Jeudi 26 avril 2012
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CAPITALISME ET ENERGIE
Parvenu à un niveau d' anéantissement inégalé dans l' histoire des
organisations humaines , il n' y a rien de surprenant à constater que le
capital utilise , pour faire fonctionner tous ses systèmes ( industriels
, administratifs , inter-étatique etc... ) , davantage d' énergie
mortifère dérivée de son image : le nucléaire . Même si au niveau
mondial , les énergies fossiles ( charbon , pétrole ) restent dominantes
dans la majorité des pays émergents , en revanche , dans les vieux pays
industriels , il est devenu le symbole prométhéen accompagnant la 3 ème
révolution industrielle de l' électronique et du numérique . Du point de
vue du capital , la transformation industrielle de l' uranium et du
plutonium reste une énergie comme les autres possédant seulement un
potentiel calorique beaucoup plus important ; cette conception
idéologique n' est , ni plus ni moins , dans la cohérence doctrinale des
fondateurs de la philosophie libérale ( Smith , Stuart Mill , Ricardo )
pour qui une accumulation sans cesse croissante des valeurs produites
implique un libre développement des initiatives axiologiquement neutre
c' est à dire délivrées de tout postulat éthique de valeur ou de qualité
. Ainsi , les populations occidentales déjà prises en otages lors des
destructions de la 2 ème guerre mondiale , furent donc sommées de
reconstruire les économies industrielles sans pouvoir objecter librement
un quelconque jugement de valeur sur le prix à payer pour accéder au
paradis de la consommation de masse , le spectaculaire marchand se
chargeant , de surcroît , d' étouffer toute critique par l' apologie
exclusive des désirs émancipés . Est-il vraiment nécessaire de rappeler
que l' énergie nucléaire , du point de vue cette fois ci de l' humanité
, ne peut être considérée comme une énergie classique ?
A ce que je sache , on n' a pas encore produit de bombes pouvant
détruire plusieurs fois la planète , en utilisant le pétrole , le
charbon ou le gaz comme composant principal ce qui ne dédouane pas pour
autant ces dernières de leur potentiel destructeur . Si les méthodes de
production industrielles ( division croissante du travail entre manuels
et intellectuels ; parcellisation des tâches ; chronométrage des gestes
; économie d' échelle ) et les technologies scientifiques civiles ont pu
servir de modèle dans l' organisation des armées étatiques de masse à la
fin du XIX ème siècle , il en est tout autrement depuis le milieu du XX
ème siècle : la plupart des applications industrielles pour la
consommation de masses des 30 Glorieuses ( réseau satellitaire ,
informatique , téléphone portable , techniques médicales ) sont les
dignes héritières des découvertes issues du complexe militaro-industriel
durant la dernière guerre mondiale sans parler bien évidemment de la
généralisation du nucléaire civil dès les années 60 .
A l' aube du XXI ème siècle où la conscience écologique prend
relativement plus d 'ampleur parmi les populations , il est grand temps
de reconnaître l' inanité de certains discours et manifestations
soi-disant radicaux :
1--
Certains courants , tels " La Décroissance " ou " Sortir du nucléaire ",
revendiquent ainsi une disparition progressive voire immédiate de l'
utilisation civile et militaire de l' énergie nucléaire mais sans
remettre en question l' organisation générale qui la sous-tend ; ces
mouvements plutôt réformistes sont passé maîtres dans l' art du discours
double face comme le scotch du même nom , un spécifié pour leurs clans
libertaires ou gauchistes trublions et un autre plus institutionnel
réservé aux élus de tout poil avec lesquels ils entretiennent des
accointances plus ou moins officielles . Autant il ne peut être que
légitime de produire moins d' énergie en modifiant en profondeur nos
modes de vie de production , de transport , de consommation , autant il
est absurde de compter sur les populations indignées afin qu' elles
fassent pression sur leur Etat pour imposer des modes énergétiques
décentralisés et relocalisés à bas d' énergies renouvelables . L' idée
peut certes paraître séduisante mais elle n' en reste pas moins
paradoxale :il faut en effet avoir conserver une bonne dose de myopie
intellectuelle pour accorder toute sa confiance en l' organisation
étatique , principale garante du rapport social industriel et
capitaliste et de l' utilisation concomitante du type d'énergies . Tous
les éléments de ce système cohérent se tiennent et il est donc illusoire
de souhaiter un capitalisme décroissant ou dénucléarisé .
2-- Il
serait injuste de ne pas mentionner un courant minoritaire mais non
négligeable au sein du pôle techno-scientifique dominant ; ses analyses
portent un regard sans concession sur la profondeur de la crise présente
; inspirés de la philosophie noosphérique , certains scientifiques
influents comme Jeremy Rifkin , expérimentent déjà tout un tas de
manipulations destinées à vulgariser de nouvelles pratiques adaptées aux
conditions de survie du capitalisme mondialisé ( OGM ; nanotechnologies
; méthanisation et hydrogénisation etc ...) . Anticipant déjà l'
épuisement des matières premières et des sources d' énergie terrestres ,
ils commencent à envisager la conquête et l' exploitation d' autres
planètes du système solaire ( Institut Schiller ; Marc Halevy ; Johann
Soulas ). Même si ces possibilités sont actuellement inenvisageables
économiquement compte tenus des investissements très importants que ces
explorations nécessiteraient , il n' est plus absurde de supposer qu'
elles peuvent représenter une issue transgressif pour le capital .
3-- D'
autres courants politiques remettent bien en cause le mode d'
organisation du capitalisme actuelle mais sans vraiment pousser leur
réflexion sur le fonctionnement réel d' une organisation sociale
post-capitaliste . S' attachant pour la plupart d' entre eux , aux
présupposés théoriques des " forces productives " déliées des rapports
sociaux de production , conception chère aux II ème et III ème
Internationales ( Kautsky , Lénine , Trotsky ) , ils n' en critiquent
pas fondamentalement la nature , l' essentiel étant qu' elles ne soient
plus entravées par les catégories du capital ( concurrence , rentabilité
, profit , salariat ) .
Sans augurer de ce futur post-capitaliste , la réflexion en ce domaine
ne peut qu' inciter à la prudence : l' émancipation politique par la
majorité des exploités ne garantit pas une émancipation sociale totale
en particulier si la base industrielle est simplement reconvertie pour
mieux correspondre aux nouveaux besoins sociaux , sans être refondue
dans sa substance même ; les travailleurs n' auraient alors gagné aucune
autonomie et liberté dans l' application des organisations du travail et
dans le rythme de production , et resteraient dominés par leurs produits
même socialisés ; la production hétéronome industrielle implique par son
essence même une division complexe du travail et une gestion
hiérarchique qui , à terme , ne peut qu' entrer en contradiction avec l'
émancipation démocratique de la majorité des exploités.
Pour finir , il est important de reconnaître que la vérité
révolutionnaire ne se situe dans aucun de ces courants de pensée mais
qu' elle sera certainement déterminée par les futures luttes
émancipatrices dans une synthèse intelligente : à savoir un mode de vie
respectueux de tous les éco-systèmes , nécessairement décroissant et
relocalisé c' est à dire produisant moins de produits énergivores ( donc
plus durables ) ; honnêtement , je ne pense pas que nous pourrons nous
passer intégralement d' une production industrielle mais dans ces
conditions , ce seront aux assemblées générales des communautés humaines
à décider dans quels secteurs il s' agit de la limiter , dans quelle
proportion et avec quelles assemblages d'énergies elles comptent
fonctionner ; une importante désindustrialisation post capitaliste ne
pourrait qu' être accompagnée de mesures radicales pour détruire tout
rapport de domination issu des catégories du capital ( l' Etat , l'
argent , le salariat ; son mode industriel dominant associé à ses
énergies destructrices ; son fétichisme marchand déshumanisant ) .
S' il y a bien un prix à payer , c' est uniquement celui des ultimes
combats révolutionnaires pouvant seuls inverser le cours morbide du
capitalisme mondialisé en détruisant la totalité de ce rapport de
domination .
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