le blog du laboratoire anarchiste
Le Laboratoire anarchiste ni centre social, ni think thang,
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le blog du laboratoire anarchiste
lu sur le site du blog le réveil
L’expérience a démontré que l’on ne peut obtenir aucune concession efficace des autorités par la voie des négociations ; elles n’ont de compréhension que pour les intérêts des possédants, elles ménagent les accapareurs et les spéculateurs et refusent leur protection au peuple travailleur. Il faut que le peuple s’aide lui-même s’il ne veut pas à l’avenir être livré sans défense aux riches et aux puissants. (tiré de Le mouvement ouvrier suisse, documents de 1800 à nos jours, p. 186)
Propagande des anarchistes zurichois en faveur de la grève générale
[ ... ] La grève, à ses origines, était une chose inhabituelle pour le patron, quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre, qui le prenait de court, quelque chose aussi contre quoi il ne savait donc pas se protéger [ ... ].
D’autre part, la lutte était alors dirigée contre un patronat qui était fondamentalement différent de celui d’aujourd’hui. Le grand capital n’était pas encore développé dans la mesure où il l’est aujourd’hui. Les petits patrons eux-mêmes dépendaient du travail de leurs employés pour pouvoir vivre. Lorsque les travailleurs se mettaient en grève, le patron était contraint par la faim à céder, il avait besoin que ses ouvriers travaillent pour l’entretenir. Aujourd’hui, il en va tout autrement ; le grand capital est bien plus développé. Le phénomène du patron qui doit s’incliner pour pouvoir vivre lui-même a disparu. Le patron sait très bien que la faim est aussi pour les ouvriers une limite matérielle. [ ... ]
Il faut savoir que la concentration du capital - qui rend le combat "bourse des travailleurs contre bourse du patronat" impossible - ne se limite pas seulement aux cartels et aux trusts à l’intérieur d’une profession, mais que le même petit groupe de capitalistes englobe les groupes professionnels les plus divers dans un centre de production (par ex. Krupp-Essen ; Seiler-Dessau ; Krauer-Francfort ; Esders-Vienne, etc.) ; de la sorte, il importe de moins en moins au capitaliste qu’un groupe professionnel isolé fasse grève ou non ; son revenu ne s’en trouve pas notablement diminué. [ ... ]
Un autre élément qui fait obstacle à la lutte pacifique, quand elle ne la rend pas complètement impossible, c’est l’organisation du patronat, qui gagne de plus en plus de terrain.
Auparavant, il n’y avait pas moyen d’obtenir d’un patron qu’il fournisse du travail de grève à son concurrent ; chacun se félicitait des difficultés de son rival, souhaitant qu’il ait de plus fortes dépenses salariales et qu’ainsi sa capacité concurrentielle en soit diminuée. Cette tactique ne servait que les intérêts des concurrents respectifs, aussi longtemps qu’il s’agissait seulement d’une lutte salariale contre un seul patron ou contre un patronat local ; aussi longtemps donc qu’il ne pouvait être question d’une revendication salariale vraiment générale.
Mais au moment où la lutte pour les salaires entre dans le cadre d’un contrat de travail collectif, au moment où les actions devinrent toujours plus collectives et eurent pour but un contrat de travail unitaire, à l’exemple des travailleurs de l’imprimerie, à ce moment-là, la solidarité des intérêts de la classe ouvrière devait déterminer par réaction la solidarité du patronat. [ ... ]
De cette manière - par la fourniture réciproque de travail de grève, etc. -, tous les patrons ont fait leur la lutte de patrons isolés. Ils ont par là-même enlevé à la lutte son caractère local, individuel. Mais s’il en est ainsi, les patrons ont eux-mêmes marqué les luttes salariales du sceau de l’universalité. Cela doit avoir comme conséquence nécessaire que la lutte ouvrière ne peut pas non plus se limiter à des patrons isolés, dès lors, les autres patrons travaillent pour eux et les soutiennent matériellement. Dans la plupart des cas, il n’est pas possible de contrôler où est fait le travail de grève. Il ne reste donc pas d’autre moyen que de répondre à la coalition des patrons par la coalition des travailleurs, qui nous mène - sans que nous y soyons pour rien, indépendamment de notre volonté, poussés par les circonstances - à la grève générale.
Weckruf (Le Réveil), No 6, mars 1905.
Contre la grève générale
Dans son discours du 1 er mai 1903, à Zurich, Greulich s’oppose au principe de la grève générale. Ses conceptions correspondent à celles de la majorité de l’USS qui, en 1906, s’opposera à l’’’action directe" et, en 1913, à la grève générale révolutionnaire. Le PSS fera de même à son congrès d’Aarau, en 1913.
[ ... ] Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de la grève générale. Sur ce sujet, je demeure sans passion et je peux en parler tranquillement. Quand la grève générale peut-elle servir à quelque chose ? Dans ses statuts, l’USS stipule qu’on ne peut entrer en grève si deux tiers des ouvriers ne sont pas organisés et si 90% de ceux-ci ne se sont pas prononcés, au scrutin secret, en faveur de la grève. Quant aux inorganisés, il faut que la moitié, au minimum, vote pour la grève. On a prévu ces stipulations parce que l’on sait qu’une grève échouera inévitablement si la grande majorité des travailleurs n’est pas organisée. On voit d’abord arriver nos copains, les briseurs de grève, puis quand on veut leur tirer l’oreille, arrivent d’autres copains, les flics, qui viennent nous en empêcher. C’est pourquoi il y a des organisations syndicales qui ont des stipulations encore plus strictes que l’USS, en ce qui concerne les grèves.
Eh bien ! si de telles stipulations sont nécessaires pour de simples grèves, combien plus pour une grève générale ? Une grève générale qui est déclenchée là où les travailleurs ne sont organisés que dans une petite proportion - et c’est aujourd’hui malheureusement encore le cas presque partout - doit par conséquent aller rapidement à l’échec. Par cela, ce ne sont pas seulement d’innombrables existences qui sont frappées, mais c’est toute l’organisation qui est affaiblie. Mais exiger qu’une grève générale ne puisse être déclenchée que si deux tiers de la totalité des ouvriers sont organisés, cela signifie ajourner la grève générale à une époque très lointaine.
Mais il y a mieux : si deux tiers de tous les ouvriers sont organisés, nous n’avons plus besoin d’une grève générale, car nous pouvons atteindre tout ce que nous voulons sans grève générale. La conception selon laquelle la société capitaliste pourrait être renversée par la grève générale est très enfantine. La société capitaliste est encore si solide et a tant de pouvoirs que l’on ne peut pas avoir prise sur elle par une grève générale.
Volksrecht, 3 mai 1903.
La Paix du Travail du 19 juillet 1937.
Dans le but de maintenir la paix sociale en faveur de tous ceux qui sont intéressés à l’existence et à l’essor de l’industrie suisse des machines et des métaux, l’Association patronale suisse des constructeurs de machines et industriels en métallurgie, l’Union des industriels en métallurgie du Canton de Genève, d’une part et les organisations ouvrières suivantes, à savoir : la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers, la Fédération chrétienne des ouvriers sur métaux de la Suisse, l’Association suisse des ouvriers et employés évangéliques, l’Union suisse des syndicats autonomes et le Syndicat autonome du canton de Soleure, d’autre part, conviennent d’élucider réciproquement, selon les règles de la bonne foi, les principaux différends et les conflits éventuels, de chercher à résoudre ces derniers sur la base des dispositions de la présente convention et d’observer pendant toute sa durée une paix intégrale.
En foi de quoi, toute mesure de combat, telle que la mise à l’interdit, la grève ou le lockout, est réputée exclue, même à l’égard de tous autres différends éventuels relatifs aux conditions de travail non spécifiées dans la présente convention. [ ... ]
Pionniers suisses de l’économie et de la technique 7. La Convention de Paix... Conrad Ilg - Ernest Dübi, Zurich, 1966, p. 17 et suivantes.
Genève 1970 : succès d’une grève de saisonniers espagnols
En 1970, des grèves spontanées de travailleurs étrangers éclatèrent en divers endroits, avant tout au Tessin et en Suisse romande. Elles étaient l’expression de l’insatisfaction due au non-respect, de la part des employeurs, des conventions conclues, ainsi qu’aux mauvaises conditions de travail et de logement.
Du 7 au 11 avril, 200 ouvriers de l’entreprise du bâtiment Murer S.A. se sont mis en grève pour faire valoir leurs droits. Arrivés en Suisse depuis un mois, ils se trouvaient dans des conditions de vie et de travail absolument révoltantes : certains d’entre eux logeaient à 7 dans une chambre de 5 mètres sur 5, se lavaient dans la cahute des latrines ou ne disposaient que de deux douches pour 80 personnes. D’autres étaient obligés à midi de déjeuner sur le chantier, dehors, sous la pluie et par terre. Ces abus ne sont guère étonnants lorsqu’on sait qu’il n’y a qu’un seul fonctionnaire pour exercer un contrôle sur les conditions de logement de 10.000 saisonniers.
En signe de protestation, un premier débrayage eut lieu le 25 mars, à la suite de quoi les syndicats s’engagèrent à intervenir. Mais c’étaient là des promesses sans lendemain ; aussi la grève reprit-elle 15 jours plus tard. Les travailleurs élirent un comité de grève composé d’ouvriers et de quelques représentants de l’extrême-gauche genevoise.
Dans leurs revendications, les travailleurs exigeaient essentiellement :
le respect du contrat de travail qu’ils ont signé en Espagne, selon lequel le salaire minimum qu’ils reçoivent à l’arrivée
doit augmenter au bout de 15 jours pour atteindre le salaire moyen de l’entreprise (ce qui n’était pas le cas puisqu’après plus d’un mois, beaucoup d’entre eux étaient encore payés au-dessous du
tarif minimum) ;
l’amélioration de leurs conditions de logement ;
une indemnisation décente pour le temps qu’ils perdent dans les transports entre les baraques qui leur sont assignées et
leur lieu de travail. (Certains ouvriers logés à Etoy ou à Rolle devaient se lever à 5h pour aller travailler à 7h et n’étaient de retour qu’à 19h30. Ces heures n’étaient pas comptées dans les
heures de travail et on leur allouait royalement frs 2,50 par jour ! )
Dès le premier jour de grève, une rencontre eut lieu entre les représentants du patronat et ceux des syndicats FOBB et FCBB. Il est significatif de la politique collaborationniste de ces derniers qu’ils aient accepté de signer un communiqué dans lequel l’"attitude" des travailleurs était sévèrement condamnée. "Ces ouvriers n’ont en effet pas suivi la procédure prévue par la convention collective, qui préserve avant tout la paix du travail, pour demander le règlement de quelques problèmes. De tels incidents ne devraient plus se produire et le travail devrait reprendre normalement. Si tel ne devait pas être le cas, les parties contractantes - la Société suisse des entrepreneurs, la FOBB et la FCBB - prendraient toute décision au mieux des intérêts communs et du respect de la convention" (Feuille d’Avis de Lausanne du 8 avril 1970).
Notons que la presse romande a commencé par faire un silence complet sur les événements, pour ensuite faire paraître quelques articles d’information. Dans les uns, le commentateur prenait ouvertement parti contre les grévistes (Tribune de Genève du 9.4.70 et Tribune de Lausanne du 10.4.70). Dans les autres l’accent mis sur le côté humanitaire du problème évitait à l’auteur de se poser trop de questions sur le plan politique.
Comme la grève continuait le mercredi, la direction de la Murer S.A. n’hésita pas à faire pression sur les grévistes en leur envoyant à chacun une lettre où il était notifié à tous ceux qui n’auraient pas repris le travail lundi 13 avril à 17h qu’ils seraient licenciés. En d’autres termes, c’était leur signifier leur expulsion immédiate de Suisse, puisque, pour un saisonnier, l’obtention du permis de séjour est liée à celle du contrat de travail.
On ne s’étonnera pas de l’attitude de cette entreprise, lorsqu’on sait qu’elle prévoyait d’envoyer un contingent d’ouvriers travailler à Uri sans même les avoir prévenus, marquant bien par là qu’elle les considère comme du bétail et dispose de son "cheptel" au mieux de ses intérêts.
Le jeudi soir, appuyés par les groupes d’extrême-gauche, le comité de grève et les ouvriers réunis en assemblée décidaient de poursuivre la grève et d’appeler les travailleurs à une manifestation publique pour le samedi après-midi. Cette résolution eut pour conséquence de modifier la position des syndicats qui sentirent probablement qu’ils allaient perdre la face s’ils restaient sur leurs positions.
Aussi, après de longues discussions le vendredi après-midi, les représentants syndicaux et patronaux signèrent-ils un procès-verbal qui faisait droit aux revendications des grévistes, tant en ce qui concerne le respect du contrat de travail (augmentation de salaire avec effet rétroactif) qu’en ce qui concerne le logement ou les indemnités de déplacement (frs 10.- par jour avec effet rétroactif).
De plus, les travailleurs obtenaient l’assurance écrite qu’aucune représaille ne serait exercée contre les grévistes, ainsi que la possibilité de former une commission ouvrière. Etant donné les conditions dans lesquelles celle-ci est née, on peut espérer qu’il existe les garanties nécessaires pour qu’elle fonctionne comme une véritable commission à la base, sans être manipulée par les bureaucrates syndicaux.
Les grévistes ont donc obtenu en trois jours de grève ce que les syndicats n’auraient pu obtenir par des négociations autour de la table.
Enfin, la manifestation de samedi a eu lieu : elle a réuni environ 4.000 personnes qui se sont solidarisées avec les grévistes. Le fait que 200 ouvriers en grève aient pu faire descendre 4.000 personnes dans la rue prouve que la politique syndicale n’a pas l’approbation de la base et qu’il existe en Suisse des possibilités de mobilisation bien plus grandes qu’on ne le pensait jusqu’ici.
Face à la manœuvre concertée des tentatives d’intimidation patronales et des provocations policières, face à la volonté de la direction syndicale de "sacrifier" les grévistes au nom de la "paix sociale", la victoire des travailleurs de Murer acquiert une portée et une signification exemplaires. Contre la surexploitation dans les chantiers et les baraques, les travailleurs saisonniers ont montré que ce n’est pas la "concertation" syndicale qui paie, mais le combat organisé par les saisonniers eux-mêmes.
C’est cette "leçon" qui fait que la valeur de leur lutte dépasse le cadre sectoriel : les manifestations immédiates de solidarité de la part de nombreux travailleurs de la région (Ateliers des Charmilles, Hispano-Suiza) en témoignent. En effet, réaffirmer la validité de la grève dans un pays où règne la "paix du travail", signifie montrer concrètement quel est le vrai chemin à suivre pour que la classe ouvrière retrouve les conditions nécessaires de son émancipation, l’autonomie et l’unité.
La Brèche, organe de la Ligue marxiste révo1utionnaire, 24 avril 1970.
Tous ces textes sont tirés de GROUPE DE TRAVAIL POUR L’HISTOIRE DU MOUVEMENT OUVRIER ZURICH, Le mouvement ouvrier suisse, document de 1800 à nos jours, Éditions Adversaires, Genève, 1975.
Pour plus d’information, la brochure Autour du syndicalisme, reprend entre autres ces textes et est disponible à l’Infokiosque.
Mardi 18 juin à 19h
Repas de solidarité
aux compagnon-e-s italien-e-s emprisonnée-s
pour le G8 Gênes 2001
pour "dévastation et saccage"
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