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Jean Pierre Garnier a écrit le nouvel ordre local , nous donnons quelque points qu'il a déjà développé dans in long article dans le journal nopasaran pour essayer de prendre du recul sur cette ignominie de condamner des personnes à des peines de prisons sur la délation.
Le "nouvel ennemi intérieur" ce n’est pas seulement une figure. Ce n’est pas pour rien qu’a été créé en 1989 par la Gauche, par le Ministre de l’intérieur d’alors Pierre Joxe, un Institut des Hautes Etudes sur la Sécurié Intérieure, une structure assez légère qui regroupe des gradés de la police et de la gendarmerie, des gens de l’appareil judiciaire. Il est destiné non seulement à former le personnel répressif aux nouvelles techniques de surveillance et de contrôle, de répression et d’intervention mais également à former des élus locaux, des universitaires qui peuvent être à la fois élèves et intervenants. Ils n’aiment pas dire "ennemi intérieur" parce que c’est une expression utilisée par Raymond Marcellin, Ministre de l’Intérieur en 68. Aujourd’hui ce sont les "sauvageons" de Chevènement, des produits du capitalisme sauvage qui a des ennemis à son image. L’essentiel de l’activité de l’Institut des Hautes Etudes sur la Sécurité Intérieure qui est calqué sur l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (contre l’ennemi extérieur), vise les populations susceptibles de se rebeller contre l’ordre établi. Il y a déjà eu plusieurs promotions formées aux différentes techniques. Un exemple, il y a eu un enseignement dont l’objet était "comment après une bavure policière dissuader les jeunes de se révolter". On vous expliquait dans le cours qu’il fallait immédiatement qu’un responsable de la police locale, un élu local et quelques travailleurs sociaux se précipitent au domicile des parents de la victime de la bavure -parce qu’en général c’est un jeune- pour inciter les parents à appeler la population au calme et à créer des défouloirs du genre manifestation pacifique de protestation. Et ça marche. A chaque fois que vous voyez dans un journal "Les parents ont appelé au calme la population", c’est que ça a marché. On apprend ces techniques de gestion de "l’après bavure". Et des tas de choses : on apprend à des gardiens le soir à être flic, à "comment détecter des attitudes suspectes", faut voir les cours. Ça c’est un apport de la Gauche. On a redécoupé la répartition des territoires entre la gendarmerie et la police. Le problème c’est qu’aujourd’hui il y a un certain nombre de délinquants urbains qui font des virées dans les zones rurales. Et comme depuis une vingtaine d’années la limite entre le rural et l’urbain tend à s’estomper les répartitions entre gendarmerie et police, doivent être revues en fonction de la carte de la délinquance.
ce que sont les Contrats Locaux de Sécurité
Le contrat local de sécurité lancé en 1997, a été préfiguré par le maire de Vaulx-en-Velin, Maurice Charrier, encore un pionnier, un communiste dissident, alternative rouge et verte, qui non content d’avoir relancé la surveillance de l’espace public par des caméras, a créé un schéma de "sûreté-sécurité". C’est une coordination entre la municipalité de Vaulx-en-Velin, le président de la Communauté urbaine de Lyon et le préfet du Rhône pour coordonner les efforts en matière de sécurité entre les différents acteurs. Le contrat local de sécurité ou CLS, c’est l’institutionalisation du partenariat entre les acteurs reconnus de la prévention et de la répression (le parquet, la police, la préfecture, les élus locaux, le corps enseignant via le principal du collège, les bailleurs locaux). On peut parler de l’étape ultérieure, qui a commencé dans les années 1995-96. Le problème de la sécurité ne serait pas résolu (toujours au niveau des effets, eux ne voient que les effets) si on n’impliquait pas l’ensemble de la population elle-même. La grande idée, ce que le PC appelle "l’intervention citoyenne", "l’implication citoyenne" pour le PS, c’est que tout le monde doit participer à la surveillance, à la prévention, y compris jusqu’à la délation. Le PC à Garges-les-Gonesses, en 1993, a lancé les Groupements Locaux de Traitement de la Délinquance (GLTD), où les associations sont mises dans le coup, en plus de tous les acteurs que j’ai énumérés. Là aussi c’est une application du modèle américain, le communauty policying, où la communauté fait la police en collaboration avec la police. En Angleterre, c’est le neighboor watch, la veille de voisinage : des habitants peuvent prévenir le commissariat s’ils voient à 11 heures du soir, un attroupement de plus de trois personnes qu’ils ne connaissent pas, donc suspect, dans leur coin. On a vu en France dans le cadre des GLTD, des familles dénoncer d’autres familles qui étaient RMistes en disant qu’elles avaient un train de vie supérieur à ce que leur permettait le RMI, ils en déduisaient que certains de leurs revenus devaient être illégaux et provenir du trafic, du deal ou du recel, par leurs enfants. La délation est un acte citoyen, on n’appelle pas ça délation évidemment. C’est le comble du comble, ce n’est plus Big Brother, chacun est le Little Brother, le petit frère. Il y avait les grands frères recrutés dans la population à encadrer. C’est peut être ça "liberté, urbanité, fraternité" : peut-être que la fraternité c’est d’être le Little Brother des autres.
Il y a des penseurs de la politique de la ville, on peut les appeler socio-flics ou flicologues, vous les appelez les chiens de garde, qui sont les tenants intelectuels de cet ordre social et politique.
Le tribunal de Pontoise ne disposait d’aucune preuve contre les jeunes expédiés en prison. Simplement l’intime conviction de l’avocat général. Lequel, en compagnie de l’avocat des parties civiles (les policiers blessés) s’appuyait essentiellement sur des dénonciations sous X, obtenues au prix d’on ne sait quelles pressions.
Certains des délateurs s’étaient d’ailleurs rapidement rétractés. Il n’en reste pas moins, dès lors, que la présomption d’innocence cède la place à la certitude de culpabilité.
La délation est un acte odieux. Il y a pire : l’incitation à la délation avec prime à la clef.
Rappelons qu’à la fin du mois de novembre 2007 les habitants de Villiers-le-Bel avaient reçu, individuellement, un courrier les invitant à la délation. Avec promesse d’anonymat s’ils livraient des informations sur les possibles agresseurs de la police, au cours de la nuit qui avait suivi le décès des deux adolescents.
Le lendemain, on pouvait voir, dans les bulletins d’information de France 3 Île-de-France, les poubelles de la ville débordant de ces lettres de dénonciation non utilisées.
Une loi scélérate
C ’est la loi qui prévoit la délation, nous a-t-on dit tranquillement. Effectivement, mais cette loi est malsaine, et ses ressorts peuvent se révéler redoutables — surtout si des primes sont promises aux délateurs.
Sans confondre les époques, et en nous gardant bien du moindre amalgame, il faut bien rappeler un passé lourd de mauvais souvenirs : de l ’été 1940 à l ’été 1944, plus de 3 millions de lettres de dénonciation — surtout anonymes — devaient arriver dans les kommandanturs allemandes et les commissariats de police français.
La délation était devenue une plaie purulente au pays de la liberté. Dans cette atmosphère, on se méfiait les uns des autres. Durant ces quatre années, nombreuses ont été les victimes de cette pratique qui allaient se retrouver dans les camps de concentration.
Fort heureusement, nous n ’en sommes plus là et la démocratie a été retrouvée. Il n ’en reste pas moins que, quotidiennement, des travailleurs sans-papiers sont dénoncés, haine xénophobe ou raciste oblige, par d ’excellents citoyens mais également par des guichetiers d ’administrations diverses. Ces parias se retrouveront rapidement dans des centres de rétention, avant expulsion vers un pays d ’origine parfois peu accueillant.
Il ne faudrait pas que nos concitoyens retrouvent ces mauvaises manières, rappelant un sinistre passé, au prétexte qu ’elles sont encouragées par une loi qu ’il est possible de qualifier de scélérate !
Maurice Rajsfus
Rue 89, 5 juillet 2010.
mercredi 8 mai de 16h à 18h
lecture collective de la revue subversion
café théet biscuit
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