Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : le blog lelaboratoire
  • : Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale
  • Contact

Pour nous contacter

Le laboratoire Anarchiste
8 Place st Jean
26000 Valence

envoyer vos suggestion

sur:

new:c.l-v@hotmail.fr

rappel envoie aucun message à

le laboratoire@no-log.org


 


Bibliothéque  de prêt

infokiosques
le mercredi de  16h30 - 19h

Accueil/infos SIAD-AIT
vendredi toutes les deux semaines

de  17h30à19h

Emission radio Labo
sur radio Mega
99.2FM
lundi en direct
18h15 - 19h
rediffusion:
jeudi de 9h à  9h 45
http://radio-mega.com
04 75 44 16 15

Recherche

Texte Libre

La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

Archives

le blog du laboratoire anarchiste

File:Wooden Shoe.svg
4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 06:30

 Les  collectif chomeurs précaires  apportent un soutien à  la lutte des employéES des CAF.Car la lutte des employéEs de la CAFde Valence rejoint notre lutte contre le flicage généralisé.

"D’interrogatoires humiliants en coaching infantilisant, de suivi mensuel suspicieux en travail obligatoire, de menaces en radiations, Police Emploi veille à renforcer notre employabilité.

Déclasser, reclasser, insérer, incarcérer, nous ne connaissons que trop le coût d’une vie perdue à la gagner.

Dans un contexte de recrudescence inédite du chômage et de la précarité, nous faisons le pari que c’est ensemble, en s’auto-organisant, que nous pourrons faire face aux politiques de contrôle social qu’on nous oppose et à l’injonction de participer inéluctablement au développement de l’économie.

C’est dans cet esprit que se lancent des marches régionales de chômeurs et précaires, du 20 novembre au 5 décembre 2009.

Quand on nous veut atomisés, craintifs, serviles et obéissants, nous opposons une force collective en devenir se donnant les moyens d’en finir avec les radiations et les humiliations en tout genre. Désarmons Policemploi !"

Nous publions ce courriel :

Bonjour,


Entre fusions-mutualisations-régionalisations les années à venir remettront tout en cause et surtout nos métiers.


Comment le percevez-vous dans les caf ?


Comment faire prendre en compte dans ces changements nos compétences, nos aspirations et surtout nos droits ...?


Comment démontrer que les fusions ne servent que les intérêts d'un pouvoir politique et pas les assurés sociaux...


L'unité des salariés se fera peut être à défaut de celle des syndicats pour refuser le démantèlement des organismes.


Beaucoup à dire encore et à écrire.


Bon courage pour votre blog

 

Alain

 

http://infoscpamcholet.over-blog.fr/


Voici ce que les organisations syndicales déclaraient  le 11 décembre 2008

 

Pour faire face aux demandes des personnels, des services de la CNAF, des organisations  syndicales,  en terme de moyens financiers, techniques et humains, Madame MORANO a  diligenté une mission conjointe de l'IGAS et de l'IGF.
A partir du rapport de l'IGAS, Madame MORANO vient de décider la création de 1000
postes pour la généralisation du RSA.
La généralisation prend effet au 1er juin 2009 pour les premiers paiements dans les Caf au 1er juillet 2009.
 
Outre le paiement de la prestation, l'instruction du RSA est confiée aux CAF.
 
Ces 1000 emplois ne répondent aux besoins des personnels.
* Ils sont loin des  1963 embauches  préconisées par les services de la CNAF.
* Ils sont loin des 2000 embauches demandées par le président de la CNAF.
 
Dans les CAF 26 000 agents participent à la gestion des prestations pour 10,8 millions
d'allocataires.
Ils gèrent les dossiers de 1,2 million Rmistes et de 200 000 bénéficiaires de l'allocation de parent isolé (API).
 
Le RSA vise à remplacer les minima sociaux (RMI et API) et 800 000 allocataires nouveaux sont susceptibles d'ouvrir un droit au RSA.
Les 40 CAF qui ont expérimenté cette allocation témoignent de la grande complexité de sa gestion.
La charge de travail énorme que représente la gestion du RSA nécessite donc un nombre conséquent et suffisant de personnel.
 
Il y a un grand risque que la branche famille ne soit pas en mesure ni techniquement, ni
humainement, de prendre en charge cette nouvelle mission dans les délais retenus.
 
En prenant cette décision six mois avant sa mise en œuvre, madame MORANO va contribuer  à casser la formation professionnelle des techniciens qui est d'une durée de 11 mois et va contribuer à accélérer les mutualisations dans les CAF. 
Les personnels des CAF  ne sont pas taillables et corvéables à merci.
Ils le démontrent actuellement par des actions  pour la satisfaction des revendications
déposées (salaires, emplois, conditions de travail).   
 
Les personnels sont attachés à la qualité et la nature des services rendus aux familles et
aux allocataires. Ils ne supportent plus  de travailler dans des conditions dégradées.
 
La CGT demande à madame MORANO de revoir sa copie.
La lutte contre la pauvreté nécessite des mesures fortes et sérieuses.
En décidant la création de 1000 postes, la branche famille va au devant de grandes
difficultés dans le cadre de la gestion du RSA.

 
Montreuil le 11 décembre 2008     


Partager cet article
Repost0
2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 09:34

lu sur le site de la direction du travail 69

Créée le 1° janvier 2010 en Rhône Alpes, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), est une nouvelle direction régionale composée d'un siège à Lyon et de 8 unités territoriales  dans chaque département de la région.

Elle met en œuvre, de façon coordonnée et intégrée, les politiques publiques de soutien :
au développement des entreprises
à l'insertion  professionnelle et au développement de l'emploi.
à l'amélioration des conditions de travail et d'emploi
à la régulation concurrentielle des marchés

La DIRECCTE regroupe les  missions exercées antérieurement par les structures suivantes : DRTEFP et DDTEFP, DRCCRF, les services de développement économique et de métrologie des DRIRE, DRCE, DRCA, DRT, le chargé de mission à l'intelligence économique

La DDTEFP du Rhône est devenue Unité Territoriale du Rhône de la DIRECCTE RHONE-ALPES

 Les missions ne sont pas modifiées et les interlocuteurs au sein des différents services restent identiques.

Face à cette destruction des services de l'état  les syndicats des DDT du département du Rhône réagissent contrairement à ceux de la Drôme étrangement silencieux  face à ce démantellement. Le silence de pantoufle du  syndicat  CGT del'inspection du travail de la Drome est attérant

 dans le progrés du 26 février 2010 on pouvait lire :

la nuit des inspecteurs du travail sera agitée:


Ils prévoient d'occuper le mardi 2 mars les locaux de la direction départementale du Travail (DDTEFP) de Villeurbanne pour y passer la nuit. Un mouvement inédit organisé par plusieurs syndicats (CGT, SNU, SUD, CNT) pour protester notamment contre « le démantèlement » de la DDTEFP « au profit d'une administration au service des entreprises ».

Partager cet article
Repost0
2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 09:26

L'Europe interpellé par les immigrés


COMMUNIQUE 9ème COLLECTIF DES SANS-PAPIERS
1er mars 2010

A l’occasion de la journée sans immigrés, le 9ème Collectif des sans-papiers s’est invité à la Commission Européenne, au 188 boulevard St-Germain dans le 7ème arrondissement à Paris, afin de porter les revendications des immigrés et des personnes sans-papiers au niveau européen.

Les personnes sans-papiers, en France, dans les pays de l’Union Européenne comme ailleurs dans le monde, participent activement à l’économie du pays où ils résident. Ils occupent en effet des emplois dans de multiples secteurs d’activité, parmi les plus difficiles (restauration, bâtiment, sécurité, garde-malade…), et dans des conditions de travail le plus souvent indigne. De l’esclavage moderne.

Dans le même temps, la « question de l’immigration et des sans-papiers » se voient incessamment instrumentalisée par la classe politique dans son ensemble a de pures fins électorales, le spectre de l’étranger est brandie comme menace et péril des équilibres nationaux et internationaux…

Des politiques publiques et dispositifs extrêmement violents sont mis en place à l’endroit des personnes sans-papiers, bafouant leur droits les plus fondamentaux, créant des climats d’insécurité et de peur, attentant à leur intégrité physique et psychologique. Les multiples rapports de la Commission Européenne, listant les succès remportés en matière de répression, en attestent s’il le fallait (gestion intégrée des frontières extérieures, mandat d'arrêt européen, rapprochement des législations en matière de criminalité transfrontalières et de terrorisme etc.).

Nous exigeons le respect des droits des immigrés et personnes sans-papiers, et l’arrêt des politiques de harcèlement, de stigmatisation et de persécution.

9ème COLLECTIF DES SANS-PAPIERS

Contact Presse : 0603583959 / 0613952207

9emecollectif.net

9eme_collectif@no-log.org

Partager cet article
Repost0
23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 09:03
Les employeurs peu conscients des risques électromagnétiques sur le lieu de travail
Dans le sillage du Grenelle des ondes, la question de l'impact des ondes électromagnétiques sur les conditions de travail se pose. Malgré leur obligation juridique de protéger la santé de leurs salariés, les employeurs se mobilisent timidement.
Il y a quelques mois, au Tribunal des affaires de la sécurité sociale de la Roche-sur-Yon (Vendée), les juges ont du se prononcer sur un dossier inhabituel émanant d’un salarié. Motif invoqué par celui-ci ? Le « syndrome d’intolérance au champ électro-magnétique », reconnu comme maladie par le tribunal. Le plaignant a donc eu gain de cause face à son employeur, tenu responsable, par la loi, de l’exposition de ses salariés aux ondes électromagnétiques. « A l’avenir, de plus en plus d’employeurs vont être confrontés à ce type de plainte », prédit Pierre Le Ruz, Président du Centre de Recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM). Le débat engagé lors du Grenelle des ondes sur les antennes relais et la téléphonie mobile risque donc de faire tâche d’huile dans les entreprises où les salariés sont de plus en plus soucieux de leurs conditions de travail. Il faut dire que les effets des ondes électromagnétiques sur la santé ne sont pas à minimiser : « En l’absence de mesures préventives prises par les employeurs pour limiter les expositions, les salariés peuvent être sujets à des troubles variés, tels que des fourmillements, des migraines, des nausées, des rougeurs, des arythmies, des vertiges ou des troubles de la concentration, atteste Pierre Le Ruz. Or, toutes ces sources de fatigue favorisent l’absentéisme.» Avec l’explosion des nouvelles technologies sur le lieu de travail, certains équipements sont dans l’œil du cyclone : téléphones DECT, bornes WIFI et antennes relais, claviers et souris d’ordinateurs, téléphones portables…. « Récemment, nous avons par exemple enregistré 16 volts/mètres dans les bureaux d’une entreprise, provenant 3 téléphones sans fil, soit une mesure cinq fois plus élevée que le seuil autorisé ! » constate Pierre Le Ruz. « L’impact des ondes électromagnétiques constitue aussi un risque dans l’univers fermé et clos d’un véhicule, avec des outils qui fonctionnent en permanence », met en garde Jean-Claude Delgènes, Directeur général du cabinet Technologia, spécialisé dans les risques professionnels. Enfin, à l’extérieur des bâtiments, les risques sont aussi présents pour les entreprises situées près de lignes haute tension et très haute tension.
Les employeurs tenus de protéger la santé de leurs salariés

Le problème est que, pour l’heure, trop peu d’employeurs ont conscience des dangers liés aux ondes électromagnétiques. Selon le CRIIREM, seuls 5 à 6% des comités d’hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT) les appréhendent. Pourtant, même si les scientifiques sont encore divisés sur la question, il apparaît que les radiations émises à des fréquences même très basses seraient cancérigènes. Cette conclusion a déjà été confirmée dès 1998 par l’Institut national des sciences sanitaires de l’environnement, aux Etats-Unis. Autre obstacle lié à la prévention des risques électromagnétiques : les employeurs connaissent mal le cadre légal. Or, ils sont juridiquement tenus de protéger la santé physique et mentale de leurs salariés. Par ailleurs, ils sont soumis à une directive de 2004, des normes de compatibilité électromagnétique européennes et françaises (NF-EN 61000) et un décret limitant à 3 volts/mètre le seuil d’exposition dans les bureaux. Cet arsenal de textes contraint donc les entreprises, en théorie, à effectuer un état des lieux électromagnétique pour ne pas dépasser ces valeurs d’exposition et à engager une réflexion ergonomique liée à la santé de leurs salariés (en particulier les femmes enceintes et les personnes portant des implants électroniques). En cas de dépassement des valeurs limites, mesurables à l’aide de sondes, tout employeur est tenu de prendre des mesures sur le champ. « En cas d’incident, les employeurs pourraient alors engager leur responsabilité civile, voire pénale », prévient Pierre Le Ruz. Seulement voilà, dans les faits, le manque de clarté sur les acteurs chargés de contrôler ces normes ne pousse guère à agir sur le front de la prévention… Par ailleurs, sur ce marché en émergence, la fiabilité des prestataires n’est pas toujours la règle…

Prise de conscience timide

Certaines entreprises, soucieuses des conditions de travail, commencent cependant à prendre conscience des risques. Récemment, un groupe industriel a ainsi mandaté Technologia pour diagnostiquer l’impact électromagnétique lié au système de géolocalisation de ses véhicules. De plus en plus d’établissements hospitaliers demandent aussi des expertises pour mesurer le taux d’exposition des antennes relais situées sur leur toiture, selon le CRIIREM. De même que des entreprises situées près des lignes à haute tension. Dans un aéroport, suite à une expertise électromagnétique, des antennes relais ont été récemment démontées, suite à la plainte d’un salarié. Dans un grand groupe de communication parisien, le CHSCT attend le diagnostic de l’expertise qu’il a sollicité sur son parc informatique. Mais ces   démarches d’entreprises ne sont pas encore légion. « Les moyens techniques de résoudre les problèmes d’exposition des salariés aux ondes électromagnétiques sont pourtant assez simples et nombreux » assure Myriam Calbrun, technicien-mesureur. En effet, il suffit parfois de déplacer des antennes wifi ou un transformateur, de gainer la télécommande d’un système de climatisation pour réduire les seuils d’exposition. Certains matériels émetteurs d’ondes (comme les souris d’ordinateurs) peuvent aussi être remplacés par des systèmes innovants à infra-rouge. En somme, autant de solutions qui vont dans le sens du principe de précaution...
Partager cet article
Repost0
23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 07:26

Nous publions ce post pour la solidarité avec les travailleurs du cinéma Babylon, la solidarité

est notre soucis le plus important.

mardi 23 février 2010

Une manifestation pour la liberté d’association a accompagné la cérémonie de remise des Ours d’or de la Berlinale

Ce samedi 20 février quelques 600 personnes (dont des compagnons qui avaient fait le trajet depuis la Pologne) ont marché en solidarité à travers Berlin pour une plus grande liberté syndicale en Allemagne. Le groupe local de la FAU-AIT (lien vers le tract distribué devant le goethe institut de Lyon ) de Berlin avait appelé à cette manifestation pour protester contre le verdict d’une cour de Berlin leur interdisant d’utiliser - pour parler d’eux même - la référence de syndicat. Un autre verdict prononcé ce 16 février avait de plus rappelé l’interdiction légale des actions de boycott contre le cinéma Babylon Kino.

Il s’agit d’une nouvelle étape dans le conflit qui oppose depuis un an les travailleurs à la direction du Babylon Mitte Cinema, qui est l’une des salles de projection du festival de Berlin, la Berlinale.

Des membres de différents mouvements sociaux avaient rejoints la manifestation notamment des antifascistes radicaux et des syndicalistes de gauche. Dans son discours, la Dr. Renate Hürtgen du Comité pour les libertés syndicales a indiqué que plus de la moitié des associations syndicales dans les autres pays européens seraient interdites si on leur appliquait les critères légaux allemands.

"Il s’agit d’une attaque contre la liberté d’association des travailleurs et donc concerne tous les travailleurs. Nous sommes heureux de voir que le débat sur le droit de former librement des syndicats en Allemagne ait atteint une telle audience, Il ne s’agit que du début d’une lutte qui concerne les principes basiques de la réglementation laborale, et nous nous battrons jusqu’au bout" a ajouté Lars Röhm, secrétaire de la FAU-AIT Berlin.

FAU-AIT Berlin

(Traduction : CNT-AIT Paris)

Sur les banderoles on peut lire des slogans tels que "l’interdiction des syndicats, une tradition allemande",

(Image JPEG)

ou encore "l’ours d’or du vilain capitaliste le plus convainquant va à ... Kino Babylon".

(Image JPEG)
(Image JPEG)

Plus de Photos de la manifestation ici : http://ccphoto.de/?p=200

 

Partager cet article
Repost0
22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 09:31

Communiqué de presse proposé à l’AG IDF du 15 février 2010 par des enseignants grévistes du lycée Mozart du Blanc-Mesnil et adoptée.

 

 

Etats généraux de la sécurité à l'école

Ne soyons pas dupes : la violence c’est d’abord celle du gouvernement


En ce moment, nous, personnels de l’Education nationale, principalement sur l’Académie de Créteil, sommes en lutte (grèves, manifestations, assemblées générales de ville ou de département voire de région). Alors que cette mobilisation est en train de s’étendre, les médias et le gouvernement voudraient faire croire que nous exprimons un « ras le bol » face à la recrudescence supposée des actes de violence de la part des élèves. Cette analyse est fausse et ne rend absolument pas compte de la réalité du mouvement. Si nous sommes en grève aujourd’hui, comme nous l’étions jeudi et mardi dernier et comme nous le serons encore jeudi 18, c’est parce que nous refusons les suppressions massives de postes et toutes les réformes qui en découlent (réforme du lycée, remise en cause de la formation des enseignants, non remplacement des absences, recours systématique à des personnels précaires …). Notre colère a pour cible la violence de l’Etat qui par sa politique continue de s’attaquer aux classes populaires, principales concernées par le délabrement de l’éducation publique. Pour nous la violence qu’il faut combattre c’est celle de l’explosion des inégalités sociales. Mais cette violence-là, l’Etat n’entend pas y remédier et pour cause puisqu’il l’organise. Alors pour détourner la question et se doter d’un arsenal répressif visant à dissuader tout mouvement de révolte, le gouvernement choisit de stigmatiser les élèves comme violents et propose comme unique réponse à l’urgence sociale la répression (plan de « sanctuarisation » des établissements scolaires avec sa vidéosurveillance, ses portiques et ses équipes mobiles de sécurité). Rappelons qu’à côté des enseignants du lycée Chérioux (Vitry-sur-Seine) exerçant leur droit de retrait pour exiger le doublement du nombre de surveillants et donc plus de moyens humains comme nous tous, il y a d’autres établissements (notamment le lycée Le Corbusier d’Aubervillers) qui sont mobilisés contre la mise en place des équipes mobiles de sécurité. Nous ne sommes pas dupes, la violence c’est d’abord celle de la politique du gouvernement.

 

 

Partager cet article
Repost0
18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 09:25

Nous continuons la publication  de textes afin de mieux comprendre l'enjeu de la bataille des retraites. En fin d'article il ya un lien vers un autre article.

"Si les capitaliste ne trouvent pas de recettes pour surmonter la crise générale du capital de leur système, c’est à tous les travailleurs, à tous les exploités et les exclus de lutter et que leur lutte en construise un autre libéré de toute exploitation."

Avec la CAF, quand on est concerné par un contrôle ou une suppression de droits absurde, on pense toujours être la victime d’une erreur individuelle énorme et unique en son genre.

L’allocataire confronté à un courrier incompréhensible, à des accusations délirantes sur sa vie privée, pense souvent que le responsable est UN salarié précis, particulièrement salaud, raciste ou sadique. La première réaction est souvent l’appel aux droits de l’homme, à la démocratie.

Et puis on débarque exposer son « cas » à la permanence du Reseau Solidaires d’Allocataires. On est un peu étonné de la réaction plutôt blasée des autres précaires présents.

On trouve ça limite indécent face à l’injustice qui nous frappe.

Comme Mlle L., on finit cependant par tenter le coup : on accompagne à une dizaine une chômeuse harcelée au Pôle Emploi Guy Moquet. Là on tombe sur une autre chômeuse, radiée deux mois, alors que ce n’est pas elle qui était absente, mais son conseiller. La radiation est annulée illico, du simple fait de la présence collective et offensive des autres précaires, sans recours à la CEDH, ni rien.

Le lundi suivant, un peu étonnée, on constate , comme Mlle L qu’une dizaine de personnes sont bien venues juste pour nous à la CAF Nationale.

On se demande bien, à part soi, ce que ça va changer : Mlle L. en effet est victime du harcèlement de la CAF depuis…2003.

Tout commence par un premier contrôle…à son ancienne adresse où elle ne vit plus depuis quelques semaines. C’est dans le hall de son ancien immeuble qu’elle croise une première contrôleuse CAF qui lui fait subir un interrogatoire d’une demi heure, puis lui déclare que tout est réglé. Mais quelques mois plus tard, elle se retrouve avec une accusation de vie maritale sur le dos et trois ans de RMI à rembourser.

Premier combat : après des mois et des mois, la CAF annule sa demande de remboursement.

Mais quelques temps plus tard, nouvelle « erreur » sur son dossier : la CAF cesse brusquement de payer l’allocation logement au bailleur. Pendant des mois, on lui assure que le problème est réglé, mais rien ne tombe, et la procédure d’expulsion est engagée.

Une nouvelle fois, la CAF recule et verse les arriérés une semaine avant l’expulsion policière.

Deux ans de répit. Puis en 2007, nouvelle demande de contrôle dans la boite aux lettres avec un numéro à appeler. Au bout du fil, un homme , très agressif l’informe d’office qu’il a lu les conclusions du rapport de 2003, qu’il a immédiatement flairé la fraude, que ça va chauffer, et que Mlle L. va devoir rembourser l’intégralité de ses allocations sur des années et des années. Expert patenté, notre contrôleur lui affirme qu’il saura immédiatement en venant chez elle, si oui ou non elle vit avec un homme. Paniquée, la jeune femme tente de se défendre, explique qu’il ne s’agissait en 2003 que d’une colocation, et que c’est toujours le cas. Le contrôleur lui raccroche au nez.

En se rendant à la CAF, elle apprendra qu’elle a « refusé le contrôle » et que ses allocations sont donc suspendues jusqu’à ce qu’elle accepte. Mais jamais plus le contrôleur ne prendra ses appels.

Comme beaucoup d’autres, Mlle L. décide alors de renoncer à ses droits pour avoir la paix, persuadée qu’elle ne peut rien face à la machine absurde qui est en face d’elle. Elle survit, cependant pendant deux ans, d’expédients en solidarité des amis et des proches.

Mais bien sûr, il y a un moment ou ça ne peut plus tenir. Mlle L a la chance d’avoir des amis fidèles, et son ex colocataire qui a acheté un studio accepte de le lui louer bien qu’elle n’ait pas de ressources fixes.

Enfin indépendante, et peu susceptible de cacher un homme dans la maigre surface de son logement, elle dépose un dossier RSA et allocation logement à la CAF au mois d’aout 2009. Au mois d’octobre une somme importante lui est versée, elle pense qu’il s’agit du rappel des prestations depuis août. Mais ensuite rien, et aucun courrier.

Elle téléphone, et au standard la réponse est la suivante : « Mais Madame, vous savez depuis 2003 pourquoi ne vous donnons rien ». Quarante huit heures après cet appel elle reçoit un papier de « fin de droits au RSA », « pour manque d’éléments sur sa situation ».

Au Reseau Solidaire d’Allocataires, on finit par être habitués : on sait que la route est longue dans ce genre d’histoires, où un contrôleur a décidé que vous viviez bien « maritalement » avec un monsieur.

Le rétablissement du réel dans ces cas là est à peu près aussi difficile à obtenir que l’annulation d’un mariage par le pape.

Aussi, notre intervention collective du jour a-t-elle un seul et unique objectif : obtenir le dossier intégral de l’allocataire comme c’est son droit le plus strict et jamais respecté si on ne vient pas l’exiger en nombre. Seul l’accès au rapport de contrôle, et aux différentes versions de la CAF nous permettra de retracer le cheminement tortueux des déductions inquisitrices du contrôleur.

Comme nous sommes nombreux, le dossier de Mlle L devient subitement une grande affaire : le directeur de la CAF , la responsable des guichets et la sous directrice vont nous recevoir pendant plusieurs heures, par intervalles.

Il serait impossible de retranscrire fidèlement l’absurdité totale des propos tenus successivement par nos interlocuteurs. Nous apprendrons ainsi.

- que le dossier d’avant 2004 est dans les archives papier à Arpajon ( les ordinateurs ont parait-il été inventés après cette date, ceux qu’on pouvait voir avant dans les CAF étaient certainement des consoles Nintendo astucieusement dissimulées pour faire sérieux ). Pendant un moment, les responsables réussiront presque à nous faire croire qu’ils sont reliés télépathiquement à Arpajon, en nous donnant des éléments du dossier d’avant cette date (toujours à charge naturellement). Il s’avèrera en fait qu’il ne s’agit que de téléportation, le dossier finissant par apparaître miraculeusement dans les mains du directeur, fraichement imprimé.
- que la demande de RSA faite en août n’a jamais abouti à cause de la suspension de 2007. Et que le papier officiel de fin de droits reçu par Mlle L ne signifie absolument pas qu’il y ait eu une ouverture de droits. En fait, il s’agit d’une sorte de spam envoyé automatiquement par l’ordinateur central, qui sait fort bien imiter la signature de la direction de la CAF. C’est à cause de la mise en place du RSA, parait-il. Mais alors d’où vient l’argent versé sur le compte ?

En toute « logique » il s’agit de l’allocation logement non versée en 2007, pour cause de suspension , à cause du contrôle non effectué.

En clair, la CAF a rétabli des droits de 2007 et annulé la suspension pour cette période. Mais cependant, cette suspension est toujours valide, et le soupçon de vie maritale aussi, lorsqu’il s’agit de ne pas verser le RSA pour 2009, ainsi que l’allocation logement.

Ca ne veut rien dire ? Ben non.

Raison pour laquelle le directeur de la CAF et ses co-responsables après avoir déliré trois grands quarts d’heure, finissent par solliciter un délai de réflexion pour nous mettre le raisonnement par écrit, et qualifier juridiquement la situation de Mlle L.

Nous ne sommes pas pressés. En effet, c’est l’occasion de prouver à Mlle L. que l’absurdité de la persécution dont elle est victime n’est pas le résultat d’un dysfonctionnement inédit de la CAF, mais bien la routine ordinaire en zone de non droit.

Partager cet article
Repost0
16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 09:41
lu sur indymedia.Nantes
Nous reproduisons ci-dessous le compte-rendu de la grève des ouvriers du tabac de Tekel, publié par la section du CCI en Turquie, et dont la presse ailleurs n’a pas soufflé mot, instaurant un véritable black-out.

Le 14 décembre 2009, des milliers d’ouvriers des entreprises de Tekel 1 de douzaines de villes en Turquie ont quitté leurs maisons et leurs familles pour monter sur Ankara. Ces ouvriers ont fait ce voyage pour lutter contre les horribles conditions auxquelles les contraint l’ordre capitaliste. Cette lutte exemplaire qui dure depuis près de deux mois à présent est portée par l’idée d’une grève permettant à tous les ouvriers d’y participer. Ce faisant, les ouvriers de Tekel ont commencé à mettre en œuvre et à être porteur d’un mouvement pour l’ensemble de la classe ouvrière dans tout le pays. Ce dont nous essayons de rendre compte ici est l’histoire de ce qui s’est passé dans cette lutte. On ne doit pas oublier que ce compte-rendu ne concerne pas les seuls ouvriers de Tekel mais les ouvriers du monde entier. Nous remercions chaleureusement les ouvriers de Tekel pour avoir rendu possible l’écriture de cet article en poussant les luttes de notre classe en avant et en nous expliquant ce qui s’y passait.

Les ouvriers de Tekel sont entrés en lutte contre la « politique du 4-C » de l’Etat turc. Ce dernier a placé des milliers d’ouvriers en plus de ceux de Tekel sous les conditions de travail du « 4-C ». Ces conditions sont celles qui attendent déjà des centaines de milliers d‘ouvriers, ceux du secteur du sucre en étant les prochaines victimes. A côté de cela, de nombreux secteurs de la classe ouvrière ont fait l’expérience d’attaques similaires sous d’autres appellations. Qu’est donc que ce « 4-C » ? Il s’agit de fait d’une pratique de « protection » mise en avant par l’Etat turc lorsque le nombre d’ouvriers qui ont perdu leur travail à cause des privatisations a augmenté. Cela implique d’abord, avec une sérieuse baisse de salaire, que les ouvriers du secteur public soient mutés dans différents autres endroits et secteurs de l’Etat dans les pires conditions. La pire d’entre elles introduite par le « 4-C » est qu’elle donne à l’Etat-patron un pouvoir absolu sur les ouvriers. Ainsi, le salaire, qui est fixé par l’Etat et qui est déjà massivement réduit, est simplement un prix maximum. Il peut être réduit arbitrairement par les dirigeants des entreprises d’Etat. De plus, les heures de travail sont complètement dérèglementées et les directeurs d’usine ont arbitrairement le droit de faire travailler les ouvriers aussi longtemps qu’ils veulent, jusqu’à « la fin de la tâche qui leur est assignée ». En retour, les ouvriers ne touchent rien pour ce travail supplémentaire. Avec cette politique, les patrons ont le pouvoir de virer les ouvriers arbitrairement, sans qu’il y ait une quelconque compensation salariale. La période où les ouvriers peuvent travailler varie de trois à dix mois par an, rien ne leur étant payé durant les mois où ils ne travaillent pas, la durée de travail étant une fois encore arbitrairement décidée par les patrons. Malgré cela, il est interdit aux salariés de trouver un deuxième travail pendant les périodes où ils ne travaillent pas. Les remboursements de sécurité sociale n’existent plus pour eux et toute assurance médicale leur est supprimée. Les privatisations, tout comme la politique du « 4-C », ont commencé depuis longtemps. Dans les entreprises de Tekel, seuls les départements de l’alcool et de la cigarette étaient privatisés, et ce processus a conduit les usines de tabac à fermer. Nous pensons qu’il est clair que le problème n’est pas seulement celui des privatisations. Il est évident qu’aussi bien le capital privé que l’Etat veulent surexploiter les ouvriers en les soumettant aux pires conditions d’exploitation et qu’ils joignent leurs forces dans cette attaque. En ce sens, on peut dire que le combat des ouvriers de Tekel est né des intérêts de classe de tous et est l’expression de la lutte contre l’ordre capitaliste tout entier.

Il faut encore expliquer la situation du mouvement de la classe ouvrière en Turquie dans la période où les ouvriers de Tekel ont déclenché leur lutte. Le 25 novembre 2009, une journée de grève était organisée par le KESK, le DISK et le Kamu-Sen 2. La semaine où les ouvriers de Tekel se sont rendus à Ankara, deux autres luttes ouvrières étaient en cours. La première était des manifestations de pompiers qui devaient perdre leur emploi début 2010, la seconde était une journée de grève des cheminots contre le licenciement de certains collègues pour leur participation à la grève du 25 novembre. La police anti-émeutes, devant la montée des luttes, attaqua brutalement les pompiers et les cheminots. Les ouvriers de Tekel ne furent pas traités de façon différente. Jusqu'à 50 cheminots ont perdu leur emploi pour avoir participé à la grève. Plusieurs ouvriers ont été arrêtés et placés en garde à vue. Les pompiers allaient mettre du temps avant de se remettre de ces attaques, et malheureusement les cheminots ne l'ont pas encore fait. Ce qui a poussé ceux de Tekel aux avant-postes de la lutte en décembre est le fait qu’ils se sont organisés pour se défendre contre les mesures répressives de l’Etat et qu’ils ont su garder leur lutte vivante et active.

Comment la lutte de Tekel commença-t-elle ? Il y avait déjà une forte minorité qui voulait se battre, dès le 5 décembre, lors d’une cérémonie présidée par Tayyip Erdogan 3. Les ouvriers de Tekel, avec leurs familles, apostrophèrent à l’improviste Erdogan pour lui demander ce qui allait leur arriver. Ils interrompirent son discours en disant : « Les ouvriers de Tekel attendent que vous leur donniez de bonnes nouvelles par rapport à nos revendications » Erdogan répondit : « Il y a malheureusement une espèce d’individus qui s’est répandue en Turquie. Ce sont des fainéants qui veulent gagner de l’argent sans faire aucun travail, en se prélassant. L’ère où l’on gagnait de l’argent en se la coulant douce est terminée (…) Ils pensent que l’Etat est une vache à lait inépuisable et que quiconque n'en profite pas n’est qu’un porc. Voici comment ils posent le problème. Nous ne tolérerons plus cette mentalité et ce genre de situation. Si vous n’êtes pas d’accord pour accepter les règles du 4-C, vous êtes libres de créer vos propres entreprises. Nous avons dit cela aussi. Nous avons eu un accord avec vos syndicats. Je leur avais parlé et je leur avais dit : ‘Vous avez du temps. Mais faîtes ce qui est nécessaire pour faire adopter notre point de vue.’ Comme nous avons eu leur accord, eh bien là, le processus de négociation s'est terminé et nous avons laissé passer encore un ou deux ans. Mais certains sont encore ici pour dire des choses comme nous voulons garder notre travail et continuer comme avant, nous voulons garder les mêmes droits. Non, nous avons déjà négocié ces choses-là. 10 000 ouvriers de Tekel nous coûtent quarante milliards par mois. » 4 Erdogan n’avait pas idée des ennuis qu’il allait s’attirer. Les ouvriers, qui, pour la plupart avaient soutenu le gouvernement auparavant, étaient à présent en colère. La question de comment lancer une lutte était discutée sur les lieux de travail. Un ouvrier d’Adiyaman 5 explique le processus dans un article qu’il a écrit, publié par un journal gauchiste : « Ce processus a stimulé les collègues ouvriers (…) Ils ont commencé à voir le vrai visage du Parti de la Justice et du Développement (AKP) à cause des mots d’insultes prononcées par le Premier ministre. La première chose qu’ils firent a été de cesser d’être membre du parti. Dans les discussions qui démarraient sur les lieux de travail, nous avons décidé de protéger notre travail tous ensemble. » 6 Le syndicat 7 avec lequel Erdogan disait avoir passé un accord, et qui n’avait fait aucune action sérieuse pour les défendre, appela à un rassemblement à Ankara. En conséquence, les ouvriers prirent la route vers la capitale.

Les forces d’Etat avaient préparé une attaque sournoise contre les ouvriers dès le début. La police anti-émeutes arrêta les bus qui transportaient les ouvriers, déclarant qu’elle ne pouvait laisser passer les ouvriers des villes kurdes où les usines Tekel sont concentrées, mais que ceux des régions de l’Ouest, de la Méditerranée, du Centre anatolien et de la mer Noire pouvaient passer. Cela avait pour but de dresser les ouvriers kurdes et les autres les uns contre les autres, et donc de diviser le mouvement sur des bases ethniques. Cette manœuvre déchira en réalité deux masques de l’Etat : celui de l’unité et de l’harmonie et celui de la réforme kurde 8. Mais les ouvriers de Tekel ne sont pas tombés dans ce piège de la police. Les ouvriers de Tokat en tête 9, ceux venant d’en-dehors des villes kurdes protestèrent contre cette position de la police, et insistèrent avec détermination pour que tous entrent dans la ville ensemble et que pas un ne reste derrière. La police ne sachant pas quelle position le gouvernement risquait finalement d’adopter, finit par permettre aux ouvriers d’entrer en ville. Cet incident a fait en sorte que des ouvriers de différentes villes, différentes régions et ethnies tissent des liens profonds sur un terrain de classe.

Le 15 décembre, les ouvriers de Tekel ont démarré leur manifestation de protestation en face du quartier général du Parti de la Justice et du Développement à Ankara. L’un d’entre eux présent ce jour-là explique : « Nous avons marché sur le quartier général du Parti de la Justice et du Développement. Nous avons allumé un feu le soir et attendu en face de l’immeuble jusqu’à 22 h. Quand il se mit à faire trop froid, nous sommes allés au gymnase Atatürk. Nous étions 5000. Nous avons sorti nos tapis et des cartons pour y passer la nuit. Au matin, la police nous a repoussés vers le parc Abdi Ipekçi et nous a encerclés. Certains de nos camarades ont marché à nouveau vers le bâtiment du parti. Alors que nous attendions dans le parc, nous voulions aller à la rencontre de nos camarades et ceux qui étaient face à l’immeuble désiraient nous rejoindre : la police nous attaqua avec des tirs de gaz lacrymogène. Nous avions marché quatre heures. Nous avons passé la nuit dans le parc, sous la pluie. » 10 L’attaque la plus brutale de la police eut lieu le 17 décembre. Celle-ci, agissant évidemment sur ordre et peut-être afin de cacher le fait qu’elle n’avait pas pu empêcher les ouvriers kurdes d’entrer en ville, attaqua les ouvriers à l’intérieur du parc avec une grande violence et une véritable haine. Le but était de disperser les ouvriers. Cette fois-ci encore, il y avait quelque chose que les forces de l’ordre n’avaient pas prévu : la capacité des ouvriers à s’auto-organiser. Ces derniers, dispersés par la police, s’organisèrent sans l’aide d’aucun bureaucrate syndical et se réunirent dans une manifestation massive face au siège du Türk-Is 11 l’après-midi. Le même jour, n’ayant pas d’endroit où rester, ils occupèrent deux étages du bâtiment. Les jours suivants le 17 décembre, des manifestations eurent lieu dans la petite rue en face du siège du syndicat Türk-Is, au centre d’Ankara.

La lutte entre les ouvriers de Tekel et les syndicats du Türk-Is a marqué les jours suivants cette date jusqu’au Nouvel An. De fait, même au début de la grève, les ouvriers n’avaient pas confiance dans les dirigeants syndicaux. De chaque ville, ils avaient envoyé dans toutes les négociations deux ouvriers avec les syndicalistes. Le but était de faire en sorte que tous soient informés de ce qui se passait réellement. A la fois Tek Gida-Is et Türk-Is, ainsi que le gouvernement, attendaient que les grévistes renoncent au bout de quelques jours face à la fois au froid glacial de l’hiver d’Ankara, à la répression policière et aux difficultés matérielles. Évidemment, les portes de l’immeuble du Türk-Is furent immédiatement fermées un court moment pour empêcher les ouvriers d’y pénétrer. Contre cela, ces derniers réclamèrent avec succès que les femmes puissent se reposer dans l’immeuble et utiliser ses toilettes. Les ouvriers n’avaient pas l’intention de repartir. Un sérieux soutien leur fut apporté par la classe ouvrière d’Ankara et surtout par des étudiants des couches prolétariennes devant les difficultés matérielles. Une partie peut-être réduite mais néanmoins significative de la classe ouvrière d’Ankara se mobilisa pour accueillir les ouvriers chez eux. Au lieu de renoncer et de repartir, les ouvriers de Tekel se rassemblèrent chaque jour dans la petite rue en face de l’immeuble du Türk-Is, et commencèrent à discuter de comment faire avancer leur lutte. Il ne fallut pas longtemps pour réaliser que la seule solution pour dépasser leur isolement était d’étendre leur lutte au reste de la classe ouvrière.

Dans ce contexte, les ouvriers combatifs de toutes les villes qui avaient vu que le Tek Gida-Is et le Türk-Is ne faisaient rien pour eux essayèrent d’établir un comité de grève avec pour but principal de transmettre leurs revendications aux syndicats. Parmi ces revendications se trouvait la mise sur pied d’une grande tente pour les grévistes afin de célébrer collectivement le Nouvel An, ainsi que l'organisation d’une manifestation devant l’immeuble du Türk-Is. L’exécutif des syndicats s’opposa à cette initiative. Leur argument était qu’après tout, quel besoin avaient-ils des syndicats si les ouvriers se portaient en avant et prenaient le contrôle de leur lutte dans leurs propres mains ?! Cette attitude contenait derrière une menace à peine voilée : les ouvriers qui étaient déjà seuls craignaient d’être encore plus isolés si les syndicats leur retiraient leur soutien. Le comité de grève fut donc supprimé. A présent se posait la question de la volonté des ouvriers de conserver le contrôle de la lutte. Rapidement, ils s’efforcèrent de former des liens avec les ouvriers des usines du sucre qui se heurtaient déjà aux mêmes conditions du 4-C et allèrent vers les ouvriers des environs et dans les universités où ils étaient invités à expliquer leur lutte. En même temps, ils continuaient leur lutte contre la direction du Türk-Is qui n’était en aucune façon derrière eux. Le jour où le comité exécutif du syndicat se réunit, les ouvriers forcèrent les portes du quartier général syndical. La police anti-émeute fut mobilisée pour protéger le président du syndicat Mustafa Kumlu face aux ouvriers. Ceux-ci criaient des mots d’ordre comme : « Nous liquiderons qui nous trahit », « Le Türk-Is à votre devoir, vers la grève générale », « Kumlu, démission ». Kumlu n’osa pas se montrer jusqu’à ce qu’il ait annoncé une série d’actions, y compris lancer des appels à la grève et accepter les manifestations hebdomadaires face au bâtiment du syndicat. Il avait peur pour sa vie. Même après cette déclaration de Kumlu, les ouvriers ne le croyaient toujours pas. Un ouvrier de Tekel venant de Diyarbakir 12 déclara dans une interview : « Nous ne suivrons aucune décision prise par la direction syndicale pour arrêter la grève et nous faire repartir. Et si une décision d’arrêter la grève sans rien gagner est prise comme l’an dernier, nous pensons à saccager l’immeuble du Türk-Is et à y mettre le feu » 13. Il exprimait le sentiment de nombreux autres ouvriers de Tekel. Le Türk-Is revint sur son plan d’action lorsque la première grève d’une heure connut un taux de participation de 30% pour tous les syndicats. Les leaders syndicaux furent tout autant terrifiés que le gouvernement lui-même à l’idée de voir la lutte se généraliser. Après la chaleureuse manifestation du Nouvel An devant l’immeuble du Türk-Is, un vote à bulletins secrets fut organisé parmi les ouvriers pour décider s’ils continuaient ou retournaient chez eux. 99% votèrent pour la poursuite de la grève. Dans le même temps, un nouveau plan d’action, suggéré par le syndicat, commença à être mis en discussion : après le 15 janvier, il devait y avoir un sit-in de trois jours, suivi par une grève de la faim de trois jours et un jeûne complet de trois jours. Une manifestation avec une participation massive devait également avoir lieu, comme l’administration du Türk-Is le promettait. Les ouvriers pensaient au départ qu’une grève de la faim était une bonne idée. Étant déjà isolés, ils ne voulaient pas être oubliés et ignorés et pensaient qu’une grève de la faim pouvait éviter cela. Ils pensaient être embourbés face au Türk-Is et ressentaient le besoin de faire quelque chose. Une grève de la faim pouvait agir comme intimidation aussi pour le syndicat, pensaient-ils.

Un des textes les plus significatifs écrits par les ouvriers de Tekel a été publié ces jours-là. Il s’agit d’une lettre écrite par un ouvrier de Batman 14 aux ouvriers des usines de sucre : « A nos sœurs et frères ouvriers honorables et travailleurs de l’usine de sucre. Aujourd’hui, la lutte remarquable que les ouvriers de Tekel ont développée est une chance historique pour ceux dont les droits ont été retirés. Pour ne pas rater cette chance, votre participation dans notre lutte nous rendrait plus heureux et plus fort. Mes amis, j’aimerais spécialement indiquer que depuis longtemps les syndicalistes vous promettent l’espoir qu’ils « vont s’occuper de cette affaire ». Cependant, comme nous sommes passés par ce même processus, nous savons bien que ce sont de gens aisés qui n’y ont aucun intérêt vital à défendre. Au contraire, vous êtes ceux auxquels les droits seront enlevés et dont le droit au travail sera retiré. Si vous ne prenez pas part à la lutte aujourd’hui, demain sera trop tard pour vous. Cette lutte ne sera victorieuse que si vous êtes dedans et nous n’avons aucun doute ou manque de confiance en nous-mêmes pour nous en occuper. Parce que nous sommes sûrs que si les ouvriers sont unis et agissent comme un seul corps, il n’y a rien qu’ils ne puissent réussir. Avec ces sentiments, je vous salue avec ma plus profonde confiance et mon plus profond respect au nom de tous les ouvriers de Tekel. » 15 Cette lettre n’appelait pas seulement les ouvriers du sucre à rejoindre la lutte ; elle exprimait aussi très clairement ce qui s’était passé pour ces ouvriers de Tekel. En même temps, elle exprimait la conscience partagée par nombre d’entre eux qu’ils ne se battaient pas que pour eux-mêmes mais pour la classe ouvrière tout entière.

Le 15 janvier, d’autres ouvriers de Tekel vinrent à Ankara pour participer au sit-in. A présent, ils étaient presque 10 000 sur la place Sakarya. Certains membres de leurs familles étaient venus avec eux. Les ouvriers avaient pris des jours de congés maladie et des vacances pour venir à Ankara et la plupart d’entre eux devaient revenir plusieurs fois pour renouveler leurs permis de vacances. Presque tous les ouvriers de Tekel étaient présents 16. Une manifestation avec une large participation fut planifiée pour le samedi 16 janvier. Les forces de l’ordre craignaient cette manifestation car elle pouvait faire naître la généralisation et l’extension massive de la lutte. La possibilité que des ouvriers arrivent le samedi pour la manifestation en passant la nuit et tout le dimanche avec les ouvriers de Tekel pouvait conduire à la construction de liens forts et massifs. Aussi, la police insista pour que la manifestation démarre le dimanche, et le Türk-Is, dans une manœuvre typique, affaiblit un peu plus la manifestation en faisant en sorte que les ouvriers des villes kurdes ne viennent pas. Il avait été aussi calculé que passer deux nuits dans l’hiver glacé d’Ankara, sans bouger en sit-in dans la rue, briserait la résistance et la force des ouvriers. On vit lors de la manifestation du 17 janvier que ce calcul était une sérieuse erreur.

Celle-ci commença dans le calme. Les ouvriers qui se rassemblaient à Ankara et plusieurs groupes politiques commencèrent à 10 h à marcher de la gare vers la place Sihhiye. Dans la manifestation, sous le regard de dizaines de milliers d’ouvriers, d’abord un ouvrier de Tekel, puis un pompier et un ouvrier du sucre prirent la parole sur une estrade. L’explosion de colère n’eut lieu qu’après quand Mustafa Kumlu s’installa à la tribune. Kumlu, qui ne s’est jamais préoccupé de la lutte ni des conditions de vie des ouvriers de Tekel fit un discours complètement modéré, conciliateur et vide. Le Türk-Is avait fait un effort particulier pour garder les ouvriers à distance de l’estrade et avait mis devant les ouvriers métallurgistes, qui n’étaient pas du tout au courant de ce qui se passait devant eux. Mais ceux de Tekel, leur demandant de les laisser passer, s’arrangèrent pour venir directement devant la tribune. Tout au long du discours de Kumlu, ils firent de leur mieux pour l’interrompre avec leurs mots d’ordre. La dernière offense à l’égard des ouvriers fut l’annonce qu’après Kumlu, ce serait Alisan, un chanteur de pop qui n’avait rien à voir avec le mouvement, qui allait donner un concert. Les ouvriers investirent l’estrade, commençant à crier leurs mots d’ordre et malgré le fait que les chefs syndicaux baissaient la sono, les ouvriers qui étaient venus à la manifestation reprirent le micro. Pour cette fois, le syndicat perdit complètement le contrôle. C’était les ouvriers qui l’avaient. Les chefs syndicaux, se ruant sur l’estrade, commencèrent à faire des discours radicaux d’un côté et à essayer de l’autre d’en chasser les ouvriers. Comme cela ne marchait pas, ils essayèrent de les provoquer les uns contre les autres et s’en prirent aux étudiants et aux ouvriers qui venaient les soutenir. Les syndicalistes tentèrent encore de diviser les ouvriers qui étaient à Ankara depuis le début de la lutte de ceux qui étaient arrivés récemment, et ils essayèrent de cibler ceux qui venaient offrir leur aide. A la fin, les chefs syndicaux tentèrent de faire descendre ceux qui occupaient l’estrade, et convainquirent l’ensemble de retourner rapidement devant l’immeuble du Türk-Is. Le fait que les discours concernant les grèves de la faim et les jeûnes complets étaient mis en avant pour faire tomber les mots d’ordre sur la grève générale est, selon nous, intéressant. En aucun cas retourner vers l’immeuble du Türk-Is n’était assez pour éteindre la colère des ouvriers. Des mots d’ordre comme « Grève générale, résistance générale », « Türk-Is ne doit pas abuser de notre patience » et « Nous liquiderons qui nous trahit » étaient à présent criés devant le bâtiment. Quelques heures plus tard, un groupe d’environ 150 ouvriers se mit à casser la barricade dressée par les bureaucrates devant les portes du bâtiment et l’occupèrent. Les ouvriers de Tekel qui cherchaient Mustafa Kumlu dans l’immeuble commencèrent à crier « Ennemi des ouvriers, larbin de l’AKP » lorsqu’ils atteignirent la porte de Kumlu. Après la manifestation du 17 janvier, les efforts pour mettre en place un autre comité de grève resurgirent parmi les ouvriers. Ce comité était constitué d’ouvriers qui ne pensaient pas qu’une grève de la faim était une façon adaptée pour faire avancer la lutte et qu’il fallait au contraire étendre celle-ci. L’effort pour le former était connu de tous les ouvriers et soutenu par une très grande majorité. Ceux qui ne le soutenaient pas activement, n’étaient pas non plus contre. Parmi les tâches assignées au comité, plutôt que de transmettre leurs revendications aux syndicats, l’objectif fut de mettre en œuvre la communication et l’auto-organisation dans les rangs ouvriers. Comme le précédent comité de grève, celui-ci était entièrement composé d’ouvriers et complètement indépendant des syndicats. La même détermination d’auto-organisation permit que des centaines d’ouvriers de Tekel puissent se joindre à la manifestation des employés du secteur de la santé qui était en grève le 19 janvier. Le même jour, alors qu’il avait été permis à seulement une centaine d’ouvriers de participer à une grève de la faim de trois jours, 3000 ouvriers les rejoignirent, malgré le sentiment général parmi les ouvriers que cette grève de la faim n’était pas le moyen le plus approprié pour faire avancer la lutte. La raison qu’ils invoquaient était qu’ils ne voulaient pas laisser leurs camarades faire cette grève de la faim seuls, qu’ils voulaient, par solidarité, s’engager avec eux et partager ce qu’ils allaient traverser.

Bien que les ouvriers de Tekel aient fait des réunions régulières entre eux selon les villes d’où ils venaient, une assemblée générale avec tous les ouvriers participants n’avait pas été possible. Cela étant dit, depuis le 17 décembre, la rue face à l’immeuble du Türk-Is avait pris le caractère d’une assemblée générale informelle mais régulière. La place Sakkarya, ces jours-là, était pleine de centaines d’ouvriers de différentes villes, discutant comment développer la lutte, comment l’étendre, quoi faire. Une autre caractéristique importante de la lutte fut comment les ouvriers des différentes régions ethniques réussirent à s’unir contre l’ordre capitaliste malgré les provocations du régime. Le mot d’ordre « Ouvriers kurdes et turcs tous ensemble », lancé dès les premiers jours de la lutte, l’a exprimé très clairement. Dans la lutte de Tekel, de nombreux ouvriers de la région de la mer Noire dansèrent le Semame, et de nombreux kurdes firent la danse d’Horon pour la première fois de leur vie. 17 Un autre aspect significatif de l’approche des ouvriers de Tekel a été l’importance qu’ils donnèrent à l’extension de la lutte et à la solidarité ouvrière, et cela non pas sur la base étroite du nationalisme mais sur celle incluant le soutien mutuel et la solidarité des ouvriers du monde entier. Aussi, les ouvriers de Tekel évitèrent que des factions de la classe dominante dans l’opposition se servent de la lutte pour leurs propres buts car ils n’avaient aucune confiance en elles. Ils furent attentifs à comment le Parti Républicain du Peuple 18 (CHP, Cumhuriyet Halk Partisi) attaquait les ouvriers qui étaient licenciés de Kent AS 19, comment le Parti du Mouvement Nationaliste 20 (MHP, Milliyetçi Hareket Partisi) a joué son rôle dans l’aggravation de la politique étatique et anti-ouvrière. Un ouvrier a exprimé cette conscience très clairement : « Nous avons compris ce que nous sommes tous. Ceux qui ont voté pour la loi de privatisation nous disent aujourd’hui comment ils comprennent notre situation. Jusqu’ici, j’ai toujours voté pour le Parti du Mouvement Nationaliste. Ce n’est que dans cette lutte que j’ai rencontré des révolutionnaires. Je suis dans cette lutte parce que je suis un ouvrier. Les révolutionnaires sont toujours avec nous. Le Parti du Mouvement Nationaliste et le Parti Républicain du Peuple font cinq minutes de discours ici et puis s’en vont. Ils y en avaient parmi nous qui les chérissaient lorsqu’ils sont venus ici. A présent, la situation n’est plus la même. » 21 L’exemple le plus frappant de cette conscience s’est vu lorsque les ouvriers de Tekel ont empêché de parler des fascistes de l’Alperen Ocakları 22, la même organisation qui avait attaqué les ouvriers de Kent AS qui manifestaient dans le Parc Abdi Ipekçi parce qu’ils étaient Kurdes. La lutte de ceux de Tekel a également constitué un important soutien aux pompiers qui avaient été brutalement attaqués après leur première manifestation en leur redonnant le moral pour reprendre la lutte. De façon générale, les ouvriers de Tekel ont donné l’espoir non seulement aux pompiers mais à tous les secteurs de la classe ouvrière en Turquie qui veulent entrer en lutte. Ils ont fait en sorte de permettre à tous les ouvriers de participer à la grève. C’est pourquoi aujourd’hui, ils se tiennent fièrement à l’avant-garde de la classe ouvrière en Turquie. Ils ont permis aux ouvriers de Turquie de sortir du sommeil où ils étaient depuis des années en les faisant rejoindre les luttes ouvrières du monde entier. Ils représentent les graines de la grève de masse, comme celles qu’on a vu secouer le monde ces dernières années de l’Egypte à la Grèce, du Bangladesh à l’Espagne, de l’Angleterre à la Chine.

Cette lutte est toujours en cours, et nous pensons qu’il n’est pas encore temps d’en tirer toutes les leçons. Avec l’idée d’une grève de la faim et d’un jeûne total poussée en avant d’un côté, et de l’autre celle d’un comité de grève mis en œuvre par les ouvriers qui ne trouvent pas adaptée la grève de la faim pour la lutte et veulent au contraire l’étendre, avec les bureaucrates du Türk-Is qui font partie de l’Etat d’un côté et de l’autre les ouvriers qui veulent une grève générale, il est difficile de prévoir ce qui attend cette lutte, où elle ira, quels résultats elle obtiendra. Ceci étant dit, nous devons mettre l’accent sur le fait que, quelle qu’en soit l’issue, l’attitude remarquable des ouvriers de Tekel laissera des leçons inestimables pour toute la classe ouvrière.

Gerdûn - Courant Communiste International

1 Tekel est la compagnie qui a eu le monopole d’Etat de toutes les entreprises de production d’alcool et de tabac.

2 Respectivement, la Confédération de Gauche des Syndicats des Ouvriers du Secteur Public, la Confédération des Syndicats Ouvriers Révolutionnaires, et la plus importante, la Confédération des Syndicats des Employés du Public, connu pour ses sympathies pro-fascistes.

3 Premier ministre, également dirigeant du Parti de la Justice et du Développement ou AKP (AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi).


4 http://www.cnnturk.com/2009/turkiye/12/05/erdogana.teke...72.0/

5 Ville du Kurdistan turc.

6 http://www.evrensel.net/haber.php?haber_id=63999
Partager cet article
Repost0
15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 08:38

Les projets européens de réforme des retraites (1) (voir Echanges n° 102 c'est sur ce dossier

le collectif le laboratoire  fera plusieurs rencontres discussions.

Depuis quelque temps les médias n’en finissent pas de mettre en avant le vieillissement de la population. Le but de cette propagande, car il s’agit bien d’une propagande, c’est de faire admettre aux salariés que leur retraite est en danger et qu’il faut rapidement, d’une part cotiser davantage et avoir recours aux fonds de pension, de l’autre travailler au-delà de 60 ans.

Le vrai problème, c’est que le capital financier a de plus en plus besoin d’épargne, et surtout d’une épargne sans risque pour lui, qu’il pourra placer dans des investissements à risque.
ll faut dire une première vérité qui est le plus souvent escamotée : pour la grande majorité des trois à quatre milliards de travailleurs de par le monde, le capital estime ne rien devoir, ou si peu, pour leurs vieux jours. Une bonne partie d’entre eux n’ont d’ailleurs guère à s’en soucier car leurs conditions d’exploitation et de vie sont telles qu’ils n’atteignent jamais ce que l’on appelle dans les pays industrialisés « l’âge de la retraite ». C’est pour le capital mondial une bonne part de la garantie de bas coûts de production, de compétitivité et de maintien du taux de profit.

Par contre, pour une minorité relativement importante de travailleurs, notamment dans les vieux pays industrialisés, tout un ensemble de circonstances mêlant les propres nécessités du capital dans ces pays et les luttes de classe qui s’y sont déroulées ou qui s’y déroulent encore, faisait jusqu’à présent penser que leurs vieux jours seraient plus ou moins bien assurés. C’était une situation relativement récente, datant pour la plupart de ces pays depuis moins d’un siècle. On peut penser que cette question s’est posée à partir du moment où l’accroissement de la population et l’amélioration lente mais certaine des conditions de vie et d’accès aux soins médicaux, en progrès, ont fait que bon nombre de travailleurs n’étaient pas morts à un âge considéré comme « l’âge normal de la retraite ». Cet âge était finalement évalué au moment où l’exploitation d’une force de travail, diminuée par l’usage qui en avait été fait, n’était plus rentable pour le capital, problème qui ne se posait pas quand le travailleur mourait « jeune », étant usé « avant l’âge ».

Pour compléter, on pourrait ajouter par exemple que les fonctionnaires eurent les premiers accès à une retraite parce qu’ils vivaient plus vieux, n’étant pas surexploités comme les ouvriers. Autant que la conséquence des luttes, on pouvait aussi voir dans ce développement l’intérêt du capital à obtenir, dans certaines situations, non seulement la paix sociale mais aussi une certaine « participation » pour assurer l’accumulation du capital dans les meilleurs conditions d’exploitation de la force de travail. C’était particulièrement clair, par exemple dans les périodes d’après-guerre, lorsqu’il s’agissait de permettre aux capitalistes nationaux de reconstituer les structures d’accumulation détruites, ou bien dans les pays en développement pour les besoins de l’accumulation primitive.

Dans les Etats où le capital avait cru devoir instituer pour ses intérêts propres des systèmes de retraite pour les vieux travailleurs, cela s’était fait peu à peu et d’une manière très inégale. Dès avant la première guerre mondiale, certaines entreprises plus prospères, mais aussi désireuses de s’attacher des travailleurs qualifiés, avaient institué des régimes de retraite « maison ». Ce n’est qu’après la première guerre mondiale que ce système s’est progressivement étendu, pour des raisons tant économiques que politiques et est alors devenu l’objet de revendications ouvrières. Sa généralisation rencontrait une grande hostilité chez les paysans, les artisans, le petit commerce et les petites entreprises qui pouvaient avoir des difficultés de financement de ces « avantages sociaux ». Pour le capital, globalement, assurer une retraite aux vieux travailleurs était à la fois une garantie de fidélité, de paix sociale mais aussi d’un certain niveau de consommation permettant également d’échapper à la charge des vieux sans ressources par les collectivités. D’une certaine façon, ce développement était également lié à l’essor industriel défini dans le fordisme (production de masse pour une consommation de masse).

En fait, les systèmes de retraite ne coûtaient rien aux employeurs individuels ou entreprises : même si peu à peu s’instituait dans nombre de pays un système présenté comme égalitaire de contributions travailleur et patronales, celles-ci n’étaient en fait que des salaires différés, portion des salaires qui auraient dû être payée, mise en réserve jusqu’à l’âge de la retraite. C’était un élément des coûts de production. Cette mise en réserve posait des problèmes financiers car, représentant d’énormes capitaux, elle était, d’une part l’objet de convoitises de la part des circuits financiers à la recherche de financements, d’autre part de la formation éventuelle d’organismes de collecte et de répartition à terme aux bénéficiaires, et enfin de « sécurisation », c’est-à-dire principalement de maintien de son « pouvoir d’achat » notamment contre l’inflation.

Différents systèmes virent ainsi le jour :
- prélèvement sur le chiffre d’affaires. Les entreprises qui s’estimaient assez solides financièrement ne constituèrent pas de fonds de retraite et servirent les retraites de leurs anciens travailleurs, généralement en fonction des salaires d’activité et de la durée d’exploitation, en les prélevant sur le chiffre d’affaires courant.

C’est notamment ce que fait l’Etat pour ses fonctionnaires, qui furent les premiers travailleurs à bénéficier de retraites car le pouvoir avait besoin de leur fidélité. C’était aussi jusqu’à une date très récente le cas des firmes très importantes, par exemple les firmes américaines de l’automobile comme General Motors. Et celui du système éphémère en Russie et en Chine de la prise en charge des vieux par l’unité de travail, système nécessaire pour sécuriser l’exploitation d’un prolétariat d’origine paysanne dans la période d’accumulation primitive ;

- capitalisation. Bien avant la généralisation des retraites pour les entreprises privées, avant même la première guerre mondiale, certaines sociétés, qui avaient besoin également d’avoir un volant de salariés permanents et fidèles, mais qui voulaient se dégager d’obligations financières aléatoires et contraignantes, avaient souscrit auprès de sociétés d’assurances des contrats-retraite qui, à partir de versements conjoints de l’entreprise et du salarié, constituaient une rente servie par ces sociétés lors de la mise à la retraite. Le montant de cette rente dépendait du montant et de la durée de ces versements, mais aussi de la prospérité de la société d’assurance considérée et de l’inflation, car elle était fixée nominalement et ne variait pas dans le temps.

C’est ce qu’on a appelé une « retraite par capitalisation » car les versements aboutissent à la constitution d’un capital individuel que la société d’assurance fait fructifier par des placements et convertit à terme en une rente viagère ;

- répartition. Les péripéties d’après la première et la seconde guerre mondiale, la crise des années 1930 portèrent un coup fatal à ces retraites d’entreprise et amenèrent à chercher des formules moins aléatoires. Cela coïncidait aussi avec le développement du fordisme et de la production de masse et avec la nécessité qui en découlait d’assurer une masse minimale de consommation constante. Ce n’est pas un hasard si un autre système vit le jour dans les années 1930, notamment en France. Les bouleversements financiers et la nécessité, notamment dans l’après-seconde guerre mondiale, d’une adhésion d’un prolétariat au redressement des capitalismes nationaux, entraînèrent une généralisation d’un système moins aléatoire que le système par capitalisation. Avec des variantes, presque tous les pays d’Europe occidentale adoptèrent un système dit « par répartition ».

De plus, l’espoir d’un monde meilleur pour ceux qui avaient vécu la crise de 1930 et la guerre devait paraître contenu dans un ensemble de « garanties sociales » dont cette retraite était un des éléments majeurs. Ces retraites sont toujours individualisées et leur montant dépend de cotisations ouvrières et employeur (fonction du salaire) et de la durée des versements. Ce système offre la garantie assurée d’un minimum vieillesse même pour ceux qui n’ont jamais ou insuffisamment cotisé et d’un optimum basé sur « les meilleurs années » ; il a même été complété par des systèmes de retraite complémentaire obligatoire qui en élevait encore le montant. La base de ces systèmes, général et complémentaire, est la même : les cotisations perçues servent à payer les retraites en cours, d’où le nom « par répartition » : on répartit sur l’ensemble des retraités les cotisations versées par la masse des salariés en activité.

*

Quel que soit le système retenu pour le service des retraites, ce n’est nullement un « avantage », comme on le prétend souvent, mais tout simplement un salaire différé qui ,d’une manière ou d’une autre, est accumulé au service du capital et dans son intérêt (ce qui explique la facilité avec laquelle des entreprises ou patrons ont pu « se servir » des fonds ainsi réunis comme si c’était leur propriété). Le système par répartition assurait un flux constant d’une masse importante de capitaux qui furent bientôt l’objet de convoitise de l’ensemble des capitalistes et des gouvernements à la recherche de liquidités pour approvisionner en crédit le développement économique à l’échelle mondiale, y compris sa partie spéculative de plus en plus importante. Si l’on considère d’un point de vue purement technique les deux formes de retraite proposées, leur base est strictement identique (reposant sur des tables de mortalité) et par exemple les problèmes de vieillissement de la population se posent de la même façon dans les deux systèmes.

En période de prospérité capitaliste, il est certain par contre que le rendement des placements financiers permet éventuellement d’augmenter le montant des retraites par capitalisation, si tant est que ces « profits » ne soient pas distribués aux actionnaires des fonds. C’est ainsi que l’on a vu monter, dans les dernières décennies, une offensive généralisée pour que le système par répartition, qui, en principe ne faisait que faire transiter la masse des cotisations pour les répartir, se convertisse en système par capitalisation : des fonds de pension sont apparus, à côté des sociétés d’assurances, organismes spécialisés dans la collecte des cotisations retraite, gérant les comptes individuels de retraite pour chacun des cotisants. Ces fonds drainent d’énormes capitaux placés dans toutes les opérations financières possibles, les plus sûres comme les plus hasardeuses, et sont devenus des puissances financières redoutées, véritables prédateurs notamment pour les entreprises en difficulté ou les entreprises familiales à la recherche de capitaux.

Ils étaient jusqu’à une date récente des modèles d’un capitalisme triomphant, loués par tous les tenants de l’économie libérale et la déréglementation de l’économie. Dans leur expansion, épaulés par les politiciens et pas seulement par les conservateurs, la cible principale était tous les systèmes « étatiques » généralement de retraite publique par répartition dont la gestion financière, souvent paritaire leur échappait. En France, par exemple, l’attaque n’a pas été frontale mais a porté par petites touches sur le montant et l’âge de la retraite, visant à contraindre les salariés à se tourner, au moins partiellement, vers ces fonds privés pour parfaire une retraite décente.

La question de l’âge de la retraite, qui est au centre des débats, au moins dans le monde occidental industrialisé, a toujours fait l’objet de manipulations cachées. Par exemple, en France, lorsque l’on a fixé la retraite en principe à 60 ans dès les années 1930, des dérogations avaient été prévues pour certaines catégories de travaux pénibles entraînant une mortalité précoce (mineurs, cheminots, etc.), un avancement de cet âge étant sensé rétablir une « égalité dans l’inégalité ». L’évolution des techniques a fait en partie disparaître les anciennes « pénibilités » pour y substituer de nouvelles, moins évidentes, d’où les débats actuels où, sous couvert de prendre en considération l’allongement de la durée moyenne de vie et cette pénibilité, les « réformes » des systèmes de retraite ne visent qu’à faire diminuer globalement par différents biais le montant des retraites versées.

La tourmente boursière a porté un coup que l’on espère fatal à ces fonds de pension dont les actifs, consistant essentiellement en actions et titres financiers divers plus ou moins prometteurs, se sont parfois totalement effondrés, diminuant considérablement les garanties des retraites présentes et futures.

Des signes avant-coureurs étaient déjà apparus dans le passé, comme l’éclatement en 2001 du scandale Maxwell en Grande-Bretagne – ce magnat de la presse mort dix ans auparavant avait dilapidé le fonds de retraite du personnel – ou l’affaire Enron aux Etats-Unis – la faillite en décembre 1991 de cette entreprise de distribution d’électricité avait entraîné celle de son fonds de retraite, dont les actifs ne consistaient qu’en actions Enron.

Travailler plus longtemps

Aux Etats-Unis, la plupart des sociétés qui avaient dû consentir dans les accords d’entreprise des garanties retraite ont, à partir d’une loi de 1978 – article 401(k) qui désigne souvent ce système (1) – transféré leurs obligations à des fonds de pension gérant par capitalisation les comptes individuels alimentés par les cotisations employeurs et ouvriers (qui ne sont jamais fixes et sont souvent rediscutées lors des renouvellement de contrats, les entreprises tentant constamment de réduire leur propre contribution). Ce fut en fait une attaque concertée du patronat et des politiques pour réduire les charges des entreprises qui se trouvaient ainsi dégagées du service direct des retraites dont le montant pouvait être réclamé lors de ces renouvellements des contrats. Le résultat, avec la débâcle financière est que les comptes retraite sous l’article 401(k) avaient perdu, en septembre 2008, 2 000 milliards de dollars (1 600 milliards d’euros), montant largement dépassé depuis (un tiers des bénéficiaires atteignent actuellement 60 ans et 80 % de leur retraite sont assis sur ces fonds).

Les sociétés qui ont des engagements de retraite envers leurs retraités présents et futurs doivent compenser les diminutions de retraite servies par les fonds de pension, ce qui peut obérer sérieusement leur activité. Une autre possibilité est donnée au capital dans ce pays pour se dégager de toutes obligations concernant les retraites : la mise en faillite, qui permet à une entreprise de continuer à fonctionner en annulant toutes ses obligations, notamment celles résultant du contrat collectif donc les retraites : c’est ainsi que même en restant salarié de l’entreprise, plus aucune contribution retraite n’est versée et les pensions encore servies par l’entreprise sont purement et simplement annulées.

Une autre conséquence indirecte de la débâcle des fonds de pension est l’obligation dans laquelle se trouvent ceux qui approchent de la retraite, de travailler plus longtemps, de retarder la fin de leur activité pour accroître tant soit peu son montant (on estime qu’en 2016, 6 % de la population active devront travailler au-delà de 65 ans, contre 3,6 % en 2006).

On a pu entendre alors, devant la débâcle des fonds par capitalisation, chanter les louanges de la retraite par répartition qui mettrait les retraites des travailleurs à l’abri de ces tempêtes financières. Ce n’est qu’une apparence de vérité. D’une part, pour pallier les aléas des fluctuations de l’économie et/ou de la démographie, les caisses par répartition doivent constituer des réserves qui sont… placées sur le marché financier, c’est-à-dire tributaires, comme les fonds de pension, des hauts et des bas de ce marché : une des caisses de retraite a ainsi perdu pas mal de millions avec des titres liés à la débâcle américaine des « subprimes ». Mais il y a plus : comme le service des retraites dépend pour l’essentiel des cotisations encaissées, les recettes sont liées à l’activité économique, au total des salaires versés, c’est-à-dire au nombre de salariés et au montant des salaires qui leur est versé. Tout comme la crise économique réduit la rentabilité du placement des fonds de retraite par capitalisation, elle réduit tout autant pour les caisses de retraite par répartition le montant des cotisations permettant d’assurer le paiement des retraites. Le problème est pour celles-ci rendu plus aigu par le nombre de postulants à la retraite, en raison du baby boom de l’après-dernière guerre mondiale. On peut d’ailleurs se demander si la prorogation de l’âge des retraites n’est pas liée, quelles que soient les modalités de leur constitution, à cette question purement démographique.

D’autres menaces

Une autre menace pèse sur l’ensemble des régimes de retraite, distinctement de toutes les conséquences que nous venons d’évoquer : c’est la tentation des Etats de se servir autoritairement de la manne ainsi mise en réserve. Ce n’est pas une vision de l’esprit. Le gouvernement argentin vient de « nationaliser » dix fonds de retraite, c’est-à-dire en fait de prendre le contrôle de leurs disponibilités afin de pallier le manque de fonds pour les investissements déjà engagés, les recettes ayant été obérées par la chute des prix agricoles. Dans un autre secteur que celui des retraites, le gouvernement français vient de détourner à son profit 50 millions d’euros de l’Association de Gestion des fonds pour l’insertion des personnes handicapées.

En conclusion, c’est, pour l’ensemble des systèmes de retraites, pour ceux qui, de par le monde, ont la « chance » de pouvoir (encore) en bénéficier, une situation qui dépend entièrement de l’activité économique. La crise financière touche effectivement dans l’immédiat un des systèmes de financement, mais la crise économique qui n’a pas encore atteint son plein développement touchera encore plus sérieusement l’ensemble des retraites et des retraités.

On peut prévoir que les mesures restrictives pour l’obtention de la retraite qui ont déjà vu le jour vont s’accentuer alors que la pension versée aux retraités risque d’être touchée doublement, et par la stagnation de son montant notamment eu égard à l’inflation et par cette inflation elle-même. ◊

Note

(1) « 401(k)s » : en 1978, fut ajoutée au code fiscal américain une disposition permettant à un salarié d’épargner pour sa retraite tout en différant ses prélèvements fiscaux jusqu’au retrait de son épargne.. Différentes modifications ultérieures firent que ces cotisations concernaient aussi bien les contributions salariés et employeurs, qu’elles pouvaient faire l’objet d’accords d’entreprise, que les placements garantissant ces retraites pouvaient faire l’objet de fonds spéciaux souscrivant des actions de l’entreprise (voir l’affaire Enron). Ce système de retraite, compliqué, était particulièrement intéressant pour les employeurs qui pouvaient en se mettant sous cette législation échapper à des obligations contractuelles. Pour plus de détails on peut consulter l’article « 401 K » sur le site Wikipedia.

 

Partager cet article
Repost0
14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 21:40

Le 14 décembre 2009, des milliers d’ouvriers des entreprises de Tekel 1 de douzaines de villes en Turquie ont quitté leurs maisons et leurs familles pour monter sur Ankara. Ces ouvriers ont fait ce voyage pour lutter contre les horribles conditions auxquelles les contraint l’ordre capitaliste. Cette lutte exemplaire qui dure depuis près de deux mois à présent est portée par l’idée d’une grève permettant à tous les ouvriers d’y participer. Ce faisant, les ouvriers de Tekel ont commencé à mettre en œuvre et à être porteur d’un mouvement pour l’ensemble de la classe ouvrière dans tout le pays. Ce dont nous essayons de rendre compte ici est l’histoire de ce qui s’est passé dans cette lutte. On ne doit pas oublier que ce compte-rendu ne concerne pas les seuls ouvriers de Tekel mais les ouvriers du monde entier. Nous remercions chaleureusement les ouvriers de Tekel pour avoir rendu possible l’écriture de cet article en poussant les luttes de notre classe en avant et en nous expliquant ce qui s’y passait.

tekel 1.jpg


Les ouvriers de Tekel sont entrés en lutte contre la « politique du 4-C » de l’Etat turc. Ce dernier a placé des milliers d’ouvriers en plus de ceux de Tekel sous les conditions de travail du « 4-C ». Ces conditions sont celles qui attendent déjà des centaines de milliers d‘ouvriers, ceux du secteur du sucre en étant les prochaines victimes. A côté de cela, de nombreux secteurs de la classe ouvrière ont fait l’expérience d’attaques similaires sous d’autres appellations. Qu’est donc que ce « 4-C » ? Il s’agit de fait d’une pratique de « protection » mise en avant par l’Etat turc lorsque le nombre d’ouvriers qui ont perdu leur travail à cause des privatisations a augmenté. Cela implique d’abord, avec une sérieuse baisse de salaire, que les ouvriers du secteur public soient mutés dans différents autres endroits et secteurs de l’Etat dans les pires conditions. La pire d’entre elles introduite par le « 4-C » est qu’elle donne à l’Etat-patron un pouvoir absolu sur les ouvriers. Ainsi, le salaire, qui est fixé par l’Etat et qui est déjà massivement réduit, est simplement un prix maximum. Il peut être réduit arbitrairement par les dirigeants des entreprises d’Etat. De plus, les heures de travail sont complètement dérèglementées et les directeurs d’usine ont arbitrairement le droit de faire travailler les ouvriers aussi longtemps qu’ils veulent, jusqu’à « la fin de la tâche qui leur est assignée ». En retour, les ouvriers ne touchent rien pour ce travail supplémentaire. Avec cette politique, les patrons ont le pouvoir de virer les ouvriers arbitrairement, sans qu’il y ait une quelconque compensation salariale. La période où les ouvriers peuvent travailler varie de trois à dix mois par an, rien ne leur étant payé durant les mois où ils ne travaillent pas, la durée de travail étant une fois encore arbitrairement décidée par les patrons.


Le campement de fortune des ouvriers de Tekel, l’ancien monopole turc des tabacs, a pris racine dans les rues glaciales du centre-ville d’Ankara. Sur des barbecues, des sardines et des marrons grillent, et les caisses de bouteilles de raki circulent dans les allées bondées.

Emmitouflés sous des couvertures, près de 2 000 travailleurs, licenciés ou menacés de l’être en raison de la privatisation de leur entreprise, font grève depuis cinquante jours, installés devant le siège de la centrale syndicale Türk-Is. Calés autour de poêles à charbon, sous des bâches en plastique, les "Tekel" sont bien décidés à ne pas bouger de leur camp, tant qu’un compromis n’aura pas été trouvé avec le gouvernement.

Tekel_de_13__gun_display.jpg

 

Environ 12 000 fonctionnaires sont directement concernés par la dissolution du groupe, vendu en 2008 au géant British American Tobacco (BAT) pour 1,72 milliard d’euros.Pour compenser la perte de leur emploi, après la fermeture d’une centaine de sites à travers le pays, l’Etat a proposé aux salariés des postes précaires dans l’administration.

"Le gouvernement essaie de nous faire travailler dans des conditions indignes, tonne le président du syndicat Tek Gida-Is, Mustafa Türkel. Les ouvriers perdraient leur statut de fonctionnaire, sans aucune sécurité d’emploi sur la durée. Nous nous opposons aux privatisations telles qu’elles sont menées par ce gouvernement."

 

Ce conflit social, qui a commencé en décembre 2009, embarrasse au plus haut point le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, dont la politique économique est contestée par les fonctionnaires et les classes populaires.

Ignorés pendant plus d’un mois par le gouvernement, les grévistes se sont remis à espérer une issue positive. Mais, après plusieurs rencontres, les négociations entre les syndicats et le gouvernement sont restées dans l’impasse, mardi 2 février. "C’est une lutte pour notre honneur. Nous continuerons à nous battre par tous les moyens", clame Binali Ildan, un ancien ouvrier de l’usine d’Istanbul.

Depuis cinquante jours, les "Tekel" ont multiplié les manifestations dans les rues de la capitale, parfois réprimées sans ménagement par la police, et ont même observé, pendant plusieurs jours, une grève de la faim, qui a conduit trois d’entre eux à l’hôpital. "Nous sommes très affectés par l’inhumanité du gouvernement, se plaint l’un d’eux, Ibrahim Kiraç. Nous sommes sous la pression du FMI (Fonds monétaire international) et du capitalisme international."

Une société rentable

Inflexible, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé, mardi, "une campagne idéologique contre le gouvernement" et une "instrumentalisation" des travailleurs. A Ankara, de nombreux passants continuaient pourtant à venir soutenir le mouvement. "Sans le soutien des citoyens, nous n’aurions pas pu tenir tout ce temps", avoue un ouvrier.

Mais si le gouvernement maintient sa position, le conflit risque de se durcir. Les "Tekel" devaient reprendre, mercredi, leur grève de la faim. Les six principales centrales syndicales représentant fonctionnaires et salariés du privé ont appelé à une journée de grève jeudi. Une grande manifestation est prévue à Ankara.

Depuis 2002, plusieurs centaines d’entreprises publiques ont été privatisées par le parti islamo-conservateur au pouvoir. La loterie nationale, les centrales électriques ou les usines de sucre sont parmi les prochaines sur la liste. Le plan a été supervisé par le FMI, avec lequel la Turquie négocie depuis plus d’un an un nouvel accord. De toutes ces sociétés, Tekel était l’une des plus rentables.

Née en 1925 de la nationalisation de la Régie intéressée des tabacs de l’Empire ottoman, une entreprise française, elle avait déjà cédé sa branche alcool en 2003. Le parti de M. Erdogan, réélu en 2007 pour ses bons résultats économiques, est accusé par l’opposition de mener une politique ultralibérale et doit faire face depuis plusieurs mois à une série de mouvements sociaux dans les services publics.

de Guillaume Perrier

Source Le Monde

Sit-in, marches de protestation, grève de la faim. Cela fait presque deux mois à présent que les travailleurs de Tekel luttent pour sauver leur emploi. Après avoir vendu en 2008 la production de tabac à British American Tobacco, l’AKP, le gouvernement islamiste conservateur du premier ministre Erdogan prévoit pour 2010 la fermeture de tous les magasins Tekel restant. 12 000 travailleurs sont donc menacés soit de perdre leur emploi soit de se retrouver avec un contrat mi-temps. Mais la proposition d’un programme de onze mois de chômage temporaire avec une sérieuse perte de salaire et de droits sociaux a été rejetée massivement par les travailleurs.

Depuis la mi-décembre, 12 000 travailleurs et 1 300 famille campent dans le parc municipal de la capitale Ankara. Chaque jour, ils se réunissent devant le siège du syndicat, Türk-Is, proche du gouvernement. La solidarité parmi la population est grande. Les membres des partis de gauche s’organisent afin de préparer chaque matin un petit-déjeuner pour les grévistes. Les femmes leur apportent du thé et du pain frais…

Les protestations des travailleurs de Tekel sont devenues un symbole pour une grande partie de la population touchée par la politique néolibérale du gouvernement. Pompiers, cheminots et autres fonctionnaires ont organisé à leur tour des grèves de solidarité. Jeudi 14 janvier, des milliers de travailleurs, parmi lesquels de nombreuses femmes, ont organisé un sit-in autour du quartier général du syndicat Türk-Is à Kizilay, le plus grand quartier d’affaires d’Ankara, ainsi transformé en un gigantesque camp ouvrier.


Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents

Agenda

    dimanche 30 juin

15h à 16 h

accueil de familles de prionnier-e-s

discussion , infos et peites recettes

pour les proches de détenu(E)s...

- aides juridique

-participation à l'émission de radio Mega

du 22 juillet