flics.

À ce propos, l’arti­cle de l’AWL men­tionne le meur­tre de près de 200 Algériens le 17 octo­bre 1961 par les flics pari­siens et sou­li­gne l’exis­tence de tra­di­tions fas­cis­tes et d’extrême droite dans la police (le Front natio­nal a essayé de créer un syn­di­cat de flics, mais il fut fina­le­ment été inter­dit). Ces infor­ma­tions sont exac­tes, mais il faut sou­li­gner aussi que la police franç­aise recrute aujourd’hui de plus en plus des per­son­nes ayant des parents arabes, berbères ou afri­cains. Le racisme des flics franco-gau­lois est dirigé beau­coup plus contre les citoyens ordi­nai­res arabes ou afri­cains (les tra­vailleurs étr­angers munis ou pas de « papiers », les Français d’ori­gine afri­caine, arabe, ou berbère) que contre leurs collègues d’ori­gine afri­caine ou arabe à l’intérieur des forces de police (bien sûr, le racisme existe aussi l’intérieur de la police franç­aise, mais il s’exerce de façon beau­coup plus vio­lente contre les citoyens « nor­maux »).

Ceux qui croient en les vertus d’une République démoc­ra­tique peu­vent donc repro­cher à Sarkozy et à son gou­ver­ne­ment de ne pas lutter contre les atti­tu­des racis­tes des poli­ciers envers les citoyens qui ne sont pas franco-gau­lois. Ils peu­vent leur repro­cher d’encou­ra­ger les préjugés et les dis­cri­mi­na­tions racis­tes contre les Roms, contre les Africains (accusés de pra­ti­quer la poly­ga­mie, d’avoir de nom­breux enfants et de vivre des allo­ca­tions fami­lia­les), contre les Maghrébins (stig­ma­tisés parce qu’ils pra­ti­que­raient une reli­gion « dan­ge­reuse et archaïque »). Mais ils ne peu­vent rendre Sarkozy et ses minis­tres res­pon­sa­bles de nour­rir l’antisé­mit­isme en France (4). Un tel argu­ment est absurde et n’expli­que nul­le­ment les meur­tres de Mohamed Merah dans l’école juive de Toulouse !

Comme nous l’avons dit, ce n’est pas la pre­mière fois que la gauche franç­aise accuse l’extrême droite quand des Palestiniens ou de prét­endus sym­pa­thi­sants de la cause pales­ti­nienne tuent des Juifs en France.

Une fois de plus, cette semaine, beau­coup de mili­tants de gauche, d’extrême gauche ou liber­tai­res ont été para­lysés ou aveu­glés, et ce avant même de connaître l’iden­tité de l’assas­sin. Ils n’ont pas osé clai­re­ment condam­ner ces meur­tres comme un atten­tat antisé­mite.

Par conséquent, il est peut-être utile, même si c’est une tâche fas­ti­dieuse, de rap­pe­ler quels étaient les argu­ments qui cir­cu­laient sur Internet avant que l’iden­tité du tueur ne soit connue et même après les flics eurent déc­ouvert qu’il s’agis­sait d’un Français, musul­man peu pra­ti­quant, influencé par une idéo­logie ter­ro­riste-nihi­liste comme celle d’Al-Qaïda. Nous avons repéré au moins huit argu­ments censés expli­quer pour­quoi cet atten­tat n’était pas antisé­mite :

1. Les Arabes et les Juifs sont des « Sémites ». Cette idée baro­que est uti­lisée de façon réc­urr­ente dans toutes sortes de cer­cles de gauche ou d’extrême gauche quand ils dis­cu­tent du Moyen-Orient, du Maghreb, ou de l’islam. Il faut donc rap­pe­ler que ce concept a été uti­lisé au XIXe siècle pour explo­rer les proxi­mités entre l’arabe, l’hébreu, le cou­chi­ti­que, le berbère, le tcha­dien, l’akka­dien, le phé­nicien, l’araméen et les lan­gues éth­iopi­ennes. Tous les his­to­riens rejet­tent aujourd’hui l’exis­tence d’une race sémi­tique ou d’un peuple sémite. Seuls cer­tains gau­chis­tes ou liber­tai­res croient encore à ces bizar­re­ries ...

2. Le meur­trier était fou et aurait dû être traité par un psy­chia­tre. Cet argu­ment a été uti­lisé à la fois par les différ­entes ten­dan­ces de la gauche (du Parti socia­liste aux trots­kys­tes de Lutte ouvrière), mais aussi par de nom­breux intel­lec­tuels, rab­bins, imams et jour­na­lis­tes (5) . Exactement comme dans le cas de l’atten­tat d’Anders Behring Breivik en Norvège, le 22 juillet 2011 (voir à ce sujet l’arti­cle des Luftmenschen « Aux sour­ces de la cons­pi­ra­tion » http://luft­men­schen.over-blog.com/a...), les médias essaient de nous dépe­indre Mohamed Merah comme un « loup soli­taire » et non comme le por­teur d’une idéo­logie fas­ciste, plus précisément d’une forme par­ti­cu­liè­rement extrém­iste du dji­ha­disme inter­na­tio­na­liste, qui de soli­des points com­muns avec le fas­cisme.

3. Mohamed Merah est le pro­duit d’une société capi­ta­liste bar­bare qui ne res­pecte pas la vie humaine. Cet argu­ment a été uti­lisé sur des forums anar­chis­tes par des mili­tants qui vou­laient « élever » le débat (je dirais plutôt le dis­sou­dre) à un niveau très abs­trait et général, soi-disant dans le but d’éviter toute mani­pu­la­tion par l’État, les médias ou les partis. Il est intér­essant de noter que cer­tains anar­chis­tes ont eu une réaction bien plus saine : comme ils vivaient à Toulouse et étaient plus pro­ches de la popu­la­tion locale, ils ont su mieux expri­mer leur condam­na­tion expli­cite et radi­cale de l’antisé­mit­isme et n’ont pas essayé d’éluder la ques­tion en dénonçant une « bar­ba­rie » abs­traite qui peut servir à « expli­quer » tout et n’importe quoi.

4. Mohamed Merah était sim­ple­ment un cri­mi­nel par­ti­cu­liè­rement igno­ble et san­gui­naire. Cet argu­ment a éga­lement été uti­lisé en jan­vier 2006 lors­que Ilan Halimi fut kid­nappé, séqu­estré, tor­turé et fina­le­ment tué par Youssouf Fofana et un groupe d’une ving­taine de ses potes afri­cains, arabes, por­tu­gais et français vivant à Bagneux. Les médias et l’extrême gauche ont essayé de mini­mi­ser ou dis­si­mu­ler la dimen­sion antisé­mite de cet assas­si­nat, le réd­uisant à un acte pure­ment cri­mi­nel, malgré le fait que Ilan Halimi (simple employé dans une bou­ti­que de télép­honie mobile) avait été enlevé parce que ses ravis­seurs pen­saient que « les Juifs ont de l’argent » et auraient cer­tai­ne­ment payé une rançon pour libérer un membre de leur « com­mu­nauté ».

5. « Le racisme nour­rit le ter­ro­risme. Cette tragédie est le fruit amer de la poli­ti­que intéri­eure et étrangère franç­aise. Merah a affirmé qu’il a commis ses meur­tres pour venger la mort d’enfants pales­ti­niens (6), et contre l’inter­dic­tion du port du fou­lard dans les écoles, ainsi que contre le rôle de la France dans l’occu­pa­tion de l’Afghanistan » (Socialist Worker, le jour­nal du SWP bri­tan­ni­que, 24 mars 2012). Bien que les enfants français juifs assas­sinés par Mohamed Merah n’aient aucune res­pon­sa­bi­lité dans les crimes ou les décisions poli­ti­ques cités ci-dessus, ces trots­kys­tes bri­tan­ni­ques réa­lisent le sinis­tre exploit, dans ces deux phra­ses, d’illus­trer de façon abjecte l’inca­pa­cité de nom­breux grou­pes d’extrême gauche ou anar­chis­tes de faire face à l’antisé­mit­isme aujourd’hui. Et ces « révo­luti­onn­aires » ne réa­lisent même pas que le lien « logi­que » qu’ils établ­issent entre les enfants juifs de Toulouse et la Palestine est exac­te­ment le même que celui établi par les « sio­nis­tes » qu’ils dén­oncent sans arrêt. Les poli­ti­ciens israéliens déc­larent que tous les enfants juifs pour­raient être protégés s’ils vivaient en Israël, et les « anti­sio­nis­tes » (comme ceux du SWP) expli­quent que les enfants juifs peu­vent être « logi­que­ment » tenus pour res­pon­sa­ble des actes de l’État israélien (7). Quelle est la différ­ence entre ces deux posi­tions ?

En outre, quand un groupe « révo­luti­onn­aire » prend au sérieux les expli­ca­tions « poli­ti­ques » d’un meur­trier fas­ciste, on doit se poser des ques­tions sur son sens cri­ti­que et son degré d’intel­li­gence ... Il est dif­fi­cile d’aller plus loin dans la dés­hu­ma­ni­sation des vic­ti­mes juives et dans la négation de l’antisé­mit­isme.

6. Cet atten­tat sert les intérêts d’Israël, un État cri­mi­nel qui se prés­ente comme une vic­time. Autre variante : « Cet atten­tat sert les intérêts de Sarkozy pen­dant sa cam­pa­gne pré­sid­enti­elle ». (La pre­mière réaction de Philippe Poutou, le can­di­dat du Nouveau Parti Anticapitaliste qui a adopté ensuite une meilleure posi­tion, fut la sui­vante : « Ça a l’air d’être un fou, mais ce n’est peut-être pas un hasard si ça arrive en pleine cam­pa­gne. Il y a peut-être un calcul poli­ti­que der­rière pour faire diver­sion par rap­port à la crise. ») Oui, bien sûr, des poli­ti­ciens cyni­ques peu­vent dén­oncer l’antisé­mit­isme pour servir leur pro­pres intérêts. Mais en aucun cas leur atti­tude ne devrait nous pous­ser à rester silen­cieux ou pas­sifs lors­que des Juifs sont assas­sinés au nom de la « soli­da­rité avec les Palestiniens » !

7. Partout dans le monde, des enfants sont tués dans les guer­res eth­ni­ques et reli­gieu­ses, les inter­ven­tions impér­ial­istes, etc. Pourquoi faire tant de bruit à propos des vic­ti­mes de Toulouse (8) ? Il s’agit ici d’une autre ver­sion de l’argu­ment qui invo­que la « bar­ba­rie ». Une façon d’éluder les caractér­is­tiques spé­ci­fiques (antisé­mites) de l’atten­tat de Toulouse afin de parler d’autre chose. Il est vrai que des enfants sont tués par­tout sur cette planète, en Palestine ou en Tchétchénie, en Colombie et au Rwanda, et que ces meur­tres ne sus­ci­tent pas une émotion aussi forte en France ou à l’éch­elle mon­diale. Il est évident que nous devrions réagir beau­coup plus vigou­reu­se­ment contre les crimes commis dans d’autres pays. Mais il est aussi évident que notre pro­tes­ta­tion est la plus effi­cace là où nous vivons et tra­vaillons, pour notre cas, donc, en France.

Notons, enfin, que le thème des Israéliens (donc des Juifs) tueurs d’enfants, très dif­fusé dans les milieux anti­sio­nis­tes depuis la mort du petit Mohamed al-Dhoura, le 30 sep­tem­bre 2000, n’a pu qu’ali­men­ter la haine contre tous les Juifs, qu’ils vivent ou non en Israël, qu’ils soient d’accord ou pas avec les gou­ver­ne­ments de ce pays. Cela a donc aussi ali­menté la haine contre les enfants juifs, où qu’ils se trou­vent. Une donnée élém­ent­aire que beau­coup de mili­tants de gauche et d’extrême gauche, ou anar­chis­tes, refu­sent d’intégrer dans leurs « rai­son­ne­ments », igno­rant ainsi un des plus vieux mythes antisé­mites en Occident (9).

8. Si vous qua­li­fiez d’antisé­mite l’atten­tat de Mohamed Merah à Toulouse contre une école juive, com­ment caracté­risez-vous alors les autres meur­tres qu’il a commis contre des sol­dats français ? Cet argu­ment est censé coin­cer ceux qui cri­ti­quent l’antisé­mit­isme et les pous­ser à sou­te­nir... l’armée franç­aise, et sou­te­nir ses crimes en Afghanistan et ailleurs. Néanmoins, on peut s’oppo­ser clai­re­ment à l’inter­ven­tion des forces mili­tai­res franç­aises à l’étr­anger ou en France, sans vou­loir tuer un par un tous ses mem­bres ni vou­loir sou­te­nir non plus les tali­bans ... De même qu’on peut cri­ti­quer le fonc­tion­ne­ment des forces de police à l’intérieur de la société capi­ta­liste, sans vou­loir pour autant que les flics aujourd’hui, sous la domi­na­tion de la bour­geoi­sie, ces­sent d’arrêter les meur­triers et les vio­leurs...

Ceux qui uti­li­sent cet argu­ment dou­teux n’ont eux-mêmes aucune solu­tion à pro­po­ser sur ce qui doit être fait aujourd’hui, et aucune solu­tion non plus sur la façon dont une future société révo­luti­onn­aire devrait rép­rimer les meur­triers, les agres­seurs d’enfants, les vio­leurs, et les enne­mis de classe ou les oppo­sants poli­ti­ques contre-révo­luti­onn­aires qui uti­li­sent la vio­lence.

Cet arti­cle com­mence par une ques­tion. Je crains que la rép­onse soit NON, vu les fai­bles capa­cités d’auto­cri­ti­que dans les cer­cles d’extrême gauche.

Y.C., Ni patrie ni fron­tières, 26 mars 2012

(Cet arti­cle a été précédé de deux courts textes écrits les 19 et 20 mars alors que nous igno­rions l’iden­tité du tueur : http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php... sous le titre « La tuerie de Toulouse est un acte antisé­mite, n’ergo­tons pas ! »)

NOTES

1. Comme l’écrit Pierre-André Taguieff (Le Point, 22 mars 2012), « Les anti­juifs convain­cus voient les juifs comme une espèce de franc-maç­on­nerie eth­ni­que, pra­ti­quant le népot­isme à tous les niveaux, dans tous les domai­nes. "Ils sont par­tout", "ils ont le pou­voir", "ils nous mani­pu­lent" : thèmes d’accu­sa­tions fan­tas­ma­go­ri­ques expri­mant une para­noïa socia­le­ment bana­lisée. (...) Le vieil antisé­mit­isme reli­gieux à la franç­aise survit dans les clas­ses moyen­nes et supéri­eures (pour aller vite), qui pren­nent soin cepen­dant d’euphé­miser leur dis­cours (d’où le peu de visi­bi­lité de la judé­op­hobie des élites dans l’espace public). L’anti­sio­nisme radi­cal, pos­tu­lant que tout juif est un sio­niste (serait-il caché ou hon­teux) et visant la des­truc­tion de l’État juif, est obser­va­ble dans tous les milieux sociaux, mais il s’exprime sur­tout dans cer­tai­nes mou­van­ces de l’extrême droite et de l’extrême gauche » (jusque-là nous sommes d’accord avec Taguieff ; par contre la suite de son rai­son­ne­ment dérape, « et bien sûr dans cer­tai­nes popu­la­tions issues de l’immi­gra­tion et spa­tia­le­ment ségréguées, par­ti­cu­liè­rement sou­mi­ses à l’endoc­tri­ne­ment et à la pro­pa­gande isla­mis­tes » (le flou et l’impré­cision de la for­mule "cer­tai­nes popu­la­tions issues de l’immi­gra­tion et spa­tia­le­ment ségréguées" permet tous les amal­ga­mes islam/ban­lieue/ter­ro­risme, par­ti­cu­liè­rement dan­ge­reux et néf­astes après la tuerie de Toulouse).

2. Sarkozy et son gou­ver­ne­ment ont habi­le­ment adopté la même dém­arche que la gauche, mais, eux, de façon très cons­ciente, d’autant plus qu’ils dis­po­saient des infor­ma­tions four­nies par la police et les ser­vi­ces de ren­sei­gne­ments : il ne faut pas oublier que nous sommes en pér­iode de cam­pa­gne élec­to­rale et que tout coup porté contre Le Pen est utile à l’UMP.

3. A l’occa­sion de la tuerie de Toulouse, on a appris qu’en 1996 une bombe arti­sa­nale avait « explosé devant une école juive de Villeurbanne, dix minu­tes avant la sortie des enfants », ne fai­sant heu­reu­se­ment aucune vic­time (Le Monde, 25/26 mars 2012)

4. Un arti­cle du site « Mémorial 98 » (http://memo­rial98.over-blog.com/art...) recense les déra­pages de Sarkozy et de mem­bres de l’UMP à propos des Juifs. Le contenu de cette col­lec­tion de cita­tions ne cor­res­pond pas à l’accu­sa­tion de « négati­onn­isme » que contient le titre du texte. Le négati­onn­isme est en effet une idéo­logie qui nie la réalité du judéo­cide et blan­chit le nazisme de ses crimes au nom de la lutte contre le tota­li­ta­risme sta­li­nien ; elle dif­fuse un antisé­mit­isme mili­tant qui dén­once un mythi­que « com­plot juif » à l’œuvre depuis des siècles et l’État d’Israël comme le fer de lance de cette ten­ta­tive ima­gi­naire de domi­na­tion mon­diale par l’ « oli­gar­chie amé­ri­cano-sio­niste ». Ce que pointe Mémorial98 ce sont plutôt des déra­pages qui frôlent l’antisé­mit­isme social.

Par contre, on peut affir­mer sans risque d’exagé­ration que Sarkozy, en fus­ti­geant en mars 2007 (http://memo­rial98.over-blog.com/art... et) « les adep­tes de la repen­tance qui veu­lent res­sus­ci­ter les haines du passé en exi­geant des fils qu’ils expient les fautes sup­posées de leur père et de leurs aïeux » et en déc­larant que la France n’avait « pas à rougir de son his­toire » et, dans un dis­cours au CRIF, que lors­que « Vichy édictait l’immonde statut des Juifs, vous saviez que la République n’était pas dans ce crime et que la France étern­elle était plus grande que sa faute du moment », Sarkozy donc en reve­nant sur les propos de Jacques Chirac (qui, au Vélodrome d’Hiver, en 1995, avait dénoncé le révisi­onn­isme (le négati­onn­isme), l’extrême droite actuelle et « la folie cri­mi­nelle [qui] a été secondée par des Français, secondée par l’État français ») a contri­bué à dis­si­mu­ler les res­pon­sa­bi­lités de l’État français dans la dép­or­tation et le judéo­cide, ce qui ne peut que favo­ri­ser les déra­pages antisé­mites dans l’UMP et dans la société franç­aise. Un calcul poli­ti­cien mina­ble (tendre la main aux électeurs du FN) peut donc avoir des conséqu­ences graves à long terme, quel­les que soient les belles inten­tions affi­chées aux dîners du CRIF.

On peut aussi, comme le fait Memorial98, sou­li­gner que Sarkozy ne com­prend rien au nazisme (cf. http://memo­rial98.over-blog.com/art...) – nous ajou­te­rions volon­tiers qu’il ne com­prend rien non plus au racisme, à la colo­ni­sa­tion, à l’escla­vage, à l’his­toire des civi­li­sa­tions, etc. – et vou­drait donc qu’il reste un phénomène incom­préh­en­sible. Mais il faut reconnaître que l’on entend ou que l’on lit fréqu­emment ce genre de propos non seu­le­ment chez toutes sortes d’intel­lec­tuels de gauche, mais aussi dans la bouche de rab­bins ou de res­pon­sa­bles de la com­mu­nauté juive. C’est ainsi que Gilles Bernheim, grand rabbin de France, a déclaré dans une inter­view à Libération le 23 mars 2011 : « Un meur­tre ne s’expli­que pas. Expliquer un meur­tre c’est déjà le légi­timer. » Ce qui cor­res­pond étr­an­gement à ce qu’avait déclaré Sarkozy la veille à Strasbourg : « Chercher une expli­ca­tion au geste de ce fana­ti­que (...) serait une faute morale impar­don­na­ble. »

5. Un « psy­cho­pa­the » (Nouvel Observateur du 22 mars) ; un « fou d’Allah français » (Le Point du 22 mars) ; un indi­vidu qui fait partie des « sadi­ques patho­lo­gi­ques » (J.P. Reetsma, phi­lo­so­phe et socio­lo­gue) ; un « para­noïaque de caractère » (Michel Dubec, psy­chia­tre et psy­cha­na­lyste auprès des tri­bu­naux) ; « il y a tou­jours des déséq­ui­librés men­taux, des jeunes dont l’atti­tude ne peut s’expli­quer que par la psy­chia­trie » (Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux) ; « quel­que chose en dehors de toute com­préh­ension humaine », (Philippe Faucon, réa­li­sateur du film La Désintégration) ; « Je ne vois là rien qui par­ti­cipe de la raison. On bas­cule dans l’irra­tion­nel » (Ali Magoudi, psy­cha­na­lyste) ; « la haine démon­iaque (...) éch­appe à la logi­que de l’uti­li­ta­risme. Elle ne sert à rien, elle est même, le plus sou­vent, contre-pro­duc­tive » (Luc Ferry, phi­lo­so­phe et ex-minis­tre), etc.

6. Le SWP, tout comme Merah, a une mém­oire et une culture poli­ti­que très sél­ec­tives : ainsi il « oublie » les enfants de la famille Fogel assas­sinés par deux Palestiniens le 11 mars 2011 dans la colo­nie israéli­enne d’Itamar (ils avaient res­pec­ti­ve­ment 11 ans, 4 ans et 3 mois, et le Hamas eut le culot de déc­larer que leur assas­si­nat pou­vait être le fait de colons juifs !). De même quand il évoque Samir Kuntar (http://www.socia­list­wor­ker. co.uk/arti­cle.php ?arti­cle_id=9501) il « oublie » de men­tion­ner le meur­tre d’une petite fille de 4 ans Einat Haran par ce mili­tant du FLP, accueilli en héros au Liban lors de sa libé­ration, après 28 ans de prison.

7. On retrouve le même rai­son­ne­ment dans le com­mu­ni­qué des Indigènes de la République (PIR) qui, eux, ont au moins la déc­ence de com­men­cer par expri­mer leur soli­da­rité aux famil­les des vic­ti­mes, mais qui pour­suit dans la même voie que le SWP : « La ter­ri­ble vio­lence qu’il [Merah] vient de mani­fes­ter s’est nour­rie depuis des années de la raison froide des guer­res meur­trières menées par les gran­des puis­san­ces en Afghanistan, en Irak et ailleurs, avec le sou­tien de l’État d’Israël. Comment pou­vait-on ne pas prévoir qu’un jour tout cela mènerait à des actions vio­len­tes dont les Français juifs, cons­tam­ment iden­ti­fiés par la pro­pa­gande israéli­enne au sio­nisme, seraient la cible ? »

La ques­tion, pure­ment rhé­to­rique que pose le PIR, est une façon contournée de dire que les Juifs de Toulouse l’ont bien cher­ché, ils n’avaient qu’à ne pas étudier la Torah ni vou­loir aller en Israël ou y retour­ner. Une ques­tion par­ti­cu­liè­rement cra­pu­leuse de la part de gens qui voient la main des « sio­nis­tes » (tra­duire des Juifs) par­tout, jusque dans les médias français, exac­te­ment comme l’extrême droite, et qui exi­gent en plus que les Juifs se « libèrent » (de quelle façon et avec quel­les conséqu­ences ils ne le pré­cisent pas) de leurs liens avec Israël, comme si ces liens étaient uni­que­ment le pro­duit de la « pro­pa­gande sio­niste ».

La conclu­sion de leur com­mu­ni­qué ne fait que noyer le pois­son (tech­ni­que n°3) : « Anders Behring Breivik et Mohamed Merah ne sont pas des acci­dents en terre d’Europe. Ils sont l’expres­sion de l’incroya­ble dés­ordre généré par le système impér­ial­iste et raciste. Ils en sont à la fois des conséqu­ences et des symptômes. En ce sens, Breivik et Merah sont bien des pro­duits de l’Europe. »

Si l’on donne au mot d’« impér­ial­isme » son sens pre­mier et plutôt rudi­men­taire (volonté d’un État de s’empa­rer par la vio­lence de nou­veaux ter­ri­toi­res, limi­tro­phes ou pas), ce phénomène est loin de se limi­ter à l’Europe. Ou alors, c’est que le PIR n’a jamais entendu parler des conflits ter­ri­to­riaux meur­triers entre la Turquie et la Grèce, l’Iran et l’Irak, l’Irak et le Koweït, l’Inde et le Pakistan, la Chine et la Russie, le Japon et la Chine, etc.

Quant au « racisme » (on remar­quera que le mot « antisé­mit­isme » n’est pas uti­lisé une seule fois dans ce com­mu­ni­qué du PIR, et que par contre il est fait men­tion de l’« isla­mo­pho­bie » comme si le meur­trier de Montauban et de Toulouse avait eu des moti­va­tions isla­mo­pho­bes – encore une fois la tech­ni­que n°3 !) il n’est pas une spéc­ialité europé­enne...

Le rap­pro­che­ment effec­tué entre Breivik et Merah aurait pu être intér­essant si le PIR avait voulu s’inter­ro­ger sur les différ­entes formes d’idéo­logie fas­ciste ou fas­ci­sante aujourd’hui, du néo­naz­isme au dji­ha­disme inter­na­tio­na­liste. Mais ici, ce rap­pro­che­ment n’a qu’une seule fonc­tion, ren­for­cer, contre toute évid­ence, la thèse de l’isla­mo­pho­bie. En effet, le PIR est inca­pa­ble de conce­voir, donc d’expli­quer, com­ment un « non-Blanc » (pour repren­dre son voca­bu­laire racia­liste) peut en arri­ver à tuer des « Arabes » ou d’autres « non-Blancs », ou com­ment un musul­man peut tuer d’autres musul­mans, puis­que pour le PIR ceux qui tuent des « Arabes », des « non-Blancs » ou des musul­mans sont forcément des « Blancs » catho­li­ques ou pro­tes­tants...

8. Cet « argu­ment spécieux » rejoint une brève cala­mi­teuse de Lutte ouvrière sur son site natio­nal : « À Toulouse et à Montauban, des mili­tai­res et des enfants sont tombés sous les balles d’un fou. Cela a fait, et on le com­prend, la une de l’actua­lité durant plu­sieurs jours. Mais loin d’ici, en Afghanistan, com­bien de civils, com­bien d’enfants, ont-ils été tués depuis des années par l’armée franç­aise ? Cela n’excuse pas les actes du psy­cho­pa­the tou­lou­sain. Rien ne peut excu­ser, en effet, le meur­tre d’enfants et d’hommes, au nom d’on ne sait quelle ven­geance. Mais on ne fait pas autant de bat­tage sur les mitrailla­ges de civils com­mandés par les chefs des gran­des puis­san­ces contre des peu­ples, au nom – osent-ils dire – de la déf­ense de la démoc­ratie. » Le titre « Où est la différ­ence ? » montre bien la volonté de noyer le pois­son si rép­andue à l’extrême gauche. Car, que l’on sache, Lutte ouvrière ne fait guère de « bat­tage » pour empêcher les sol­dats français d’aller se battre en Afghanistan, pour réc­lamer le départ des trou­pes franç­aises, ni pour dén­oncer les « bavu­res » ou les crimes des armées occi­den­ta­les dans ce pays loin­tain.

9. Ils n’ont pas com­pris la gra­vité du climat antisé­mite que leur anti­sio­nisme (fondé sur un sou­tien acri­ti­que au natio­na­lisme pales­ti­nien et non sur l’unité entre prolét­aires juifs et arabes) a contri­bué à créer, volon­tai­re­ment ou invo­lon­tai­re­ment, en France et à l’éch­elle mon­diale. Comme l’écrit jus­te­ment (pour une fois) Pierre-André Taguieff : « Être en per­ma­nence accusé de conni­vence ou de com­pli­cité avec les "sio­nis­tes", assi­milés à des "racis­tes" vivant dans un État pra­ti­quant l’ "apar­theid" et se com­por­tant "comme des nazis" à l’égard des Palestiniens, présentés comme de pures "vic­ti­mes" par des dis­cours de pro­pa­gande com­plai­sam­ment dif­fusés par les médias, cela donne aux enfants juifs de la dia­spora le sen­ti­ment d’être des cibles poten­tiel­les. La hon­teuse cam­pa­gne de boy­cot­tage mul­ti­di­men­sion­nel d’Israël va dans le même sens : chaque enfant juif peut se sentir lui-même socia­le­ment boy­cot­ta­ble ou sus­cep­ti­ble d’être désigné comme sus­pect par tel ou tel com­mando d’ "indi­gnés" vio­lents, dotés d’une bonne cons­cience en béton armé. D’où une anxiété liée à la convic­tion d’être exposé à la stig­ma­ti­sa­tion ou à l’agres­sion phy­si­que. » (Le Point, 22 mars 2012.)

Publié dans : lelaboratoire
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