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le blog du laboratoire anarchiste

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 19:37

 ENcontinuation d'une discussion et camaraderies avec le CAN 71, on propose ce texte  chercher  ici

Terrain pour une rencontre : l’anarchisme social et la communisation

Ce qui suit a été publié comme une introduction et une amorce pour une lecture anarchiste du texte « Qu’est-ce que la communisation » de Léon de Mattis ; par conséquent, il suppose une certaine compréhension des concepts de la théorie de la communisation (décrite dans ce texte) tout en étant une présentation plutôt rapide des controverses qui s’y trouvent. Néanmoins, nous le reproduisons tel que comme un point de départ utile pour une recherche plus approfondie et un débat au sein de la relation entre ces théories révolutionnaires.

 

La communisation comme une conception du processus de transformation révolutionnaire est intrinsèquement liée à l’histoire de la pensée utopique. Par conséquent, il est possible de retrouver de nombreuses approches communisatrices aussi loin que chez les pré-modernes, les idéaux agraires des Diggers, les écrits de Thomas More, Babeuf, Robert Owen et beaucoup d’autres premiers socialistes utopiques.

Cependant, en tant que courant du communisme moderne, et donc de ces idées nées de l’expérience de la Première Internationale (l’anarchisme et le marxisme inclus), la communisation est plus particulièrement comprise comme un produit de l’ »ultra-gauche » dite française  des années 1970. La communisation, dans ce sens, développée comme une critique de la théorie marxiste orthodoxe de la transition socialiste et le rôle d’un État « socialiste », estime plutôt que le communisme n’est pas une «étape» à atteindre après la révolution, mais l’essentiel du contenu de la révolution elle-même. Ceci, naturellement, a été affirmé par l’expérience réelle des États «socialistes» – qui étaient autoritaires, impérialiste et bureaucratique -, mais aussi par une réflexion poussée sur la théorie marxienne de la marchandisation du travail et du fonctionnement de la loi de la valeur comme étant essentielle à la compréhension de la persistance des formes d’organisation capitalistes au cours même des bouleversements révolutionnaires et de la dynamique que le prolétariat doit briser. Les auteurs clés au sein de cette tradition sont Théorie Communiste (TC) et Gilles Dauvé.

 

Alors que TC et Dauvé maintiennent leurs influences sur la théorie contemporaine de la communisation, des collectifs tels que SIC offrent une compréhension beaucoup plus éclectique des diverses influences théoriques qui conduisent à la réalisation d’un «courant de la communisation ». Cela a même justifié l’inclusion de traditions révolutionnaires non-marxistes. Noys, par exemple, décrit la communisation comme un « mélange de l’anarchisme insurrectionnel, de la gauche communiste, des post-autonomistes, et des courants anti-politiques», entre autres.

L’inclusion de l’anarchisme dans cette liste ne devrait pas être une grande surprise pour toute personne ayant une bonne compréhension de l’anarchisme social. Bien que des différences subsistent encore en termes de principe et de cadre général théorique entre l’anarchisme et même les traditions libertaires du marxisme, le contenu essentiel de la communisation – le rejet de la transition et du réformisme (souvent désigné comme «programmatisme»), crise de la loi de la valeur et communisation comme processus révolutionnaire – représentent en fait une base commune. En fait, ce sont plusieurs des principes clés que les anarchistes ont toujours tenus en opposition aux marxistes en termes de débats pendant et après l’effondrement de l’Internationale. Bakounine (1870), par exemple, n’a pas tardé à critiquer le rôle supposément progressiste sur le mouvement ouvrier que les marxistes alléguaient au sujet de la démocratie sociale, en indiquant clairement que quiconque croyait une à «révolution politique» (c’est à dire la formation d’un État « socialiste ») pourrait procéder d’une révolution sociale ne sont pas plus que les défenseurs du «socialisme bourgeois».

Les partisans du communisme anarchiste, en particulier, ont eu dans l’expérience de sa formation à considérer exactement ces questions en termes de solutions de rechange aux théories économiques principalement liés à l’anarchisme – collectivisme et coopérativisme. Chacun des deux, qui ont plaidé pour la poursuite d’une certaine forme de médiation du marché dans une société post-révolutionnaire, avaient rendu nécessaire d’envisager la nature et le contenu exact du processus révolutionnaire. C’était Kropotkine (1892) qui a fait valoir à l’encontre des salaires et des systèmes comptables préconisés par les collectivistes des dangers de la poursuite de l’un des systèmes existants de consommation ou de production, ou de conquêtes partielles du système actuel et la nécessité d’un processus d’expropriation révolutionnaire universel -

Citation:

«Le jour où nous nous attaquerons à la propriété privée, en vertu de l’une quelconque de ses formes, territoriale ou industrielle, nous serons obligés de les attaquer toutes. Le succès total de la Révolution l’exigera « 

Le communisme (ou la communisation) devait être à la fois un processus universel et immédiat de transformation de tous les aspects de l’intersubjectivité sociale de l’humanité et de sa relation avec son environnement. Prétendre le contraire était ouvrir la porte à la réaction et aux mesures contre-révolutionnaires. Pour dire les choses simplement, comme Cafiero (1880) l’a fait, «l’anarchie et le communisme sont les deux termes essentiels de la révolution » 1.

Il serait injuste, cependant, de caractériser simplement la communisation comme une réaffirmation générale des principes de l’anarchisme social (ce qui ouvrirait la question en fait de savoir quels intérêts nous aurions à avoir ce débat). D’une part, comme le souligne Noy, les affirmations centrales de la communisation sont aussi des «positions litigieuses» et en ce sens il est préférable de parler de conceptions de la communisation que d’une théorie unifiée. Ceci est particulièrement le cas en ce qui concerne la différence entre la politique volontariste « du retrait » (dénommé «désertion») de Tiqqun (à voir plus loin) et les idées fortement structuralistes de Théorie Communiste (avec le collectif britannique End Notes quelque part entre les deux). Peser le pour et le contre entre ces «conflits» donnent une idée beaucoup plus claire de ce qui est précieux dans le projet de la communisation pour nous, en tant qu’anarchistes sociaux, comme les questions essentielles qui se posent nous concernent tous – comment l’immédiateté (le communisme comme une réponse au capitalisme mondial) et l’immanence (le communisme comme une relation sociale qui émerge à l’intérieur du capitalisme) contenues dans nos visions du changement politique se traduisent dans la théorie et la pratique des révolutionnaires ?

Faisant partie de ce débat, c’est également une toute aussi importante question de savoir d’où ces idées proviennent. Alors que les anarchistes classiques pouvaient déclarer dans un but de propagande que le communisme anarchiste était à la fois une alternative souhaitable et possible au capitalisme, il est également nécessaire de situer où et comment un mouvement incarnant ces idées peut surgir au travers des actions des classes populaires. Les anarchistes ont donné à cette question des réponses variables en référence aux conditions du capitalisme au XIXe siècle et au début du XXe siècle, et les problématiques mis en évidence en rapport à ces moments sont illustratives, par exemple, de la question de la participation des masses par rapport à l’action minoritaire, l’usage de la violence politique, etc, mais ce doit aussi être un processus continu. La question de l’immédiateté et de l’immanence doit se traduire par une analyse plus concrète du capitalisme et de la classe telle qu’elle existe actuellement. En tant que parties prenantes nous pensons que c’est un élément essentiel de l’action politique de l’organisation anarchiste spécifique.

En ce qui concerne cela, comme le souligne l’article, la communisation présente une analyse convaincante de la nature changeante à la fois du capitalisme et du prolétariat dans une économie post-fordiste mondialisée. Cette analyse s’appuie sur un rôle historique plus ou moins déterminant selon l’auteur qui en fait la présentation ; indépendamment de cela, ce sont encore des lectures essentielles pour les anti-capitalistes contemporains. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la situation de crise profonde des idées révolutionnaires (en particulier dans la dislocation de l’identité ouvrière et l’effondrement des bases matérielles du «pouvoir ouvrier») dans laquelle la communisation trouve sa base, ainsi que son appel à créer de nouveaux modes de penser les luttes contemporaines, des choses qui résonnent à la fois fortement avec notre expérience dans l’action collective.

 

Pistes de réflexion – organisationnelle, le moment subjectif et le déterminisme historique

Enfin, nous introduisons un certain nombre de pistes de réflexion par rapport à ce par quoi nous voyons un potentiel d’échanges critiques important dans le contexte des idées que met en avant la communisation.

Alors il faut dire clairement que nous devons de multiples et fortes critiques vis-à-vis des politiques de « retrait  » prônée par Tiqqun, les considérant comme erronées, partielles et fondamentalement en décalage par rapport à l’expérience et les activités de l’ensemble de la classe, le crédit devant être donné à une (peut-être inconsistante) vision de la communisation, telle que traduite dans la pratique. Comme Noy (2011) le note, il y a un risque avec des visions alternatives pour lesquelles ce qui est essentiellement en train d’être décrit, c’est le contenu nécessaire et l’ampleur de la transformation révolutionnaire à l’égard du contexte actuel en tenant peu compte des actions possibles ou concrètes pouvant y mener. Comme il l’explique,

Citation:

« Il y a un risque que la communisation devienne une valorisation des seuls moments fugaces de la révolte, de petites fentes dans laquelle la lumière pénètre dans l’obscurité de la révolution capitaliste, ou qu’elle devienne la promesse d’une révolution totale qui atteindra son objectif en cours, sans tenir compte véritablement des moyens qui pourraient y mener. Ce n’est pas pour appeler à un retour à la la forme «parti», ou à ressasser des débats concernant le léninisme (débats qui pourrait bien être importants), mais plutôt de suggérer que la difficulté de préciser les agents du changement peut aussi découler des difficultés à préciser le contenu du changement. Certes, la communisation a eu raison de critiquer le formalisme de la gauche, ce que TC appelle son «programmatisme», qui ne peut jamais que prétendre qu’une fois que nous avons la bonne forme (parti léniniste , conseils ouvriers, etc) le communisme devrait se réaliser. Ce qui est encore flou c’est la forme de la lutte qui fera « la poésie de l’avenir » (Noy, 2011: 14-15)

En réponse à ceci, EndNotes ré-affirme seulement que la communisation « ne prend pas la forme d’une ordonnance pratique », mais plutôt que ce qui est en jeu, c’est « ce que la révolution est ». Il s’agit d’une critique qui peut exposer les limites d’une pratique qui vise à créer la «communisation maintenant », mais laisse encore ouverte la question de la subjectivité et des tâches potentielles (le cas échéant) des révolutionnaires.

Notre réponse est d’élever la critique: quelles sont les conditions qui font de la communisation une action crédible et raisonnable pour les prolétaires ? Quels sont les processus et les interventions qui jouent un rôle dans la traduction des tendances vers le communisme qui existent dans de nombreux mouvements sociaux (même mineur) et leur traduction dans la pratique ? En réponse, nous regardons vers notre propre tradition de l’anarchisme organisationnel et le rôle des minorités révolutionnaires en tant que catalyseurs dans un combat plus large. Nous voyons cela comme distinct des caractéristiques formalistes que TC attribue au mouvement traditionnel de gauche et anarcho-syndicaliste. Le problème avec ces conceptions n’étaient pas nécessairement qu’elles ont mis en avant l’idée de leadership en tant qu’atout au sein de la lutte révolutionnaire, mais plutôt, c’est que cela a eu un rôle substitutionniste visant à remplacer le prolétariat en tant qu’agent du changement révolutionnaire.

Au contraire, nous voyons le rôle d’un « parti pour l’auto-abolition du prolétariat » émergeant dans le contexte des mouvements autonomes de la classe où ils pourraient apparaître, comme ce qui cherche à consolider l’autonomie et à propager les pratiques d’expropriation révolutionnaire et la communisation comme étant la seule réponse raisonnable à l’assaut du capitalisme mondial. Ce qui est le plus important c’est que c’est un mouvement qui doit émerger dans le contexte de la composition de la classe elle-même et non quelque chose d’apporté de l’extérieur par les idées ou les organisations des minorités révolutionnaires. Bien qu’il ne faille non plus minimiser le rôle important que peuvent jouer les minorités révolutionnaires tant émergentes qu’existantes dans ce processus de recomposition.

Le contenu de notre programme, le programme anarchiste, ne cherche pas à reproduire le programmatisme identifié par TC – la reproduction des identités capitalistes – principalement celle des travailleurs – et l’intégration dans les sphères de la médiation capitaliste. Le programme anarchiste est en lien avec le désir de voir la formation d’un nouveau mouvement de sortie de crise dans le programmatisme en insistant sur le contenu – l’autonomie sociale – considéré plus que comme moyens. Pour revenir à l’œuvre de Marx, toute activité pratique de classe des ouvriers conscients doit s’insérer (si elle a l’intention d’être socialement pertinente) dans le processus d’une classe agissant en elle-même à une classe agissant pour elle-même. Cependant, nous identifions l’autonomie sociale en tant que moyen [ou comme médiation ? NDT] de cette lutte – concrétisation du contre-pouvoir de la classe – et non pas comme un objectif déclaré du processus révolutionnaire. Notre rôle est d’identifier comment ce contenu est porté par les luttes existantes de la classe, un processus qui vise à réaliser un véritable programme consolidé réalisé à l’intérieur et à travers l’expérience de la classe en cours.

Que nous voyons en effet émerger un tel « nouveau mouvement » reste complètement une question en suspens. Nous sommes, bien sûr, tout en étant en même temps réaliste sur les problèmes auxquels nous sommes confrontés, réticents à accepter entièrement le pronostic négatif de certains au sein de la tradition de la communisation. Le capitalisme peut être un système social hautement adaptatif, mais il est aussi, comme les événements actuels le montrent clairement, un système consumé par les crises. Dans ce contexte, il est le contenu de la communisation – de l’appel à la résolution directe et immédiate de l’injustice, l’humiliation et la pauvreté quotidienne infligées aux prolétaires – qui est peut-être le plus pertinent.

RÉFÉRENCES

Bakounine, M. (1870) Critique du programme social-démocrate allemand Dans:. Dolgoff, S. (Ed.) sur l’anarchisme de Bakounine. Black Rose Books, 1971.

Cafiero, C. (1880) Révolution. Black Cat presse: Edmonton, 2012

Kropotkine, P. (1892) Conquête du pain. Black Rose Books, 1990.

Noy, B. (2011) La communisation et ses mécontents: les luttes contestation, Critique et contemporain. Compositions minoritaires: New York

 

  • 1. Pour en savoir plus sur la compréhension de Cafiero de la nature communiste de la révolution anarchiste voir: « Dada, A. (1992)« théorie anarchiste communiste et de la stratégie et de l’écart anti-organisationnel: Les origines de l’anarchisme communiste », Comunismo Libertario, Anno 6 n ° 32 Avril 1992http://www.fdca.it/fdcaen/historical/vault/comorig.htm

 

 

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