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LA FUITE EN AVANT DU CAPITAL IL MASSACRE, DETRUIT, SES CRIMES SONT INNOMBRABLES ET NE PEUVENT LE SAUVER DE SA DISPARITION
Il faut beaucoup de courage dans un immense désespoir pour renoncer à la vie et se suicider : mais de toute façon, quelles que soient les raisons que l’on se donne ou que d’autres donnent, c’est parce que le système vous y a acculé et qu’on ne trouve pas d’autre issue à la vie de merde qu’il vous a faite. Nombre de ceux qui arrivent à cette ultime solution parce qu’ils ne voient pas d’autre moyen de lutter le font en silence. Quelles que soient les apparences, cela reste un acte individuel. Mais dans une période récente, le suicide individuel (parfois spectaculaire, comme cette immolation par le feu d’un chômeur dans un bureau de la CAF) est accompli de telle façon qu’il est une forme de protestation contre le système. Cela va actuellement des suicides à France Telecom jusqu’à ceux des travailleurs de Foxcon en Chine, ou à celui de paysans indiens ruinés par la « révolution verte » et les usuriers. Cette forme de suicide est accomplie de telle façon qu’elle puisse provoquer une certaine médiatisation et, par suite, conduire les travailleurs placés dans les mêmes conditions, ou l’ensemble des travailleurs, à réagir. A réagir et à lutter, pas tant contre le cadre précis nanti d’une autorité destructrice, mais contre le système que celui-ci met en application. Les travailleurs de Foxcon à Shenzhen qui sautaient individuellement dans le vide pour se tuer devant la porte de l’usine au moment du changement d’équipe faisaient de leur mort individuelle un acte de lutte contre leur exploitation, en espérant créer un choc tant pour les nombreux témoins de leur geste que pour tous ceux qui en seraient inévitablement informés. Cela restait pourtant un geste individuel. Peut-on relier de tels actes individuels à d’autres de même nature – l’autodestruction d’un être humain – qui cessent d’être individuels pour devenir collectifs ? Les travailleurs de Foxcon, rassemblés sur le toit de l’usine, qui menacent de sauter tous ensemble dans le vide si l’on ne tient pas compte de leurs revendications, sont-ils proches de la menace des travailleurs de Cellatex, qui est de se faire sauter avec l’usine, ou de ces mineurs italiens enfermés dans la mine avec des tonnes d’explosifs, ou de bien d’autres exemples extrêmes similaires de décisions ultimes, après avoir épuisé toute possibilité de lutte et constaté leur isolement ? Peut-on relier ces actes ou ces menaces à ces mineurs d’Afrique du Sud qui trouvent assez de courage pour affronter avec des lances et des machettes des forces de la répression dotées d’armement sans comparaison avec les leurs ? Un de ces mineurs d’Afrique du Sud exprimait bien le sens de tels affrontements : « Préférer mourir que de travailler dans ces conditions. » Ce n’est pas nouveau car, dans le passé, des affrontements directs de classe se sont affirmés autour de ce simple slogan : « Du pain ou la mort », et ont mis des prolétaires sans espoir mains nues face aux forces de la répression dotées d’armes létales. Quant un tel dilemme se pose, cela fait apparaître que le capital n’exploite les êtres humains que pour en prendre ce qui peut lui procurer un profit, en utilisant leur force physique et/ou mentale – au besoin à l’extrême – et le plus souvent seulement une partie des dites capacités (ce qui pourrait poser d’autres questions quant à l’évolution même d’une espèce humaine ainsi conditionnée). Cette destruction des êtres humains (avec leurs conditions de travail et leurs réactions extrêmes éventuelles), autrement dit d’une partie de ce que la nature met à la disposition du capital, peut-elle être reliée à deux autres conséquences globales de l’activité capitaliste : d’un côté l’élimination et la marginalisation d’une masse de plus en plus importante d’êtres humains – placés dans une précarisation totale parce que rendus inutiles par l’évolution même du système –, d’un autre côté la destruction de tout ce que la nature procure au capital et que, dans son évolution, celui-ci détruit et reste dans l’incapacité totale de contrôler ? Parmi les crimes du capital, on ne met habituellement que les guerres ou les catastrophes qui auraient pu être évitées, mais pas cette constante destruction d’un appareil de production (êtres humains et matériel) rendu obsolète par la recherche compétitive du profit à travers l’innovation : aujourd’hui, le monde entier est jalonné de ces déchets de l’industrie d’hier qui ne peuvent plus être résorbés (depuis les divers déchets atomiques jusqu’aux amoncellements de plastiques dans une zone du Pacifique). La destruction d’une manière ou d’une autre des êtres humains en regard leur exploitation n’en fait pas partie. Seules, de-ci delà, des luttes qualifiées d’arrière -garde (à l’aune du « progrès » capitaliste) viennent souligner ces destructions en acceptant des miettes permettant la survie. C’est le même « progrès » qui entraîne des luttes, souvent perdues, de deux sortes : celles de paysans dépossédés de leurs terres, soit par l’expansion capitaliste dans la production agricole, soit par l’implantation de zones industrielles ou de barrages fluviaux. C’est aussi le même « progrès » qui déclenche des luttes contre les formes diverses de « pollution » : celles des populations environnantes empoisonnées par des émanations nocives, celles des paysans dont l’implantation d’exploitations minières pollue ou tarit l’eau nécessaire à leur production agricole et à leur vie quotidienne. Essentiellement dans les pays en développement parce que là, le capital a la « liberté » d’exploiter sans limites, tant la nature que les populations, ces luttes donnent des résultats mitigés. Mais il est une forme de pollution plus globale qui vient de l’exploitation mondiale sans limite par le capital de ce que la terre peut fournir en surface et en sous-sol. Peut-on relier la diffusion de cette pollution à tout ce que nous venons d’écrire sur les destructions plus ponctuelles, matérielles et humaines ? Cette pollution est générale et étroitement liée au développement du capital lui-même, à son existence même. Pour ces caractères, ce « crime » n’est combattu qu’idéologiquement ou très localement. Les conséquences dramatiques prévisibles et déjà visibles ne suffisent pas à persuader les intérêts capitalistes globaux de la nécessité vitale pour sa survie d’une régulation impossible, qui mettrait en cause les bases de son fonctionnement. L’expansion industrielle du capital – la seule source du profit capitaliste – reste la seule mesure des solutions préconisées pour sortir de la crise mondiale du capital. L’émission croissante et irrépressible de gaz divers résultant de cette expansion entraîne des effets tels sur le climat que ce « crime suprême » du capital commence à surpasser tous les autres « crimes ». Ses conséquences sont pourtant régulièrement désastreuses sur des secteurs productifs et pour l’ensemble des populations concernées (famines, inondations, affrontements ethniques ou religieux, migrations forcées, le tout accompagné de guerres localisées et d’émeutes). On ne sait trop ce qui (et quand), entre la crise systémique de fonctionnement du capital d’une part et cette conséquence dramatique de l’exploitation illimitée de tout ce qui vit sur la terre et de ce que recèle son sous-sol d’autre part (bien que ces deux volets soient intrinsèquement liés), pourrait conduire à un chaos tel qu’il provoquerait des réactions de l’ensemble des « dominés » (exploités, précaires, assistés, déplacés, etc.). Ces réactions pourraient ouvrir une porte vers un monde communiste. Espérons seulement que cela ne viendra pas trop tard et sans trop de souffrances causées par les répressions des profiteurs d’un système qui, pour le moment, dispose d’un énorme potentiel de défense contre toute velléité de révolte globale.
La grève et rien d’autre
Corée du Sud – 24/08/2012 – Hyundai (44 000 travailleurs). Après quatre années de calme relatif, des grèves tournantes limitées de dix journées en juillet ont éclaté, notamment à Ulsan, pour une augmentation des salaires de 4 % et une prime liée aux bénéfices, ainsi que pour la régularisation des temporaires et la fin des équipes de nuit. Le ralentissement de la production a touché les exportations, la direction menace de réduire la production en Corée et de la transférer dans d’autres pays asiatiques dont la Chine. Devant la menace de reprendre ces grèves, un accord est conclu pour une augmentation des salaires (5,4%,prime de 5 mois de salaire)et la fin du travail de nuit en mars 2013), mais il doit être accepté par l’ensemble des travailleurs. Le même mouvement de lutte s’était étendu à Kia et General Motors qui signent un accord après des grèves partielles, accord qui prévoit 5,3 % d’augmentation, une prime équivalant à 5 mois de salaire, et la fin proche du travail de nuit. Brésil – 29/08/2012 – Le gouvernement propose une augmentation de salaire de 15,8 % sur trois ans aux 350 000 fonctionnaires, augmentation acceptée par certains syndicats et refusée par d’autres (notamment ceux de la police et des impôts) avec lesquels des pourparlers vont continuer. Le mouvement de grève a débuté de manière plus ou moins sauvage chez les enseignants en juillet et s’est étendue à l’ensemble des services de l’Etat. Elle a été combattue par le principal syndicat (CUT, Central Unica des Trabalhadores) , opposé à une grève générale qui « radicaliserait la situation ».
Etats-Unis – 21/06/2012 – Joliet, Illinois, 8e semaine de grève à l’usine Caterpillar après le rejet d’un nouveau contrat comportant une réduction des salaires (avec introduction de tarification de productivité individuelle), et menant à une aggravation des conditions de travail .
Espagne – 22/06/2012 – Suite à des mouvements de grève des 1 400 pilotes de la compagnie Iberia (filiale du groupe International Airlines Group dominé par British Airways), un jugement déclare qu’Iberia peut lancer une compagnie low cost – Iberia Express – mais doit payer le même salaire à tous ses pilotes, quelles que soient leurs conditions de travail. Cambodge – 16/07/2012 – Depuis novembre 2011, 300 000 travailleurs du textile se sont engagés dans des grèves sauvages. Ils ont obtenu une augmentation de 0,80 euro, ce qui porte le plus bas salaire à 60 euros mensuels à partir du 1er septembre. 25/08/2012 – 2 500 travailleurs de l’usine Ocean Garment à Phnom Penh (principal fournisseur de Gap) sont en grève depuis le 11/08 pour demander le départ d’un directeur accusé de harcèlement sexuel (pas d’heures supplémentaires pour les récalcitrantes). Une manifestation devant le ministère du Travail est dispersée par plus de 100 flics.
Vietnam – 25/08/2012 – L’impact de la crise mondiale entraîne un ralentissement de la croissance avec comme partout une pression sur les porteurs de la force de travail. Le « désordre social » s’aggrave, avec des violences autour de l’exploitation du sol et les grèves sauvages. En 2011 se sont déroulées plus de 1 000 grèves sauvages, deux fois plus qu’en 2010, quatre fois plus que la moyenne des seize années écoulées. Minés par la corruption, les dirigeants s’affrontent au sein du Parti dans des luttes d’influence. 19/08/2012 – Dans le district de Van Giang, près d’Hanoi, les paysans se battent plusieurs heures avec les flics venus réprimer leur protestation (convoquée via Internet) contre leur éviction de la terre pour la construction d’appartements de luxe. Et ce n’est qu’un exemple de luttes similaires dans tout le pays.
Norvège – 21/07/2012 – Le gouvernement met un terme à une vague de grèves des fonctionnaires et des pétroliers d’Etat en imposant un arbitrage obligatoire. La grève lancée par le syndicat LO ne concernait pourtant pas les 600 000 fonctionnaires, mais seulement 20 000 d’entre eux, et devait monter progressivement – sous contrôle – à 50 000. Elle était très populaire et menaçait de s’étendre. Après dix jours de ce mouvement contre les restrictions sur les salaires et la réforme des retraites, le gouvernement a accordé 4 % d’augmentation. Mais restaient dans la grève les 700 pétroliers de la compagnie d’Etat Statoil (6 500 travailleurs), grève que le syndicat n’avait nullement l’intention d’étendre aux sociétés pétrolières privées : seules 8 plates-formes étaient concernées, ne représentant que 13 % de la production de pétrole et 4 % de celle du gaz. Devant la menace d’extension sauvage, les pétroliers brandissaient la menace d’un lockout total si aucun accord n’intervenait avant le 9 juillet avec Statoil. Le gouvernement a pris les devants en décidant d’imposer un arbitrage obligatoire qui entraînait une interdiction de grève pendant deux années, et dont les décisions s’imposaient sans recours à toutes les parties. Déjà, en juin, un tel arbitrage avait été imposé aux 3 000 agents des services de sécurité d’Etat alors en grève.
Allemagne – 4/09/2012 – Seconde grève du personnel naviguant de la Lufthansa pour les salaires et l’interdiction de l’emploi d’intérimaires, grève qui ne sera annoncée qu’au dernier moment et qui devrait être plus étendue. La première, limitée à huit heures et à l’aéroport de Frankfort, avait causé l’annulation de centaines de vols.
Inde – 23/08/2012 – Tous les syndicats du secteur bancaire lancent une grève nationale de deux jours contre une libéralisation de ce secteur encore dominé par le secteur public.
Chine—24/8/2012 6– Wuhan (Hubei) usine de composants électroniques, après 3 jours de grève, les salaires mensuels sont portés à 206 euros Indonésie—29/8/2012—Batan câblage 700 temporaires sur 1200 travailleurs obtiennent après deux semaines de grève des garanties d’emploi et des contrats de travail Occupation d’usine, de lieux publics et autres
Angola – 27/08/2012 – Une nouvelle puissance pétrolière, avec son cortège habituel de corruption et de totalitarisme à la botte des multinationales, la présente semi dictature y est tolérée jusqu’ici à cause de la hantise des troubles qui ont marqué les quatre décennies de violence dans la guerre anticoloniale, suivie d’une longue guerre civile (un million de morts sur 19 millions d’habitants). Le « printemps arabe » a déclenché des manifestations contre le pouvoir politique ; comme ailleurs, elles ont été le fait de jeunes utilisant les techniques modernes de communication (les 2/3 de la population ont moins de 20 ans) qui n’ont pas connu les guerres mais qui sont touchés par l’urbanisation accélérée et l’inflation. Ce mouvement n’a pas mobilisé les foules mais a eu un impact tel dans la population que le pouvoir a déclenché une répression policière sans rapport avec cette faiblesse. Tunisie – 9/08/2012 – La police disperse à coup de grenades et de balles en caoutchouc plusieurs centaines de jeunes qui tentent, à Sidi Bouzid (50 000 habitants, d’où est parti le « printemps arabe »), d’envahir la préfecture pour protester contre l’orientation politique du pays.
Israël – 24/06/2012 – De nouveau, manifestation de protestation à Tel Aviv pour demander plus de justice sociale. Attaque policière musclée : 85 arrestations. Grèce – 18/08/2012 – Le marché municipal Kypseli à Athènes, bâtiment classé mais abandonné depuis des années, était occupé comme espace autogéré dispensant des cours aux immigrés, ayant des activités culturelles, et tenant un marché bio alternatif alimenté directement par les producteurs. Après une tentative avortée de mainmise par le parti social-démocrate de gauche sur cet ensemble, la police fait évacuer le bâtiment qui est depuis totalement fermé. 20/07/2012 – L’aciérie Ellinili Halivourgia dans la banlieue d’Athènes était occupée depuis novembre 2011 pour s’opposer à sa fermeture. Un raid de la police des émeutes expulse : 6 arrestations. Italie – 3/09/2012 – Les nombreuses mines de Sardaigne (charbon et métaux divers) ne supportent plus le poids de la concurrence mondiale et de la crise : la fonderie d’aluminium de Portovesme est fermée, la dernière mine de charbon Carbulescis près de Carbonalusa (2 000 travailleurs) doit aussi cesser toute activité. Après une semaine d’occupation de 373 mineurs qui se relaient, au fond de la mine (avec assez d’explosifs pour la faire sauter), le travail a repris avec la promesse de continuation d’activité pendant plus d’un an.
Inde – 18/07/2012 – Maruti Suzuki près de New Delhi (voir précédents bulletins). Depuis des mois, la tension est constante dans l’usine, où la journée de travail va de 8 à 12 heures, six jours sur sept, avec 1/2 heure de coupure pour le repas, exploitant moitié de « permanents » (payés 150 euros mensuels et jusqu’à 120 euros de prime) et moitié d’intérimaires pouvant œuvrer depuis des années (payés seulement la moitié des salaires et primes des « permanents »). Les revendications touchent les salaires, les conditions de travail, la titularisation des intérimaires et la représentation syndicale ; mais malgré la récurrence des grèves, rien n’est vraiment réglé. Ce 18/07, un contremaître injurie et frappe un ouvrier, un « intouchable » ; un autre ouvrier frappe le contremaître et est aussitôt mis à pied. C’est la révolte : les ouvriers s’enferment dans l’usine, saccagent et attaquent tous les cadres à coups de barres de fer, une centaine seront blessés ; dans la foulée, les ateliers sont pillés, saccagés, incendiés, le DRH est tué dans l’incendie d’une partie de l’usine. La police intervient : 91 arrestations. L’usine est fermée. Des centaines de travailleurs sont licenciés et l’usine ultra sécurisée. Elle ne rouvrira que le 21/08 mais avec une activité restreinte : 300 ouvriers et 1/3 de la production Suzuki en Inde. Reprise sélective de 1900 temporaires dont beaucoup sont retournés dans leurs village pour échapper à la répression et survivre. Le 27/8, plusieurs centaines d’étudiants manifestent à Delhi devant le siège de Maruti Suziki en soutien à ces luttes.
Egypte – 25/08/2012 – Un travailleur a été tué et 7 autres blessés lors d’affrontements entre la police et les travailleurs en lutte de la centrale électrique d’Aboukir, près d’Alexandrie. Les manifestants s’étaient réunis pour protester et avaient séquestré les directeurs de la société.
Bangladesh – Juin 2012 – Autour de Dhaka, les ouvriers en grève bloquent régulièrement les axes routiers proches de l’usine. D’où des affrontements entre la police et les grévistes. 300 usines du secteur ont été fermées pendant quatre jours par crainte de contagion.
La récupération
Espagne – Août 2012 – Avec des mesures drastiques d’austérité, des initiatives diverses tentent de régler les problèmes de logement et de survie dans la foulée du mouvement des Indignés. Cela autorise des initiatives comme celle de Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire de Marinelada (bourg de 2 000 habitants) en Andalousie (taux de chômage de 30 %), déjà champion de la récupération des terres agricoles, d’organiser une marche contre l’austérité dans cette province, occupant au passage les banques, et sortant des marchandises des supermarchés pour les distribuer aux banques alimentaires des pauvres. Lui est protégé par son immunité mais pas ses compagnons traduits devant les tribunaux. Cela masque aussi d’autres initiatives moins médiatisées, individuelles ou collectives, de récupération dans les centres commerciaux. En Andalousie, le chômage oscille entre 35 et 40 %. En Catalogne, à Gérone, la municipalité a cadenassé les poubelles des supermarchés pour prévenir les émeutes de ceux – trop nombreux luttant pour leur survie – qui y cherchent leur subsistance. Dans plusieurs régions, les enfants doivent apporter leur repas de midi à l’école mais doivent payer 3 euros pour la simple utilisation des locaux de la cantine. Séville – 11/08/12 – 20 jeunes entrent par effraction à 6 heures du matin dans un supermarché et récupèrent pour 400 000 euros de marchandises. Mais la police intervient… Le 24/08 à Merida (Estrémadure), 70 chômeurs qui tentent une récupération similaire se heurtent au même problème. Monde – Une étude de 2011 révèle que sur 10 000 ados de tous milieux sociaux, 10 % considère comme « normal » de voler dans les magasins. Les taux de « récupération » les plus élevés ne sont pas dans les pays les plus pauvres, mais les pays « riches » comme la Suisse ou le Japon figurent en bonne place dans le palmarès. Pour la France, cela coûterait aux rapaces du commerce de détail 5 milliards par an (1,45 % des ventes).
Nous publions ce témoignage est exemplaire de notre époque.il possible en s'organisant en collectif de résister d'une façon autonome
En ces temps de crise et de restrictions budgétaires, les pauvres sont les
premiers à payer. Salariés, nous devons nous plier à la concurrence et aux
injonctions du marché, pour sauver nos emplois. Bénéficiaires des
prestations sociales, nous devons accepter de nous plier à toutes formes
de contrôles et d'humiliations, pour conserver l’aumône que l'État nous
concède. D'autant que la campagne contre la fraude est devenue une
priorité nationale. À écouter politiques et journalistes, ce fléau social
serait en grande partie responsable de la crise économique et financière.
La chasse est ouverte. À la sécu, au Pôle Emploi ou à la CAF : allocataire
rime avec fraudeur.
Et quand un bourgeois, bien conscient que l'État est à son service, en
rajoute une couche pour mater des prolétaires rétifs, on obtient une bien
sinistre fable cévenole...
Rentrons dans les détails de cette histoire abracadabrante, qui serait
presque cocasse, si l'enjeu n'était pas la survie économique de plusieurs
personnes.
Après avoir fait ses démarches auprès de la CAF pour obtenir l'allocation
logement de son nouvel appartement, Macha est surprise de ne rien
recevoir. Suite à de nombreux coups de téléphone, elle finit par
comprendre que son ancien propriétaire a utilisé son nom, pour lui aussi
faire une demande d'allocation, pour l'appartement qu'elle vient de
quitter. La CAF se retrouve avec deux demandes d'allocation au même nom et
gèle les versements. Au bout de quelques temps, les droits sont rétablis,
mais un mois reste impayé. La CAF prévient en outre Macha qu'elle sera
contrôlée à son domicile.
Fernand et Béatrice partagent un appartement en colocation. Ils hébergent
à titre gratuit l'ex-compagnon de Macha. Tous trois reçoivent un avis de
contrôle pour la même date et la même heure.
Soupçonnant que ces contrôles sont liés aux déclarations frauduleuses du
propriétaire, ils décident d'aller demander des explications à la CAF,
accompagnés du collectif de travailleurs, chômeurs et précaires, Exploités
Énervés.
Après d’âpres négociations, avec deux employées de la CAF en liaison avec
la direction départementale de Nîmes, le mois d'APL perdu de Macha est
retrouvé et les trois intéressés rédigent une demande officielle pour que
leur soit précisé le motif du contrôle, qu'il ait lieu dans un lieu
neutre, et qui stipule qu'ils ne s'opposent pas au dit contrôle. Les deux
employées leur font savoir que le contrôle est suspendu.
Quelques temps plus tard, les 3 allocataires concernés reçoivent un
courrier recommandé du directeur de la CAF du Gard leur stipulant qu'ils
avaient refusé un premier contrôle et qu'il y en aurait donc un second
qu'il ne vaudrait mieux pas refuser. Un peu plus tard, Fernand et Béatrice
reçoivent un autre courrier leur précisant que le contrôle qu'ils vont
subir a pour objet de vérifier le dossier de Macha et qu'un refus de leur
part entraînerait des sanctions sur ses prestations.
Puis, vient le jour du contrôle. Chez Macha, la contrôleuse exige que les
personnes présentes sortent sous peine de ne pas effectuer le contrôle.
Ces dernières s'exécutent, et l'entretien tourne à l'interrogatoire.
Finalement, la contrôleuse part en disant qu'un dossier sera sanctionné
dans cette affaire mais qu'elle ne sait pas encore lequel. Chez Fernand et
Béatrice, quelques minutes plus tard, même topo. Mais, les contrôlés
essaient de négocier un entretien « privé », sans faire sortir leurs
hôtes. La contrôleuse n'en démord pas, arguant qu'elle a des consignes de
sa direction. Elle finit par partir en disant qu'elle ne reviendrait pas.
Une dizaine de jours plus tard, les sanctions tombent : suspensions des
allocations logements et de l'allocation soutien familial de Béatrice, en
attendant les conclusions finales de la commission.
Prise dans un élan national de lutte contre la fraude, la CAF du Gard
s'emballe. Fière d'annoncer la mise à nu de 126 cas de fraudes et d'avoir
porté 78 affaires au pénal en 2011, elle compte faire mieux en 2012.
Qu'importe les méthodes employées, seuls les résultats comptent. Quitte à
inventer de faux refus de contrôle et à adapter son règlement à la tête du
client.
Évidemment, la CAF ne fait que suivre les injonctions des politiques et
applique la cure globale d'austérité aux précaires. Quand, dans ses
rapports officiels de 2009, elle déclare 2,15 % d'allocataires en
situation de « fraude » et 0,15 % en situation de « fraude délibérée »,
l'URSSAF annonce, elle, pour la même année, que 63 % des entreprises
contrôlées ont fait l'objet d'un redressement fiscal. Parallèlement, un
rapport parlementaire de 2011 chiffre les « fraudes fiscale, sociale et
douanière » à 3,4 milliards d'euros pour 2010. Sur ce montant, seuls 458
millions sont liés à la « fraude sociale ». Il existe encore une fois un
net décalage entre le discours politico-médiatique et la réalité
socio-économique. Les allocataires de prestations sociales y sont dénoncés
comme responsables de la fin annoncée de « l'État social » à cause du
déficit budgétaire, alors que les premiers fraudeurs - les plus grands
voleurs - sont les entreprises. Cette rhétorique a pour objectif de
justifier la pression qui est mise sur les travailleurs. Et ainsi coincés
entre des administrations kafkaïennes et répressives et des possibilités
d'accès à l'emploi de plus en plus difficiles, nous sommes tous contraints
de travailler pour des miettes. Au grand profit du patronat et de la
« relance économique ».
L'affaire de Macha et de ses amis n'est pas un cas particulier. L'objectif
de la CAF, comme des autres institutions gérant la misère (police,
justice, administrations multiples), est de renvoyer les individus à leur
isolement, alors que les situations auxquelles ils sont confrontés sont le
fruit du système dans sa globalité.
Dans ce contexte, la solidarité et l'action collective peuvent nous
permettre de desserrer les mâchoires de l'étau administratif et
patronal... Et de résistances en résistances... passer à l'offensive !
Le capitalisme est en crise ? L’État est au bord de la faillite ? Qu'ils
crèvent !
Permanences Exploités Énervés tous les 2ème vendredi du mois à 18h30
au bar « Au Bon Coin », 2, rue Faubourg de Rochebelle, à côté de la Bourse
du Travail (Alès).
Contact : exploitesenerves@riseup.net
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mercredi 8 mai de 16h à 18h
lecture collective de la revue subversion
café théet biscuit
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