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le blog du laboratoire anarchiste

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 13:24

 

lu sur le réveil

Asile et migrants : l’impasse électoraliste

Les politiciens hurlent que la crise toque aux portes de l’Hélvétie ; ils en profitent pour ressortir la vieille image d’une Suisse comme un îlot au milieu de la tempête. Une forte attaque de la part des autorités et des partis politiques renforce cette construction idéologique qui se nourrit d’un imaginaire précis, de mots-clefs définis et de quelques figures caricaturales (l’étranger profiteur, le requérant d’asile dealeur, etc.).

Dans ce tableau, terrorisme médiatique, mystification pure et simple, flux économiques, tensions de classe et retours électoraux sont délibérément mélangés au point que la réalité se confond avec sa représentation.

Il ne sera pas question dans ces lignes de vouloir démystifier, à travers des chiffres ou des « faits », que la plupart des discours sur les étrangers ne relèvent que de la sottise et de la xénophobie mal cachée. Cet article veut donner un rapide tour d’horizon des tendances de l’évolution de la politique migratoire suisse dans le but de contribuer à un débat, parmi les ennemis des frontières, sur des possibles stratégies de lutte et de résistance.

 

Revision de la Lasi et de la Letr

Les perspectives législatives du durcissement de l’accès à la forteresse Suisse semblent se définir de plus en plus clairement ces derniers mois. Bien sûr, la répression des migrants au quotidien dépend d’autres facteurs – notamment le rapport de force qu’on instaure par les luttes – qui dépassent largement le Droit. Mais il s’agit ici de chercher quelques tendances générales du discours et des pratiques du pouvoir.
Le Conseil fédéral vient d’approuver « dans l’urgence » les énièmes mesures de restriction à l’obtention du droit d’asile. Les modalités de cette modification sont déjà révélatrices : la perspective alarmiste se pérennise et l’état d’exception devient ordinaire afin de réconforter le sauve-qui-peut général. Depuis le premier octobre 2012, les demandes d’asile ne peuvent plus être déposées dans les ambassades – ce qui va contribuer à augmenter les assauts aux frontières de Schengen et les morts dans les traversées – et la désertion ne sera plus considérée comme une raison pour accorder le statut de réfugié. Par ailleurs, est prévue la mise en place systématique de centres fermés pour requérants  »récalcitrants »[1]. Au croisement entre le disciplinaire et le pénal, ce nouveau dispositif d’enfermement a comme but explicite de distinguer les bons et les mauvais requérants ainsi que de fournir un nouvel outil de chantage aux matons et aux autres sbires qui s’occupent de gérer la vie des requérants au quotidien.
Une nouvelle révision de la Loi sur les étrangers (Letr) s’approche aussi,  un avant-projet a été proposé par le Département fédéral de justice et police (DFJP) en novembre 2011 et il est actuellement à l’examen du Conseil fédéral. L’esprit de ce remaniement est de renforcer le principe intimidateur sur lequel se base déjà la politique d’intégration suisse : le sinistre « encourager et exiger ».
La révision s’articule sur deux lignes de force. Premièrement, rendre encore plus fragile la condition des migrants. Les autorités pourront lier l’obtention et le renouvellement du permis de séjour au respect d’une « convention d’intégration », c’est à dire un grotesque contrat forcé dans lequel l’étranger s’engage à être un gentil immigré bien travailleur sous peine de se voir expulsé du pays. Deuxièmement, le durcissement à la fois des sanctions et des exigences en matière de soi-disant intégration (augmentation des exigences au niveau de la connaissance des langues nationales, restriction du regroupement familial, connaissance accrue de la « culture suisse », etc.).
Le rôle de tampon face aux variations conjoncturelles de l’économie étant largement assumé par les immigrés, précariser leur condition devient un enjeu crucial dans un moment de forte instabilité économique. L’isolement et le contrôle sont donc renforcés comme outils pour discipliner la force de travail immigrée.

 

De  l’indignation citoyenne

Force est de constater, d’une part, que les milieux institutionnels de défense des sans-papiers semblent s’enfoncer davantage dans les contradictions inévitables qui les caractérisent. En effet l’intégration telle qu’elle est de plus en plus imposée par les autorités ne laisse aucune place à la prise en main de nos vies et devient définitivement inconciliable avec une quelconque autonomie des gens.
D’autre part, leur manque de repères est total face à des autorités qui ont décidé de déclarer franchement la guerre aux migrant-e-s et qui refusent de faire même semblant de vouloir négocier quoi que ce soit.
L’impasse à laquelle mène ce genre de tactiques s’est manifestée par un énième referendum au sujet de la révision de la LASI qui a été accompagné d’une ironie du sort emblématique : le 28 décembre 2012, au même moment où le comité référendaire fêtait l’aboutissement du referendum sur les mesures extraordinaires dont il est question plus haut, le Conseil fédéral approuvait un nouveau tournant de durcissements à la LASI.
Mais la déprimante boucle durcissement-referendum-échec est-elle vraiment le seul champ des luttes à venir ?
Pour dépasser cette stratégie perdante, il faut d’abord faire un constat : la perspective électoraliste et réformiste est un échec.
 « Vous manquez de pragmatisme » nous rétorquent à grande voix les droit-de-l’hommistes. Il faut dire que nous y ajoutons la mauvaise habitude de juger nos tactiques d’aujourd’hui en tirant des leçons de ce qui s’est passé hier. Même en laissant de côté le fait qu’il soit humiliant et mortifiant de demander à l’État – principal responsable de notre misère quotidienne – de gentiment diminuer un peu sa répression, il faut être myopes ou de mauvaise foi pour ne pas voir que les référendums passés n’ont été qu’un outil pour dresser à la sauce démocratique des mesures dégueulasses.
Quant à la drôle de perspective qui consisterait à voir ces moments électoraux comme des moyens pour imposer des débats publics sur l’asile (de quel débat parle-t-on?!), il nous semble que quoi qu’il en soit le match se déroule sur leur terrain pourri et on ne pourra qu’en sortir perdants.

 

Quelques pistes pour la lutte : changer nos discours…


Tenter de construire des pratiques et une dialectique « autre » qui diffèrent tant de l’agaçant discours citoyenniste que du racisme décomplexé de la droite nous semble toujours plus nécessaire.
Commençons par quelques propositions pour pouvoir recommencer à raisonner ensemble.
D’abord laissons de côté l’indignation bien-pensante contre des mesures bêtes et méchantes, cessons de faire appel aux lois et aux consciences de la « société civile », arrêtons d’invoquer un passé mythique de la Suisse comme terre des droits de l’Homme : la violence d’État contre les migrants n’est pas une aberration exceptionnelle mais le fonctionnement nécessaire d’un système basé sur l’exclusion. Les contrôles au faciès, les renvois forcés, la détention administrative sont le corollaire inévitable de l’exploitation capitaliste.
Essayons de réinventer notre manière de communiquer autour des migrants et des frontières. La pratique funambulesque d’une grande partie des militants qui prétend défendre les migrants en utilisant les catégories fétiches du pouvoir (père de famille, travailleur, rescapé etc.) est affligeante et dangereuse. Ces militants considèrent qu’en utilisant ces catégories il est possible de mettre à nu des prétendues contradictions dans la politique migratoire suisse. Mais là où ils voient un dysfonctionnement de l’Etat, nous ne voyons que l’insupportable cohérence de la machine à expulser.
Cette manière de militer, à notre avis perdante, se base sur des divisions que nous reproduisons immanquablement et qu’il faut faire exploser, y compris dans nos luttes. 
Premièrement, on distingue souvent bon et mauvais immigré, bon et mauvais requérant. En mettant en valeur « l’exemplarité »  du parcours d’insertion/assimilation de certains migrants, nous individualisons les rapports des gens face à leur expérience de migration – alors que les contraintes sont systémiques – et nous renforçons la division sur laquelle se base le système des renvois forcés. N’importe qui entrant en contact avec des étrangers – non pas dans un cadre d’assistanat qui pousse souvent au mensonge mais d’échange horizontal – sait très bien que les parcours migratoires sont bien plus complexes que les images édulcorées proposées par telle ou telle pétition en faveur de X ou de Y : le bon ouvrier a été aussi dealer, la mère de famille a menti à son arrivée en Suisse, l’étudiant s’est engagé à quitter la Confédération mais il ne l’a jamais fait, etc. Un premier pas pourrait être d’éviter les apologies du salariat si chères à la gauche : autrement dit, refuser de prôner l’idée que l’immigré achèterait son droit de rester s’il sait baisser la tête face aux boulots de merde que lui offre le sacro-saint «marché du travail».
Une autre division fonctionnelle pour le système est celle entre migrants (à protéger) et militants (avec leur devoir moral de défendre les faibles). Seul le jour où nous arrêterons de nous considérer comme des chevaliers de la justice, séparés de nos compagnons de lutte, nous pourrons ouvrir les yeux sur les complicités potentielles qui dérivent de notre condition commune d’exploités. Il ne s’agit pas de nier les différences dans l’intensité et la violence de la répression (un requérant débouté ne subit jamais le même contrôle d’identité qu’un suisse de classe moyenne) mais de reconnaître que nous nous trouvons tous du même côté de la barricade.

 

…regarder autour de nous pour trouver des complices…

Le maillage de plus en plus fin du filet sécuritaire dans nos villes est un premier carrefour où se retrouver entre migrants et ennemis des frontières. Non pas par charité et dévotion mais par convergence d’intérêts matériels. Bien sûr, dans la lutte contre la machine à expulser, il y a quelque chose qui nous prend les tripes et qui va bien au delà de nos simples intérêts, mais la disparition des frontières et des papiers arrangerait bien du monde.
La mise en place d’une police des transports (armée) pour punir la resquille à Genève (et rafler directement les sans-papiers en passant), les descentes massives de flics lausannois à la Riponne et à la place Chaudron[2] ainsi que les caméras de surveillance sont autant de points de contact potentiels et riches en complicité. Car la répression et le fichage de la population migrante ne sont qu’un laboratoire  de la surveillance de tous les « citoyens ».
Quand le commandant de la police jurassienne Olivier Guéniat (le policier démocratique chouchou de la gauche) propose le fichage systématique de l’ADN de tous les requérants, il ne cache pas les intentions réelles de sa démarche : « Il faut démystifier et dépolitiser le profil ADN. Ce n’est qu’une série de chiffres dans une base de données quelque part à Zurich (…) »[3]
Les illégalismes, petits et grands, qui traversent nos vies sont un autre point de contact. La débrouille n’est pas une honte, mais la réaction la plus naturelle pour survivre dans ce monde pourri. Se démerder au quotidien n’est pas un délit. Dire plus souvent que voir l’opulence du monde derrière des vitrines nous donne, à nous aussi, l’envie d’attraper ce qui il y a derrière.

La répression de tous les flux non productifs dans l’espace public et la punition de n’importe quel comportement qui s’oppose à la dictature marchande dans les rues provoquent inévitablement des tensions. Or, celles-ci sont reléguées au faits divers ou au mieux à un problème social. Comment jouer sur ce terrain de lutte pour essayer de cristalliser et exacerber ces tensions ? Comment créer des liens durables entre des gens qui vivent des situations aussi diverses ?

 

… et détecter nos ennemis

La question est : comment riposter à l’attaque matérielle et symbolique de la police et des autorités ?
Alors que nos adversaires jouent sur le double plan du marketing (avec la construction idéologique d’une image dorée de la police) et de l’invisibilisation de la répression (et aussi de la résistance que parfois on lui oppose, comme lors de la descente des flics à la place Chaudron), quelle réponse pouvons-nous essayer de construire ensemble au niveau de l’imaginaire collectif ?
Il vaut la peine de s’arrêter un moment sur les évolutions de la stratégie médiatique de la police car celle-ci influence directement la répression que les migrants – et tous les indésirables – subissent. Depuis quelques années, les forces de l’ordre portent une attention toute particulière à leur image notamment dans les médias. Les redoutables et éléphantesque services de communication des différentes polices cantonales – dont les bulletins journaliers font la joie des touches crtl-c et crtl-v des journalistes romands – choisissent avec soin sur quels sujets communiquer et comment, dans le but de mettre en valeur l’efficience de la police et la collaboration flic-citoyen. Bref, ils contribuent à la création d’une représentation des tensions de rue qui devient de facto la réalité, toute partielle, régulièrement relayée par la presse de droite et de gauche.
Cette stratégie de communication s’articule, bien évidemment, sur d’autres niveaux bien plus grossiers. A Genève, on retrouve la police animant un faux tribunal pour condamner des dealeurs imaginaires lors de la Cité des Métiers, à l’université informant les étudiants des possibilités de carrière lors du forum Uni-Emploi ou dans les collèges pour donner une bonne image des agents. Le nœud du médiatique et de l’imaginaire collectif est un terrain de lutte que nous ne pouvons plus esquiver. Dans ce sens, la ZAD[4] nous donne des pistes sur comment il est possible de ne pas fuir la médiatisation mais de l’affronter à bras-le-corps en se donnant les moyens de construire une « machine de guerre » qui, sur ce plan aussi, sache répondre au feu incessant de nos adversaires. Quand, où et comment restent, bien sûr, des questions ouvertes, mais qu’il est urgent de mettre à l’ordre du jour.
Une autre piste à explorer concerne la matérialité des dispositifs pour la gestion des flux migratoires. La machine à expulsion a des rouages bien réels avec des failles inévitables. Les chantiers pénitentiaires qui vont s’ouvrir ces prochaines années (il est notamment prévu l’élargissement du centre de rétention de Frambois sous peu et la création de 218 places de détention administrative d’ici 2021 rien qu’à Genève) réclament une discussion sérieuse sur comment faire face à l’intensification et à l’extension de la répression par le biais des dispositifs d’enferment (Val de Suse docet, tout chantier peut s’arrêter[5]). Le nombre de vols spéciaux au départ de Genève-Cointrin vont aussi augmenter ces prochains mois, Genève ayant récemment déclaré qu’elle allait « soulager » Zurich dans cette tâche infâme.[6] En outre, bien que les dispositifs de gestion des flux sont bel et bien matériels, ils demeurent souvent invisibles. Quels sont les appuis logistiques dont on se sert lors des renvois forcés ? Quelle entreprise sert les repas à Frambois ? Quelles compagnies aériennes effectuent les renvois forcés ? Autant de cibles à « sanctionner » dans des formes qui pourraient aller de l’action symbolique au pavé dans la vitrine…

Janvier 2013 -  lereveil.ch

Télécharger la version imprimable –> ASILE ET MIGRANTS_web


[1] A vrai dire des centres pour requérants récalcitrants existent déjà depuis plusieurs années. Nous pouvons prendre l’exemple de Landquart (Grisons)  qui a reçu récemment la visite du conseiller d’Etat Philippe Leuba (Vaud) qui en serait revenu « enthousiaste », d’après la presse.

[2] En septembre et novembre 2012 la police de Lausanne a effectué des contrôles massifs et très médiatisées respectivement à la Riponne et à la place Chaudron. Une centaine de policiers ont envahi la rue pour contrôler des prétendus « dealeurs » et créer une sorte de prison à ciel ouvert pendant quelques heures.

[3]  http://www.lematin.ch/suisse/Il-nous-faut-le-profil-ADN-de-tous-les-requerants/story/18097224

[4] Sur la ZAD (Zone à Défendre) des camarades s’opposent à la construction d’un aéroport à Notre Dame des landes à quelques kilometres de Nantes depuis plusieurs années. Un groupe d’auto-média très actif anime une radio d’information sur la zone (radio klakson). Le site zad.nadir.org relaye quotidiennement des informations sur la lutte contre l’aéroport et sert de base de coordination.

[5] Au Val de Suse (à proximité de Turin) les NO-TAV s’opposent à la construction de la ligne TGV Lyon-Turin. La résistance s’articule autour de grandes initiatives pour contester le chantier et de sabotages diffusés.

[6]   http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/19423254

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