Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : le blog lelaboratoire
  • : Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale
  • Contact

Pour nous contacter

Le laboratoire Anarchiste
8 Place st Jean
26000 Valence

envoyer vos suggestion

sur:

new:c.l-v@hotmail.fr

rappel envoie aucun message à

le laboratoire@no-log.org


 


Bibliothéque  de prêt

infokiosques
le mercredi de  16h30 - 19h

Accueil/infos SIAD-AIT
vendredi toutes les deux semaines

de  17h30à19h

Emission radio Labo
sur radio Mega
99.2FM
lundi en direct
18h15 - 19h
rediffusion:
jeudi de 9h à  9h 45
http://radio-mega.com
04 75 44 16 15

Recherche

Texte Libre

La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

Archives

le blog du laboratoire anarchiste

File:Wooden Shoe.svg
4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 16:45

Salut tout le monde,

Une partie de l’AG "Gare de l’Est - Ile de France", qui s’est constituée durant le dernier mouvement de lutte, continue de se réunir régulièrement. Nous avons écrit collectivement un texte (environ 4 semaines de discussions et de multiples corrections) où nous avons voulu exprimer notre solidarité aux travailleurs qui en Europe subissent exactement les mêmes attaques que nous (mais en fait ça vaut pour toute la planète). Je vais le poster ci-dessous en plusieurs langues, si les lecteurs de ce forum pouvaient aider à le diffuser le plus largement possible au niveau international, ce serait pas mal !

Tibo (un des participants de l’AG).

1) En français

Adresse aux salariés, chômeurs, étudiants et précaires d’Europe

Nous sommes un groupe de salariés de différents secteurs (cheminots, enseignants, informaticiens…), de chômeurs et de précaires. Pendant les récentes grèves en France, nous nous sommes réunis en Assemblée Générale Interprofessionnelle - d’abord sur le quai d’une gare (Gare de l’Est, Paris), ensuite dans une salle d’une Bourse du Travail. Nous voulions regrouper plus largement possible des travailleurs d’autres villes de la région parisienne. Parce que nous en avions assez de la collaboration de classe des syndicats qui nous menaient une nouvelle fois à la défaite, nous avons voulu nous organiser par nous même pour tenter d’unifier les secteurs en grève, étendre la grève et que ce soit les grévistes eux mêmes qui contrôlent leur lutte.

A la guerre sociale des capitalistes Les travailleurs doivent opposer une lutte de classe

En Grande Bretagne, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en France… dans tous les pays, nous sommes tous durement attaqués. Nos conditions de vie se dégradent. En GB, le gouvernement Cameron a annoncé la suppression de 500.000 emplois dans la fonction publique, £7 milliards de coupes dans les budgets sociaux, le triplement des droits d’inscription à la fac, etc… En Irlande, le gouvernement Cowen vient de baisser le salaire horaire minimum de plus d’un euro et les retraites de 9%. Au Portugal, les travailleurs font face à un taux de chômage record. En Espagne, le « très socialiste » Zapatero n’arrête pas de faire des coupes claires en tout genre dans les allocations chômages, les aides sociales et médicales… En France, le gouvernement continue la casse de nos conditions de vie. Après les retraites, c’est le tour de la santé. L’accès aux soins devient de plus en plus difficile pour les travailleurs : toujours plus de médicaments déremboursés , augmentation des mutuelles privées, suppressions de postes dans l’hôpital public. Comme l’ensemble des services publics (Poste, EDF-GDF, TELECOM), l’Hôpital est démantelé et privatisé. Résultat : des millions de familles ouvrières ne peuvent d’ores et déjà plus se soigner !

Cette politique est vitale pour les capitalistes. Face au développement de la crise et de l’effondrement de pans entiers de l’économie capitaliste, ces derniers trouvent de moins en moins de marchés sources de profits pour leurs capitaux. Aussi sont-ils d’autant plus pressés de privatiser les services publiques. Cependant, ces nouveaux marchés sont plus restreints en terme de débouchés productifs que ne le sont les piliers de l’économie mondiale tels que le bâtiment, l’automobile, le pétrole…. Ils ne permettront pas, même dans le meilleur des cas, un nouvel essor économique salvateur. Aussi, dans ce contexte d’effondrement, la lutte pour les marchés sera des plus acharnée pour les grands trusts internationaux. Autrement dit, ce sera une question de vie ou de mort pour les investisseurs de capitaux. Dans cette lutte, chaque capitaliste se retranchera derrière son Etat pour se défendre. Au nom de la défense de l’économie nationale, les capitalistes tenteront de nous enchaîner dans leur guerre économique. De cette guerre, les victimes sont… les travailleurs. Car derrière la défense de l’économie nationale, chaque bourgeoisie nationale, chaque Etat, chaque patron essaie de réduire ses "coûts" pour maintenir sa "compétitivité". Concrètement, ils n’auront de cesse que d’intensifier les attaques contre nos conditions de vie et de travail. Si nous les laissons faire, si nous acceptons de nous serrer encore la ceinture, ces sacrifices ne connaîtront pas de fin. Ils remettront en cause jusqu’à nos conditions d’existence ! Travailleurs, refusons de nous laisser diviser par corporation, secteur ou nationalité. Refusons de nous livrer cette guerre économique de part et d’autre des frontières. Battons-nous ensemble et unissons-nous dans la lutte ! Le cri lancé par Marx est d’autant plus d’actualité : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ».

C’est à nous les travailleurs de prendre nous même nos luttes en main

Aujourd’hui, ce sont les travailleurs de Grèce, d’Espagne, les étudiants d’Angleterre qui sont en lutte et sont en butte à des gouvernements qui, de gauche comme de droite, sont aux services des classes dirigeantes. Et comme nous en France, vous avez à faire à des gouvernements qui répriment violemment les travailleurs et les chômeurs, les étudiants, les lycéens.

En France, cet automne, nous avons voulu nous défendre. Nous étions des millions à descendre dans la rue pour refuser purement et simplement cette nouvelle attaque. Nous nous sommes battus contre cette nouvelle loi et contre toutes les mesures d’austérité qui nous touchent de plein fouet. Nous avons dit "Non !" à l’augmentation de la précarité et de la pauvreté. Mais l’intersyndicale nous a menés volontairement à la défaite en combattant l’extension du mouvement gréviste : · Au lieu de briser les barrières de métier et de corporation pour unir le plus largement les travailleurs, elle a fermé les assemblées générales de chaque entreprises aux autres travailleurs. · Elle a fait des actions spectaculaires pour « bloquer l’économie » mais rien fait pour organiser des piquets de grève ou des piquets volants qui auraient pu attirer d’autres travailleurs dans la lutte. Ce que des travailleurs et précaires ont fait. · Elle a négocié notre défaite derrière notre dos, derrière les portes fermées des cabinets ministériels. L’intersyndicale n’a jamais rejeté la loi sur les retraites, elle a même répété et répété encore qu’elle était "nécessaire" et "inévitable" ! A l’entendre, nous aurions dû nous contenter de demander à ses côtés "plus de négociations gouvernement-patrons-syndicats", "plus d’aménagements de la loi pour une réforme plus juste et équitable"…

Pour lutter contre toutes ces attaques, nous ne pouvons compter que sur nous mêmes. En ce qui nous concerne nous avons défendu dans ce mouvement la nécessité pour les travailleurs de s’organiser sur leurs lieux de travail dans des AG souveraines, de se coordonner à l’échelle nationale pour diriger le mouvement gréviste en élisant des délégués révocables à tout moment. Seule une lutte animée, organisée et contrôlée par l’ensemble des travailleurs, tant dans ses moyens que dans ses objectifs, peut créer les conditions nécessaire afin d’assurer la victoire.

***************

Nous savons que ce n’est pas fini, les attaques vont continuer, les conditions de vie vont être de plus en plus difficiles et les conséquences de la crise du capitalisme ne vont qu’empirer. Partout dans le monde, nous devons donc nous battre. Pour cela, nous devons retrouver confiance dans notre propre force : Nous sommes capables de prendre nos luttes en main et de nous organiser collectivement. Nous sommes capables de débattre ouvertement et fraternellement, en "libérant la parole". Nous sommes capables de contrôler véritablement la tenue de nos débats et nos décisions. Les assemblées générales ne doivent pas être dirigées par les syndicats mais par les travailleurs eux-mêmes.

Nous allons devoir nous battre pour défendre nos vies et l’avenir de nos enfants ! Les exploités du monde entier sont frères et sœurs d’une seule et même classe ! Seule notre union de par les frontières sera à même de jeter à bas ce système d’exploitation.

Des participants de l’AG interpro "Gare de l’Est et Île de France" Pour nous contacter : interpro@riseup.net

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 09:11

Lundi 27 mai nous intervenions à nouveau au Pôle emploi de la porte d’Auteuil dans le 16ème pour faire annuler la radiation d’un allocataire .

Avant que l’on vous coupe les vivres, appliquez-vous à jouer la sale comédie du « demandeur d’emploi ».

Une fois encore, le motif de radiation invoqué est l’"insuffisance d’actes positifs et répétés de recherche d’emploi". Cela fait partie des "obligations" imposées aux chômeurs..., mais le courrier reçu comporte deux mentions bien moins classiques qui augurent mal de ce que va devenir l’usine-à-gaz du suivi mensuel imposé, dont des syndicalistes de Pôle emploi ont annoncé la suppression (voir : Pôle Emploi : le « suivi mensuel personnalisé » est enterré) tandis que la direction de Pôle emploi se refuse à confirmer ce bug majeur... et prépare, à l’occasion d’une baisse annoncée des effectifs à Pôle emploi, une modernisation du contrôle des chômeurs.

Pôle emploi reproche trois choses au radié. Premièrement, n’avoir pas fourni de preuves de recherche d’emploi. L’allocataire a pourtant déjà fourni de telles preuves par un fax indiquant les postes auxquels il a postulé ces derniers mois.

Suspect d’être en vacances ?
D’avoir jonglé avec son bracelet electro-informatique ?

Deuxièmement, une mention manuscrite prend prétexte de congés pris lors de convocations avec un conseiller pour indiquer "Congés déposés à chaque convocation ( 21/12/09, 30/12/09, 08/03/10, 06/05/10)". On lui reproche donc de prendre des congés, trop de jours, trop souvent. Ces absences étaient pourtant déclarées sur le site internet de Pôle emploi. Où est la faute ? Quel est le manquement au devoir du chômeur ?

Le chômeur doit, en principe, déclarer toute absence supérieure à 7 jours, dans la limite autorisée de 35 jours d’absence par année civile. Pour ce faire, le chômeur qui s’est crée un "espace personnel" sur le site de Pôle emploi accède à son dossier puis y déclare un "changement de situation", en l’occurrence un congé. Comme toujours, il est prudent face à ces institutions d’ « agir en huissier », de garder une preuve (une copie d’écran) de sa déclaration. Une absence à convocation durant un congé déclaré ne peut entraîner ni avertissement avant radiation ni radiation. Des chômeurs inscrits ayant autre chose à faire que d’aller individuellement à Pôle emploi utilise ce moyen pour prendre congé du suivi mensuel. Autant le savoir quand toute menace de sanction de Pôle emploi peut être archivée dans le dossier du chômeur et qu’avec le nombre de sanctions ou de menaces de sanctions, c’est la nature des sanctions applicables qui s’aggrave, allongeant les "suspensions" lorsqu’il y a des antécédents.

Le mérite évalué par internet

Faut pas rigoler avec un contrôle qui va au delà de ce qu’il peut selon les textes mêmes qui le régissent. Caf ou Pôle tentent leur chance en carottant des allocs et s’y entendent très bien en tentatives "hors les clous" de "réduction du déficit public" au détriment des pauvres. Que la moitié des chômeurs soit non indemnisés, que le revenu concédé soit dû à la société, voilà qui fait office de normes pratiques, à défaut d’être légale.

Le troisième motif invoqué par le courrier de Pôle emploi -lui aussi absolument extra réglementaire - est le plus inquiétant : "Votre espace emploi est sans mouvement depuis Février 2010 (vierge, sans C.V)". On le sanctionne donc pour ne pas avoir consulté son espace personnel internet durant 4 mois ! Il est certes prévu de procéder prochainement à sa propre inscription au chômage par internet, histoire de libérer du temps de travail des conseillers de Pôle pour l’affecter à des tâches de contrôle, mais disposer et utiliser un espace internet Pôle emploi ne fait pas encore partie des devoirs du chômeur... Décidément, Pôle emploi cherche à tout mesurer et au moyen de chaque prise disponible.

Face au délire bureaucratique assisté par ordinateur, saisissons le gros animal au guichet. Au début de cette visite là, le réflexe sempiternel : envoyer paître... L’employée « d’accueil » commence donc par répondre à l’allocataire que le directeur du site est absent. Nous lui disons que nous l’accompagnons. Et voilà que subitement le dirlo apparaît. Après avoir été menacés d’évacuation, nous serons reçus, le directeur procédera à la réinscription rétroactive, sans pertes de droits et sans mentions dans le dossier de l’allocataire.

Selon les termes du directeur, le suivi par Pôle emploi aura lieu plus près du domicile dans le cadre du « suivi géographique », le suivi obligatoire des chômeurs ne sera plus forcément mensuel mais « adapté selon le profil », sans plus de précisions. Allons nous être traçables par Pôle emploi sur internet après, par exemple, nous être inscrits nous-mêmes pour éviter le 39 49 et les refus d’accueil au guichet ? Le pire n’est jamais certain. Reste à saper ce qui le prépare au présent, comme l’ont fait les chômeurs grévistes bretons en occupant deux jours de suite le Pôle emploi de Carhaix.

Lors de cette visite collective, les "motifs" de sanction sont tombés et la radiation avec, mais combien de chômeurs font l’objet de décisions de Pôle emploi qui ne sont jamais mises en cause ?

Face aux dérobades, aux délais, aux faux prétextes, à la non réponse des institutions sociales, des actions collectives donnent chaque semaine des résultats que des ayants droits isolés auraient bien peu de chance d’obtenir.

Précaires, intermittent-e-s, chômeur -euses

Ne restons pas seul-e

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 21:35

Vous avez surement entendu parlé dans les différents réseaux de la prochaine iniative conjointe organisé par le collectif de soutien aux sans papiers 26-07 et par Survie26-07 et par le collectif libertaire du Laboratoire le 8 janvierà 15h30 par la diffusion du film de Camille de vitry:"le prix de l'or"

 

Troisième réserve d'or après l'Afrique du Sud et le Ghana, le Mali tente de maîtriser l'essor spectaculaire de ses exploitations aurifères, tout en menant depuis les années 90 une politique de privatisation forcée voulue par la Banque mondiale. Une restructuration qui devait amener des investissements étrangers, améliorer le rendement des usines de traitement et relever le niveau de vie de la population, parmi les plus pauvres du monde. De fait, l'or profite largement aux multinationales sud-africaines, américaines, canadiennes ou suisses: elles décrochent d'importantes concessions, ont recours à des méthodes de travail parfois dignes du régime d'apartheid et s'enrichissent sans réglementation transparente, dénoncent plusieurs ONG locales.
Des villages disséminés dans la brousse, quelques champs de mil et de coton, de maigres troupeaux de zébus... la vie n'est pas facile pour les agriculteurs et les éleveurs de la région de Bougouni, au sud-est du Mali. Dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, qui compte toujours parmi les 10 Etats les plus pauvres du monde, le voyageur serait bien en peine de découvrir le moindre signe extérieur de richesse. C'est pourtant ici qu'a été inaugurée le 15 février 2001 l'usine d'exploitation du gisement aurifère de Morila. Avec un sous-sol contenant en réserve plusieurs centaines de tonnes d'or, selon les estimations officielles, le site a rapidement été classé comme le plus prometteur du Mali. Pour accéder à la concession dirigée par la compagnie sud-africaine Anglogold, il faut compter 3 heures de route depuis la capitale Bamako, puis quitter la nationale RN7. Après avoir traversé plusieurs hameaux, passer 2 heures à sillonner une piste défoncée, praticable en camion ou en 4X4 uniquement. Le trajet nous plonge en plein coeur d'une zone préservée, celle de la savane arborée, pastorale et agricole traditionnelle du Mali. Derrière une colline de latérite, se découpe soudain la silhouette massive du site industriel, ses remblais grisâtres, son bâtiment administratif, sa piste d'atterrissage, ses grues et sa machinerie complexe.
Avec son rendement annuel dépassant les 19,6 tonnes de précieux minerai, Morila suscite aujourd'hui bien des convoitises. L'exploitation bat son plein à l'abri des curieux et derrière un vaste réseau de clôtures et de fils de fers barbelés. Devant l'entrée du site, une vingtaine de poids lourds sont garés en rang d'oignon. «Armes et caméras interdites», rappellent des affiches géantes. Un sas d'accueil dissuasif. Les gardes armés filtrent les arrivants et fouillent les affaires personnelles des quelque 2700 employés vivant pour la plupart dans les baraquements de l'usine, sorte de petite cité fortement hiérarchisée et vivant en parfaite autarcie.


TOLERANCE ZERO

Malgré une recommandation du ministère du Tourisme, impossible de pénétrer même accompagnés dans la zone d'exploitation. Les seules informations que nous obtiendrons seront celles qui se déroulent sur un large écran à diodes lumineuses rouges, donnant les chiffres de production du jour et incitant les ouvriers au travail et à se plier aux règles de sécurité en vigueur. «Tolérance zéro du non-respect» est le message qui défile en continu tandis que nous devons finalement rebrousser chemin.
Si la gestion sud-africaine du site industriel est connue pour sa rigueur, quitte à se faire taxer par certains observateurs de «système calqué sur le régime d'apartheid», les responsables d'Anglogold ne semblent pas accorder autant d'attention au respect de l'environnement au-delà des grilles du chantier. A Bamako, l'organisation de développement Guamina (lire encadré) tente d'alerter depuis plusieurs années le gouvernement sur les risques de pollution grave qu'entraîne ce genre d'exploitation à ciel ouvert, notamment à Sadiola, une importante zone aurifère à la frontière avec le Sénégal, également exploitée par la multinationale sud-africaine en participation avec Iamgold (Canada), le Gouvernement du Mali et la Banque mondiale.
A un jet de pierre du site industriel, le village traditionnel de Morila observe en silence l'extraction de tout l'or malien. Les revenus générés par l'exploitation du minerai ont modifié certaines habitudes. Un instituteur de la région dresse le bilan de cette coexistence étrange. «Des dizaines de jeunes hommes des villages voisins de Sanso et de Fingula sont aujourd'hui employés à la mine. Ils gagnent plus de francs CFA que ce qu'on aurait pu imaginer avoir. Ils ont acheté des mobylettes ou des toits en tôle ondulée pour leur maison, ce qu'on n'avait jamais vu ici auparavant. Depuis deux ans, la direction d'Anglogold a aussi installé un réseau pour électrifier certains villages, favorisé l'adduction d'eau, installé des puits, fait construire des écoles.»


LES LANGUES SE DELIENT

Gestes de solidarité pour acheter le silence de la population locale? Sans doute. La pression politique qu'exerce la compagnie est aussi efficace. La passion de l'or, les habitants de Morila la connaissent bien: la région a en partie vécu autrefois de l'orpaillage traditionnel, une pratique très répandue au Mali qui fait vivre des dizaines de milliers de personnes dans le pays et bâtit parfois de petites fortunes. Dans la région, un gisement est même en cours. Le chef du village en a récemment interdit l'exploitation aux habitants, «de peur de mettre en cause la mine mère, dont l'installation est seulement à un kilomètre», confirme un témoin.
Parfois, certaines langues se délient. «Nous attendons toujours la réfection de la route, qu'ils ont promise depuis leur arrivée. Le passage des camions soulève une poussière incroyable», précise un autre. A côté de la mine industrielle, les éleveurs apprennent aussi à se méfier du «gaz qui tue». «Le cyanure-là, ça tue directement. L'an passé, il y a eu un écoulement. Une demi-douzaine de boeufs sont morts.» Un regret: celui de voir, un jour, mener par le gouvernement de Bamako une évaluation officielle d'impact concernant l'usine de Morila. Elle reste toujours à faire.
_____________________________

UNE MULTINATIONALE SUISSE DANS LA COURSE

Plus de 26 tonnes d'or produites en 2000, 51 tonnes en 2001, des prévisions avoisinant les 65 tonnes pour 2003... c'est sur l'essor remarquable du potentiel minier que parie aujourd'hui le gouvernement de Bamako pour redresser son économie, une des plus pauvres du continent. «Deuxième produit d'exportation, l'or a déjà supplanté le bétail sur pied et s'apprête à damer le pion au coton dans un proche avenir, selon certaines statistiques. A lui seul, il représente le quart des quotas d'exportation du pays», résume le magazine économique Investir au Mali.
Face au mirage d'une fortune facile, de nombreux problèmes liés à l'exploitation aurifère au niveau industriel se posent aujourd'hui. D'abord, les risques élevés de pollution. Détérioration du patrimoine national, fragilisation des sols, dispersion de cyanure, de mercure et de produits toxiques nécessaire au lavage de l'or... les sources d'inquiétude sont multiples, comme le mentionne une récente étude d'impact écologique menée par l'organisation de développement malienne Guamina.
Après inspection du site de Sadiola, cette ONG a déjà pu remarquer des cas de «contamination de l'eau souterraine par le cyanure à la suite d'infiltrations», des déchets liés à des fuites d'huile et au drainage. Pour Souleymane Dembele, coordinateur général de Guamina et responsable du dossier «mines d'or», un autre risque provient des parts de plus en plus faibles que les multinationales d'exploitation opérant au Mali reversent au pays comme royalties. «Cette situation résulte de la politique d'attraction des investissements étrangers au Mali menée par le gouvernement depuis le début des années quatre-vingt-dix», explique le coordinateur.
Une politique d'ouverture qui a porté ses fruits. Aujourd'hui, des multinationales comme Anglogold (Afrique du Sud), Randgold, IAMGOLD, Nevsun Resources, African Metals Corp. (Canada), s'arrachent les concessions. Le manque de transparence concernant les contrats, le respect du code minier ou les conditions réelles d'exploitation du sous-sol malien rend difficile toute tentative de mener un travail critique d'observation du comportement social et environnemental des compagnies minières étrangères au Mali. Même la liste complète des sociétés présentes et de leur zone d'attribution n'est pas disponible. Impossible donc pour un citoyen malien de connaître les activités précises de la multinationale Axmin, dirigée par le Suisse Jean-Claude Gandur et prospectant non loin de Sadiola, à la frontière du Sénégal. Axmin a récemment obtenu quatre concessions d'exploitation dans la zone de Kofi (région Ouest du Mali), avec des intérêts défiant toute concurrence. GLe


exergue

Face aux droits humains, le silence est d'or

   GILLES LABARTHE    

Depuis plus de cinq siècles, l'exploitation des importantes réserves d'or enfouies en Afrique de l'Ouest représente un enjeu économique et stratégique crucial pour les sociétés occidentales.
La richesse du métal jaune avait dès le XIVesiècle attiré l'attention des explorateurs arabes. Elle a ensuite attisé la convoitise des puissances coloniales européennes, le drainage de l'or africain vers l'Europe se déroulant alors simultanément, et depuis la fin du XVesiècle, avec un autre commerce sordide: celui de la traite des Noirs. Au nom de la déclaration universelle des droits de l'homme, l'esclavage a ensuite été aboli, le régime colonial est tombé. La guerre froide qui paralysait le continent africain dans la lutte d'influence menée par guérilla interposée entre les Etats-Unis et l'ancien bloc de l'Est, relayée aux oubliettes.
On aurait pu imaginer que le Mali, sorti d'une longue période de dictature, deviendrait enfin libre d'exploiter à sa guise ses étonnantes réserves d'or, troisième en importance après l'Afrique du Sud et le Ghana. C'était sans compter la politique de privatisation forcée dictée depuis le début des années nonante par la Banque mondiale. On connaît la rengaine: les plans de restructuration des industries maliennes doivent amener des investissements étrangers, améliorer le rendement des usines de traitement et relever le niveau de vie de la population, parmi les plus pauvres du monde.
De fait, l'or du Mali profite aujourd'hui largement aux multinationales sud-africaines, américaines, canadiennes ou suisses qui décrochent ici, et en toute discrétion, d'importantes concessions sous prétexte qu'elles sont les seules à pouvoir installer sur place les infrastructures d'exploitation permettant une extraction du minerai à l'échelle industrielle. Leurs usines de traitement de l'or s'accaparent des surfaces dépassant souvent plus de 40hectares du sol malien. Elles érigent des forteresses impénétrables, fonctionnent en vase clos, sont dirigées par des cadres anglo-saxons qui imposent leurs conditions de travail à la main-d'oeuvre africaine locale. Certaines ont recours à des méthodes de surveillance parfois dignes du régime d'apartheid, comme l'a dénoncé avec force la documentariste Camille de Vitry dans un film intitulé Le prix de l'or en évoquant le cas du complexe industriel de Sadiola, site d'exploitation proche de la frontière sénégalaise et sous la responsabilité de la multinationale sud-africaine Anglogold.
Une situation qui n'a pas l'air d'embarrasser les institutions financières internationales, partenaires de plusieurs concessions aurifères sous le confortable label de «l'aide au développement». GILLES LABARTHE

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:48

nouvelles du 21 /11/2010

Les travailleurs chinois de Foxconn, le partenaire industriel d’Apple, ont tenté une renégociation de leurs salaires et ont dénoncé cette semaine un plan de délocalisation.  Quand on a lu l'annonce  de la CTAV qui offrait à tout nouveau abonné  un IPhOne , on a cherché à comprendre.

D’après l’agence de presse Reuters, les employés de l’industriel Foxconn à Foshan ont manifesté pour réclamer des salaires plus élevés. Les travailleurs étaient semble-t-il également irrités d’un plan de délocalisation prévoyant de déplacer une partie des effectifs vers la Chine intérieure.

Nombreuses sont en effet les entreprises chinoises qui fuient le littoral et s’implantent en Chine intérieure, où les coûts salariaux et fonciers sont moins élevés. Les salariés affirment que la manifestation a regroupé entre 6000 et 7000 personnes, et que l’entreprise avait menacé de licencier tout manifestant.

Un employé estime que l’assembleur salarie ses travailleurs à hauteur de 1100 Yuans par mois, soit 121 Euros. Cette somme serait inférieure à ce que l’entreprise avait promis de verser suite à la hausse récemment consentie.

Ce n’est pas la première fois que la politique salariale de Foxconn fait l’objet de tant d’attention médiatique. Au mois de mai dernier, Apple avait du faire une communiqué pour réagir à une vague de suicides chez son assembleur à Shenzhen, une autre usine appartenant également à Foxconn.

L’industriel avait du réaliser un audit de ses usines, en 2006, après qu’un journal avait révélé que les travailleurs de Foxconn étaient traités de façon critiquable et contraints à travailler dans des conditions d’exploitation déplorables. Apple réalise désormais un audit annuel de ses partenaires. Celui de l’année dernière a permis de mettre en évidence que la moitié de ces partenaires ne respectait pas la loi quant au paiement des heures supplémentaires.

Hon Hai, maison mère de Foxconn, nie toute implication dans la vente de composants de l’iPhone 4

Vendredi, Hon Hai Precision Industry Co. a démenti que des personnes employées par Foxconn aient pu vendre des composants de l’iPhone 4 blanc. L’entreprise a fait cette déclaration sous la forme d’un communiqué aux opérateurs de la bourse de Taïwan (Source Bloomberg).

Nous vous parlions en effet mercredi dernier de cet étudiant américain qui a gagné 130 000 $ en se procurant des coques d’iPhone 4 blanc, en les montant sur des iPhones 4 noirs au prix fort. (lire : Un étudiant gagne 130 000$ avec des kits pour créer des iPhone 4 blanc). Il avait indiqué qu’il se fournissait directement chez le fabricant. Et il n’est pas le seul ! Après avoir écrit l’article, une société française spécialisée dans le montage des coques blanches pour iPhone 4 nous a contacté. Elle recevrait également ses coques de chez Foxconn.

 

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:40

    Fortunes de mer

  Lignes maritimes à grande

vitesse :

les illusions bleues d’un

« capitalisme vert »

 

 

Plus de quatre-vingt-dix pour cent du trafic mondial de marchandises sʼeffectue

sur les mers...”

 

A lʼheure où ils caressent lʼespoir dʼune croissance adossée aux « marchés verts », les capitalistes entendent faire de lʼespace maritime leur nouvel alibi écologique.En Europe, lʼengorgement des voies rapides ralentit les flux de marchandises et engloutit une part de la plus-value. A eux seuls les prochains couloirs à grande vitesse ne suffiront pas à combler ce manque à gagner. A fortiori quand les populations des régions concernées comme les salariés impliqués dans ces projets en ont déjà saisi lʼimposture.

De multiples actions de résistance se font jour au fil de ces tracés, que ces derniers soient hypothétiques ou avérés. Cʼest donc vers la mer, redevenue un territoire à conquérir, que se tournent aujourdʼhui les instances de lʼUnion européenne. La commission de Bruxelles présente les autoroutes de la mer et autres bateaux à grande vitesse comme les prochains outils dʼun « transport écologique au service du développement durable ».Mais, par-delà les annonces, que dissimulent en réalité ces projets auxquels souscrivent avec enthousiasme nombre dʼécologistes officiels ? Cʼest ce que les auteurs de ce texte ont tenté de comprendre, en pointant du doigt quelques-unes des fausses alternatives et des vraies illusions particulières à la période qui sʼouvre devant nous.

Ouvrage disponible en librairie ou par commande à : Editions Acratie, lʼEssart, 86310 La Bussière. Par mail : editions.acratie@orange.fr

Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-mer

                 La mouette enragée

                     B.P 403

        62 206 Boulogne-sur-mer cedex.

 

      lamouette.enragee@wanadoo.fr

 

Le Groupe Communiste Anarchiste de Boulogne-sur-

mer fait paraître aux éditions Acratie

 

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 12:11

En réponse du message commentairepassé sur le blog du laboratoire après le texte  qui parlait de la grève commençait le 14 décembre, on publit ce message avec le lien .Sachant que la situation est très tendu en Guadeloupe car c'est la saison touristique qui commence . Le principal pour nous au collectif libertaire c'est l'information de toutes et Tous

 

"Deux ans après la grève de 2009, qui avait débuté par la création le 5 décembre 2008 du LKP, le collectif contre la « profitation » qui n'a jamais débandé, est bien décidé à faire monter la pression. Le mouvement social du 14 décembre qui risque d'être dur, est la suite logique de la grosse manif du 26 octobre. Ce jour-là, les coordinations syndicales de Guadeloupe, Martinique et Guyane avaient souhaité faire un « gros » coup en appelant à une grève générale simultanément dans ces trois pays. C'est en Guadeloupe que le mouvement avait été le plus suivi ; près de 20 000 LKPistes avaient déboulé dans les rues de Pointe-à-Pitre alors qu' à Fort-de-France ou Cayenne, la manif avait été un flop, tout particulièrement à Fort-de-France où le K5F s'est passablement émoussé.

En début de conférence de presse, les deux syndicalistes martiniquais, Léo Bertide (UGTM) et Robert Lanoir (CDMT) ont très clairement indiqué que l'état de la mobilisation chez eux ne permettait pas un appel à la grève le 14 décembre. Les organisations restaient cependant mobilisées en soutien à la Guadeloupe, le lendemain, le 15 décembre, Ghislaine Joachim-Arnaud, militante de Combat ouvrier et secrétaire générale de la CGTM serait traduite devant le tribunal français pour « injures racistes ». Ghislaine Joachim-Arnaud avait, lors d'un débat télévisé, osé dire que la « Martinique appartenait au peuple martiniquais et qu'il fallait se débarrasser des exploiteurs békés ». Ghislaine Joachim-Arnaud, également membre du K5F, est d'ailleurs l'objet d'une campagne internationale de soutien. Les dirigeants de Combat ouvrier sont actuellement à Paris, où ils organisent une conférence de presse.

Sinon, Elie Domota, textes à l'appui, a égrené pendant près de 15 minutes, toutes les raisons qui poussent LKP à (re)descendre dans la rue. Globalement, les accords de fin de conflit (février 2009) n'ont pas été respectés, pas plus que l'accord Bino. Mais ce qui semble exacerber la colère du leader du LKP, c'est le fait que le représentant de l'état français et la ministre des colonies aient décider de « squeezer » LKP. Les courriers successifs adressés par le collectif à l'État français ou aux collectivités majeures pour tenter de renouer les fils du dialogue, n'ont pas eu de suite ou alors, le Préfet s'est contenté de manière très sommaire, de répondre au secrétaire de l'UGTG quand c'est le dirigeant de LKP qui le sollicitait. Elie Domota a sans ambigüité indiqué que le refus du dialogue, la fuite en avant du représentant de l'État français, le non-respect des accords signés, les problèmes encore non résolus, les yoyo des prix du carburant, les augmentations des prix à la consommation sont autant de « casus belli » qui obligent LKP à durcir le mouvement.

La question se pose. La mobilisation débute le 14 décembre, ira-t-elle jusqu'à Noël ? Rien n'est impossible car LKP qui a choisi la rue pour se faire entendre, semble vouloir se donner les moyens de faire monter la pression.

Le climat s'y prête. Il y a dans l'opinion un vent de mécontentement qui souffle car d'aucuns s'aperçoivent que malgré LKP, les prix flambent, le chômage persiste et les promesses faites pendant les 44 jours ne sont que des volutes de fumées.

L'autre question qui se pose : comment éviter le pire dès le 14 ? L' État français et son représentant sont-ils prêts à « lâcher du lest », à revenir à la table des négociations ? Rien n'est moins sûr. Il semble bien que l'autisme soit depuis quelques mois la règle.

Les collectivités majeures trop occupées par la « réforme territoriale » et le prochain congrès, sont-elles en mesure d'écouter ce qui se passe dans la rue ?

Va-t-on vers une nouvelle révolte populaire ? Il est certain que l'histoire ne va pas se répéter et que Noël 2010 ne sera pas Janvier 2009. Comment éviter le pire ? Comment LKP sera obligé de suivre sa propre logique ? Elie Domota n'a cessé de répéter que la « mobilisation était l'unique moyen d'être entendu. »

De son côté, Jean-Marie Nomertin très remonté a simplement indiqué, en fin de conférence que « LKP était prêt à aller jusqu'au bout sans rien lâcher ». Est-ce une déclaration de guerre ? LKP a convoqué tous les délégués syndicaux en entreprise pour un briefing préalable. Le Noël 2010 risque bien de ne pas être un cadeau..."

Partager cet article
Repost0
24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 13:34

Appel à tous ceux qui se sentent concernés par ces lois, à ceux touchés directement et qui voudraient raconter comment cela change leur vie, leur travail, leur façon se loger… Appel à tous pour se demander comment réagir face à ces lois, comment les contourner ou se défendre face à celle-ci.

Pourquoi lutter contre une énième loi sécuritaire ? Nous ne devrions plus cultiver d’illusions sur les libertés publiques, à l’heure où les dispositifs sur lesquels ces mesures s’appuient sont déjà largement entrés dans la vie quotidienne, où la police est déjà omniprésente. La seule revendication de l’abrogation de cette loi n’offre, il faut bien l’admettre, aucune perspective.

Si nous voulons nous battre contre cette loi, c’est pour ouvrir des perspectives d’émancipation qui réclament d’emblée d’aller plus loin que sa simple abrogation. Pour ceux qui aspirent à la liberté, qui voudraient que leur vie ne se résume pas au respect d’un parcours administratif, pour tous ceux qui tentent de s’en sortir par des voies détournées, cette loi sonne comme une condamnation supplémentaire. Seule une logique s’impose, et elle proclame régulièrement son triomphe en intensifiant son contrôle sur le monde sans rencontrer beaucoup de résistance.

En ce moment même le mouvement social est en pleine effervescence en Europe. En Angleterre, en Italie et en Grèce, les manifestants et les grèvistes font face aux lois d’austérité imposés par le gouvernement. En France, il y a quelques semaines seulement salariés, chômeurs, lycéens et tutti quanti prenaient la rue pour s’élever contre la réforme des retraites, contre la précarité organisée et le recul du moment où l’on s’arrache du travail.

Les réponses des gouvernements sont l’austérité et la sécurité. Ici et là les luttes, le mouvement social paraissent notre seul horizon viable. Et c’est en reprenant les choses en main, partout, dans nos rues, sur nos lieux de travail, et dans tous les lieux où l’on subit l’oppression, que s’éclaircira notre avenir, nous en sommes convaincus. La liberté ne s’incarne pas pour nous dans la méfiance des uns contre les autres, dans la performance dans un travail qui n’a pas de sens. La liberté prend sens dans l’hospitalité, dans les luttes joyeuses et collectives, dures et déterminées, qui renouent avec les mouvements sociaux de nos anciens.

Les difficultés rencontrées jusqu’à présent pour qu’émerge une opposition à la loi LOPPSI II doivent nous questionner. On a pu, par exemple, constater la faiblesse des vieilles organisations dites de la « société civile », qui n’ont même pas su assumer leur rôle traditionnel de relais d’information et de garde-fou. Effet de la multiplication des lois sécuritaires ou conséquences de formes de pensée et d’action trop déliées des premiers concernés ?

Il nous faut, en tout cas, en prendre acte, et commencer à nous donner de nouveaux instruments de veille, d’information, repenser à nouveau frais la dénonciation du « sécuritaire » et être en mesure d’avancer sur ce terrain sans être pris dans le coup par coup du pouvoir. En apprenant à nous protéger des différents dispositifs policiers (caméras, mouchards informatiques, etc.), nous avons déjà emprunté la voie d’une lutte concrète et immédiate contre la logique sécuritaire, et devons approfondir ce mouvement en mutualisant nos pratiques et en les renforçant à mesure qu’avance cette logique—jusqu’à ce qu’enfin on y mette un terme.

Performer la sécurité intérieure, poésie pour un Noël enflammé

Promulguée en 2002, la Loi d’Orientation et de Programmation de la Sécurité Intérieure (LOPSI) qui voulait définir les orientations nationales des politiques de sécurité, réorganisant à grand frais de moyens humains et financiers les services de police nationale et de gendarmerie a connu un tel succès (avec une augmentation d’environ 30% du nombre de garde à vue, la généralisation des fichages STIC et JUDEX), qu’elle appelait une suite.

Au ministère de l’Intérieur, on nous a donc préparé la LOPPSI II qui sera voté mardi 21 décembre à l’assemblée nationale et rééxaminé au sénat en janvier. Un P de plus pour « performance ». On entend ainsi performer la sécurité intérieure, c’est-à-dire « augmenter son rendement ». Cette loi dont on entend très peu parler devrait pourtant nous inquiéter, ne serait-ce que par cet ambitieux objectif qu’elle se donne ! Ainsi, « performer la sécurité intérieure », c’est achever de transformer la France en un gigantesque commissariat, asseyant encore un peu plus solidement les cadres d’un système que même le syndicat de la magistrature qualifie de « société du contrôle ».

Un système où la vidéosurveillance est généralisée , tout comme le fichage de la population, où votre voisin pourra faire partie d’une sorte de milice policière et votre logement ou votre voiture héberger un mouchard informatique à votre insu, où votre enfant de 13 ans peut se voir imposer un « couvre-feu individuel . Berk ! un monde avec des uniformes partout, où les contrôleurs pourront manu militari faire descendre les dangereux fraudeurs des bus ou rames de métro, un système où la sécurité et l’autorité ne sont plus l’apanage de la « police nationale », puisqu’on privatise la sécurité, et qu’on recrée les milices privées….bref, un environnement jovial et convivial.

Petits éléments de contexte concernant la sécurité intérieure

Cette loi, qui peut être présentée comme un véritable « fourre-tout » avec des volets portant sur des sujets complètement différents, présente en réalité une vraie cohérence qui est la même depuis 2002. De LOPSI à LOPPSI II pas moins de 9 textes en 8 ans ont défini une nouvelle réalité pénale (c’est à dire un dispositif législatif, des lois quoi). Le non respect des règles entraine des sanctions de plus en plus lourdes tandis que des comportements auparavant non condamnés entrent dans la sphère des actes répréhensibles et sanctionnés.

Plus la loi évolue, plus décider par soi-même de ce qui est acceptable ou non et agir en conséquence devient proscrit. L’enjeu pour chacun est sa liberté de mouvement, d’action et d’être.Le 30 juillet lors du discours de Grenoble, N. Sarkozy n’a fait que préciser sa vision de la société. Une vision dans laquelle « l’étranger » et le « délinquant » se confondent. La LOPPSI 2 n’est pas un outil isolé. Son adoption précède de peu celle du projet de loi Besson. Ce texte, adopté en première lecture à l’assemblée le 12 octobre n’est jamais que le 4ème en 7 ans à venir modifier la condition des étrangers en France. C’est l’occasion pour le législateur d’affûter les outils juridiques déjà existant à l’égard des migrants et d’en créer de nouveaux, rendant plus expéditives les procédures éloignement tout en prévenant leur retour en France et plus globalement en Europe.

Les possibilités pour les juges de sanctionner les illégalités des procédures de police lors des interpellations sont réduites tandis que les rafles en masse se banalisent. Certaines pratiques jusqu’alors condamnées par les tribunaux vont devenir acceptables. La majorité des mesures contenues dans le texte aura pour conséquence de précariser davantage la situation de nombreux étrangers et tout particulièrement des sans papiers dont les chances de régularisation s’amenuisent.

Tout est question de gestion, la figure du délinquant comme celle du « sans papier » ou du Rrom mène vers un monde de la maîtrise des populations. La police est garante du bon déroulement du vivre ensemble. L’Etat à travers ses représentants bottés nous protègent de tous ces « autres » potentiellement nuisibles mais aussi de nous-mêmes.

Bouts de loi, loi de charognards Télé surveillance : Dans la même veine de mise sous contrôle de la population à laquelle on assiste de manière accélérée depuis la loi Perben I, en matière de vidéosurveillance, requalifiée de vidéoprotection ! la loi prévoit de tripler le nombre de caméras (60 000) et de “permettre aux services de police et de gendarmerie d’accéder aux images”.On autorise des entreprises privées à mettre des caméras qui filmeront la voie publique, on étend de toutes façons la possibilité pour les autorités de placer des dispositifs de vidéosurveillance partout (et notamment pour les manifestations), les communes seront subventionnées pour installer leur “videoprotection”.

Délit de vente à la sauvette : Elle n’était réprimée que par une amende atteignant maximum 750 €, avec la LOPPSI II il est prévu de faire de cette pratique un délit, punissable de 6 mois de prisons et de 3750 € d’amende ! La chasse au pauvre a commencé “Citoyen relais” : le « service volontaire citoyen », des citoyens au service de la police, des missions d’aide aux victimes mais aussi de surveillance du voisinage peuvent leur être confiées, délation des troubles à la tranquilité publique, des jeunes qui font l’école buissonière ou qui occupent les halls.

Un amendement, le 196, prévoit d’ailleurs d’augmenter l’amende encourue pour l’occupation en réunion des espaces communs ou des parkings souterrains ou des toits des immeubles collectifs d’habitation, jusqu’à 1500€, et permet de prendre des mesures correctives ou éducatives à l’encontre des mineurs éventuellement impliqués ou de leurs parents. Quant aux majeurs, ils pourront être convoqués devant le tribunal de police.

Privatisation de la sécurité : le texte prévoit de délivrer des pouvoirs de policiers à des agents de sécurité engagés par des boites privées : comme par exemple contrôler une identité.Les effectifs privés sont de 170 000 salariés environ aujourd’hui et seront bientôt supérieurs aux effectifs publics de la police et de la gendarmerie – 220 000)

Mineurs : quelques points particulièrement choquants : par exemple la possibilité de comparution immédiate pour les mineurs délinquants sans passer par le juge des enfants. Ce point a été rejeté lors de l’examen du texte par le sénat. L’assemblée va-t-elle le réintroduire ? Concernant les mineurs aussi, l’instauration du couvre feu avec extension du contrat de responsabilité parentale créé en 2006.

Couvre feu : attention si vous n’êtes pas joignables alors que votre enfant s’est fait attrapé dans la rue après 22h, il est instauré une ordonnance de placement du mineur prise par l’administration. Les inspecteurs d’académie sont chargés de ficher et de sanctionner jeunes décrocheurs et absentéistes

Peines Planchers : De la même façon l’amendement 390 étendant les peines planchers aux violences aggravées dès le premier acte de violence alors qu’elles ne concernent aujourd’hui que les délits commis en récidive légale a été repoussé. Qu’en sera –t-il dans la rédaction finale ?

Cybercriminalité : A noter encore concernant la lutte contre la cybercriminalité la police, pourrait utiliser tout moyen (physiquement ou à distance) pour s’introduire dans des ordinateurs et en extraire des données dans diverses affaires, allant de crimes graves (pédophilie, meurtre, etc.), mais aussi au délit « d’aide à l’entrée, à la circulation et auséjour irrégulier d’un étranger en France commis en bande organisée », sans le consentement des propriétaires des ordinateurs.

Squatts et habitats précaires

L’article 32 ter A ne peut se lire que comme une attaque à l’encontre des habitants de bidonvilles, d’habitations de fortune, de campements de sans abris comme dans le bois de Vincennes, et également à l’encontre de personnes ayant choisi d’habiter caravanes, roulottes, camions, tipis, yourtes, auto et éco-constructions.

Toute construction sans permis de construire, comme il en existe beaucoup dans les DOM TOM pourrait aussi tomber sous le coup de cette procédure d’exception, car une construction sans permis est “illicite”. Cette procédure menace également les squatters depuis la nouvelle rédaction et l’ajout de l’amendement 404. Le sénat a voté la loi en première lecture le 10 Septembre en adoptant l’article 32 ter A sans les amendements 404 et 82. Aussi seules les installations sur terrains (et non dans un local) sont visées. Le Ministère de l’Intérieur avait annoncé son intention de l’étendre aux occupants de locaux lors de la deuxième lecture à l’Assemblée Nationale,sans succès.

Les lois ne sont définitivement votées qu’après une première lecture à l’assemblée et au sénat, puis une deuxième lecture à l’assemblée et au sénat (soit 4 fois examens et votes), et éventuellement un « troisième tour » en Commission Mixte Paritaire (le besoin d’un décret d’application n’est pas certain ici) ; des amendements peuvent être déposés tout au long de la procédure.

L’article 32 ter A prévoit une possibilité d’expulsion dans un délai de 48h après simple mise en demeure du préfet sans que les justiciables n’aient accès à un juge. Les termes employés d’atteinte à « la salubrité, la tranquillité ou la santé publique » ne répondant à aucune définition juridique précise laisse au préfet un pouvoir totalement discrétionnaire et arbitraire.

La rédaction de l’article vise toute personne qui aura décidé en réunion (2 personnes et plus), de s’installer sur un terrain quel que soit le propriétaire. D’autre part la soi disant possibilité de recours, qui n’est que la possibilité de recours en annulation – existant pour toute décision administrative – ne permettra pas un débat sur le fond de la décision mais seulement de soulever devant le juge administratif, les irrégularités dans les formes de l’acte … La procédure d’expulsion en vigueur actuellement, nécessite une décision du juge judiciaire, elle protège dans certains cas d’une expulsion en hiver, elle permet d’être pris en compte dans des dispositifs de relogement voire d’hébergement, elle doit respecter des délais et des actes de procédure délivrés par un huissier, elle prévoit la protection des biens des personnes expulsées ….

L’article 32 ter prévoit en outre une sanction financière pour ceux qui ne s’exécuteraient pas assez vite, ainsi que la destruction de l’habitation et des biens qu’elle renferme, sur procédure accélérée.Il n’est prévu ni relogement ni hébergement pour les expulsés. Ils doivent quitter les lieux et se rendre “invisibles”.

Documents joints

version imprimable du texte (PDF – 337.4 ko

Partager cet article
Repost0
24 décembre 2010 5 24 /12 /décembre /2010 13:15

Après le bracage de bourg de Péage, on n'a pas résisté à la tentation  de critiquer le capitalisme cogntif, la critique- pratique est en train de se construire avec le collectif chomeur et précaire sans honte

C’est un livre que tout le monde devrait lire, au moins les économistes, car il fait le point d’études économiques trop méconnues sur les transformations du capitalisme et du travail à l’ère de l’information alors, qu’à part une frange du patronat qui s’y trouve confrontée très concrètement et tente d’en tirer profit, tout le monde semble faire comme si rien n’avait changé, que ce soient les syndicats, les politiques et même la plupart des économistes (libéraux aussi bien que ce qui reste de marxistes à l’ancienne). Il faut dire que, pour tous ceux qui en sont restés à l’ère industrielle, du fordisme et de la "valeur-travail", il est bien difficile de comprendre la logique de cette "nouvelle économie" si déroutante, en réduisant l’analyse à déclarer ce capitalisme "financier", ce qui est une tautologie ! Pour cette impuissance à comprendre ce qui constitue une nouveauté radicale, Yann Moulier-Boutang utilise l’image du "vieux vin dans de nouvelles bouteilles" ou du "vin nouveau dans de vieilles bouteilles", selon qu’on garde l’idéologie pour l’appliquer aux réalités nouvelles, ou qu’on change d’idéologie pour l’appliquer à des réalités anciennes. On peut se demander d’ailleurs si le reproche ne peut lui être retourné dans une certaine mesure, mais, ce qui est sûr, c’est que, ce dont nous avons besoin, ce sont de nouvelles théories pour une réalité nouvelle !

Ces théories existent. Contrairement aux essayistes qui veulent nous faire croire qu’ils ont tout inventé et tirent de leur génie la lumière dont ils éclairent le monde, Yann Moulier-Boutang, comme tous les gens sérieux, nous donne ses références et tous les noms des auteurs et des ouvrages dont il a fait son miel. C’est en s’appuyant sur un grand nombre de travaux d’économistes ou d’autres chercheurs, reliant ainsi des savoirs dispersés, qu’il déroule une démonstration implacable de notre "nouvelle économie" et peut en proposer une théorie alternative à l’économie mathématique.

Malgré un large accord sur la plupart des analyses, nous discuterons cependant les deux thèses qui justifient son titre, d’abord le fait que l’économie "cognitive" plus que l’économie de l’information caractériserait notre époque, mais surtout le fait que le capitalisme soit vraiment compatible avec cette nouvelle économie de l’immatériel, alors que tout montre au contraire son inadaptation, aussi bien sur les droits de propriété que sur le salariat : c’est véritablement un nouveau système de production.

Le plus contestable, sans doute, dans sa "vision du monde", vient de Toni Négri : cette idée saugrenue que la "puissance constituante" serait du côté des Multitudes, comme si cette prise en masse recouvrait une quelconque unité ou capacité d’action, nous accablant ensuite du choix de nos oppresseurs : c’est le valet qui fait le maître, c’est l’ouvrier qui fait le patron, c’est le consommateur qui fait le marché, mon oeil ! L’accès aux réseaux, aux ordinateurs, aux téléphones portables ne sont certainement pas des "conquêtes ouvrières" (p56) ! Il semble bien que ce soit le concept d’externalités positives pris de façon un peu trop gobalisante qui mène à ces erreurs de perspective, tout comme il l’amène à flirter avec "l’ordre spontané" de Hayek ou bien à faire un peu trop confiance à une "intelligence collective" qui est plutôt à construire. Il faudrait mieux distinguer les effets collectifs de leurs multiples acteurs car ce qui est déterminant dans un système, ce ne sont pas ses éléments et leur supposé libre-arbitre, c’est le principe organisateur. C’est pourquoi nous avons à nous organiser collectivement contre ce qui nous menace, contre l’administration des choses, refuser l’inacceptable et construire une alternative, ce qui est bien difficile en effet, plutôt que de se fier à une résistance diffuse des Multitudes. Tout aussi contestable me semble le rôle qu’aurait joué la "critique artiste" dans les transformations du capitalisme selon Luc Boltanski, les véritables causes sont plus matérielles !

Ce n’est donc pas sur le plan politique qu’on se retrouvera vraiment, mais bien plus sur l’analyse économique de ce qu’il appelle le "capitalisme cognitif" et de ses contradictions. Le plus intéressant c’est effectivement cette synthèse originale de l’analyse économique des transformations en cours, mêlant école de la régulation, théorie de l’évolutionnisme, développement endogène, externalités, coûts de transaction, rationalité limitée, etc. Impossible de faire une véritable recension du livre qui détaille tout ce qui oppose les évolutions actuelles avec le modèle industriel, notamment ses conséquences sur les droits de propriété ou la nécessité d’un revenu garanti, propositions où l’accord est total. On peut d’autant plus s’étonner de l’insistance à garder malgré tout l’ancien cadre du capitalisme alors que tous ses rapports de production manifestent douloureusement leurs contradictions avec les nouvelles forces productives ! Bien qu’on parle à l’évidence de la même chose, la querelle ne se limite pas au vocabulaire à déplacer l’accent sur l’information, plutôt que sur le "cognitif", et sur l’indispensable sortie du capitalisme salarial au profit du travail autonome et de "l’économie quaternaire". S’il ne fait pas de doute que le capitalisme, à la fois, reste dominant et se transforme profondément, est-ce dire que c’est notre avenir pour autant ? On peut estimer au contraire que tout laisse à penser que non !

Information et connaissances

Commençons par le moins important, sans doute, par ce que l’expression de capitalisme "cognitif" peut avoir d’un peu trop optimiste. Il l’oppose, avec quelques raisons, aussi bien à la "société de l’information" (ou de la communication) qu’au "capitalisme technologique" ou même à une simple "économie reposant sur la connaissance". Voyons ses arguments :

« Tout se passe comme si après avoir cherché vainement le secteur qui succéderait à l’automobile pour tirer la croissance, on était venu à penser à un fordisme renouvelé par le secteur de production de la connaissance. Or la transformation touche la totalité de l’économie et détruit jusqu’à l’idée très manufacturière d’un secteur porteur. Le second malentendu concerne le terme même d’économie pour désigner une transformation du capitalisme ». p61

« L’économie ne repose pas sur la connaissance (la société elle, oui), mais sur l’exploitation de la connaissance ». p215

« Ce qui caractérise donc le capitalisme cognitif, ce n’est donc pas qu’il repose sur les connaissance et encore moins sur le secteur limité qui produit des connaissances (les départements R&D des grandes entreprises ou les investissements en machines employées dans ce secteur). Il conquiert ses titres de noblesse et son rang dans la prospection, dans la valorisation et dans l’exploitation des éléments des connaissances qui résistent à la codification numérique et qui incorporent le maximum d’externalités positives. Nous avons nommé cette particularité l’exploitation de la force inventive du travail vivant ou l’exploitation de degré deux ». p216

« La première limite de la thèse de la société de l’information est que, comme la précédente, elle oublie la nature capitaliste de la société (...) Mais le reproche le plus important à lui adresser est la confusion qu’elle entretient entre information et connaissance. Et du même coup la réduction de la seconde à la première ». p62

« La connaissance est irréductible à l’information (...) Cette distinction n’est pas seulement vitale pour le capitalisme cognitif, elle l’est pour une perspective de libération de la société et nous permet d’échapper à une vision profondément pessimiste qui affleure chez Lawrence Lessig ou Philippe Aigrain. S’il n’est question que de biens-informations et que pour les valoriser sur le marché il faut en limiter les droits d’accès, la lutte pour la liberté de l’Internet est mal partie (...) Le capitalisme cognitif s’intéresse à la valorisation de l’intelligence et de l’innovation, pas à celle de l’information (...) Pour être productif, il est condamné à vivre avec des degrés nouveaux et inouïs de liberté ». p63

« A la différence des théories du capitalisme de la connaissance ou de la société de l’information, l’accent est mis sur l’appropriation humaine des connaissances instrumentée par la technique ainsi que sur l’organisation comme résultat d’un compromis social qui parvient à construire des contrats privés et à établir des normes publiques ». p69

« Le capitalisme cognitif produit des connaissances au moyen de connaissances et du vivant au moyen du vivant ». p85

« Le mode de production du capitalisme cognitif (...) repose sur le travail de coopération des cerveaux réunis en réseau au moyen d’ordinateurs ». p87

« Il en résulte que le capital humain et la qualité de la population sont devenus d’ores et déjà le facteur crucial de la nouvelle richesse des nations ». p88

On voit que l’essentiel de l’argumentation consiste à mettre le "travail vivant" au coeur du processus en rejetant un déterminisme technologique "dans lequel les usages sociaux de la technique ne jouent qu’un rôle très secondaire" (p65). La valeur se réfugie désormais dans ce qui ne peut être programmé, dans la capacité de résolution de problèmes. C’est ce qui lui fait définir le "capitalisme cognitif" comme "la production du vivant au moyen du vivant". Ce n’est pas du tout sans pertinence, on peut cependant trouver que cela ne recouvre pas entièrement tous les effets de la "révolution numérique" qui est bien d’abord un fait technologique même si, effectivement, il renforce ce que nous pouvons avoir de spécifiquement humain ! A mesure que l’automatisation se généralise, ce n’est plus notre "force" de travail qui est valorisée mais bien notre intelligence, nos relations, nos émotions, notre créativité. Est-ce que tout cela peut être englobé sous le terme de capacité cognitive ? Ce n’est pas sûr, de même qu’insister sur le "travail vivant" reste trop général et un peu trop optimiste en escamotant l’infrastructure informatique omniprésente et la domination de la technique qui pénètre tous les interstices de la vie. La détermination n’est pas seulement intérieure, subjective, il y a aussi une détermination extérieure, matérielle !

La dimension cognitive est bien sûr très importante et même cruciale pour notre époque. On peut penser ainsi que la construction d’une "démocratie cognitive" est absolument vitale pour résoudre les problèmes écologiques auxquels nous avons à faire face, mais cela n’empêche pas qu’on ne peut ranger toutes les caractéristiques du devenir immatériel de l’économie sous cette rubrique. Paradoxalement ce devenir immatériel est un fait extérieur, qui s’impose matériellement et transforme la subjectivité ! Parler d’économie de l’information serait plus approprié à condition d’avoir une conception moins caricaturale de l’information que l’auteur qui la réduit aux "données". L’information, bien sûr, ne vaut rien en elle-même, sans le récepteur pour lequel elle fait sens, mais qui n’est pas forcément un organisme vivant. Il n’y a pas d’information circulante sans information structurante (organisation apprenante). J’avais essayé de montrer, notamment dans "L’ère de l’information" cosignée par Jacques Robin, toute la complexité de l’information et ce qui l’opposait à l’énergie (entre autres son improbabilité, sa discontinuité, sa non-linéarité, son imperfection, sa reproductibilité, son caractère de signe, sa fonction anti-entropique, etc.). Impossible de tout reprendre ici mais en remontant à son fondement on éclaire singulièrement les caractéristiques de notre époque même s’il est amusant de noter qu’une des critiques que Philippe Aigrain avait adressées à ce texte était justement qu’il ne faisait pas une assez grande place à l’informatique et son caractère modulaire, fonctionnant par couches successives, ainsi qu’à la dualité programme / données, loin de tout réduire aux données. "L’extériorisation dans des objets techniques de fonctions de l’esprit, révolution similaire à l’émergence du signe et de l’écriture, est la dimension humaine de la révolution informationnelle". S’il y a donc bien humanisation d’un côté, c’est en contre-partie d’une technicisation. En tout cas, sans réduire l’économie informationnelle aux données, il serait dangereux de sous-estimer leur rôle stratégique pour ce que Ian Ayres appelle les “Super Crunchers”, et qui pourraient devenir les prochains maîtres du monde grâce au contrôle de données essentielles ! On ne peut se fier à la réelle nécessité du partage du savoir et de l’information, dans un monde du spectacle et de la transparence où le pouvoir devient nécessairement occulte...

On pourrait faire la liste de tout ce qui ne relève pas du cognitif dans l’économie informationnelle, et que d’ailleurs Yann Moulier-Boutang est loin d’ignorer. D’abord tout ce qui relève de la captation des flux et du contrôle de l’accès (qui se manifeste sous forme d’abonnements par exemple). L’innovation elle-même n’est pas nécessairement cognitive dans l’univers médiatique et publicitaire où ce qui compte c’est la différenciation, la visibilité, de se faire remarquer (donnant une prime à l’outrance). Du coup, ce n’est pas du tout un phénomène cumulatif, comme peut l’être l’acquisition de connaissances. L’économie de l’attention, qui devient effectivement décisive dès lors que c’est la ressource rare quand l’information est surabondante et que les canaux de communication sont saturés, n’est pas non plus réductible au cognitif, pas plus que les "flux tendus" et l’économie de la demande qui se règle en temps réel sur l’information client. Ce serait aller un peu vite en besogne aussi que de prêter aux réseaux une fonction cognitive quand la plupart du temps ce qui compte n’est rien que la connectivité elle-même. Enfin, ce n’est pas seulement la passion de la connaissance qui anime les accrocs du numérique mais plus encore la passion de la reconnaissance (et du jeu). Le cognitif n’est ici qu’une partie, certes importante, ce n’est pas le tout.

« Dans une société de l’information ou dans une économie reposant sur le savoir, le potentiel de valeur économique que recèle l’activité est une affaire d’attention, d’intensité, de création, d’innovation ». p218
Au-delà du capitalisme

Venons-en au fait. Est-ce une "nouvelle économie" post-capitaliste qui s’annonce, et dont les symptômes de l’inadaptation au capitalisme sont légion, ou bien ne s’agit-il que d’une évolution du capitalisme ? Sur ce point Yann Moulier-Boutang est catégorique, bien qu’il souligne toutes les contradictions et l’instabilité de ce nouveau capitalisme.

« Le second malentendu concerne lui le terme même d’économie pour désigner une transformation du capitalisme. Nous ne sommes pas en train de parler de l’économie comme une instance de la société à côté d’autres instances, mais de capitalisme ». p61

« Le capitalisme cognitif est bel et bien une tendance réalisée, un type nouveau d’accumulation. Mais il n’est pas un régime stabilisé ». p203

« On peut énoncer aujourd’hui, si l’on soutient que nous avons changé de capitalisme (de régime d’accumulation capitaliste, mais aussi, de plus en plus, de structure des droits de propriété et de nature des forces productives), qu’un rapport institutionnel ne peut se stabiliser, du point de vue capitaliste, qu’à partir d’une réinvention totale du code du travail dépendant (c’est-à-dire du travail pour le compte d’autrui) ». p215

On comprend bien que, dès le moment où l’on considère que notre entrée dans l’ère de l’information n’est pas une "révolution technique", touchant aux fondements de la civilisation, il ne reste d’autre solution que d’imaginer qu’il ne s’agit que d’une évolution du capitalisme lui-même, voire des Multitudes qui ont réussi à conquérir de nouvelles libertés pour le transformer de l’intérieur ! Par contre, si on admet que "le numérique change la donne", il est beaucoup moins crédible de postuler une continuité du capitalisme comme si c’était un système de production éternel et qu’il n’était pas lié historiquement à l’industrie ! Il est vrai qu’en le faisant remonter comme Braudel au commerce des épices, en parlant de "capitalisme mercantiliste" puis esclavagiste on brouille la compréhension du capitalisme comme système de production, son lien au salariat et à l’industrie sans lesquels il n’aurait pas acquis une telle domination mondiale. Là-dessus, Marx est pourtant sans ambiguïté aucune : "le capital et le salariat sont les deux termes d’un seul et même rapport" (Travail salarié et capital, p215). Comment pourrait-on avoir l’un sans l’autre ?

Il n’est bien sûr pas question de nier que notre économie est bien capitaliste, ni que c’est le capitalisme lui-même qui évolue et devient un "capitalisme cognitif" dont la financiarisation n’est qu’un symptôme. Sur ces points, on ne peut qu’être d’accord. Ce qui semble beaucoup plus paradoxal c’est de souligner toutes les contradictions entre l’économie informationnelle et le capitalisme pour conclure qu’il n’y a là qu’une instabilité à résoudre et non pas une incompatibilité plus profonde. C’est d’autant plus incompréhensible que les incompatibilités touchent au coeur même du capitalisme : les droits de propriété, la production de valeur et le travail salarié. Certes la bulle internet n’a pas arrêté le développement de l’économie immatérielle, ni même de la gratuité numérique, pas plus que la folie du rail n’avait arrêté l’extension des voies ferrés, mais il faut bien dire que les "business models" viables ne sont pas légions en ce domaine, en dehors d’un financement par la publicité qui plafonne rapidement. Ainsi, l’avantage décisif de la gratuité sur internet, supprimant les coûts de transaction et les coûts de reproduction, rend beaucoup plus que problématique la rentabilisation des investissements consentis alors même que la contre-productivité des droits numériques condamne à plus ou moins long terme toute tentative de maintenir l’ancienne logique marchande. Enfin, l’avantage technique des logiciels libres devrait assurer leur domination à l’avenir sur les produits commerciaux, bien que leur financement ne soit absolument pas résolu !

Le plus important malgré tout, c’est sans doute la nécessité de sortir du salariat au profit du travail autonome. La déconnexion de la production immatérielle et du temps de travail touche au coeur de l’extorsion de plus-value et remet en cause la séparation du salarié et de son produit qui en constituait la base (ce n’était pas son produit qu’on rémunérait mais son temps de subordination). Désormais, on se dirige inévitablement vers des contrats de projet avec obligation de résultat, c’est-à-dire vers des contrats proches des contrats commerciaux classiques et l’externalisation de la plupart des postes, au moins des plus créatifs. Tout cela, joint à la précarité galopante engendrée par le système et, donc, à la nécessité d’un revenu garanti donnant effectivement les moyens de sortir du salariat, laisse bien mal augurer d’une persistance du capitalisme, d’autant plus que la coopération devrait prendre le pas sur la concurrence ! Comment ne pas y voir la nécessité d’une véritable alternative, avec des nouveaux rapports de productions plus adaptées aux nouvelles forces productives ?

« A l’inverse, je soutiens que cette transformation profonde du salariat, son affaiblissement décisif, est une condition à la stabilisation institutionnelle d’un régime d’accumulation cognitive. Exactement comme l’abolition juridique de l’esclavage représenta la condition d’expansion complète du capitalisme industriel et de la salarisation planétaire qui est en train de s’achever sous nos yeux. Ceci implique que, précisément, le capitalisme a besoin de façon vitale non seulement de la coopération de la force-invention du "cognitariat" ou du "netariat", mais aussi de formes institutionnelles qui le consolident et le protègent de son instabilité intrinsèque. Cette instabilité tient justement à la difficulté de transformer en biens marchands les connaissances codifiées qui penchent désormais vers le statut de biens publics et qui sont difficilement protégeables par des droits de la propriété intellectuelle ». p213

On peut trouver très étonnant de rejeter ainsi l’hypothèse que le capitalisme aurait fait son temps et qu’un nouveau système de production serait appelé à le remplacer ! Il ne s’agit pas de prétendre bien sûr qu’on en aurait fini avec le capitalisme qui restera au coeur de la production industrielle et pourra même s’étendre sur un certain nombre de secteurs de la production immatérielle, mais simplement de constater qu’on entre désormais dans une toute autre logique productive et, qu’à côté du capitalisme, comme il était né lui-même au sein d’une économie féodale, d’autres rapports de production sont appelés à prendre de plus en plus d’importance, bouleversant à la fois circulation, distribution et production, constituant ainsi ce qui est bien un nouveau système de production. Celui-ci devra d’ailleurs non seulement être plus adapté à l’ère de l’information mais également aux contraintes écologiques qui se font de plus en plus pressante, permettant à la fois de sortir du productivisme du capitalisme salarial et de relocaliser l’économie, en partie du moins. Certes, ce ne sera pas la fin du marché pour autant, mais le marché ne se confond pas avec le capitalisme, comme on voudrait nous le faire croire trop souvent, et la gratuité des nouveaux biens communs devrait en faire reculer le périmètre malgré tout ("société avec marché", pas "société de marché").

Ce blocage sur le capitalisme comme seul horizon est d’autant plus surprenant qu’un des meilleurs apports du livre, c’est l’idée d’une économie de pollinisation où la productivité n’est plus individualisable, et ce, pas seulement pour le travail lui-même mais tout autant pour l’investissement, qui dès lors ressortit plutôt de l’investissement public, des "externalités", au même titre que les infrastructures routières ou l’éducation. Il me semble que cela dessine les voies d’une alternative au capitalisme, alternative possible et souhaitable dans ce contexte mais qui ne se fera pas sans luttes pour autant, et qui devra combiner une relocalisation de l’économie avec les institutions d’un développement humain et du travail autonome, ce pour quoi je propose le tryptique revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales. C’est la limite de ce livre de rester dans les vieux schémas du capitalisme et de ne pas laisser de chances à une alternative qui, certes, ne sera pas le paradis, pas plus que l’abolition de l’esclavage, mais pourrait constituer un progrès décisif malgré tout et surtout plus adaptée à notre temps.

Cette limitation n’annule en rien toutes les autres qualités du livre et l’analyse des transformations d’un capitalisme aux prises avec des nouvelles forces productives qu’il ne peut subordonner à ses fins. On peut penser d’ailleurs qu’il n’est pas sans intérêt stratégique de persuader les économistes de l’intérêt pour le capitalisme de s’adapter à la nouvelle donne, en particulier par un revenu garanti (on a besoin de médiations et de médiateurs), mais, disons que ses conclusions nous semblent précipitées et nous laissent insatisfaits, avec un goût d’inachèvement dans l’analyse qui pour être le lot de toute connaissance, nous semble ici, tout de même, manquer peut-être l’essentiel...

« La production de connaissances continuellement renouvelées est également sans fin (...) Il en résulte une impression d’inachèvement, d’incomplétude, source d’angoisse à répétition ». p108

 

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 23:26

 

Ce tract a été distribué par deux fois ces jours -ci sur Valence, les chomeurs et précaires sans honte  s'énervent devant tant de mépris de ceux qui veulent  faire de Pôle Emploi un vulgaire centre de tri de chômeurs qui lui permettra de brader aux officines privées inutiles mais très couteuses; le conseil aux chômeurs qui est et doit rester la mission de Pôle Emploi.

 

Bulletin N°1

 

Le "bon" chômeur n'est plus un « chômeur », c'est un demandeur d'emploi (D.E.), "public-cible" du Pôle du même nom. Il ne tient pas à se faire remarquer, hormis, bien sûr, par un employeur. Le "demandeur d'emploi" se construit à l'envers de l'image repoussoir du mauvais chômeur, ce glandeur qui mène une vie de pacha avec ses 454 euros par mois, et qui ne se sent pas redevable à la société qui lui concède, d'ailleurs temporairement et sous conditions, le droit de survivre, là où les loyers sont encore accessibles. Le "demandeur d'emploi" modèle travaille donc, sans cesse : il refait cent fois son CV, il envoie des milliers de lettres de motivation, il "enquête" pour mieux "cibler" les "gisements d'emplois", il accepte de bonne grâce les ateliers CV, les simulations d'entretien, les bilans de compétences, les stages gratuits, les Evaluations en Milieu de Travail (70 h de travail bénévole), il en redemande. Il apprend grâce aux ateliers de "coaching" qu'un ami est un partenaire, que rencontrer quelqu'un se dit tisser un réseau, qu'un savoir-faire est une compétence, et que ce qui fait la dignité d'un être c'est la valeur et le potentiel d'expansion de son capital-compétences. Il travaille à devenir l'employé idéal, l'exploité qui n'a pas d'autre exploiteur que lui-même.
" Il y a donc aliénation fondamentale à la source de l'humain. Le devenir autre de chaque individu s'inscrit au cœur de cette rencontre avec l'activité présente et passée des hommes, avec la socialité humaine donc. C'est cette aliénation initiale qui fait de chaque être humain un individu potentiel et donne à chaque société l'espoir d'une histoire". Un employé idéal, c'est à dire un auto-entrepreneur, un homme économique intégral

"La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait à cette loi?" déclarait Laurence Parisot, patronne du MEDEF. Face à cette prise de position qui renforce la capitalisme post fordiste , le collectif des travailleurs-euses précaires et chomeur-euse sans honte se retrouve localement pour exploiter au mieux ce que les dirigeants d'entreprises appellent des droits et qui ne sont que des miettes. L'objectif c'est de trouver dans le groupe le pouvoir de se défendre.

Si vous avez bossé, vous avez peut être des droits à l'indemnisation ASSEDIC. Malheureusement, si vous avez des droits, vous aurez aussi des obligations contre lesquelles il faut vous prémunir. Par exemple vous pouvez invoquer l'Art L 5422-7 du code du travail : « Les travailleurs privés d'emploi bénéficient de l'allocation d'assurance indépendamment du respect par l'employeur des obligations qui pèsent sur lui en application de la section 3, des dispositions réglementaires prises par son exécution » .Nous pouvons invoquer cet article face à Pôle emploi qui nous emmerde sur nos attestations manquantes.

Des stratégies de résistance face à l'accompagnement et aux obligations de suivi mensuel personnalisé existent. Faire circuler des informations entre nous, permettre d'opposer une stratégie de résistance face à leur fichier croisé ( comme pour l'URSSAF actuellement) . Il est aussi intéressant de se pencher sur les divers dispositifs d'accompagnement à la création d'entreprises débouchant sur le statut d'auto entrepreneur.

 

Mise au point

Un mouvement de chômeurs et précaires n'est pas un mouvement corporatiste, pas même un mouvement des "exclus" ou de toute autre catégorie médiatico-sociologique. La crise a appris à ceux qui l'ignoraient encore que bien peu pouvaient se targuer d'une situation garantie, hormis les dirigeants des banques, des entreprises, des médias, des partis politiques et des syndicats institutionnels. Le chômeur, au fond, ce n'est pas tant le "privé d'emploi" que celui qui refuse, au sein de la firme globale qu'est cette société, d'être affecté à telle ou telle tâche selon les exigences du patronat, ou du gouvernement, ou du Pôle Emploi qui veut "faire du chiffre". La lutte des chômeurs intéresse directement celle des travailleurs. Refuser un job pourri ou un stage intensif de coaching, empêcher la radiation ou la suppression d’allocations n'est pas différent de refuser une augmentation des cadences, des licenciements ou des baisses de salaire.

Nous, les travailleurs précaires, les chômeurs sans honte,les intermittents du spectacle, étudiants désorientés, nous pouvons nous croiser dans les queues des CAF et Pôle emploi, nous pouvons agir collectivement contre les voleurs de temps, les exploiteurs de l'attention que sont lesPôle Emploi, mais également toutes les entreprises privées qui prospèrent de la saturation préméditée de ce dernier: il s'agit des boîtes d'intérim, de placement privé, de coaching et de consulting, des associations d'insertion, qui disposent également d'un pouvoir souverain sur les revenus des chômeurs.
Pour nous joindre AG du collectif tous les mercredis de 16h à 18h au 8, place saint Jean à Valence .
Demander notre N° de Tel..

 

adresse du collektifprekairechomeureuse@yahoo.fr

 

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 09:32
Ces renseignements on a trouvé sur le site de la LDH -Toulon, cette recherche a été effectué par le Collectif Chomeur et précaire sans honte de valence
Eric Woerth présente le nouveau SAFARI.

Création du RNCPS au JO du 18 décembre 2009

Le décret Conseil d’Etat relatif à la création d’un répertoire national commun de la protection sociale (RNCPS), institué par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2007, est paru au Journal officiel du 18 décembre en même temps que l’avis de la CNIL sur ce traitement de données à caractère personnel.

Ce RNCPS a vocation à regrouper des données d’état civil et d’affiliation, ainsi que les informations sur les différentes prestations servies, les coordonnées géographiques, téléphoniques, électroniques, déclarées par les assurés, allocataires et retraités. Il offrira simultanément un service de gestion des échanges informatisés aux organismes de protection sociale et aux administrations fiscales.

Selon la direction de la sécurité sociale, "une soixantaine d’organismes sont concernés par l’alimentation du RNCPS" et "un nombre bien plus important encore de structures y aura accès".

Références

  • Décret n° 2009-1577 du 16 décembre 2009 relatif au Répertoire national commun de la protection sociale, JO du 18/12/09 : http://www.legifrance.gouv.fr/affic...
  • Délibération n° 2009-211 du 30 avril 2009 portant avis sur un projet de décret en Conseil d’Etat relatif au Répertoire national commun de la protection sociale (RNCPS) http://www.legifrance.gouv.fr/affic...

Des données précises et nombreuses [2]

  • Les administrations qui alimentent le nouveau répertoire sont les quatre branches de la Sécurité sociale (retraite, assurance-maladie, prestations familiales, accidents du travail) ainsi que Pôle emploi pour l’assurance-chômage.
  • Outre l’état civil (nom, sexe, date de naissance...), le répertoire centralise les données concernant les prestations sociales perçues par chaque assuré et l’adresse correspondante (nature, date d’effet, mais leur montant n’est pas dévoilé).
  • Les données peuvent être consultées en temps réel par des agents habilités de toutes les branches de la Sécurité sociale, de Pôle emploi et des Urssaf, les organismes qui recouvrent les cotisations sociales. Les collectivités locales et les centres communaux d’action sociale y ont également accès pour les aides sociales qui sont de leur ressort (RSA, aides aux personnes âgées et handicapées).
  • L’administration fiscale ne fournit pas de données au répertoire et elle ne peut pas le consulter. A partir de 2011, une autre plate-forme permettra de faciliter les échanges d’informations entre le fisc et les organismes de Sécurité sociale (ce qui est déjà possible).

Pour la CGT : « Une administration intrusive » [2]

« C’est un peu “1984” de George Orwell, d’autant que les citoyens ne savent pas que ces informations circulent, critique Jacqueline Farache, administratrice CGT au conseil d’administration de la Caisse nationale d’allocations familiales. Au risque d’être taxés de passéisme, nous défendons un système basé sur les déclarations des assurés. Les contrôles sont légitimes, mais ils doivent être effectués a posteriori. » Cette syndicaliste dénonce une administration « de plus en plus intrusive, notamment pour les demandes de RSA, où vous devez fournir des informations sur votre épargne, sur vos comptes bancaires… ».

Au nom de la lutte contre la fraude [2]

L’objectif principal est de mieux lutter contre les anomalies et les fraudes. [...] La Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV) pourra ainsi vérifier les périodes d’invalidité d’un assuré en accédant aux données de l’assurance-maladie ou aux périodes de chômage auprès de Pôle emploi, ces données ayant une influence directe sur le relevé de carrière d’un futur retraité. Ce type d’échanges de données existe déjà, mais le nouveau répertoire les facilitera et ils se feront désormais « en temps réel ».

Ouverture aux CCAS de l’accès au répertoire commun

L’article 111 de la LFSS 2008 prévoit l’ouverture de l’accès du RNCPS aux collectivités territoriales dans le domaine de l’action sociale [3].

L’accès des collectivités locales (mairies, conseils généraux) et des CCAS (centres communaux et intercommunaux d’action sociale) au RNCPS se fera par l’intermédiaire de la Caisse des dépôts et consignation dont la direction des retraites dispose d’un portail sécurisé destiné à la fonction publique territoriale [4].

L’avis de la CNIL sur le projet RNCPS ne comporte aucune mention de cette intervention de la Caisse des dépôts... le projet de décret qui lui a été soumis y faisait-il allusion ?

Un gigantesque croisement de fichiers qui fait peur [5]

En mars dernier déjà, les administrateurs CGT dans les Caisses nationales de Sécurité sociale avaient souligné que « si les fraudeurs patentés doivent être démasqués, la constitution et l’interconnexion de fichiers nominatifs, porteurs de la vie personnelle de millions de citoyens, hommes, femmes, enfants, non fraudeurs à priori, n’est ni justifiable, ni tolérable dans un pays qui se veut et se dit démocratique ». Ils dénonçaient "le faux prétexte" « de simplifier les démarches des assurés sociaux et de renforcer l’efficience des organismes ».

Les administrateurs de la CGT avaient donc refusé « l’interconnexion de tels fichiers qui organise une surveillance globale généralisée de tout citoyen, soupçonné à priori, et dont les services fiscaux, sociaux et territoriaux, à tous les échelons, devraient tout connaître, y compris par exemple, la date présumée de conception des enfants et la date de conception rectifiée... » Des données conservées durant toute la vie de la personne.[...]

Une inquiétude d’autant plus grande que « l’article R.114-28 renvoie à un arrêté à venir pour fixer la liste – très nombreuse – des risques, droits et prestations et les organismes présents dans le RNCPS »... En clair, l’élargissement du champ des données et la multiplication des « utilisateurs » de ce registre.

La lutte contre la fraude est légitime, mais est-ce la véritable raison du lancement de cette campagne ? On peut se poser la question à la lecture des chiffres officiels.

Fraude : la réalité des chiffres

La Caisse nationale d’allocations familiales a indiqué avoir procédé en 2008 à plus de 81 millions de contrôles et détecté 9 397 fraudes – la hausse sur un an (+ 3 083) étant une conséquence d’une augmentation des contrôles( + 53% de 2007 à 2008) [6].

Le montant total de cette fraude aux prestations familiales s’est élevé en 2008 à 79,77 millions d’euros, une goutte d’eau dans les "68 milliards d’euros de prestations versées aux allocataires pour les prestations légales et l’action sociale familiale" – à peine plus de 0.1 %. Un total dérisoire comparé aux 28 à 40 milliards de préjudices liés aux fraudes aux prélèvements obligatoires avancés dans le rapport de mars 2007 du Conseil des prélèvements obligatoires [7].

GIF - 13.1 ko
“La fraude aux prélèvements obligatoires et son contrôle” (Conseil des prélèvements obligatoires, mars 2007)
Lutte contre la fraude : le gouvernement se trompe de priorité
par Philippe Frémeaux, Alternatives économiques, avril 2008 (extraits)

Selon les estimations du Conseil des prélèvements obligatoires, le montant de la fraude fiscale et sociale tourne, en France, entre 28 et 40 milliards d’euros. [...]

Or, la fraude aux prestations sociales ne contribue que pour une part négligeable à ce total. Ainsi, la Caisse nationale d’assurance-maladie n’a constaté, en dépit des moyens croissants mis en oeuvre pour lutter contre la fraude, que 116 millions d’euros de fraude en 2007. La Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) en est resté à 35 millions en 2006. Quant à l’Unedic, la caisse d’assurance-chômage, elle évalue à 140 millions d’euros les sommes perçues par des chômeurs faussement déclarés. Au total, moins de 300 millions d’euros. En admettant même, que ces organismes n’identifient qu’une part limitée de la fraude et que celle-ci s’élève à deux fois, voire trois fois les montants détectés, on n’atteindrait pas le milliard d’euros. Un montant à rapporter aux 500 milliards d’euros redistribués chaque année par l’ensemble des régimes sociaux.

Alors ? Alors l’essentiel de la fraude est liée à la fiscalité. Des ménages pour une petite part, et surtout des entreprises, qui déploient parfois une grande intelligence pour éviter de payer la TVA ou minimiser, au-delà de ce que les règles légales autorisent, leur impôt sur les bénéficies des sociétés. Or, dans ce domaine, le discours politique est précisément inverse de celui qui prévaut en matière sociale. La priorité affirmée est d’alléger la fiscalité assise sur les entreprises. [...]

Notes

[1] Voir par exemple le contrôle de la condition de résidence.

[2] Les Echos, le 22 décembre 2009

[3] Voir l’annexe 3 de la LFSS 2009 présentée sur le portail de la sécurité sociale : http://www.securite-sociale.fr/chif..., page 26.

[4] La Caisse des dépôts et consignations a actuellement la mission “d’appui logistique” à l’informatisation en réseau des administrations, collectivités locales : “mon.service-public.fr” ou “mon enfant à l’école”, etc.

[5] Viva Presse, le 22 décembre 2009

[6] Source : The Associated Press - 15/09/2009.

"Cette augmentation a porté essentiellement sur le contrôle des numéros de Sécurité sociale, qui ont été multipliés par trois, et les échanges automatisés avec les partenaires, en particulier le fisc et les Assedic", précise la Caisse.

[7] “La fraude aux prélèvements obligatoires et son contrôle”, mars 2007 : http://lesrapports.ladocumentationf....


Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents

Agenda

    dimanche 30 juin

15h à 16 h

accueil de familles de prionnier-e-s

discussion , infos et peites recettes

pour les proches de détenu(E)s...

- aides juridique

-participation à l'émission de radio Mega

du 22 juillet