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Marx, dit Rubel, «a mené de front l’investigation scientifique et la postulation libertaire». Mais il est juste de dire que la science prend parfois chez Marx la place du normatif, et que là où l’on distingue un insidieux écart entre les deux, là se sont logés le marxisme et un matérialisme métaphysique représenté par la théorie de la pensée-reflet qui dissout la réalité de toutes les formes de conscience sociale en idéologie pure. Seuls les phénomènes d’ordre économique sont alors crédités d’un coefficient de réalité sociale. Or, ce que Marx a en vue, ce sont les effets de l’existence sociale sur la conscience, la manière dont les rapports de domination et de servitude, directement issus de la production sociale elle-même, réagissent à leur tour de façon déterminante sur cette dernière. «La conscience peut paraître parfois en avance sur les conditions empiriques de l’époque12 », «c’est faire preuve de grossièreté et d’inintelligence que d’établir des rapports fortuits entre des phénomènes qui constituent un tout organique, que de les lier simplement comme un objet à son reflet13 ». Le principe matérialiste de Marx s’efforce d’apporter une réponse au problème de l’interaction des phénomènes économiques, sociaux, politiques et culturels.
Comme théorie largement codifiée par Engels et revue à la lumière de l’étatisme de Lassalle, le marxisme devint la pensée unique de la bureaucratie ouvrière. Après avoir transformé la théorie de l’auto-émancipation en utopie sans prise et sans effet sur le présent, elle disposera d’une conception de l’histoire conforme à ses intérêts et nécessaire pour légitimer son pouvoir sur la classe ouvrière. La «transition» dont hériteront les bolcheviks et les épigones était déjà un concept clef de la social-démocratie qui pouvait ainsi toujours rejeter vers le futur ce qu’elle ne voulait pas faire le jour même, et qu’elle finira même par renier.
Ainsi aura été en quelque sorte mis en œuvre ce que Lénine, à la suite de Karl Kautsky, revendiquait pour les intellectuels : apporter de l’extérieur la conscience au mouvement ouvrier. Mais on peut accorder à Marx que cette conscience n’était pas celle qu’il avait en tête quand, pour condenser en une formule ce qui caractérisait l’esprit de l’Internationale, il avait repris la phrase de Flora Tristan, mais épurée de toute l’ambiguïté messianique dont elle avait chargé son message: «L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.»
Friedrich Engels tirera de l’œuvre de Marx une leçon contraire quand il prononcera le discours sur la tombe de son ami, lequel, dit-il, «fut le premier à avoir donné [au prolétariat moderne] la conscience des conditions de sa libération14 ». Paroles dictées par l’émotion, certes, mais qui traduisent bien un nouveau degré dans la cristallisation du culte. C’est en faisant ainsi dépendre du seul Marx la dialectique de l’évolution historique, et en opérant un retour au néo-hégélianisme qu’il avait lui-même critiqué avec son ami dans l’Idéologie allemande, qu’Engels a ouvert la voie au marxisme, cette théorie du «socialisme des intellectuels» — conclusion qui, au terme d’un siècle d’expérience, sera celle de J. W. Makhaïski, anarchiste polonais inclassable15 ."Après cette longue citation d''un texte de louis Janover,nous publions cette étude tiré de la publication GEABN°55
mercredi 8 mai de 16h à 18h
lecture collective de la revue subversion
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