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le blog du laboratoire anarchiste
Le 6 avril, à l’université de Paris Dauphine M. Masuda, ancien directeur à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique
(AIEA) devait parler de «la catastrophe nucléaire de Fukushima du 11 mars et ses suites». Une vingtaine d’individus
s’est invitée à la conférence, a lancé des œufs de peinture, insulté les participants, éclaté quelques boules puantes et laissé
une cinquantaine de tracts
A l’heure où un pays entier s’enfonce pour des dizaines d’années dans le
développement durable de la mort qu’engendre
nécessairement le nucléaire, ici, c’est dans l’ambiance studieuse et conquérante
d’une faculté de « pointe » qu’on vient
réduire le désastre à un nouveau défi à surmonter. Ainsi, le Centre Géopolitique de l’Energie et des Matières
Premières
(CGEMP), outil de propagande universitaire créé par un ministre pour justifier les choix énergétiques des
entreprises et de l’Etat français, nous fait la grâce d’inviter le grand spécialiste Tatsuo Masuda. Il vient parler
de la catastrophe nucléaire de Fukushima, du 11 mars et de ses suites.
Sans doute, l’expert en mal de fans aura-t-il dû revoir un peu sa copie. Il ne
pourra plus faire la même leçon. Il ne pourra plus comme c’était le cas juste avant vendre le modèle économique
nippon. Il ne pourraplus affirmer que le « Japon s’est développé comme la société au monde la plus efficace
énergétiquement ». Invitant même à tirer des enseignements de ses cours, il ne pourra plus
fièrement tenir un discours où le « Japon pourrait offrir un modèle pour le monde dans les efforts internationaux
pour minimiser l’impact
des activités humaines sur la planète à travers la mise en œuvre de politiques
énergétiques et environnementales ».
C’est certain, cette page-là est tournée. Mais Tatsuo a de la bouteille dans les
petits arrangements avec la vérité pour que les intérêts économiques des puissants demeurent inchangés. Il a
d’ailleurs une belle carrière de pourri en la matière. Prof qui vend son conseil à des boîtes comme JAPEX ou la
Japan Petroleum Exploration, il prend dugalon en multipliant les casquettes. D’un
côté, il bosse pour l’industrie mortifère du pétrole en étant vice-président de la Japan Oil Corporation (JNOC)
(début 2000), del’autre pour la recherche non moins mortifère à l’Asia Pacific
Energy Research
Center (APERC). Diplomate depuis 1972, il cherche aussi à occuper un rôle de conseiller du prince en matière de
pétrole et depolitique énergétique, s’assurant que ce monde continue son
entreprise d’empoisonnement
généralisé. Il est donc normal de le voir à un poste de directeur à l’Agence
Internationale de l’Energie Atomique
(AIEA) entre 1996 et 2001.
Pour les auditeurs qui sont venus l’écouter, son parcours est rassurant, il vient apporter du crédit à ses paroles.
Dans leur univers qui marche les pieds sur la tête, c’est même quelque chose de respectable. C’est sûrque quelqu’un qui a travaillé
pour l’AIEA est bien placé pour parler d’une catastrophe dont cet organisme
est en partie esponsable. N’est-ce pas cette institution qui a fait un
incessant travail de lobbying et de chantage depuis son existence en 1956
pour ’utilisation de l’énergie nucléaire concernant la
production d’électricité ? N’est-ce pas elle qui a toujours voulu cacher les
liensentre le civil et le militaire en faisant semblant de
s’opposer à la prolifération des armes nucléaires, alors qu’elle ne faisait
qu'avaliserle choix d’un petit nombre d’Etats de rester
maîtres en la matière ? N’est-ce pas elle qui refuse aujourd’hui de considérer comme
des armes atomiques les missiles à l’uranium
appauvri massivement utilisés en Irak et maintenant en Libye promettant des
désastres sur la santé des populations qui ont le
malheur de vivre là et ce, pour des générations et des générations ? N’est-ce
pas
elle qui a institutionnalisé le mensonge
concernant les conséquences de la radioactivité sur la santé, sujet dont elle a
réussi à obtenir le statut de « secret défense », faisant
des accords avec l’OMS, surveillant toutes les recherches en la matière, censurant
les conclusions des rapports, et quand ce n’est pas possible, niant les vérités les plus flagrantes ? N’est-ce pas elle qui a menti et ment toujours sur les retombées
de Tchernobyl en minimisant encore en 2001 ce massacre à 31 morts, 300 malades souffrant d’irradiation aiguë et 2000 cancers « évitables » de
la thyroïde chez l’enfant (1) ? N’est-ce pas elle qui fait passer sa mission pourune œuvre de pacification alors que la sûreté des
installations nucléaires comme l’après-catastrophe implique une gestion militaire ?
Mais si la grande AIEA, comme le ridicule Tatsuo sont bien obligés de revoir leurdiscours après la catastrophe de Fukujima, ni
l’une, ni l’autre ne remettront l’essentiel en cause. Après un Conseil des
gouverneurs le 21 mars à Vienne, Yukiya Amano, le directeur général de cette agence à la botte de l’ONU se contente de déclarer qu’il faut réexaminer « le cadre actuel de réponse auxsituations d’urgence », qui a été « dans les grandes lignes conçu suite au désastre de Tchernobyl en 1986, avant la révolution de
l’information ». Autrement dit, l’AIEA ne veut surtout pas prôner l’abandon de cette technologie, elle entend juste améliorer la
communication en cas de catastrophe. C’est la rançon du « progrès ». Tant pis pour les Japonais réduits à n’être que des bestiaux
gérés militairement, confinés, évacués, contraints à une vie en camp. Tant pis pour tout ceux qui sont en train de crever à petit feu et qui ont comme seule perspective d’obéir aux autorités sous peine de mourir encore plus vite.
Quant à Masuda, étant donné son pedigree chez les nababs du pétrole et de l’énergie,
ce n’est pas lui qui va dire un mot sur les
appétits dévorants du capitalisme dont la catastrophe de Fukushima n’est qu’une des conséquences.
Il n’y a rien de plus à attendre ici même dans ce temple de l’économie, où quasi
tous espèrent tirer leur épingle du jeu. Ils ne
peuvent que trop bien s’accommoder du jeu actuel. Tant qu’ils sont en haut, ils se fichent éperdument de tous ceux qui sont en
bas. Tant qu’ils peuvent éveiller ce qu’il leur reste de sensations dans une
consommation vide de sens, l’administration du
désastre peut continuer.
Dans ce cadre, il est donc complètement irrationnel de parler de liberté,
d’autonomie individuelle, de réciprocité, de tout ce dont
le nucléaire et son monde nous prive chaque jour un peu plus. La seule chose
raisonnable qu’il y ait à faire avec des pourris, c’est de les pourrir.
(1)
A. Gonzalès, représentant de l’AIEA à la conférence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Kiev en 2001, niant effrontément
qu’entre 600 et 800 000 liquidateurs ont lourdement payé de leur vie et de leur santé d’avoir dû faire disparaître les traces de la catastrophe, que
70 000 mineurs sont morts pour la plupart en plaçant des tuyaux de refroidissement sous la dalle du réacteur et que plus de 80% des enfants de la one naissent aujourd’hui avec des pathologies lourdes de cancers, de leucémies, de malformations…
mercredi 8 mai de 16h à 18h
lecture collective de la revue subversion
café théet biscuit
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