Le Laboratoire
"L'existence de I'Etat et l'existence de l'esclavage sont indissociables.»
La critique de la philosophie politique de Hegel a pris chez Marx une
orientation de plus en plus radicale, jusqu'a' se transformer purement et simplement
en négation de l'État. Sans que le mot ne soit jamais prononcé, l'anarchisme est le
sens profond de sa critique. (Maxime Rubel citera plus tard dans Marx, critique du
marxisme, 1975 : «Tous les socialistes entendent par «anarchie» ceci: le but du
mouvement prolétaire, l'abolition des classes, une fois atteint, le pouvoir de d'Etat [..
.] disparaît et les fonctions gouvernementales se transforment en de simples
fonctions administratives»
Nous publions cet interview du président de la LDH , car la situation localement le justifie. La division de la contestation profite à l'extrême droite:" En gros : Mr Le Pen a construit l’agenda politique de la France depuis 10 ans, la droite court après l’extrême-droite, une partie de la gauche court après la droite, et il n’y a plus de débat démocratique, les citoyens ne sont plus éclairés."
Edouard Zambeaux : Est-ce qu’il y a vraiment un danger, ou ne cherchez-vous pas à nous faire peur ?
Jean Pierre Dubois Président de la LDH : Il y a un danger réel. Pendant très très longtemps, nous étions vraiment isolés. Ces technologies sont très pratiques, très commodes, j’utilise le passe Navigo tous les jours, j’ai un téléphone portable, j’utilise une carte bleue, c’est très pratique…
Mais lorsque j’ai accompagné les parlementaires qui protestaient contre le fichier Edvige, le conseiller sécurité de Michèle Alliot-Marie qui nous a reçu, de manière assez polie, mais cynique, m’a dit : “Mais vous savez monsieur, vos histoires de fichiers, c’est pas très grave. A partir du moment où vous avez un téléphone, une carte bleue et un passe Navigo, je sais tout ce que vous faites“.
J’étais un peu surpris, je lui ai demandé s’il m’autorisait à rapporter ses propos à la presse, et il m’a dit “bien sûr“. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le cabinet d’Alliot Marie.
Beaucoup de gens se disent qu’ils n’ont rien à se reprocher, et qu’ils ne risquent donc rien. Bien sûr ! Mais la question est très simple : si vous n’avez rien à vous reprocher, pourquoi on vous fiche ? Pourquoi on vous surveille ? Qu’on surveille les détenus dans les prisons, on peut le comprendre, mais pourquoi surveiller tous les citoyens a priori ?
C’est la notion de vie privée, et celle de présomption d’innocence, qui sont attaquées tous les jours directement.
Comment se fait-il que l’opinion publique n’est pas encore très sensible à ces questions ?
Nous revenons de loin. L’opinion publique est soumise à un matraquage depuis des années, qui lui fait peur. A la Ligue des Droits de l’Homme, nous appelons ça la “politique de la peur“. Peur du terrorisme, avec le 11 septembre. Peur de l’immigration, de l’islamisme, des attentats. Peur des jeunes, qui seraient effrayants, peur de l’avenir et de tout ce qui vient de l’extérieur.
Et quand on est soumis à la peur, on a tendance à se protéger et à craindre. Et nous pensons qu’il faut réveiller un débat démocratique qui n’existe plus. En gros : Mr Le Pen a construit l’agenda politique de la France depuis 10 ans, la droite court après l’extrême-droite, une partie de la gauche court après la droite, et il n’y a plus de débat démocratique, les citoyens ne sont plus éclairés.
Pour vous, en filigrane, c’est la tentation d’un contrôle social, avec des pressions faites sur des militants, associations, agents de l’Etat…
… et ça commence à susciter beaucoup de révoltes. Depuis le début de l’année 2009, il y a des centaines d’enseignants, éducateurs, magistrats, avocats, médecins, etc., qui disent qu’ils ne veulent plus continuer à faire ce qu’on leur demande. Il en va de leur éthique, de leur déontologie professionnelle : ils travaillent pour les autres, et ne veulent pas devenir des auxiliaires de police.
Il y a une forme de surveillance par ricochet : on demande de plus en plus souvent aux gens, soit comme citoyens de ne plus être solidaires -ce qui arrive aux délinquants de la solidarité que Mr Besson veut poursuivre pénalement-, soit comme fonctionnaires de n’être, non seulement pas solidaires, mais aussi d’être des indicateurs de police.
Et ça, je pense que les gens le refuseront de plus en plus, et que ce combat va monter. Pour dire les choses rapidement, aujourd’hui, on a le choix entre une société de surveillance et une société de solidarité.
Une interview passionnante, où il est également question de sujets battus et rebattus sur ce blog, à commencer par les fichiers policiers et la vidéosurveillance.
A ce titre, cette petite saillie, à laquelle je n’avais pas pensé : les caméras de vidéosurveillance n’ont nullement empêché les terroristes de frapper à Londres. Par contre, elles ont contribué à la mort de Jean Charles de Menezes, tué de plusieurs balles dans la tête, dans le métro londonien, par des policiers qui trouvaient qu’il ressemblait à ceux qui avaient été identifié, grâce aux images de vidéosurveillance, comme étant des terroristes… quand bien même ils ne portaient pourtant pas les vêtements, et n’avait pas la même couleur de peau, que le suspect recherché.
Et alors que la police britannique a dépensé des sommes folles pour parvenir à visionner des dizaines de milliers d’heures de vidéosurveillance afin de retrouver la trace des terroristes, elle a prétexté un “problème technique” pour justifier l’absence d’images des derniers instants de cet innocent, mort au champ d’honneur de la paranoïa sécuritaire…
Voir aussi le documentaire qu’a consacré la BBC à cette affaire, ou encore la chronologie, en images et cartographie, du déroulement de cette dramatique bavure.



lundi 8 juin
de 18h15 à 19h radio
LABO sur 99.2
émission en public
à Radio Mega 35 rue Prompsault
rediffusion jeudi
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