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le blog du laboratoire anarchiste

lu  sur mondialisme .org le long texte ci dessous: Pour nous:  "la guerre actuelle  contre la libye trouve sa justification il ya de nombreuses années.  En pleine zone nucléaire la population de  Valence sur Rhones, est confrontée à l'équation : nucléaire militaire =nucléaire civil"

« La dissuasion nucléaire, je l’avais souligné au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, n’est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d’Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d’utiliser, d’une manière ou d’une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu’ils s’exposeraient à une réponse ferme et adaptée de notre part. Cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d’une autre nature. » (Chirac le 20 01 2006)


Les deux guer­res mon­dia­les ont mis fin aux prét­entions anglaise, puis alle­mande de domi­ner l’Europe et ont pro­pulsé les Etats-Unis sur le devant de la scène mon­diale. Les accords de Yalta, en février 1945, ont été la confir­ma­tion du par­tage du monde entre les deux gran­des puis­san­ces de l’époque, les Etats-Unis et l’URSS. Les Etats européens minés par ces deux guer­res ne furent plus que des appen­di­ces du plan Marshall (1948) ou du Comecon (créé en 1949). La Grande-Bretagne s’ados­sait aux Etats-Unis, l’Allemagne de l’Ouest deve­nait pro­gres­si­ve­ment un géant éco­no­mique, quant à la France elle se repo­si­tion­nait avec ambi­tion entre les deux super­puis­san­ces avec sa force de frappe nuclé­aire. La reconnais­sance de la Chine popu­laire de Mao par la France, en 1964, ne fut que la confir­ma­tion de ne pas lais­ser l’URSS et les Etats-Unis dis­po­ser seuls de l’arme nuclé­aire. L’URSS de son côté pour­sui­vra sa poli­ti­que de sou­tien aux luttes de libé­ration natio­na­les par­tout dans le monde, engen­drant des guer­res natio­na­lis­tes. L’« affaire » de Suez (1956) sera la pre­mière déf­aite, après-guerre, d’une Europe qui n’avait plus les moyens de déf­endre ses intérêts impér­ial­istes (sous la forme mili­taire) et posera en même temps la ques­tion d’une armée europé­enne pour déf­endre ses zones d’influence. Comme nous le ver­rons ici, les velléités d’indép­end­ance mili­taire de l’Europe occi­den­tale s’exprimèrent dès la fin de la seconde guerre mon­diale, et c’est une véri­table saga diplo­ma­ti­que que cer­tains Etats européens ont mené et mènent encore pour par­ve­nir à impo­ser la mise sur pied d’une déf­ense auto­nome de l’Europe. La France, puis­sance mili­taro-indus­trielle non nég­lig­eable, est le pays le plus dét­erminé et intéressé à la création d’une déf­ense auto­nome europé­enne. Si, durant la « guerre froide », les contra­dic­tions d’intérêts entre les Etats-Unis et l’Europe n’appa­rais­sent que timi­de­ment (retrait de la France en 1966 de l’orga­ni­sa­tion mili­taire de l’OTAN [Organisation du traité de l’Atlantique nord]), le « choc pét­rolier » de 1973 devient le révé­lateur d’une crise pro­fonde du système capi­ta­liste, crise qui va deve­nir chro­ni­que. Elle mènera en 1979-1980 au retour­ne­ment moné­tar­iste et à la remise en cause du keynés­ian­isme. Au cours des années 1980, la pres­sion entre le bloc occi­den­tal et le bloc de l’Est est à son comble : mis­si­les Pershing et SS 20 se font face en Allemagne, une guerre ther­mo­nu­clé­aire menace l’Europe. L’URSS, pour diver­ses rai­sons, n’est plus à même de pour­sui­vre sa folle course aux arme­ments, qui l’a entraînée dans la ruine éco­no­mique. Elle va mettre le genou à terre et en 1985, lance la « peres­troïka » (terme signi­fiant « restruc­tu­ra­tion »), dont la prin­ci­pale mesure sera de réd­uire les dép­enses mili­tai­res (1). Les réf­ormes de Mikhaïl Gorbatchev ne feront qu’abou­tir à l’écla­tement de l’URSS. La Russie est rapi­de­ment contrainte de se replier sur elle-même dans ses fron­tières ances­tra­les de l’époque des tsars, et même en-deçà (elle perd l’Ukraine). L’heure d’un nou­veau par­tage semi-paci­fi­que du monde venait de sonner, l’Allemagne veut retrou­ver sa MittelEuropa. Tous les pays de l’Est sont livrés aux car­nas­siers de l’Occident (Europe et Etats-Unis). L’équi­libre des forces au Proche-Orient est de nou­veau rompu et après la très meur­trière guerre de huit ans entre l’Iran et l’Irak (2), la déc­om­po­sition/recom­po­si­tion de la zone d’influence sovié­tique du Proche-Orient est à l’ordre du jour. La « com­mu­nauté impér­ial­iste inter­na­tio­nale » décl­enche la guerre du Golfe de 1991. Cette guerre va révéler la puis­sance straté­gique des Etats-Unis, et la fai­blesse de l’Europe, qua­li­fiée de « nain mili­taire », exprimée par la guerre contre la Serbie. A chaque conflit, les diri­geants français, de gauche comme de droite, remet­tront le cou­vert pour l’affir­ma­tion d’une déf­ense europé­enne auto­nome. La ques­tion qui se pose donc est la sui­vante : l’Europe peut-elle, et sous quel­les condi­tions, se doter d’une armée qui serait au moins l’égale de celle des Etats-Unis ? Pour bien sûr déf­endre ses zones d’influence et mener ses « guer­res huma­ni­tai­res ».

1- Le rôle par­ti­cu­lier de l’Etat français en Europe

Chaque conflit depuis Suez a tou­jours été l’occa­sion pour l’Etat français de vou­loir se placer en leader de la « déf­ense europé­enne » ; c’est une cons­tante jusqu’à ce jour. Nous ne pou­vons pas parler de déf­ense europé­enne sans abor­der le rôle par­ti­cu­lier du capi­ta­lisme français au sein de cette struc­ture. Ce qui caracté­rise la France, c’est son impor­tant com­plexe mili­taro-indus­triel qui trouve sa source dans les différ­entes guer­res colo­nia­les de l’après-seconde-guerre mon­diale (Indochine, Algérie, Afrique) et par la prise du pou­voir d’Etat par un mili­taire, le général de Gaulle. Au départ, la déf­ense de l’Europe était une ini­tia­tive amé­ric­aine qui assi­gnait (dès les années 1950) au Conseil de l’Europe de mettre en place une « déf­ense » le plus à l’Est pos­si­ble, c’est-à-dire à la fron­tière de l’Allemagne de l’Ouest. Pour rép­liquer à cette pro­po­si­tion (redon­ner des ailes à l’aigle alle­mand), René Pleven pro­posa le 24 octo­bre 1950 la création d’une armée « europé­enne ». Les Etats-Unis ne voyaient pas d’un très bon œil cette ini­tia­tive, qui sous-enten­dait une plus grande indép­end­ance de l’Europe vis-à-vis de l’OTAN. Cependant ils acceptèrent de dis­cu­ter du projet français de la Communauté europé­enne de déf­ense (CED). Pour les Etats-Unis, la CED devait obli­ga­toi­re­ment rester sous le com­man­de­ment suprême de l’OTAN. Pour la France, il s’agis­sait de pren­dre la tête de la CED en ne lais­sant pas l’Allemagne de l’Ouest se réarmer avec l’aide des Etats-Unis. La lutte contre la vas­sa­li­sa­tion de l’Europe par les Etats-Unis venait de com­men­cer. Le 9 juin 1954, les dis­cus­sions sur la CED n’évoluant pas dans le sens de la France, le projet « amé­ricain » de la CED est rejeté (voir le rap­port Jules Moch du 9 juin 1954). Le retour au pou­voir du général de Gaulle, en 1958, va confir­mer cette volonté de la France de retrou­ver son rôle de grande puis­sance. Après la seconde guerre mon­diale, le gou­ver­ne­ment français va relan­cer les indus­tries de base sur les­quel­les vont se gref­fer les indus­tries straté­giques, telles l’aéros­pat­iale, l’élect­ro­nique, le nuclé­aire. Le réar­mement est direc­te­ment pris en main par l’Etat, avec des par­ti­ci­pa­tions majo­ri­tai­res dans ces indus­tries. Sur ces bases, une nou­velle poli­ti­que fut mise en appli­ca­tion. Elle repo­sait sur la cons­ti­tu­tion d’une force de dis­sua­sion natio­nale, la « force de frappe » (3). Cette force nuclé­aire - qui n’était à ce moment qu’à l’Etat de projet - allait per­met­tre à la France de s’impo­ser non seu­le­ment en Europe et au sein de l’OTAN, mais aussi à l’éch­elle mon­diale. Le 17 sep­tem­bre 1958, dans un mémor­andum au général Eisenhower, de Gaulle avait pro­posé de créer (en dehors de l’OTAN) un direc­toire à trois (France, Etats-Unis, Grande-Bretagne) « afin de pren­dre des mesu­res conjoin­tes qui intér­essent le monde ». Le pré­sident Eisenhower, dans sa rép­onse du 20 octo­bre 1958, avait rejeté cette requête de par­tage des res­pon­sa­bi­lités mon­dia­les (4). Les Américains ne sup­por­tent pas la décision franç­aise et déc­larent « procéder à une révision déc­hir­ante de leur poli­ti­que étrangère vis-à-vis de la France ». Douze ans après, le 7 mars 1966, c’est de Gaulle qui appli­que « cette révision déc­hir­ante » : la France quitte l’orga­ni­sa­tion mili­taire de l’OTAN et va dés­ormais jouer la balance entre l’OTAN et le pacte de Varsovie pour ren­for­cer sa propre puis­sance. Depuis, nous pou­vons dire que tous les gou­ver­ne­ments qui ont défilé sur la scène poli­ti­que sont restés d’une grande fidélité à l’égard de la déf­ense natio­nale et du rayon­ne­ment de la France dans le monde. Jacques Chirac, aujourd’hui pré­sident de la République, disait le 23 jan­vier 1979 : la France a « d’autres atouts que sa capa­cité mar­chande (elle doit en être bien cons­ciente) et d’autres res­pon­sa­bi­lités inter­na­tio­na­les ». En 1991, lors de la guerre du Golfe, François Mitterrand va réaff­irmer cette ambi­tion franç­aise : « Il faut que vous en soyez sûrs : protéger le droit dans le Golfe au Moyen-Orient, aussi loin de nous qu’il semble sur une carte de géog­raphie, c’est protéger notre pays. » (Message à la nation, 17 jan­vier 1991.) Progressivement, l’impér­ial­isme (5) français, qui a perdu toutes ses guer­res colo­nia­les, est contraint de se rendre compte qu’il n’a plus les moyens de sa poli­ti­que. Il ne peut plus faire cava­lier seul. Dorénavant ses espoirs pas­sent par l’Europe, la poli­ti­que natio­nale n’est plus de mise. La fabri­ca­tion d’arme­ment doit s’européa­niser, cela devient de plus en plus une ques­tion de survie pour les indus­tries d’arme­ment. Ce que toute la gauche franç­aise de l’époque ne réa­lise pas encore, c’est qu’une frac­tion de la bour­geoi­sie franç­aise ne considère plus son avenir dans le cadre natio­nal, qui ne lui permet plus d’exis­ter en tant que grande puis­sance. Dorénavant, le capi­ta­lisme français va se poser en leader de la déf­ense des intérêts européens dans le monde, en matière mili­taire il en a les capa­cités. Il ira jusqu’à refu­ser le système d’alerte aéroporté de l’OTAN en se dotant de son propre réseau de « radars volants ». Depuis, la bour­geoi­sie franç­aise a été contrainte de lou­voyer. Elle est depuis 1993 de nou­veau membre de l’orga­ni­sa­tion mili­taire de l’OTAN. En éch­ange de cette par­ti­ci­pa­tion, la France de Chirac a essayé d’obte­nir le com­man­de­ment sud de l’OTAN (celui qui couvre la zone des Balkans). Les Etats-Unis ont bien entendu rejeté cette demande, parce que leur but est de neu­tra­li­ser les ambi­tions franç­aises d’une Europe mili­taire indép­end­ante. Le simple fait que le 4 déc­embre 1998, au sommet franco-bri­tan­ni­que de Saint-Malo, Tony Blair se déc­lare favo­ra­ble à une armée europé­enne a pro­vo­qué la réaction sui­vante de Madeleine Albright : « Nous ne vou­lons pas que l’iden­tité europé­enne de déf­ense sape la vita­lité de l’OTAN. » La mise en garde est sans ambi­guïté.

a) Le concept d’auto­no­mie straté­gique et la poli­ti­que dite pro­to­ty­paire (6) de la France.

Le concept d’« auto­no­mie straté­gique » était déjà sous-jacent avec la force de frappe et le retrait de la France de l’OTAN. Il va pren­dre toute sa dimen­sion avec la publi­ca­tion en 1972 du Livre blanc de la déf­ense natio­nale (7). Cependant l’Etat français a-t-il les moyens de ses ambi­tions ? Dans la pra­ti­que, nous nous ren­drons compte que non. En 1994, le livre blanc en sera l’aveu. Il fixera non seu­le­ment la maît­rise des coûts mais aussi leur dimi­nu­tion : l’objec­tif étant de par­ve­nir à une baisse de 30 % des coûts des pro­gram­mes sur la durée de la pro­gram­ma­tion, c’est-à-dire cinq ans. Une telle purge ne pou­vait se faire que par la remise en cause du système de régu­lation admi­nis­trée par les com­man­des de l’Etat. La pro­duc­tion d’arme­ment étant comme toute autre indus­trie livrée à la concur­rence et à son européa­ni­sation. L’auto­no­mie straté­gique de la France ne pou­vait se conce­voir que dans le cadre européen. Même si les crédits d’équi­pement entre 1991 et 1998 sont (en valeur réelle) en dimi­nu­tion de 31,6 %,il ne semble pas que l’auto­no­mie straté­gique soit remise en cause. Le pre­mier minis­tre de l’époque déc­lare : « Le main­tien d’une auto­no­mie straté­gique cons­ti­tue une sin­gu­la­rité de notre déf­ense » (Saint-Mandrier, 3 avril 1998). Ensuite les coupes clai­res, les inter­rup­tions et sup­pres­sions de pro­gram­mes se sont succédé. La loi de pro­gram­ma­tion (1997-2002) allait réd­uire ses « cibles » sur 31 pro­gram­mes et procéder à un éta­lement sur 20 autres. L’Etat français, sans le dire ouver­te­ment, était contraint de pra­ti­quer une poli­ti­que « pro­to­ty­paire » - c’est-à-dire inca­pa­ble de dével­opper indus­triel­le­ment les pro­toy­ty­pes qu’elle sait encore conce­voir - pour conser­ver les compét­ences de ses tech­ni­ciens en atten­dant l’européa­ni­sation mili­taire indus­trielle, puis l’armée europé­enne. Il ne fait aucun doute, que cette poli­ti­que pro­to­ty­paire ne pourra pas se pro­lon­ger très long­temps. Le gou­ver­ne­ment français va devoir forcer la cadence, il est à un tour­nant décisif.

b) La poli­ti­que de déf­ense sous le règne du socia­liste François Mitterrand (1981-1995)

L’élection du socia­liste François Mitterrand à la pré­sid­ence de la répub­lique franç­aise ne va pas atténuer les ten­sions mon­dia­les. Le pre­mier acte du gou­ver­ne­ment socia­liste français fut d’envoyer Claude Cheysson, minis­tre des rela­tions extéri­eures, dans les bras de Reagan et Haig pour les remer­cier du sou­tien amé­ri­cano-sio­niste au gou­ver­ne­ment socia­liste. Le remer­cie­ment fut de taille puis­que Cheysson s’est déclaré favo­ra­ble à l’ins­tal­la­tion des mis­si­les amé­ricains en Europe. En fait, le 10 mai 1981 aura été une vic­toire de l’OTAN et des plans agres­sifs de l’admi­nis­tra­tion connus sous le nom de « stratégie Weinberger ». Ces plans visaient à impo­ser aux alliés de l’OTAN d’accroître leurs dép­enses mili­tai­res et à les impli­quer de plus en plus dans le main­tien de l’ordre mon­dial. Les déc­la­rations amé­ric­aines vou­laient faire de l’Europe le champ de bataille entre l’OTAN et le pacte de Varsovie. En février 1980, l’amiral Sanguinetti accu­sait, dans le quo­ti­dien por­tu­gais Diaro de Lisboa : « Les Etats-Unis prévoient une guerre en Europe et n’ont même plus la pudeur de le nier. Les hauts res­pon­sa­bles amé­ricains prévoient qu’un tel conflit aura lieu dans trois ans. » Reagan ne se gênait pas pour déc­larer tout haut que les Etats-Unis étaient prêts à employer l’arme nuclé­aire tac­ti­que sur l’Europe. En visite en France, Weinberger fut par­ti­cu­liè­rement impres­sionné « par l’effort réalisé par la France en matière de déf­ense » (Les Echos, 16 octo­bre 1981) (8). A l’époque, cette pers­pec­tive d’une guerre ther­mo­nu­clé­aire allait créer le plus puis­sant mou­ve­ment anti-guerre et anti­nu­clé­aire de l’après-guerre, notam­ment en Allemagne fédé­rale. Les Verts (Grünen), s’oppo­sant aux ins­tal­la­tions des Pershing, réalisèrent une impor­tante percée élec­to­rale. Le chan­ce­lier Helmut Kohl, pour contrer le slogan « Plutôt rouges que morts » et obte­nir de jus­tesse des Persching sup­plém­ent­aires, va faire appel à Mitterrand. Celui-ci déc­lare en 1983 devant le Bundestag (Parlement alle­mand) : « Les euro­mis­si­les sont à l’Est et les paci­fis­tes à l’Ouest. » Si la bour­geoi­sie franç­aise, par le tru­che­ment du gou­ver­ne­ment socia­liste, épouse les thèses guer­rières des Etats-Unis, c’est tou­jours avec l’idée d’accé­lérer la cons­ti­tu­tion de l’Europe mili­taire et de contras­ter avec le « neu­tra­lisme » de l’ancien pré­sident Giscard d’Estaing. Pour preuve les com­men­tai­res du jour­nal Le Monde du 15 sep­tem­bre 1982 : « Les réc­entes déc­la­rations de Ronald Reagan sur la guerre nuclé­aire limitée à l’Europe devraient inci­ter les Européens à “réfléchir” à une “déf­ense auto­nome” comme le leur a demandé M. Mauroy. » La bour­geoi­sie franç­aise n’a jamais digéré que le par­tage du monde à Yalta se soit fait sans elle. C’est pour­quoi, au tra­vers de de Gaulle et Mitterrand, elle fera tout pour réviser Yalta et l’Alliance atlan­ti­que. Elle sou­haite que cette « alliance » soit plus « cohér­ente » et qu’enfin l’Amérique reconnaisse le poids de la France en Europe, sa capa­cité et sa supré­matie. Ce que l’Etat socia­liste français reven­di­que, ce n’est plus un direc­toire à trois (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis) que vou­lait de Gaulle, mais un direc­toire à deux (France, Etats-Unis). Cette ques­tion fut à l’ordre du jour du sommet occi­den­tal de Versailles en juin 1982. De son côté, en 2003, Tony Blair espérait obte­nir cette même posi­tion avec son enga­ge­ment sans limite aux côtés des Américains dans la guerre de mars-avril contre l’Irak. Sous le règne de Mitterrand, la ques­tion d’une Europe de la déf­ense res­tera du domaine de l’hypo­thèse. Voici quel­ques extraits de son allo­cu­tion devant les audi­teurs de l’Institut des hautes études de la déf­ense natio­nale le 11 octo­bre 1988 : « La déf­ense de l’Europe, je suis pour, je la veux. J’en cher­che patiem­ment les che­mins, mais j’en vois aussi les obs­ta­cles. Et c’est par la luci­dité que nous attein­drons notre but. » « Je note, en pre­mier lieu, la différ­ence de statut des douze pays de la Communauté. Seules la France et la Grande-Bretagne déti­ennent l’arme nuclé­aire. Encore, la France dis­pose-t-elle, et non la Grande-Bretagne, d’une décision auto­nome. L’Allemagne, elle, conséqu­ence de la der­nière guerre mon­diale, ne peut accéder à ce type d’arme­ment. Elle ne le demande d’ailleurs pas. Cette différ­ence de statut entraîne des différ­ences d’appro­che. L’Irlande est neutre. La Grèce obéit à d’autres critères que nous. Le Danemark a des tra­di­tions, une Constitution qui l’éloignent de nos pers­pec­ti­ves. Avec la Grande-Bretagne, nous entre­te­nons des rela­tions cor­dia­les, mais lorsqu’il s’agit d’arme­ment et de déf­ense com­mune, la conver­sa­tion en reste là. Après Reykjavik (9), j’ai vu Mme Thatcher s’inter­ro­ger. L’option europé­enne sem­blait se rap­pro­cher. On en est resté là. » « Et l’arme­ment ? Certes, le grou­pe­ment européen des indus­tries de pro­gramme et d’arme­ment tra­vaille. Les dis­cours y sont valeu­reux. Mais pour quel rés­ultat ? Y a-t-il un avion européen ? Deux sont en projet. L’un qui regroupe quatre pays. Il est lourd, il est cher, beau­coup plus cher que le nôtre, qui coûte déjà très cher, et il ne rem­plit pas la même mis­sion straté­gique. Des confi­den­ces lais­sent enten­dre que cer­tains des quatre par­te­nai­res trou­vent la note lourde. La France, de son côté, fabri­que le sien, le Rafale ; elle serait heu­reuse d’un arran­ge­ment, mais n’en cultive pas l’illu­sion. Elle emploiera donc le Rafale, dont tout laisse penser qu’il four­nira à nos armées un remar­qua­ble ins­tru­ment. » « Au point où nous en sommes, il y aura au moins deux avions européens sans oublier les autres, puis­que les Etats-Unis d’Amérique se pro­po­sent pour arran­ger les choses. Et les choses seront considérées comme arrangées le jour où l’Europe aura choisi de se doter... d’un avion amé­ricain. En matière d’arme­ment, on avance donc à pas lents vers l’unité europé­enne. Pas d’avion, pas de char, un hélicoptère franco-alle­mand. Et pour les fusées, pas grand-chose. » - (Extrait de la revue Défense natio­nale de novem­bre 1988.)

Si, sous le règne de Mitterrand, l’Europe de la déf­ense reste du domaine de l’hypo­thèse, les évé­nements mon­diaux, la fin de la situa­tion de Yalta et le déman­tèlement de la Yougoslavie vont servir d’argu­ments à la relance de l’Europe de la déf­ense.

2 - La fin de Yalta et le redéc­ou­page des zones d’influence

Alors que l’URSS accep­tait le déman­tèlement « paci­fi­que » de son empire, que l’ancien patron du KGB devenu secrét­aire général du parti (Mikhaïl Gorbatchev) s’enten­dait avec son homo­lo­gue amé­ricain, ancien patron de la CIA (George Bush) pour mettre fin à la guerre froide, des rés­ist­ances au redéc­ou­page du monde qui ne fai­sait que com­men­cer allaient se mani­fes­ter. Ceausescu, pré­sident de la Roumanie, fut pure­ment et sim­ple­ment ren­versé pour n’avoir pas com­pris le sens pro­fond de la « peres­troïka », contrai­re­ment à son homo­lo­gue polo­nais, le général W. Jaruzelski, qui se livra sans dis­cu­ter.

a) L’écla­tement de l’URSS et le déman­tèlement des répub­liques you­go­sla­ves.

La fin de Yalta et du pacte de Varsovie redonna des ailes à l’aigle alle­mande qui passa à l’offen­sive pour rega­gner ses ancien­nes sphères d’influen­ces de la Mitelleuropa au dét­riment de la zone slave. Le dépeçage de la Yougoslavie fut pro­grammé en 1991 par la RFA et les Etats-Unis, les uns vou­lant un accès à la Méditerranée, les autres s’assu­rant le contrôle du Sud de l’Europe, don­nant ainsi une raison au main­tien de l’OTAN. En effet, l’OTAN était sur­tout un organe de déf­ense du bloc de l’Ouest contre le pacte de Varsovie. Comme celui-ci ne prés­entait plus de danger, la ques­tion du main­tien de l’OTAN se posait et avec elle celle de l’émerg­ence d’une armée europé­enne. Quand, le 25 juin 1991, les par­le­ments slovène et croate déc­larent l’indép­end­ance de leurs pays, le ver est dans le fruit. Le 23 déc­embre1991, l’Allemagne reconnaît les deux Etats, le 13 jan­vier 1992 c’est au tour du Vatican, le 15 jan­vier de la CEE, le 17 jan­vier de la Russie et le 7 avril les Etats-Unis... L’Allemagne, depuis, n’a pas cessé d’étendre son influence vers les pays de l’Europe de l’Est, pen­dant que les Etats-Unis ins­tal­laient une base mili­taire en Albanie. Ce repar­tage en chaîne des Balkans va rapi­de­ment se heur­ter à la Serbie et à la Russie. En mars 1999, 19 pays de l’OTAN déc­larent la guerre à la Serbie et font le ménage dans la région. Après les gran­des manœuvres mili­tai­res au Kosovo et en Serbie, l’Union europé­enne (UE) est entrée dans une stratégie de rééq­ui­lib­rage des forces avec l’Amérique qui se concré­tise par un curieux mar­chan­dage ; « plus de res­pon­sa­bi­lités aux Européens dans l’alliance en éch­ange d’une meilleure contri­bu­tion mili­taire ; un enga­ge­ment main­tenu de Washington dans la sécurité europé­enne en éch­ange d’une impli­ca­tion plus forte des Européens à son coté face aux défis straté­giques glo­baux. » Comme le dira la presse, les Etats-Unis veu­lent s’occu­per du ciel et lais­ser les mis­sions ter­res­tres aux européens... c’est tout le sens de l’opé­ration Concordia (10). La Yougoslavie (11) était dépecée et son der­nier foyer de rés­ist­ance, la Serbie, noyée sous un déluge de bombes, dit « frap­pes chi­rur­gi­ca­les ». Tous les pro­ches de l’ex-empire sovié­tique allaient subir pour des rai­sons diver­ses une remise en cause de leur sou­ve­rai­neté natio­nale. (L’Irak, Cuba, la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie, la Libye...) au nom du « droit à l’ingér­ence huma­ni­taire ». L’arme ali­men­taire sera ample­ment uti­lisée contre l’Irak, Cuba, le Nicaragua. Le chef d’orches­tre amé­ricain bat­tant la mesure pour le compte de l’Occident. C’est dans ce contexte de repar­tage des zones d’influence que l’opé­ration Tempête du désert (l’atta­que contre l’Irak de 1991) fut montée de toutes pièces par la CIA.

3 - Le réar­mement inter­na­tio­nal sur fond de crise

Selon l’Institut inter­na­tio­nal de recher­che sur la paix à Stockholm (Sipri), les dép­enses mili­tai­res dans le monde ont glo­ba­le­ment aug­menté de 6 % en 2002 (pro­gres­sion régulière depuis les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001). Plusieurs rai­sons pous­sent au réar­mement mon­dial : il y a la simple moder­ni­sa­tion et le renou­vel­le­ment de matériel, c’est le cas des pays européens qui ne veu­lent pas se lais­ser dis­tan­cer par les Etats-Unis. Il y a la volonté poli­ti­que des pays mili­taro-indus­triels de faire mar­cher leur indus­trie d’arme­ment (les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et la Chine). Il y a les pays qui se trou­vent au centre des nou­vel­les ten­sions inter­na­tio­na­les, suite au redéc­ou­page des zones d’influence de la planète, et ceux qui pen­sent tou­jours que la relance de l’éco­nomie passe par l’aug­men­ta­tion des dép­enses mili­tai­res qui auraient de bonnes retombées pour le civil et optent pour un concept civilo-mili­taire (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et, dans une moin­dre mesure, Israël, Corée du Nord, Chine, Italie, Espagne). En effet la Chine et l’Inde se réarment notam­ment auprès de la Russie ; la Syrie et l’Iran font de même. La Russie a atteint en 2002 un niveau impor­tant de vente d’armes (4,8 mil­liards de dol­lars, soit 36 % du marché mon­dial), en hausse de 30 % par rap­port à l’année pré­céd­ente. L’Allemagne de Schröder veut, elle aussi, accroître les capa­cités mili­tai­res de l’UE. Elle demande que lors des opé­rations de l’ONU, les cas­ques bleus ne soient plus des forces natio­na­les, mais europé­ennes (Le Monde du 5 avril 2003). Le Japon veut se doter de l’arme nuclé­aire. La France de Chirac se targue d’une hausse du mon­tant des com­man­des à l’expor­ta­tion de 10 % par rap­port à 2001 (Le Monde du 1er juillet 2003) malgré l’échec du char Leclerc en Grèce et du Rafale en Corée du Sud. Pour la Direction géné­rale de l’arme­ment (DGA), ces ventes sont très insuf­fi­san­tes ; il faut que la France exporte encore plus (envi­ron 40 % de son chif­fre d’affai­res, soit 5 à 6 mil­liards d’euros.). En même temps qu’ils aug­men­tent les bud­gets, les Etats procèdent à des éco­nomies au sein même des armées. Par exem­ple, les forces armées bri­tan­ni­ques vont devoir réd­uire leurs exer­ci­ces d’entraî­nement, pour faire face à une crise finan­cière « sans pré­cédent ». Le ministère de la déf­ense doit négocier des ajus­te­ments budgét­aires qui s’élèvent à 44,8 mil­liards d’euros) pour les années à venir. Il est même ques­tion d’annu­ler un tiers des 232 avions de combat Eurofighter pro­grammés. L’Italie de Berlusconi, qui veut une armée de pro­fes­sion­nels, vient de réd­uire la pro­duc­tion du Dardo (char d’assaut der­nier cri) de 300 à 200 unités. L’Allemagne, après avoir fait chuter son budget de 29 mil­liards d’euros en 1990 à 24,4 mil­liards (mon­tant gelé juqu’à 2006), compte rené­gocier le prix des 620 Eurofigther com­mandés. Quant à la France, elle cher­che à savoir sur quel budget elle va devoir impu­ter ses 600 mil­lions d’euros pour ses opé­rations au Kosovo, en Afghanistan et en Côte d’Ivoire. Les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001 seront une véri­table aubaine pour les indus­triels de la guerre ; par­tout l’entre­prise sécu­rit­aire est mise en avant. Au niveau européen, prise en charge budgét­aire d’une Force de réaction rapide (FRR) (12) des­tinée aux « mis­sions de Petersberg » (13). Cette force doit être arti­culée avec d’autres, cette fois civi­les : ser­vice de police, moyens de ren­for­ce­ment de l’Etat de droit. Entre jan­vier et juin 2001, les nou­vel­les ins­ti­tu­tions poli­ti­que europé­enne de sécurité et de déf­ense (PESD) (14) sont deve­nues per­ma­nen­tes (traité de Nice). Depuis, l’UE dis­pose théo­riq­uement d’envi­ron 60 000 hommes, 100 bâtiments et 400 avions. Cette force est encore vir­tuelle en l’absence d’un conseil des minis­tres européens de déf­ense. Pour mettre en place la FRR, l’UE va devoir dép­enser plus, c’est-à-dire 2 % du PNB col­lec­tif. Seuls cinq Etats sont dans ce créneau. L’Europe mili­taire est sur­tout budgét­aire. Pour le moment la puis­sance mili­taire de l’Europe n’est « qu’un tigre de papier » ; l’UE dépend pour toute inter­ven­tion mili­taire séri­euse des Etats-Unis qui contrôlent l’espace aérien. C’est donc cette fai­blesse que l’UE va devoir com­bler avec son pro­gramme Galiléo.

a) L’indus­trie mili­taire amé­ric­aine et europé­enne en crise

La fin de la guerre froide n’allait pas être une bonne affaire pour les mar­chands de morts. Les bud­gets mili­tai­res vont se réd­uire, tou­chant les indus­triels de l’arme­ment de plein fouet. Lockheed Martin, le plus grand trust d’arme­ment du monde, se lan­guis­sait de l’absence de guerre, lui qui en 1995 se van­tait d’employer dans sa sinis­tre pro­duc­tion de mort plus de 200 000 sala­riés, et dont les chaînes de pro­duc­tion ne par­ve­naient plus à suivre durant la guerre du Golfe de 1991. « A la fin des années 1990, l’entre­prise crou­lait sous les dettes (plus de 10 mil­liards de dol­lars), son action n’avait pas plus de valeur qu’un junk bond [« titre pourri »], et ses diri­geants ont cru que le dép­ar­tement de la déf­ense allait les sauver... ce qui ne s’est pas pro­duit. » (Jacques Gansler, pro­fes­seur d’uni­ver­sité, à l’époque sous-secrét­aire à la déf­ense chargé des acqui­si­tions.) Lockheed Martin a été écarté par le gou­ver­ne­ment de Bill Clinton de com­man­des géantes, soit près de 80 mil­liards de dol­lars de contrats (satel­lite espion, nou­velle géné­ration de des­troyers pour la marine, rem­pla­ce­ment de véhi­cules blindés de l’armée de terre) au cours des cinq der­nières années. L’élection de George W. Bush et les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001 contre le Pentagone à Washington et les tours jumel­les du World Trade Center à New York furent une véri­table aubaine pour Lockheed Martin. Le budget de la déf­ense retrouva une santé de jeune homme : sur un PIB de + 3,1 % annuel, l’indus­trie de mort se taillait la part du lion : + 1,75 %. En octo­bre 2001, le Pentagone amputé, de 54 généraux suite aux atten­tats du 11 sep­tem­bre (infor­ma­tions de la télé­vision jamais redif­fusées) rete­nait Lockheed Martin contre Boeing pour la cons­truc­tion du F35 JSF. Sans cette com­mande de 3 000 appa­reils, le plus gros contrat mili­taire de l’his­toire - 200 mil­liards de dol­lars, dont 19 pour Lockheed Martin -, le groupe n’aurait plus existé dans le sec­teur de l’aéron­au­tique de déf­ense, estime un spéc­ial­iste (Loren Thompson). Non seu­le­ment le 11 sep­tem­bre 2001 relançait au plan inter­na­tio­nal la machine de guerre, mais il allait servir la plus grande machi­ne­rie d’intoxi­ca­tion méd­ia­tique sur la sécurité intéri­eure ; pas seu­le­ment des Etats-Unis, mais de nom­breux pays. La Russie à sa manière ayant elle aussi son 11 sep­tem­bre avec les atten­tats sui­ci­des des Tchétchènes.

b) Mise en place d’un contrôle social civilo-mili­taire

« La sûreté est le plus haut concept social de la société bour­geoise ; le concept de la police, c’est l’idée que la société toute entière n’existe que pour garan­tir à chacun de ses mem­bres la conser­va­tion de sa per­sonne de ses droits et de la pro­priété. » (Marx, La Question juive.)

Un concept civilo-mili­taire est mis en action au niveau de la planète. En effet, depuis les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, les gou­ver­ne­ments veu­lent une arti­cu­la­tion plus poussée entre mili­tai­res et civils pour contrer la menace ter­ro­riste. Il sem­ble­rait que la cible soit plutôt prév­en­tive. La crise du capi­ta­lisme pre­nant plus d’ampleur, la bour­geoi­sie mon­diale va devoir gérer les déb­or­dements et rép­rimer les « clas­ses dan­ge­reu­ses ». En mai 2001 s’était tenue une confér­ence des res­pon­sa­bles natio­naux des forces de poli­ces pour lancer un plan d’action dont l’objec­tif était de sél­ecti­onner, former et équiper jusqu’à 5 000 agents des­tinés à des mis­sions inter­na­tio­na­les. Le ter­ro­risme est mis en exer­gue pour jus­ti­fier et faire oublier un autre ter­ro­risme, celui des Etats qui se pré­parent à gérer une crise sociale per­ma­nente qui com­mence à tou­cher les clas­ses moyen­nes (comme en Argentine) et donc le vernis de la démoc­ratie. La machine à cogner les « clas­ses dan­ge­reu­ses » est en route et il faut à chaque ins­tant que le système jus­ti­fie le ren­for­ce­ment du contrôle social sans que cela appa­raisse comme tel : mise en place de systèmes de vidéo-sur­veillance dans les villes, uti­li­sa­tion d’hélicoptères à pro­jec­teurs pour le contrôle de l’immi­gra­tion clan­des­tine (France). Tout cela se met en place sous le cou­vert de dis­cours huma­ni­tai­res, sécu­rit­aires et anti-ter­ro­ris­tes. Comme on ne lésine pas avec la sécurité, tant le monde devient ins­ta­ble et dan­ge­reux avec la montée de la pau­vreté, cer­tains bâtis­sent des murs. D’autres, comme les Etats-Unis depuis jan­vier 2003, met­tent en place un ministère de la sécurité intéri­eure (15). Le budget de ce ministère est épo­ust­ouflant : 38 mil­liards de dol­lars, pour sur­veiller les aéroports, les fron­tières... Une huile de Lockheed ne peut s’empêcher de s’excla­mer : « C’est énorme, c’est l’une des prin­ci­pa­les oppor­tu­nités de busi­ness pour nous » (Bob Trice). Les bonnes nou­vel­les, pour « les mar­chands de canons », ne s’arrêtent pas là. Le décl­enc­hement de la guerre contre l’Irak allait avoir un effet Viagra sur l’entre­prise mori­bonde. En 2002 elle était rede­ve­nue béné­fici­aire (plus 500 mil­lions de dol­lars, pour un chif­fre d’affaire de 26,6 mil­liards de dol­lars). De l’autre côté de l’Atlantique, on s’active aussi pour équi­librer les forces en prés­ence. Il semble, à obser­ver les faits, que l’émerg­ence d’une armée europé­enne soit aujourd’hui, pour des rai­sons éco­no­miques et straté­giques, déci­sive pour l’Allemagne, la France, la Belgique et d’autres - Espagne, Portugal, Italie. Les autres pays européens sont soit dans l’expec­ta­tive, soit du côté amé­ricain. Le cas de la Grande-Bretagne est ambi­va­lent, tantôt, elle penche comme au sommet franco-bri­ta­ni­que de Saint-Malo vers une armée europé­enne indép­end­ante, tantôt elle rede­vient atlan­tiste et cher­che à négocier avec les Etats-Unis un rôle de second. Ces aléas et retour­ne­ments diplo­ma­ti­ques sont le propre des crises éco­no­miques où chacun cher­che à faire retom­ber le poids de la crise sur celui qui sera à un moment le plus vulné­rable. Toute l’his­toire de l’avant-seconde-guerre-mon­diale en tém­oigne.

c) Pour la déf­ense europé­enne, il est minuit moins cinq

Juqu’à présent, les différents gou­ver­ne­ments qui se sont succédé en France ont tous, avec plus ou moins de dif­fi­cultés, essayé de main­te­nir le poten­tiel tech­no­lo­gi­que de l’indus­trie mili­taire franç­aise, même sous la forme pro­to­ty­paire. La force de frappe a été contrainte de mettre en place le plan Calcul. Plus réc­emment, la France s’est dotée de moyens auto­no­mes pour dis­po­ser d’images satel­lite (16), et le projet Galiléo semble en bonne voie. Ces faits vont dans le sens d’une Europe mili­taire indép­end­ante. Cependant des fac­teurs contrai­res doi­vent être pris en considé­ration et il semble à y regar­der de prêt que pour nos pour­voyeurs d’arme­ments européens et notam­ment français, il y ait le feu au lac. « Cela peut être une ques­tion de vie ou de mort. Cette phrase-là, qui n’est pas neutre, le pré­sident de la République l’a pro­noncée, le 30 sep­tem­bre, devant le minis­tre de la déf­ense, les chefs d’Etat-major et les mili­tai­res des trois armées ras­sem­blés sur la base aéri­enne de Creil. Nous devons être prêts à assu­mer nos res­pon­sa­bi­lités : pour notre sécurité, pour celle de l’Europe, et celle aussi des nations aux­quel­les nous atta­chent des liens par­ti­cu­liers. » (Valeurs actuel­les, 4 octo­bre 2002.) Après le pré­sident Chirac, c’est le PDG de Dassault qui s’alarme : « Les diri­geants poli­ti­ques européens vou­laient créer l’Europe de la déf­ense, les Américains l’ont fait. » (Charles Edelstenne.) Les Américains auraient fait de l’Europe leur ter­rain de jeu. Dans l’aéron­au­tique mili­taire, ils ont réussi à faire finan­cer par plu­sieurs pays d’Europe (Grande-Bretagne, Danemark, Norvège, Italie et Pays-Bas) une partie du dével­op­pement de leur nouvel avion de combat, le F-35. C’est plus de 4 mil­liards d’euros qui n’iront pas dans les pro­gram­mes européens de déf­ense. Objectif des Etats-Unis : mar­gi­na­li­ser l’indus­trie aéron­au­tique europé­enne, puis la vas­sa­li­ser. Pas un sec­teur de la déf­ense n’éch­appe à l’appétit des grou­pes amé­ricains. Rachat de 100 % du capi­tal du chan­tier naval alle­mand HDW, n°1 mon­dial des sous-marins conven­tion­nels, par One Equity Partner. Ce fonds d’inves­tis­se­ment lié à Bank One joue­rait en effet au cheval de Troie pour le compte de Northrop Grumman, qui convoi­te­rait la tech­no­lo­gie de pro­pul­sion ultra-silen­cieuse du der­nier sous marin d’HDW, le U-35. Ces cinq der­nières années, les Américains ont pris le contrôle d’un pan de l’arme­ment ter­res­tre européen : le suédois Bofors et l’espa­gnol Santa Barbara, le suisse Mowag par General Motors en 1999, et l’autri­chien Steyr par General Dynamics en 1998 (« OPA yankee sur l’Europe de la déf­ense », La Tribune, 12 novem­bre 2002). Le sommet his­to­ri­que de l’OTAN à Prague du 21 novem­bre 2002 ira dans le même sens : depuis le 11 sep­tem­bre 2001, les diri­geants amé­ricains ont décuplé les pres­sions poli­ti­ques pour placer leur arme­ment. « Il n’y a qu’à voir com­ment le Rafale s’est fait décl­asser en Corée du Sud au profit du F 15, pour­tant moins per­for­mant. Il en est de même en matière civile, avec la compé­tition Boeing-Airbus. » (Un haut res­pon­sa­ble de l’aéron­au­tique franç­aise). Les pays can­di­dats à la fois à l’OTAN et à l’intég­ration europé­enne sont pris en sand­wich entre les Etats-Unis et l’Union europé­enne, chacun fai­sant pres­sion pour placer son arse­nal mili­taire. La Pologne vient de pré­férer, en 2003, le F-16 US au Mirage 2000-5 français. Les pays de l’Europe de l’Est n’ont pas les moyens de s’armer. Tous les pro­jets d’achat sont retardés au profit des infra­struc­tu­res civi­les (trans­ports, téléc­om­mu­ni­cations). (« Prague le 21 novem­bre, sommet his­to­ri­que de l’OTAN », La Tribune, 21 novem­bre 2002.) Quelques mois après, c’est le jour­nal Le Monde qui fait une des­crip­tion sem­bla­ble :

« En pleine bataille au sommet, six pays, dotés d’une déf­ense et d’une indus­trie de déf­ense, vien­nent de signer une lettre d’inten­tion dans laquelle ils fixent les règles d’éch­ange d’infor­ma­tion tech­no­lo­gi­que et d’expor­ta­tions de matériels sen­si­bles. Une avancée nota­ble. Le début de déb­lo­cage du projet Galiléo (le GPS européen) va dans le même sens. (...) Mais il est minuit moins cinq. L’indus­trie europé­enne estime dés­ormais très proche le moment où elle va défi­ni­ti­vement perdre pied. A Davos, en jan­vier, lors d’une réunion sur le sujet des différents PDG du domaine et d’experts, le pes­si­misme était de mise. Le patron du suédois Saab esti­mait que les entre­pri­ses europé­ennes per­draient “toute capa­cité d’intég­ration géné­rale”, cru­ciale dans l’“info­war”, et qu’elles devaient, l’une après l’autre, se réfugier dans des “niches” en espérant par­ti­ci­per aux pro­gram­mes de recher­che amé­ricains.  » Un indus­triel français, un peu plus opti­miste, pré­cise : “Tout va se jouer dans les deux ans qui vien­nent. Ou bien nous accé­lérons la conver­gence de nos moyens mili­tai­res et la stan­dar­di­sa­tion des matériels, nous pla­ni­fions enfin les dép­enses sur plu­sieurs années, nous lançons des pro­gram­mes mul­ti­na­tio­naux d’enver­gure et, enfin, nous mul­ti­plions nos efforts tech­no­lo­gi­ques, ou bien le déclin est assuré.” » (« L’Europe de la déf­ense : il est minuit moins cinq », Le Monde du lundi 31 mars 2003.)

Le même jour­nal pré­ci­sera : « Il s’agit aussi [pour M. Schröder, le chan­ce­lier alle­mand] d’avan­cer dans la voie d’une Europe de la sécurité et de la déf­ense pour que le conti­nent non seu­le­ment puisse “parler d’une seule voix”, mais sur­tout, se fasse enten­dre. “L’Europe doit dével­opper ses capa­cités mili­tai­res de façon qu’elles expri­ment notre enga­ge­ment et notre res­pon­sa­bi­lité dans la prév­ention des conflits et la conso­li­da­tion de la paix”, a-t-il dit. » (« M. Schröder veut accroître les capa­cités mili­tai­res de l’UE », Le Monde du 5 avril 2003.)

d) EADS, fer de lance de l’indus­trie mili­taire europé­enne

Ces déc­la­rations mon­trent que la situa­tion exige des décisions rapi­des et sur­tout un finan­ce­ment impor­tant des Etats européens pour impo­ser la mise en place de l’armée europé­enne. Le groupe EADS (géant de l’aéron­au­tique de la déf­ense et de l’espace) lié au groupe Lagardère est le prin­ci­pal espoir pour les indus­triels européens de voir se cons­ti­tuer un puis­sant pôle civil et mili­taire face aux Etats-Unis. « Il est aujourd’hui géné­ra­lement admis que l’indus­trie europé­enne d’arme­ment s’est développée seule, sans l’aide des Etats, et la cons­ti­tu­tion d’EADS, entre­prise franç­aise, alle­mande et espa­gnole, est sou­vent citée à l’appui de cette démo­nst­ration. Toutefois, c’est oublier que EADS trouve son ori­gine dans une déc­la­ration com­mune signée par trois Etats - la France, l’Allemagne, et le Royaume-Uni - le 9 déc­embre 1997, appe­lant à la cons­ti­tu­tion d’une grande entre­prise europé­enne aéron­au­tique et de déf­ense. A cette époque, les gran­des entre­pri­ses europé­ennes d’arme­ment sont en dis­cus­sion perpétu­elle afin d’envi­sa­ger des regrou­pe­ments. Le cons­tat est simple : isolées sur un plan natio­nal avec un marché trop res­treint et des bud­gets d’équi­pement en contrac­tion, inquiètes de voir leur compé­ti­tivité se réd­uire du fait d’immen­ses regrou­pe­ments réalisés aux Etats-Unis, les entre­pri­ses europé­ennes cher­chent la stratégie qui leur per­met­tra de rebon­dir. » (Problèmes éco­no­miques, n° 2804 du 9 avril 2003, p. 23.) Pour y par­ve­nir, il fau­drait qu’EADS absorbe Thales (ex-Thomson-CSF) et procède à des accords avec la Russie de Poutine (17). A savoir une par­ti­ci­pa­tion d’EADS dans Mig, qui est sur la liste des pri­va­ti­sa­bles. Comme nous venons de le voir, la cons­ti­tu­tion d’une armée europé­enne indép­end­ante se fait tailler régul­ièrement des crou­pières par l’Oncle Sam (18). Ceci n’empêche pas les Européens de réagir ; ainsi Gerhard Schröder et Jacques Chirac pous­sent les entre­pri­ses alle­man­des et franç­aises à repren­dre HDW (le leader mon­dial de la cons­truc­tion de sous-marins conven­tion­nels) aux Américains, afin de créer un « EADS naval ». Etaient sur les rangs pour cette opé­ration : les français Thales et DCN, l’alle­mand Thyssen Krupp et l’ita­lien Fincantier. Cependant, One Equity Partners (OEP) (fonds d’inves­tis­se­ment amé­ricain) allait injec­ter 400 mil­lions d’euros dans HDW, réd­uisant pour un temps les ambi­tions d’une reprise europé­enne du chan­tier naval alle­mand. L’Europe de la déf­ense ou, plus exac­te­ment, la cons­ti­tu­tion d’une Europe capa­ble de déf­endre ses ancien­nes colo­nies et son appro­vi­sion­ne­ment éner­gétique se met en place de manière très chao­ti­que. Chaque Etat (il y en a 25 main­te­nant) vou­lant, en éch­ange d’achat d’arme­ment européen, être asso­cié à sa fabri­ca­tion. Le minis­tre de la déf­ense espa­gnol Federico Trillo sou­haite que son pays par­ti­cipe à la mise en place de l’« EADS naval » (La Tribune du 4 et du 8 sep­tem­bre 2003). Pour y accéder, l’Espagne vient de procéder à l’achat de 24 hélicoptères Tigre et, de ce fait, entre dans le pro­gramme de fabri­ca­tion d’Eurocopter au même titre que la France et l’Allemagne. Comme nous l’avons vu pré­céd­emment, en sep­tem­bre 2003 la presse indi­quait que la Grande-Bretagne (19) était d’accord pour une déf­ense europé­enne indép­end­ante de l’OTAN et la cons­ti­tu­tion d’un quar­tier général. Cette infor­ma­tion sera dém­entie par cer­tains jour­naux bri­tan­ni­ques. Quelque temps après, au sommet de Naples, les 25 pays de l’Europe s’enten­daient pour mettre en place un embryon (noter le terme) de déf­ense europé­enne, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ayant présenté une pro­po­si­tion com­mune pour la création d’une struc­ture mili­taire auto­nome de l’OTAN. Il en est résulté que l’UE aura dés­ormais une capa­cité mili­taire mobi­li­sa­ble en per­ma­nence, et non plus envi­sagée au cas le cas, comme pour Bunia et le Congo. Le sommet de Bruxelles des 12 et 13 sep­tem­bre sur la cons­ti­tu­tion europé­enne va capo­ter, l’Espagne et la Pologne étant désignés comme co-res­pon­sa­bles de l’échec. Cependant, sur la ques­tion de la déf­ense europé­enne, « la vieille Europe » va mar­quer encore un point : il est prévu la mise en place d’ici à 2004 d’une agence europé­enne de l’arme­ment des­tinée à dével­opper les capa­cités de déf­ense, la coopé­ration en matière d’arme­ment, et le ren­for­ce­ment des bases tech­no­lo­gi­ques et indus­trielle europé­enne. En ce mois de février 2004, nous pou­vons dire que le Grande-Bretagne vient de bas­cu­ler en faveur d’une déf­ense auto­nome de l’Europe suite à quel­ques évé­nements révé­lateurs. En effet un spéc­ial­iste de la déf­ense à la London School of Economics, Willliam Wallace, indi­quait que « Bae [British Aerospace] essaye une stratégie d’intég­ration aux Etats-Unis, alors même que ceux-ci devien­nent plus pro­tec­tion­nis­tes. Son par­te­naire Boeing est lui-même en dif­fi­culté. » (La Tribune du 26 jan­vier 2004). Visiblement Bae Systems est en situa­tion d’échec face à ses concur­rents natio­naux (Rolls Royce et Cobham), qui ont leurs intérêts au sein d’EADS. Le ministère de la déf­ense (MoD) passe à l’atta­que contre Bae, qui est accusé d’être res­pon­sa­ble d’un dép­as­sement de 3 mil­liards de livres et de la perte d’un énorme contrat de 18,6 mil­liards d’euros. Le 27 jan­vier, la presse annonce qu’EADS vient de déc­rocher un contrat de 18,8 mil­liards d’euros avec le ministère de la déf­ense bri­tan­ni­que, pour la four­ni­ture d’avions ravi­tailleurs à la Royal Air Force. Le choix fait par le pré­sident Chirac (le 13 février) du deuxième porte-avions à pro­pul­sion clas­si­que scel­lait la nou­velle entente des « mar­chands de canons » européens. Thales et EADS sont très satis­faits. Ils vont pou­voir posi­tion­ner EADS comme « leader européen des drones ».

Conclusion

Nous avons au cours de ce texte voulu mon­trer les ten­dan­ces pro­fon­des et his­to­ri­ques de l’évo­lution des contra­dic­tions entre impér­ial­istes (anciens et nou­veaux). Tout d’abord la dis­lo­ca­tion de l’Europe sous les coups de bou­toirs des deux guer­res mon­dia­les et le repar­tage du monde entre les Etats-Unis et l’URSS. Ensuite nous avons montré com­ment, petit à petit, l’Europe va se mani­fes­ter pour mettre fin aux accords de Yalta, com­ment la France et l’Allemagne pour des rai­sons différ­entes vont agir, de conni­vence avec les Etats-Unis, pour faire éclater le bloc de l’Est et ouvrir la boîte de Pandore d’un redéc­ou­page du monde. Enfin, les gran­des guer­res du Moyen-Orient ont été engagées pour le recy­clage de la rente pét­rolière au tra­vers de la course aux arme­ments dans cette région (20), mais aussi comme guerre sou­ter­raine contre le dollar, sa remise en cause par une alliance finan­cière euro-arabe que les Etats-Unis devaient néc­ess­ai­rement briser chaque fois par la guerre. L’émerg­ence de l’euro et la prét­ention du noyau dur de l’Europe de cons­ti­tuer une « Europe de la déf­ense auto­nome » avec son quar­tier général dép­lace le champ des contra­dic­tions inter­na­tio­na­les vers l’Europe. L’expli­ca­tion des riva­lités impér­ial­istes, bien que néc­ess­aires, ne s’écarte pas de la « poli­ti­que » c’est-à-dire de la longue his­toire des Etats,de leur dém­emb­rement et recom­po­si­tion en fonc­tion des rap­ports de force inter­na­tio­naux. Dans ce cadre, la contra­dic­tion fon­da­men­tale entre bour­geoi­sie et prolé­tariat cède le pas aux contra­dic­tions inter-bour­geoi­ses et toutes les oppo­si­tions a-clas­si­ques qu’elles engen­drent pour le main­tien global de la domi­na­tion de classe. A ce titre, pren­dre la déf­ense de l’Europe et de son armée sous prét­exte de s’oppo­ser à l’uni­laté­ral­isme amé­ricain, c’est déjà par­ti­ci­per au futur patrio­tisme européen et aux guer­res que l’Europe mène en Afrique. De même que sou­te­nir toutes les cam­pa­gnes « anti-ter­ro­ris­tes » des Etats-Unis c’est plon­ger dans l’idéo­logie sécu­rit­aire, qui n’est qu’une ten­ta­tive de contrôle prév­entif des futurs conflits de classe qui vont se déchaîner. Nous assis­tons, comme avant la seconde guerre mon­diale, à la mise en place de blocs et d’axes mili­tai­res et éco­no­miques prêts à s’affron­ter mili­tai­re­ment, la course actuelle aux arme­ments les plus des­truc­teurs en est la preuve. Cette course ter­ri­fiante aux armes les plus sophis­ti­quées menace déjà l’ensem­ble de l’espèce humaine (21) dans sa propre repro­duc­tion et donc géné­tiq­uement. Jamais dans l’his­toire une exter­mi­na­tion de popu­la­tion n’avait atteint ce but ; avec les bombes à ura­nium appau­vri, c’est fait. La ter­reur tech­no­lo­gi­que, au sens ou elle expulse le prolét­aire par le per­fec­tion­ne­ment des machi­nes et le décime par des opé­rations dites chi­rur­gi­ca­les sur le champ de bataille, semble ne lais­ser que peu d’espoir à une sortie révo­luti­onn­aire de la crise catas­tro­phi­que du capi­tal quand elle se mani­fes­tera sans appel. En temps de « paix », la seule exis­tence du capi­ta­lisme pro­vo­que la mort d’un être humain toutes les quatre secondes, le Sida toutes les onze secondes ; à ce niveau tout devient rela­tif. Placer au centre de sa théorie la ques­tion d’un holo­causte nuclé­aire ou autres armes ter­ri­fian­tes encore à l’étude pour en conclure que toute action révo­luti­onn­aire est vouée à l’échec, c’est placer au centre du deve­nir his­to­ri­que, non pas la solu­tion sociale « le com­mu­nisme », mais la force tita­nes­que de la bour­geoi­sie et reconnaître que le capi­ta­lisme est bien « la fin de l’his­toire. » Depuis son avè­nement, le Capital s’est très rapi­de­ment adapté aux guer­res ; elles ne seront jamais tota­les pour lui, mais tou­jours conven­tion­nel­les. Il y aura des conven­tions et un droit de la guerre, on déci­dera avant le bouillon rouge des armes à uti­li­ser, afin de pou­voir, en cas de déra­page, condam­ner le per­dant pour « crime contre l’huma­nité », dis­tinc­tion finale qui jus­ti­fie le bien-fondé de la guerre. En fait de guerre totale, c’est le prolé­tariat mon­dial qui va devoir se char­ger de l’entre­pren­dre et, tou­jours poussé par les évé­nements, c’est-à-dire par sa réalité éco­no­mique, réalité qui fait que peu importe ce que pense sa « cons­cience indi­vi­duelle » à tel ou tel moment, c’est ce qu’il sera contraint de faire, pour la survie col­lec­tive de l’espèce humaine.

Gérard Bad jan­vier 2004

(1) C’est en déc­embre 1987 que Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev signent le traité FNI prévoyant l’éli­mi­nation de ces forces nuclé­aires.

(2) Voir « Bilan de la guerre Iran-Irak » de la bro­chure de René Berthier Il y a dix ans la guerre du Golfe.

(3) Cette force de frappe nuclé­aire avait déjà été mise sur les rails par les gou­ver­ne­ments de la IVe République. En 1963, l’Amérique refu­sera de livrer à la France un gros ordi­na­teur (Control Data) dont celle-ci avait besoin pour dével­opper sa force de frappe nuclé­aire. l’Etat français fut contraint de dével­opper sa propre filière infor­ma­ti­que (le plan Calcul) très coûteux.

(4) Depuis ce refus, de Gaulle pro­po­sera cons­tam­ment des solu­tions « europé­ennes » qui exclu­ront tou­jours les Etats-Unis.

(5) Ici le terme « impér­ial­isme » est employé pour signi­fier la pér­iode colo­nia­liste de la France. Ensuite ce terme n’aura de valeur que dans un cadre plus large, celui de l’Europe en cons­truc­tion qui veut déf­endre ses zones d’influence.

(6) Ce terme veut dire, que l’Etat français n’est pas en mesure d’aller au-delà de la fabri­ca­tion de pro­to­ty­pes, voir le Ramsès 1999.

(7) Livre blanc de la déf­ense natio­nale (1972,1973). Voir les notions de « des­sein poli­ti­que auto­nome », ou de « liberté de décision ».

(8) Le budget mili­taire de 1983 a procédé à d’impor­tan­tes res­tric­tions budgét­aires de l’armée de terre en faveur du nuclé­aire. Dans le projet de budget un accrois­se­ment des crédits supérieur de 15 % par rap­port à 1982. (11, Stratégie et déf­ense, p 33).

(9) Après le sommet de Reykjavik, l’éloig­nement de la menace sovié­tique sur l’Europe occi­den­tale va relan­cer l’ambi­tion franç­aise d’une Europe de la déf­ense auto­nome.

(12) La pré­sid­ence belge déc­larait que la FRR serait opé­rati­onn­elle fin 2001. (13) Ce qu’on a appelé les « tâches de Petersberg ». L’expres­sion est tirée d’une déc­la­ration de l’UEO de juin 1992, qui prés­ente l’enga­ge­ment à dével­opper les moyens d’inter­ven­tion, dans le domaine des opé­rations huma­ni­tai­res et de secours comme dans les fonc­tions plus tra­di­tion­nel­les de main­tien de la paix et d’ins­tau­ra­tion de la paix par des moyens mili­tai­res. Les « tâches de Petersberg » ont été adoptées par l’UE dans le traité d’Amsterdam. Les moyens pra­ti­ques d’exé­cuter ces tâches sont tou­jours en cours de dével­op­pement. (14) Politique europé­enne de sécurité et de déf­ense.

(15) Le PDG de Thales vise le marché de la sécurité intéri­eure europé­enne, de la sur­veillance des fron­tières à la sécurité indus­trielle en pas­sant par les cen­tres de com­man­de­ment de la police. Il a indi­qué que dans l’UE, 1 mil­liard d’euros avait été attri­bué aux dix nou­veaux mem­bres pour la sécurité des fron­tières.Aux Etats-Unis, ce budget s’élève à 55 mil­liards de dol­lars. (Les Echos, 18 novem­bre 2003).

(16) « Il y a dix ans, nous n’avions pas d’images satel­li­tes. Il fal­lait les deman­der au Pentagone. Quand on mon­trait à François Mitterrand une vue satel­lite du théâtre d’opé­rations du Koweït, il était prié de bien vou­loir la res­ti­tuer aux ser­vi­ces amé­ricains ». Depuis le lan­ce­ment des Hélios, la France a ses pro­pres photos four­nies par la base de Creil.(Valeurs actuel­les du 4 octo­bre 2002.). Coût de la photo : 3000 euros selon le jour­nal Libération du14 octo­bre 2003.

(17) EADS ren­force sa coopé­ration avec le groupe russe Soukhoï et Rosoboronexport, orga­nisme d’Etat russe d’expor­ta­tion d’armes. Ils ont signé le 21 août des accords sur la déf­ense (La Tribune du 22 août 2003). (18) Les Etats-Unis vien­nent une nou­velle fois d’isoler le coq français de sa basse-cour. Paris vient de confier à Dassault la réa­li­sation d’un démo­nst­rateur d’avion de combat non piloté (Ucav) contour­nant ainsi le projet européen Scafe (avions et drones) qui traîne les pieds.

(20) Pour la France, les ventes d’armes ont payé, en 1976, l’équi­valent de 20 % de ses impor­ta­tions de pét­role. (Problèmes éco­no­miques du 20 novem­bre 1978.)


ANNEXES


Les 10 pre­miers indus­triels amé­ricains et européens de l’arme­ment

Rang mon­dial et chif­fre d’affai­res (en mil­liards de dol­lars) 2002

Rang société C.A. 1 Lochkeed Martin (E-U) 23 2 Boeing (E-U ) 22 3 Raytheon (E-U) 15 4 BAE Systems ( R-U) 15 5 Northrop Grumman (E-U ) 12 6 General Dynamics 10 7 Thales (Fr) 8 8 EADS (Fr. All. Esp.) 6 9 Finmeccanica (Italie) 4 10 Honeywell (E-U ) 4


Les dép­enses mili­tai­res en 2002 en % du PIB

Etats-Unis 3,3 % France 2,6 % Royaume -Uni 2,4 % Europe 2,0 % Italie 1,9 % Allemagne 1,5 % Espagne 1,2 % (Source : Otan)


La guerre des drones

Il fal­lait s’y atten­dre, la robo­ti­sa­tion des armées prend le relais pour les guer­res du futur proche. D’ores et déjà, plus de trente pays ont lancé des pro­jets de fabri­ca­tion de drones (avion sans pilote). Les drones ont été uti­lisé, pour la pre­mière fois par les USA au Vietnam ; ensuite c’est l’Etat d’Israël qui les a moder­nisés et rendus opé­rati­onnels durant la guerre du Kippour, en 1973. En 1995 les Etats-Unis avaient à leur dis­po­si­tion le drone Predator (28 mil­lions de dol­lars l’unité) qui fut uti­lisé lors des conflits en Irak, au Kosovo, et en Afghanistan. L’Iran a même annoncé qu’il allait pro­chai­ne­ment expor­ter des drones. La France fabri­que des drones depuis vingt ans. Elle en a même uti­lisé en Bosnie et au Kosovo (drones tac­ti­ques Crécerelle, CL-289...) et vient ( le 17/6/2003) de se doter d’un pro­gramme de 300 mil­lions d’euros pour la mise en place d’un pro­to­type de drone de combat. Il s’agit d’une « grosse opé­ration « des­tinée à mobi­li­ser des compét­ences tech­no­lo­gi­ques straté­giques, a estimé le Délégué Général pour l’Armement. L’idée est de pro­duire un engin qui puisse effec­tuer un pre­mier vol d’ici 2008 avec une capa­cité de tir. Ce « futur système aérien de combat « vise la relève des appa­reils européens actuels - l’Eurofighter des grou­pes bri­ta­ni­que BAE Systems, européen EADS et ita­lien Alenia, le Gripen du suédois Saab et le Rafale du français Dassault. La DGA vient de sol­li­ci­ter des étudiants de dix écoles d’ingénieurs et uni­ver­sités pour qu’ils réa­lisent un pro­to­type de drone minia­ture, pour en équiper les fan­tas­sins à partir de 2010 ( le Monde du 21/06/2003). La France de Chirac essaye de se main­te­nir à la hau­teur des Etats-Unis, seu­le­ment les amé­ricains dis­po­sent de mil­liers de cher­cheurs, des uni­ver­sités, des labo­ra­toi­res et intel­lec­tuels qui col­la­bo­rent avec le Pentagone. Au Etats-Unis, la RMA (Révolution Inthe Military Affairs) est en marche et avec elle de nou­veaux concepts straté­giques et opé­rati­onnels. Le jour­nal Le Monde ( 4 juillet 2003) fai­sait Etat d’un projet amé­ricain nommé Falcon, acro­nyme de Force Application and Launch from the Continental US. Ce projet compte doter les Etats-Unis d’un drone apte à trans­por­ter une charge de 6 tonnes ( mis­si­les ou bombes guidées avec pré­cision) à une vitesse de cinq à dix fois la vitesse du son sur une dis­tance de 14500 km. Le Pentagone se fixant ainsi l’objec­tif de pou­voir frap­per n’importe qui dans le monde en moins de 2 heures. Le système devrait deve­nir opé­rati­onnel en 2010, avec des pro­to­ty­pes dès 2006-2007.

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