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le blog du laboratoire anarchiste

traduction par une camarade du collectif le laboratoire d'un article du journal 

la Républica du 23 juin 2012, aujourd'hui Luca Abà est revenu dans la vallée.

Ami lectrices et lecteurs faites circuler ce texte qui contredie de nombreuses versions fantasmagoriques.

Voici comment s´est passé ce jour sur le pylone.

L´activiste No Tav raconte les étapes précédent l´incident, Il explique pourquoi il est monté sur le pylone électrique, défiant ainsi la tension électrique, et qu´est-ce qui s´est passé:" Personne n´a donné l´ordre de me suivre sur le pylone. Moi anarchiste? Je n´aime pas les étiquettes, j´en ai trop."

Tout commence par un téléphone qui sonne dans la nuit, ce lundi presque fatal: "On m´informe de l´évacuation commencé à la Clarea", raconte Luca Abbà, destiné ce jour à une célébrité dont il se serait bien passé. Quelque fois il tremble et ses yeux rougissent en repensant au brouillard qu´il a à peine traversé. 

Après un coma profond et 109 jours d'hospitalisation, il montre les signes d'úne commotion cérébrale, l´apparence de qui est revenu à la vie et en est reconnaissant. Il offre une bouteille de nebbiolo et dépasse l´impasse. 37 ans, militant convaincu mais militant par hasard du mouvement contre le Tav, il a accepté de raconter la matinée  durant laquelle une chute de 10 m., dans le lieu où maintenant apparait le chantier du tunnel qui servira au Tav, a changé sa vie.

"Vous n´allez pas essayer de me faire passer pour un symbole ou porte-parole, n´est-ce pas?"
Mais non... On sait bien que les mouvements qui ont un porte-parole perdent à la fin...
"Hum... Bien sûr". Il rit et poursuit son histoire: "Je cours à travers les bois, parce que je sais que les routes sont controllées. J´arrive peu après huit heures: un océan de policiers, de terrassiers, de personnes qui s'échinent à monter des enceintes, et les 12-15 compagnons qui dormaient dans le chalet, en état d'arrestation . Personne ne me remarque, mais je dois décider en quelques secondes: si on me voit, je finis comme les autres. Je voies le pylone, peut-être puis-je crér un peu de difficultés."


Il y avait de la violence dans l´air?
"Je ne dirais pas, il y avait une sensation d´urgence, ils donnaient l´impression de vouloir conclure quelque chose au plus vite. Et en effet, il ne s´est pas passé plus de deux ou trois minutes après que j´ai escaladé le pylone- j´avais pris le téléphone pour appeler Radio Black Out - que quelqu´un escaladait le pylone sous moi."

Un agent?
"il avait le béret bleu, mais il n´était pas en uniforme. Il ressemblait à un varapeur( champion d'escalade) en tenue sportive. Sans rien pour se protéger."

Ils vous avaient demandé de descendre?
"Non, tout est allé très vite. Il n´y a pas eu d´approche ou de pourparler. Il est parti seul. J´ai eu l´impression que c´était son initiative, presque instinctive."

Pour résumer, les ordres ne sont pas arrivés d´en haut.
"Exact."

Et ensuite?
"J´ai eu peur et je suis monté jusqu´en haut, où il y a les fils. Je me rappelle bien de ne pas les avoir touchés, et en fait je suis vivant, mais ils m´ont expliqué qu´un corps vivant, plein d´eau, attire le courant. je suis finis dans le champ électrique. J´ai pris une décharge électrique et j´ai volé."

Avez-vous été secourru?
"Oui, je l´ai vu dans les films. Il y a un agent, peut-être le même qui est monté, qui essaye de me prendre dans ses bras. Mais ce qui m´impressionne est que les travaux ne se sont pas arrêtés, même pas un instant. Moi, je suis là, étendu à terrre, et autour de moi on finit rapidement d´étendre le réseau de barbelé."

Une erreur qui ne s´est pas répétée le dimanche suivant, quand est monté Turi Vaccaro.
"La logique de la sécurité a prévalu: ils ont enlevé le courant électrique et mis des matelas anti-chûte. Je souhaite préciser que Turi a pu monter parce que le pylone est en dehors de la zone "d´intérêt national du chantier".

Ce n´est pas nouveau pour vous d´agir spectaculairement: en 2005, vous aviez essayé d´arrêter les buldozers en vous aggrippant aux grilles du campement qui était démantelé...
(rires) "Oui, je me rappelle la peur, les cailloux et la terre qui roulaient sous mes pieds. Mais je ne cherche pas les émotions fortes: ce sont des gestes qui naissent d´une volonté qui a cru en même temps que ce mouvement, et qui font partie de la gratitude que j´éprouve pour les joies que ce mouvement m´a apportées. Ce qui compte ce ne sont  pas les manifestations, mais ce que vous ne racontez presque jamais: la petite vieille qui sort avec un café ou qui cuisine ou qui nous apporte les gants de son fils ouvrier, les retraités qui distribuent des tracts ou les garcons qui vont le matin à l´usine et passent la nuit dans leur voiture pour faire les guetteurs en cas d´attaques improvisées...".

Comment êtes-vous entrés dans ce mouvement?
"J´ai vécu 23 ans à Turin. J´ai participé aux mouvements étudiants. Puis, en 1999, j´ai réalisé le rêve de retourner sur la terre familiale, là-haut, dans la vallée. A Turin, j´avais connu Sole et Baleno (les jeunes anarchistes poussés au suicide en 1998 par des accusations qui se sont démontrées inconsistantes, ndr.) et j´étais au courant de la lutte contre le Tav".

Le retour à la terre a été difficile?
"Disons que cela a été une évolution, non sans fatigue. Mais déjà adolescent je savais que je serais rentré. Je m´occupais des chataîgnes et de la vigne de mon grand-père, je cultivais les courges et peu à peu je me suis convaincu que je pouvais vivre de cette activité. Je pouvais faire coincider mes convinctions avec la vie pratique de tous les jours. Je respecte la terre; cela me semble un moyen de rester conhérent, malgré tous les compromis du quotidien".

Vous considérez-vous un anarchiste?

"Je n´aime pas les étiquettes; j´en ai trop eu récemment. J´essaye de m´opposer à un monde de consommation (utilise et jette), à un modèle de consommation démesurée qui finit par dévorer les vies et les dignités des personnes. C´est quelque chose qui va au-delá d´un simple train.

Avez-vous quelque chose à dire au mouvement?
"Je n´en ai pas le titre. Je peux seulement exprimer une espérance: que nous réussissions à mettre en pratique toutes les belles choses que nous nous sommes dites ces dernières années, dans les forums et dans les discussions autour des bivouacs, sur les changements dans la vie pratique de chacun. Je voudrais que nous trouvions le courage de vaincre la routine. Je croies que cela serve peu de parler d´autres mondes possibles sans se débarasser des automatismes que ce monde nous impose déjà. Peut-être peut-on dire qu´il est déjà possible de vivre différemment, même si ce n´est pas encore permis."


23 juin 2012

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