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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 14:05

Sodexo cette entreprise qui collabore avec le sevice pénitentiaire

Depuis la loi du 22 juin 1987 et au programme 13000, la SIGES (Société d’investissement et de gestion des services) filiale de la Sodexho, est investi dans 8 prisons en France dont 5 centres de détention, Argentan, Chateauroux, Chateaudun, Neuvic et Uzerche, et 3 maisons d’arrêt, Bois d’Arçy, Chartres et Nanterre. Elle y intervient pour des contrats allant de la restauration (sa spécialité dont le marché est évalué à 5,5 milliards d’euros) à la maintenance ou la sécurité en passant par le nettoyage, l’enseignement, le travail, la formation, le transport ou la santé... Elle fournit, également les produits cantinables par le biais de sa « boutique interne », à des prix exorbitants.

Elle propose aujourd’hui aux gouvernements des démocraties solvables des solutions globales ou la SIGES gère la construction, la sécurité et le financement de chaque établissement. C’est ainsi qu’elle a développé ses activités en Australie, en Grande Bretagne et aux États Unis ou la privatisation y est totale et le taux de sous traitance en augmentation (entre 10 à 18%). Elle ne cesse de mettre en avant sa gestion « exemplaire » de Forest Bank, prison moderne près de Manchester, son travail pour la réinsertion de ses détenus notamment au sein du FEED (Fond Européen pour l’Emploi des Délinquants), mais aussi l’ensemble des projets qu’elle mène en étroite collaboration avec les ministères de la justice des Pays Bas, d’Italie ou d’ailleurs. lire la suite

La multinationale française Sodexo, leader des services de la restauration, est accusée de s'opposer au syndicalisme de ses salariés américains. Plusieurs syndicats ont interpellé le groupe lors de son assemblée générale, à Paris. L'entreprise s'en défend.

« La colère monte aux États-Unis. » Accompagné d'une vingtaine de salariés américains de Sodexo, Mitch Alkerman, vice-président exécutif de l'Union internationale des employés des services (SEIU), est venu "dénoncer les pratiques anti-syndicales" de la firme, lors de son Assemblée générale à Paris le 25 janvier. « Sodexo se revendique socialement responsable, mais quand on est présent dans plus de quatre-vingt pays, il faut être socialement responsable partout. Or, Sodexo menace ses employés américains qui s'investissent dans une démarche syndicale. »

Les créations de syndicats brimées par la firme ?

Les pratiques anti-syndicales sont aujourd'hui monnaie courante dans de nombreuses entreprises américaines. Selon une étude de Kate Bronfenbrenner, directrice du Cornell University’s School of Industrial and Labor Relations, publiée en mai 2009, les tactiques patronales « intenses et agressives », destinées à bloquer la liberté d’association des travailleurs, prolifèrent ces dernières années. Et la multinationale française n'échapperait pas à la règle. Implantée aux États-Unis depuis 1995, Sodexo y compte près de 120 000 salariés, dont 18% de syndiqués (quand la moyenne nationale dépasse à peine le 7%). D'après les témoignages des quelques salariés américains, la firme déploierait pourant de lourds moyens pour enrayer les velléités syndicales. Brenda Espinoza, agent de restauration au Doctors Hospital de Manteca en Californie, raconte : « je m'entendais bien avec mon patron, mais quand nous avons annoncé notre intention de créer un syndicat, les choses ont changé. Deux semaines plus tard, la direction a organisé des réunions obligatoires, où nous étions obligés de nous asseoir et de regarder un film discréditant les syndicats. Ils organisent des réunions anti-syndicales entre quatre yeux avec les salariés. Les employés ont peur, parce que les patrons ne s'étaient encore jamais comportés ainsi à notre égard. »

"Nous n'avons reçu aucune plainte"

Menaces de licenciement ou de pertes de revenus, intimidations, voire humiliations sont dénoncées par ces salariés. Kristen Johson, qui travaille à la cantine de l'Emory University d'Atlanta, garde un souvenir amer de l'attitude de sa direction : « Nous aussi nous avons voulu créer un syndicat, mais la direction ne l'a pas bien pris. Après avoir écouté nos revendications, ils nous ont adressé un courrier, dans lequel ils nous promettaient de nous offrir des gâteaux pour nos anniversaires, des pique-niques entre collègues ou des sorties dans des parcs d'attraction. C'était vraiment insultant. » Elle dit ne pas être certaine de retrouver son emploi à son retour aux États-Unis.

Pourtant, Sodexo a mis en place une hotline anonyme ouverte à tous ses salariés américains, leur permettant de dénoncer ce type de pressions. Et l'entreprise assure assure n'avoir reçu à ce jour aucune plainte adressée en interne sur des menaces de représailles suite à une démarche syndicale.

Sodexo interpellé sur la discrimination

Lors de son AG, le groupe a également été interpellé sur les problèmes de discrimination aux Etats-Unis. Une série d’actions en justice (class action) ont en effet été intentées depuis plusieurs années, qui se sont soldées par des transactions financières. Sodexo a notamment versé en 2005 80 millions de dollars pour mettre fin à une class action pour discrimination de salariés afro-américains, puis en 2007, 788 877 dollars pour discriminations à l’embauche de minorités ethniques et 80 000 dollars en 2008. Selon le Centre français d’information sur les entreprises (CFIE), « les orateurs ont listé, notamment, les nombreux prix obtenus par le groupe à travers le monde, en insistant sur les efforts menés pour accroître le taux de satisfaction des salariés et, accessoirement, réduire le très coûteux taux de rotation du personnel (36 %). » Le groupe fait valoir que de 2006 à 2009 "les minorités ont progressé de 18% dans les postes de management aux Etats-Unis et qu'il représentent 12,3% des postes de direction, ce qui est supérieur aux ressources disponibles sur le marché du travail pour cette catégorie (11,4%)".


La firme affirme par ailleurs qu'elle prendrait « toute mesure nécessaire pour sanctionner de tels agissements, contraires à [ses] principes ».

Mitch  Alkerman, lui, n'en démord pas : « il faut tirer profit de la puissance des employés », explique-t-il. À ses côtés, délégués syndicaux français et britanniques acquiescent et évoquent les derniers mouvements sociaux dont ils sont sortis vainqueurs. Jan Dent, du syndicat anglais Unison, revient sur le conflit qui a opposé les salariés de la ville de Devon à Sodexo. « Nous avons fait grève juste après Noël. Nous étions une centaine sous la neige, à exiger des augmentations de salaires, les paiements d'arrêts maladies, un accès à la formation et une réduction de notre temps de travail. Et finalement, à force de  motivation, nous avons gagné. »

La signature d'un accord avec la direction comme seule issue

Ces bras de fer entre directions et salariés semblent rester malheureusement le seul moyen pour ces derniers de faire valoir leurs droits aux États-Unis. L'unique loi qui régit les relations sociales entre salariés et patronat date en effet de 1935 et laisse à la direction le choix de la procédure de reconnaissance d'un syndicat. Une liberté qui lui permet souvent de mener une campagne anti-syndicale avant la tenue éventuelle d'élections de représentants. Comme le souligne Michael Laslett, directeur Europe du SEIU, « il n'y a quasiment aucune protection des travailleurs aux États-Unis : pas de code du travail, pas de conseil prudhommal. Le seul terrain propice à l'amélioration des conditions de travail est celui de l'entreprise. »En 2004, une première ouverture avec Sodexo avait pourtant suscité l'espoir. Le SEIU avait en effet obtenu la signature d'un accord sur la période 2005-2008 ouvrant le droit de se syndiquer à 10% des salariés américains de la firme. D'après Michael Laslett, « cet accord laissait à Sodexo le choix des sites sur lesquels les employés pouvaient se syndiquer. Il n'était certes pas entièrement satisfaisant, mais au moins, il marquait une première étape vers une amélioration globale des conditions de travail. »
Or, depuis que l'accord a expiré en décembre 2008, aucun nouvel accord n'a été signé. Mais Sodexo fait valoir que la SEIU n'a déposé aucune pétition préalable à la négociation d'une convention collective depuis l'expiration de ce prédédent accord. Surtout, le groupe indique que "jamais SEIU n'a engagé de démarches devant le NLRB* pour se plaindre d'entraves à la liberté syndicale chez Sodexo."

Dialogue social

Le SEIU a voulu faire valoir aux actionnaires de Sodexo, réunis en Assemblée générale à Paris, que de tels accords « peuvent contribuer à atténuer les risques en termes de sécurité du travail et de réputation, mais aussi de garantir que les droits des employés et des syndicats sont scrupuleusement respectés dans l'ensemble des filiales de la société. »
Et  de proposer à nouveau : « Sodexo serait-il disposé à entamer une discussion en vue de conclure une telle convention collective ? »  

En réponse, le directeur général Michel Landel affirme au contraire que Sodexo a toujours soutenu le dialogue social, dans chaque pays où la firme est présente. « Aux Etats-Unis, nous avons négocié ou renégocié 327 conventions collectives avec 33 syndicats ces cinq dernières années. » Il souligne par ailleurs le dialogue "positif" entamé avec l’Union Internationale des Travailleurs de l’Alimentation (UITA) depuis une dizaine d'années, qui pourrait aboutir sur un accord international en 2010. Des "labor contracts" (accords d'établissements) sont actuellement en cours de négociation avec plusieurs syndicats : 22 avec SWU, 2 avec SEIU et 11 avec Unit-Here.

*Organisme public de protection des salariés

Anne Farthouat

tiré du site Novethic
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 01:11
in the world of textile machinery

Overview

Based on more than 100 years of experience in the textile machinery, gathering experience of well-known brands as ARCT, ICBT or Rieter FYT, RITM is a process expert in Twisting, Assembling, Cabling, Covering, Texturing & Winding of yarns made of synthetic, artificial, natural and mineral fibers. Today RITM has got key positions both in Technical Yarns and Textile Yarns markets. RITM is present everywhere in the world, through a wide platforms & agents network


Site of Valence


L'offensive mené par le capital contre les ouvriers de  l'industrie textile   ,se  référant au texte d'un militant syndical de  Romans . On a apppris que  le CE de RITM se réunit vendredi matin.Nous publions cette  .Extrait de Karl Marx: essai de biographie intellectuelle, par Maximilien Rubel (1957), livre basé sur sa thèse de doctorat (1954).


Destiné à inaugurer une vaste enquête sur la situation des ouvriers des villes et des campagnes en France, le Questionnaire rédigé par Marx en 1880 était censé fournir un nombre de réponses suffisant en vue de l’établissement de monographies professionnelles qui devaient plus tard être réunies en volume (45). Ce qui distin­guait essentiellement l’enquête projetée des tentatives analogues faites antérieurement en France, c’était son caractère de classe : les ouvriers étaient exhortés à se livrer eux-mêmes et pour leurs fins propres à une description de leur situation économique et sociale (46). Dans un préambule, Marx insiste fortement sur ce côté révolution­naire et autoéducatif de l’entreprise, en soulignant que seuls les ouvriers peuvent décrire « en toute connaissance de cause les maux qu’ils endurent » ; « eux seuls, et non des sauveurs providentiels, peu­vent appliquer énergiquement les remèdes aux misères sociales dont ils souffrent » (47).

Les premières enquêtes menées en France à l’instigation soit des institutions académiques, soit de l’État, avaient été imprégnées le plus souvent d’esprit philanthropique ; certaines d’entre elles étaient dirigées contre les tentatives d’entraide des ouvriers et contre les théories socialistes en général, et leur opposaient les œuvres de bienfaisance et de charité dues à des initiatives cléricales ou patronales ; imbues de malthusianisme, d’autres se plaisaient à flétrir les effets désastreux de l’industrialisation croissante et à conseiller la modération aux patrons et l’abstention aux ouvriers (48). Marx dénonce, dans son préambule, l’attitude inhumaine de la bourgeoisie française qui a toutes les raisons de redouter une enquête impartiale et systématique sur les « infamies de l’exploitation capitaliste » ; il recommande au gouvernement républicain d’imiter le gouvernement monarchique d’Angleterre, qui n’a pas craint de nommer des commissions spéciales et des inspecteurs de fabriques chargés d’enquêter sur les « faits et méfaits de l’exploitation capitaliste ». Dans l’attente de ces mesures officielles, les ouvriers procèderont eux-mêmes à l’établissement de « cahiers du travail », première tâche qui incombe à la « démocratie socialiste », étape préparatoire de la « rénovation sociale ».
L’intention profonde que l’on peut dégager de ce questionnaire est de susciter chez les ouvriers une prise de conscience nette de leur situation d’êtres aliénés dans la société de type capitaliste et, plus encore — comme le fait entendre le préambule dans une phrase lapidaire —, de persuader la classe ouvrière que « l’avenir lui appartient ». L’enquête ne devait donc pas se limiter à la pure information et à la documentation statistique, lors même que les questions portaient sur les moindres détails de la condition sociale du travailleur. Les « cahiers du travail » ne devaient donc ressembler en rien aux « Cahiers de doléances » du tiers état, mais prendre, au contraire, le caractère d’une condamnation sans réserve d’un régime social et économique dont les ouvriers n’avaient à attendre aucun remède fondamental à leur condition de vie.
En bref, le questionnaire était à la fois un instrument d’éducation socialiste et invite à une action politique ayant une finalité créatrice : la réalisation du socialisme.
Le document est divisé en quatre points :
I. Structure de l’entreprise et conditions de sécurité (questions 1 à 29).
IL Durée du travail ; travail des enfants (questions 30 à 45).
III. Salaires et frais d’existence ; chômage, retraite (questions
46 à 81).
IV. Lutte contre l’exploitation et conditions de vie générales, physiques, intellectuelles et morales (questions 82 à 101).
Les questions de la première section concernent la situation écologique de l’entreprise (ville ou campagne), le nombre des personnes employées, la nature du métier (manuel, mécanisé, travail à domicile, travail régulier ou travail saisonnier, etc.), l’emploi de machines, la division du travail, les conditions d’hygiène, la protection contre les accidents du travail, le contrôle exercé par la municipalité ou le gouvernement quant au respect des conditions hygiéniques des ateliers, etc. Parmi les questions les plus significatives de cette section, on pourrait citer :

2. Est-ce que l’atelier dans lequel vous travaillez appartient à un capitaliste ou à une compagnie d’actionnaires ?
6. Donnez le nombre des surveillants et autres employés qui ne sont pas des salariés ordinaires.
9. L’industrie de votre patron travaille-t-elle exclusivement ou principalement pour les chalands de la localité, pour le marché intérieur général ou pour l’exportation étrangère ?
11. Si votre atelier est situé dans la campagne, est-ce que votre travail suffit à vous faire vivre, ou bien le combinez-vous avec un travail agricole ?
15. (…) Décrivez la spécialité dans laquelle vous êtes employé ;
parlez non seulement de la partie technique, mais encore de la fatigue musculaire et nerveuse qu’elle impose et de ses effets généraux sur la santé des ouvriers.
16. Décrivez les conditions hygiéniques de l’atelier : dimension
des pièces, espace attribué à chaque ouvrier, ventilation, température, blanchiment des murs à la chaux, lieux d’aisance, propreté générale, bruit des machines, poussières métalliques, humidité, etc.
18. Dans votre industrie, y a-t-il des émanations délétères spéciales engendrant des maladies spécifiques parmi les ouvriers ?
20. La force motrice, les appareils de transmission et les machines sont-ils protégés de manière à prévenir tout accident ?

Dans la même section, on remarque plusieurs questions concernant le travail dans les mines, les usines métallurgiques, les usines de produits chimiques, etc., l’accent étant mis sur les mesures de protection prises par les employeurs en vue de prévenir les accidents. L’éclairage, la défense contre les incendies, le service d’infirmerie ne sont pas oubliés, pas plus que la situation de l’ouvrier victime d’un accident du travail :

26. En cas d’accident, l’employeur est-il obligé légalement d’indemniser l’ouvrier ou sa famille ?

27. Sinon, a-t-il jamais indemnisé ceux à qui il est arrivé malheur pendant qu’ils travaillaient à l’enrichir ?

Les questions de la deuxième section nous introduisent de façon plus intime dans le lieu de travail. L’ouvrier est invité à indi­quer les heures de travail quotidiennes et hebdomadaires, le nombre des jours fériés pendant l’année, les interruptions de la journée de travail ; deux questions concernant les repas de l’ouvrier pendant sa journée de travail :

33. Les repas sont-ils pris à des intervalles déterminés ou irrégulièrement ? Sont-ils pris dans ou en dehors de l’atelier ?

34. Travaillez-vous pendant les heures de repas ?

Viennent ensuite les questions relatives au travail de nuit, au travail des enfants et des «jeunes personnes au-dessous de 16 ans » ; l’attention de l’ouvrier est attirée plus particulièrement sur le problème de l’instruction que les enfants et les jeunes ouvriers reçoi­vent en dehors du lieu de travail :

40. Existe-t-il des écoles pour les enfants et les jeunes personnes employés dans votre métier ? S’il y en a, quelles sont les heures d’école ? Qui les dirige ? Qu’y enseigne-t-on ?

D’autres précisions sont demandées quant à la prolongation de la durée du travail pendant les périodes d’intense activité indus­trielle, quant au nettoyage et à l’entretien des machines, aux pénalités prévues en cas de retard. La deuxième section se termine par la ques­tion suivante :

45. Quel temps perdez-vous en vous rendant à l’atelier et en ren­trant chez vous ?

La troisième section du questionnaire met tout d’abord l’ouvrier en face de l’employeur, acheteur de la force de travail. Une vingtaine de questions sont consacrées aux diverses stipulations du contrat de travail et plus particulièrement au salaire; la plupart d’entre elles sont formulées de manière à faire saisir à l’ouvrier la nature profondément antagonique des liens qui l’unissent à son employeur et le caractère aléatoire des occasions de travail. La différence entre le salaire au temps et le salaire à la pièce est fortement soulignée comme pour avertir l’ouvrier des manipulations éventuelles qui tendraient à le frustrer d’une partie de son gain. Qu’il soit payé à la pièce ou au temps, l’ouvrier ne doit pas oublier qu’il fait crédit à son patron, puisqu’il ne reçoit son salaire qu’après avoir exécuté le travail prévu dans le contrat. Les fluctuations du salaire et du marché du travail, les modalités de payement (marchandages, etc.), etc., font l’objet de plusieurs questions détaillées qui rendent palpable la précarité de la condition ouvrière.
Avec non moins de détails, l’enquête s’appesantit sur le budget des dépenses de l’ouvrier et de sa famille. A cet égard, la question 69 paraît particulièrement suggestive :

Quels sont les prix des objets nécessaires, tels que :
a) Loyer de votre habitation ; conditions de location ; nombre
des pièces qui la composent, des personnes qui y demeurent ; réparations, assurances ; achat et entretien du mobilier, chauffage, éclairage, eau, etc.
b) Nourriture : pain, viande, légumes, pommes de terre, etc. ;
laitages, œufs, poisson, beurre, huile, saindoux, sucre, sel, épiceries,
café, chicorée, bière, cidre, vin, etc. ; tabac.
c) Habillement pour les parents et les enfants, blanchissage,
soins de propreté, bains, savons, etc.
d) Frais divers : port de lettres, emprunts et dépôts aux monts-
de-piété, frais d’école des enfants, d’apprentissage, achat de journaux, de livres, etc. ; contributions à des sociétés de secours mutuels, pour des grèves, des coalitions, des sociétés de résistance, etc.
e) Frais, s’il y en a, occasionnés par l’exercice de votre métier.
f) Impôts.

L’ouvrier est exhorté à établir un budget complet hebdomadaire et annuel de ses revenus et de ses dépenses, à observer régulièrement, d’une part, les hausses dans les prix des denrées, du loyer, etc., et, d’autre part, les variations du taux du salaire, à enregistrer les baisses des salaires dans les périodes de stagnation et de crise industrielle ; à noter la hausse des salaires « dans les prétendus temps de prospérité » (49). Il est invité à comparer les prix des objets qu’il produit ou des services qu’il rend à la rémunération de son travail.
Plusieurs questions de l’enquête suggèrent à l’ouvrier de rédiger une sorte de journal de son activité professionnelle en mentionnant soigneusement les « interruptions dans le travail » dues au « changement des modes » et aux « crises particulières et générales » (50). « Racontez, lui est-il demandé, vos propres chômages involontaires » (51). Mais ce n’est pas seulement à son sort individuel et à la situation de sa famille que l’ouvrier doit s’intéresser. Le questionnaire lui fait un devoir de noter attentivement les conditions de travail des femmes et des enfants qui font partie de la même entreprise ; de s’enquérir du sort des ouvriers « déplacés par l’introduction des machines » ou par les perfectionnements apportés aux procédés de fabrication (52) ; enfin, de se tourner vers ceux de sa classe qui ont atteint l’âge de connaître une retraite tranquille :

80. Avez-vous jamais connu des ouvriers ordinaires qui aient pu se retirer à l’âge de 50 ans et vivre sur l’argent gagné en leur qualité de salarié ?

La dernière question de cette troisième section engage l’ouvrier à calculer le nombre d’années pendant lequel, dans son métier, « un ouvrier de santé moyenne peut continuer à travailler ». Il convient de rappeler que dans la même section le problème des répercussions du progrès du machinisme et de la productivité du travail sur l’intensité et la durée du travail figure parmi les principaux points de cette enquête (53).
Les problèmes de la lutte ouvrière contre l’exploitation capitaliste forment le thème de la quatrième et dernière section (54).
Elle s’ouvre sur une question concernant les « sociétés de résistance » (55). Viennent alors plusieurs questions visant les grèves dans les divers métiers, les ouvriers interrogés étant invités à procéder à un véritable historique de leurs luttes pour l’amélioration de leurs conditions économiques ; le nombre, la durée, le caractère (général ou partiel) et les résultats des grèves comptent parmi les points sur lesquels l’enquête demande des éclaircissements (56). Une question particulière demande des précisions sur les causes et les objectifs des mouvements de grève :

86. (Les grèves) avaient-elles pour but une hausse des salaires ou étaient-elles faites pour résister à une réduction des salaires, ou se rapportaient-elles à la longueur de la journée de travail, ou étaient-elles causées par d »autres motifs ?

Dans le même ordre d’idées, le questionnaire tend à réunir des témoignages sur la solidarité ouvrière :

89. Votre métier a-t-il soutenu des grèves d’ouvriers appartenant à d’autres corps de métiers ?

La même précision est demandée pour dénoncer les ententes patronales qui cherchent à imposer des réductions de salaires ou des augmentations de la durée de travail ou à entraver les grèves (57). Plusieurs questions ont pour thème l’attitude du patronat et du gouvernement (58).
Les sociétés de secours mutuels ne sont pas oubliées. Le questionnaire en énumère les diverses catégories et demande aux ouvriers de s’en procurer les statuts et les règlements (59). Là encore l’enquête réclame certains détails sur la structure du mutualisme, en insistant notamment sur le pouvoir de contrôle que les ouvriers peuvent exercer sur la gestion des fonds des sociétés dont ils font partie (60). Même précision concernant les sociétés coopératives, l’enquête portant plus particulièrement sur la nature de la direction et sur l’emploi d’ouvriers non intégrés dans l’entreprise (61).
Une des dernières questions de l’enquête a trait aux entreprises qui accordent à leurs ouvriers une participation aux bénéfices :
99. Existe-t-il dans votre métier des ateliers où les rétributions
des ouvriers sont payées partie sous le nom de salaire et partie sous le nom de prétendue co-participation dans les profits ? Comparez les sommes reçues par d’autres ouvriers là où il n’existe pas de prétendue co-participation dans les profits. Enumérez les engagements des ouvriers vivants sous ce régime. Peuvent-ils faire des grèves, etc., ou leur est-il seulement permis d’être les humbles serviteurs de leurs maîtres ?
Le questionnaire se termine par une interrogation qui est comme un appel à la prise de conscience, par l’ouvrier, de la condition humaine et sociale dans laquelle lui et ses camarades, hommes et femmes, vivent sous le règne du capital :
100. Quelles sont les conditions générales, physiques, intellectuelles, morales, des ouvriers et ouvrières employés dans votre
métier ? (62).

* * *

Un examen tant soit peu attentif de ce document montre la correspondance entre les divers points de l’enquête et les trois grands problèmes traités dans le premier Livre du Capital : la production de la plus-value absolue (journée de travail), la production de la plus-value relative (division et intensification du travail, législation de fabrique, etc.), le salaire (salaire au temps, salaire aux pièces). Datant de 1867, les illustrations et les statistiques, à propos de ces problèmes, devaient être désormais complétées et renouvelées par des témoignages provenant des ouvriers eux-mêmes, si bien que le Questionnaire devait, en fin de compte, prendre l’aspect d’un véritable manuel ouvrier d’économie politique. Toutefois, si l’on en juge d’après certaines tournures employées dans tel ou tel point de l’enquête, l’intention profonde de Marx était d’inciter les ouvriers français à devenir conscients de leur aliénation sociale pour appréhender un mode d’émancipation dépassant de loin la conquête d’éphémères avantages matériels. Toute la démarche de l’enquêteur répondait au postulat de l’autoémancipation ouvrière entendue dans le sens d’une libération positive et créatrice ; comme ne manquait pas de préciser le préambule du Questionnaire, la classe ouvrière, pour s’émanciper, devait délibérément tourner le dos aux « sauveurs providentiels » (63).

Le questionnaire de 1881 montre à quel point les théorèmes les plus abstraits du Capital peuvent se ramener à un langage quotidien, accessible aux esprits les moins avertis des problèmes de théorie économique pure.

Notes
(43) ENGELS, Herrn Eugen Dühring’s Umwälzung der Wissenschaft, Werke [MEW] vol. XX, p. 262. Dans l’édition de 1894, Engels remplaça la dernière phrase par des remarques rejetant la formule lassallienne de l’ « État populaire libre » et la thèse anarchiste de la suppression immédiate de l’État.
(44) Cf. F. Engels à A. Bebel, 18-28 mars 1875. Voir également G. BOURGIN, La Commune, 1953, p. 55 sq.
(45) Le Questionnaire parut dans La Revue socialiste de B. Malon le 20 avril 1880. L’auteur n’y est pas nommé, mais Marx mentionne son travail dans une lettre à F. SORGE, le 5 novembre 1880. Le document fut tiré à part en 25 000 exemplaires, sans que l’enquête eût apporté des résultats intéressants. Cf. PL. Ec, t. I, p. 1527 sq.
(46) Cf. H. WEISS, « Die « Enquête ouvrière » von Karl Marx ». Zeitschrift fur Sozialforschung, 1936.
(47) Préambule du Questionnaire. Cf. PL. Ec, t. I, op. cit., p. 1528.
(48) Cf. Hilde RIGAUDIAS-WEISS, Les Enquêtes ouvrières en France entre 1830 et 1848, Paris, 1936. — Voir également E. LABROUSSE, Le Mouvement ouvrier et lei idées sociales en France de 1815 à la fin du XIXe siècle. « Les cours de Sorbonne », Paris, s. d., p. 130 sq. : « La mentalité sociale de la bourgeoisie conservatrice », puis les « Idées des réformateurs sociaux ».
Parmi les enquêtes ouvrières françaises de caractère franchement « ouvriériste », il faut signaler le livre d’Eugène BURET, De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (1840), que Marx cite dans ses manuscrits parisiens (1844).
(49) Question 74.
(50) Question 75.
(51) Ibid.
(52) Questions 63 et 77.
(53) Question 78.
(54) Signalons qu’à la date de la rédaction du Questionnaire les articles 414, 415 et 416 du Code pénal étaient encore en vigueur. La constitution, sous certaines conditions, de syndicats professionnels ne sera autorisée que quatre ans plus tard, par la loi du 21-mars 1844 abolissant à la fois l’article 416 du Code pénal et la loi Le Chapelier de 1791. Cf. E. DOLLEANS, Histoire du mouvement ouvrier, vol. II, 1946, p. 23 sq.
(55) Question 82. — « La société de résistance est une mutualité de combat, qui se trouve couvrir, outre les risques traditionnels (maladie, décès, parfois vieillesse) les risques de lutte et, notamment le chômage de grève. » E. LABROUSSE, op. cit., p. 82.
(56) Questions 83 à 87.
(57) Question 91.
(58) Questions 92 à 94.
(59) Question 95.
(60) Questions 96 et 97.
(61) Question 98. En voici un passage caractéristique : « Est-ce que (les coopératives) emploient des ouvriers du dehors de la même façon que le font les capitalistes ? »
(62) Suit la question 101 réservée aux « Observations générales ».
(63) On pourrait à propos de ce texte de Marx citer les mots qu’inspirent à M. Georges FRIEDMANN certains passages du Capital : « (…) Marx, dont beaucoup de disciples contemporains ressassent les mêmes textes sans chercher à prolonger la pensée, désigne un large champ de méditation et de recherches à ceux qu’attire, plutôt qu’une scolastique revêche et vaniteuse, une doctrine ouverte et vivante. » Où va le travail humain ? 1950, p. 372.

 

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 06:36
Pour les personnes interressées à faire construire une solidarité libertaire, écrire au Laboratoire 8 place St jean et  une prochaine réunion doit se mettre en place.
lu sur cnt-ait info

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince, Haïti, nous a lourdement frappé au niveau des masses populaires.

 

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En effet, aux côtés des bâtiments publics effondrés en grand nombre, ce sont nos quartiers populaires qui ont été les plus détruits. Ceci n’est pas surprenant, ce sont les plus fragiles, les plus instables : c’est là que l’Etat n’a jamais su répartir les services minima, allez voir chercher à consolider nos maisons, allez voir s’en occuper sérieusement. Au contraire, nous avons toujours été menacé d’expulsion, de « déplacement », de sorte que nous-mêmes n’avons jamais su non plus, encore moins pu nous concentrer sur l’amélioration de notre propre habitat.

Pendant que certains capitalistes cherchent à forcer les ouvriers à retourner travailler dans des usines fissurées ; pendant que les propriétaires des grands magasins se refusent à distribuer gratuitement leurs marchandises et exigent même que leurs prix augmentent ; pendant que tout le monde peut constater l’absence flagrante et honteuse de l’État, son incapacité, son incompétence (lui qui, certainement, ne sait que voler, « magouyer », en ne défendant que les grands propriétaires fonciers, les bourgeois et autres multinationales) ; pendant que la police nationale, soi-disant là pour « protéger et servir », brille également par son absence devant la catastrophe d’une part, et, d’autre part, face aux gangs qui sévissent (certainement, elle ne sait que réprimer le peuple) ; pendant que les forces impérialistes profitent de l’aide qu’ils administrent pour, de manière éhontée, approfondir leur domination et transformer les relations en une véritable tutelle sans partage… les ouvriers, travailleurs de tous genres, masses populaires en général subissent cette situation catastrophique où elles se retrouvent les bras cassés.

Une certaine presse a favorisé le développement d’aspects franchement progressistes, permettant un minimum de coordination à partir du terrain même, des comités populaires conséquents travaillent sans relâche à porter aide et secours. Seulement, partout, les moyens font énormément défaut. En vérité, en plus de nous avoir frappé violemment, le tremblement de terre nous laisse sans recours autonome et nous dépasse complètement.

À Batay Ouvriye, même si la plupart de nos cadres et membres ont pu sauver leur vie, plusieurs d’entre nous ont perdu des membres de leur famille, leur maison, leurs rares biens… plusieurs sont blessés, estropiés et, en plus d’avoir à enterrer nos morts, la survie nous devient de plus en plus difficile.



Dans la mesure du possible, nous essayons d’éviter de passer par les circuits officiels dominants mais il est tout aussi vrai que la situation devient intenable ! C’est ce qui nous amène aujourd’hui à lancer cet APPEL À LA SOLIDARITÉ en direction de tous les ouvriers, travailleurs et progressistes conséquents du monde entier pour tâcher de nous aider à sortir de cette terrible passe.

Selon un inventaire provisoire rapidement réalisé, nos besoins les plus immédiats sont les suivant et s’élèvent à :

Maisons à réparer = US $ 50,000.00

Pertes de biens = US $ 20,000.00

Soins aux blessés et aux estropiés = US $ 10,000.00

Survie immédiate = US $ 30,000.00

S’occuper des morts = US $ 10,000.00

Total provisoire = US $ 120,000.00

A cela, il nous faut ajouter 40% d’inflation, étant donné que les prix ne cessent d’augmenter et que nous ne savons pas où cela nous mènera. Pour un TOTAL plus certain, d’alors : US $ 170,000.0

Maintenant, divers contacts que nous avons commencé à développer suite à la dernière grande mobilisation autour du salaire minimum sont eux aussi dans des conditions similaires. Nous devons les aider également. Ceci demande une somme additionnelle. D’un autre côté, dans les zones où vivent nos principaux militants, des mouvements de solidarité populaire ont été mis sur pied. Nous devons les intégrer résolument, tout en y apportant l’orientation que nous pensons nécessaire en ce moment. Immédiatement également, dans le cadre de la reconstruction que les classes dominantes commencent déjà à planifier, nous devons prendre l’initiative organisée de mettre sur pied nos propres orientations afin de faire face à la prochaine catastrophe qu’elles nous préparent. Ceci également exigera des dépenses.

En tout et pour tout, nos calculs s’élèvent alors à un GRAND TOTAL de US $ 300,000.00. C’est ce qui permettra à nos membres de survivre, d’aider nos divers contacts de tout genre et, enfin, de commencer déjà à construire et propager une orientation politique ample, forte et collective, aujourd’hui dedans la lutte de survie même mais déjà apte à prévoir et faire face de manière structurée à l’autre genre de catastrophe qui nous attend : la future domination impérialiste qui, conjointement avec les classes dominantes locales et leur Etat réactionnaire, prend déjà des formes extrêmes.

Nous remercions à l’avance tous ceux qui comptent contribuer. Le moment d’une telle débâcle demande non seulement une solidarité renforcée mais encore un rapprochement conscient, initial ou en approfondissement, pour une lutte commune internationale.

Pour ceux qui comptent nous faire parvenir de la nourriture, de l’eau ou encore des vêtements, des médicaments, des petits mobiliers… l’adresse de notre local principal à Port-au-Prince est : Batay Ouvriye, Delmas 16, # 13 bis. Pour ceux qui comptent envoyer du cash, notre compte bancaire est le :

Bank Name: City National Bank of New Jersey
Bank Address: 900 Broad Street, Newark, NJ 07102
ABA Number: 0212-0163-9 City of NJ Newark
For further credit to:
Account Number: 01 000 9845
Account Name: Batay Ouvriye
Account Address: FONKOZE, Ave. Jean Paul II, # 7, Port-au-Prince, HAITI

Naturellement, nous rendrons public toutes les sommes reçues et nous informerons de nos activités au fur et à mesure de leur déroulement.


BATAY OUVRIYE

Port-au-Prince, ce 20 janvier 2010

A écouter :

- sur le Blog de combat UCL (Québec) : Voix de faits (la partie de l’émission sur Haïti commence à 11mn20)
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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 08:33

Nous publions  ce texte   pour approfondir la discussion entamé vendredi 22 janvier au Laboratoire.  pour mesurer l'écart avec les propos ducollectif  "Force Autonome Révolutionnaire( émission de radio labo du 25/1). Aujourd'hui l'idéologie anarchiste se traduit  par le fameux  " moi je fais ce que je veux , ce qui me plaît[...]Il est temps de renverser la vapeur  et de comprendre que toutes ces valeurs surtout sous la forme radicale "libertaire", revient à reproduire le fonctionement intime du capital "1

(Research Innovation Textile Machinery) et ses salariés passaient

devant le tribunal de Commerce de Romans (Drôme), organisme chargé

de statuer sur les entreprises en détresse par ces temps de crise et de

leur faire connaître la délibération qui scelle leur sort. Il faut savoir que

les juges consulaires sont élus par leurs pairs issus du monde de

l’entreprise et qu’« à ce titre ils ont compétence pour apprécier la

situation économique et financière d’une entreprise et pour préconiser

des solutions adaptées aux entreprises en difficulté ». Les travailleurs de

RITM peuvent être « rassurés » : leur avenir est entre de bonnes mains !

Une heure de délibéré et le verdict tombe : redressement judiciaire, mise

en observation pendant six mois dans l’attente d’éventuels repreneurs. La

Tendance CLAIRE du NPA est venue les assurer de son soutien. Elle a

interviewé des élus du personnel et notamment le secrétaire CGT del’entreprise.

ACDL : Peux-tu présenter ta boîte en tant qu’entité

industrielle, humaine, et syndicale ?

RITM est issue de la reprise, par la société Co-Martin, fin 2006, de l’exusine

de Valence du groupe suisse Rieter. Par la mobilisation de multiples partenaires (trois

actionnaires principaux : la Région, le Département et la Ville), 150 emplois

avaient pu être sauvés. Il faut savoir que RITM est la dernière entreprise

de fabrication de machines textiles européenne, leader mondial sur le

marché du verre, que 80 % des circuits imprimés y sont fabriqués,

que les fils techniques qui équipent les pneus des Formule 1, notamment

Michelin, sont fabriqués à Valence. D’ailleurs à partir de janvier, ils vont

tester notre toute dernière UTW 30. Cela prouve bien que notre boîte est

viable. L’année 2007 a été exceptionnelle, avec un impressionnant contrat asiatique

représentant 50 millions, d’euros soit près de 500 machines de

transformation de fils de verre entrant dans la composition de circuits

électroniques : nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 70 millions d’euros

en 2007 avec 150 salariés. Les premières difficultés se manifestent en

2008. En 2009, le chômage partiel est appliqué (7 mois) et 25 salariés sont

« prêtés » à Faun et Reyes, des soustraitants. L’activité est quasiment arrêtée et « nous » accumulons depuis

le début de l’année des dettes auprès des fournisseurs (5 M). RITM est emportée dans la tourmente de la crise économique puisque 85% des produits sont exportés sur le marché

asiatique. Aujourd’hui, elle va être mise en redressement judiciaire et le

dépôt de bilan est probable s’il n’y a pas de repreneurs.

RITM, c’est 140 salariés de grande compétence, relativement

jeunes, mais peu syndiqués puisque seule une vingtaine d’entre eux sont

syndiqués à la CGT (le seul syndicat dans la boîte). De plus ce sont 350

emplois induits sur le bassin qui sont embarqués dans notre galère. Sur un

bassin déjà sinistré, cette nouvelle saignée serait catastrophique.

ACDL : Quand avez-vous été informés de cette situation et

quelle à été la réaction des travailleurs ?

C’est le 23 octobre 2009, pendant une AG organisée par la

Direction, qu’on a appris que les banques refusaient tout prêt sauf si

RITM était recapitalisée. C’était impossible, donc il fallait s’acheminer

vers un repreneur, mais la conséquence annoncée est que la

moitié des effectifs serait licenciée. Sous le choc, après un moment

d’expectative, les travailleurs refusaient cette solution et

organisaient trois mouvements de protestation : l’un devant la boîte,

l’autre à la Préfecture et le dernier par une manifestation bien symbolique

entre la BNP et la Banque de France. C’était un signe fort que nous voulions

donner en désignant du doigt les responsables de la situation qui nous

est faite : pouvoirs publics et grandes banques. «Alors que nos machines

sont innovantes, que nous avons sans doute 5 à 10 ans d’avance

technologique, on va nous laisser crever car contrairement aux

banques que Sarkozy a sauvées nous on a rien de rien : ni fonds

stratégique d’investissement, ni médiation du crédit, rien. »

ACDL : Pourtant, vous avezreçu en son temps des fonds publics.

Oui, de la ville de Valence et des assemblées départementale et

régionale, mais dans la majeure partie des cas c’étaient des garanties bancaires cautionnées par le FRERA (Fonds régional de garantie pour l’emploi en Rhône-Alpes).

A défendre leur emploi ou à se battre pour une bonne prime de licenciement ?

Difficile à dire, bien que la mobilisation aujourd’hui soit une

réussite puisque plus de la moitié du personnel a fait le déplacement

malgré des conditions de circulation très difficiles. Pour l’instant, ils sont en

recherche d’informations, espérant un repreneur providentiel qui assurerait

la pérennité de l’entreprise. On va faire une AG pour faire le compte-rendu du

tribunal et évoquer les suites à donner. Bien sûr, il y a des mecs qui veulent se

battre. Nous avons 6 mois au plus pour gagner ce combat. Les

événements peuvent permettre d’aller à cet affrontement, mais rien n’est gagné.

ACDL : Ne penses-tu pas qu’il vous faudrait rencontrer les boîtes en difficulté sur lebassin et essayer de fédérer lesactions, notamment avec les Rhodia/Sétila qui sont dans la même situation ?

Tout à fait d’accord, mais tout en ayant les mêmes revendications

notamment dans la défense de l’emploi, chaque boîte est une

spécificité qui entraîne de la part des salariés un repliement sur leur entité.

Il faut dire aussi que les directions syndicales de bassin n’ont pas

l’habitude de se réunir, de partager leurs expériences, de fédérer leurs

actions. Cette autonomie est bien sûr un handicap mais nous allons

solliciter cette réunion pour essayer deproduire une réaction à la hauteur des

enjeux. Nous pouvons compter sur le soutien de l’UD CGT.

ACDL : Dirais-tu que le capitalisme est responsable de

cette crise qui induit les difficultés que traverse RITM ?

Comme je te le disais précédemment, Sarkozy a trouvé du pognon pour renflouer les banques et les grandes entreprises comme l’automobile, mais par contre rien pour sauvegarder une entreprise . Gouvernement et patronat veulent faire payer la crise aux travailleurs.

. Il est évident que, tant ,que perdura ce système, les travailleurs en feront les frais afin de garantir leurs profits et que donc nos revendications ne seront que patiellement

  ou pas satisfaites et le maintien des emploies encore moins pérénisées


ACDL : Dans ce cas, comme tu ne nourris aucune illusion sur ce système, penses-tu qu’un changement de société est souhaitable et envisageable ?

Bien sûr, les conditions sont peut-être là, mais en avons-nous les moyens ?

ACDL : Les travailleurs deRITM ont-ils déjà réfléchi à comment donner un avenir à

leur entreprise ?

Oui certains d’entre nous ont pensé à la création d’une SCOOP,

mais cette réflexion est pour l’instant minoritaire. Pour autant nous avons

pris contact avec les institutions capables de nous aider dans la constitution d’un tel dossier. Pour l’instant c’est une piste que nous soumettrons au personnel.

ACDL : À moins de faire comme les travailleurs de Philips à Dreux qui occupent

leur entreprise et en ont pris le contrôle ?

Je n’ai connaissance ni de leur lutte, ni des dispositions qu’ils ont

prises pour défendre leur emploi, mais évidemment ce serait la solution.

Mais dans l’immédiat les travailleurs de RITM n’en sont pas à ce stade.

Il a été convenu que les militants de la CGT de RITM nous feraient

connaître les suites et actions que le personnel déciderait. Le NPA de

Romans s’est engagé, dans la mesure de ses moyens, à populariser et

participer à leurs luttes.

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 09:23

lu sur  le site de la coordination nationale des collectifs  école en danger


Du lundi 18 au vendredi 22 janvier, quelque 790 000 élèves de CM2 sont, pour la deuxième année consécutive, évalués en français et mathématiques selon des modalités contestées par des enseignants. Signataire d'un Appel des 200 maîtres en faveur d'un boycott de ces tests, qui visent, selon eux, à "évaluer en milieu d'année scolaire une année entière (...) sur des nouveaux programmes récemment imposés", Gilles Lehmann, enseignant en Haute-Vienne, a été suspendu mardi pour avoir annoncé son intention d'étaler les épreuves sur trois semaines.

Nathalie Mons, spécialiste des politiques d'éducation, maître de conférences à l'université de Grenoble-II, chercheuse associée à Sciences Po Paris, analyse ces évaluations.

Malgré des modifications par rapport à 2009, les évaluations restent contestées. Comment expliquez-vous ce refus ?

Depuis les années 1970, la France est un pays pionnier en matière d'évaluation standardisée - fondée sur des épreuves identiques et aux mêmes conditions de passation par tous -, et c'est la première fois que l'on observe un tel vent de révolte chez les enseignants. J'y vois deux causes principales. D'abord, la qualité statistique du test lui-même est médiocre et a d'ailleurs donné lieu, en 2009, à un rapport parlementaire, ce qui est rarissime. L'outil sème la confusion chez les enseignants parce qu'il tente, ce qui est statistiquement impossible, de jouer plusieurs rôles. Il se veut un instrument de diagnostic des difficultés des élèves, mais alors le format des questions n'est pas le bon et, surtout, la date de passation des épreuves en milieu d'année n'a pas de sens.

Le test se présente également comme un outil national d'évaluation des acquis des élèves. Or, pour cela, une enquête par sondage auprès d'un échantillon représentatif d'écoles serait plus économique et plus fiable. Enfin, ce serait un outil d'information pour les parents, mais le ministère s'est engagé à ne pas publier les résultats de chaque école. C'est ce manque de rigueur dans la conception même de l'outil qui sème le trouble chez les enseignants. Des enseignants - seconde cause de rébellion - qui n'ont quasiment pas été associés à la conception de ces tests, voire même, quasiment pas informés.

Pourquoi les résultats d'un établissement ou d'une école devraient-ils rester secrets ?

Ils ne doivent pas rester secrets, mais pour que l'information donnée aux parents ait un sens, c'est une évaluation qualitative complète qui serait nécessaire et non quelques indicateurs statistiques. Les tests actuels ne portent que sur des connaissances et compétences en général peu complexes et n'apportent aucune information sur la fonction de socialisation de l'école. De plus, ils sont difficiles à comprendre par des non-spécialistes. Les familles s'arrêtent le plus souvent à une lecture des taux bruts de réussite (par exemple, au bac ou au brevet) qui révèlent peu la qualité de l'équipe pédagogique.

Les autres indicateurs qui tiennent compte de la composition sociale de l'école intéressent assez peu les parents, qui se soucient surtout des fréquentations sociales de leur enfant. Une école ZEP au milieu d'une cité, même si elle dispose d'une équipe pédagogique formidable avec de bons indicateurs, attirera difficilement les parents des classes moyennes. Au total, si l'on se contentait de la publication de ces statistiques de réussite brutes par école, on fabriquerait un palmarès des établissements montrant que les élèves de Neuilly-sur-Seine et du 7e arrondissement parisien réussissent mieux que ceux de La Courneuve. Je doute que ce soit très utile.

Un mode d'évaluation rigoureux et accepté par les enseignants, est-ce seulement possible ?

Oui, car suivant les pays, les comportements des enseignants face aux tests sont très variables. L'Angleterre a vécu en 2009 un boycott très suivi des épreuves standardisées, qui a amené le gouvernement à supprimer une de ces évaluations. En Suède, une série d'enquêtes montre que les enseignants perçoivent positivement ces épreuves comme des guides permettant de limiter les inégalités entre écoles.

Pour atteindre un consensus avec les enseignants, ces épreuves doivent présenter trois formes de légitimité. Statistique d'abord : le test doit être fiable. Nous avons, en France, au sein du ministère, une direction chargée de l'élaboration des statistiques qui est reconnue internationalement, mais n'a pas été mise à contribution en 2009. Une légitimité professionnelle ensuite : les enseignants doivent être associés à la conception des tests, ce qui est une des grandes tendances actuelles en Europe, où l'évaluation est de moins en moins un processus autoritaire. Enfin, il doit s'appuyer sur une légitimité politique : jusqu'à une période récente en France, les épreuves standardisées étaient conçues par le ministère lui-même pour son usage exclusif.

Si, demain, les résultats viennent à être utilisés pour justifier des choix politiques, la réforme des programmes au primaire par exemple, cela poserait avec acuité la question de l'indépendance de l'instance d'évaluation. Le ministère de l'éducation ne pourra éternellement demeurer juge et partie.

Propos recueillis par Luc Cédelle

Article paru dans l'édition du 21.01.10.

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 08:58
Lu sur le jura libertaire
Contre les évaluations nationales CM2 et CE1


Les évaluations CM2 mettent en difficulté les élèves car elles interviennent en janvier, donc sur des points non étudiés en classe et tout cela pour une finalité sur laquelle on s’interroge encore.

En effet, les résultats aux évaluations n
ont à notre avis quun seul objectif : classer les écoles entre elles en fonction des résultats. Ce qui entraînerait une ghettoïsation des écoles et à terme la disparition du service public déducation.

De plus, ces évaluations nationales ne prennent en compte que les résultats en maths et en français. Les missions de l
école sont beaucoup plus vastes.

Un système de notation très sommaire est mis en place : soit 1, soit 0 sans possibilité d
avoir une partie de lexercice juste.

Une prime de 400 euros est versée aux enseignants de CM2 et CE1 pour faire passer les évaluations. Cela crée des inégalités et des tensions dans les équipes. Il s
agit dune somme conséquente alors que des milliers de postes sont supprimés faute de moyens.

On nous cite en exemple l
école finlandaise comme un modèle de réussite scolaire, alors quelle na pas dévaluations.

Nous nous orientons au contraire vers un modèle anglo-saxon, centré sur la culture du résultat, dont les dérives sont désormais reconnues. Nous en arrivons à passer plus de temps à évaluer qu
à enseigner.

Pour la formation des futurs professeurs des écoles

Elle est en plein remaniement. Ainsi, des étudiants, préparant le concours de professeur des écoles, sont désormais chargés de prendre une classe en responsabilité sans avoir été formés au préalable et sans être titulaires.

Or, enseigner s
apprend au contact de maîtres expérimentés. Nous défendons le droit et la nécessité dune formation professionnelle.

Aujourdhui nous ne nous battons pas pour nos salaires ou nos statuts mais pour la défense dune école publique, lieu déducation pour tous et pour lavenir des enfants.
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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 07:41

Rappel des faits par RFI:

Le centre de rétention administratif pour étrangers en situation irrégulière de Vincennes, près de Paris, a été détruit dimanche par un incendie d'origine « volontaire ». La veille, un Tunisien de 41 ans y était décédé d'une crise cardiaque, « sans intervention des effectifs de police », selon une source proche de l'enquête. Un jeune Egyptien a, quant à lui, tenté de se suicider pour ne pas être expulsé. Depuis des mois, la tension était palpable. L'incendie a fait une vingtaine de blessés légers, et quatorze étrangers ont profité du chaos pour prendre la fuite.

commentaire par le jura libertaire:
La révolte de Vincennes et son procès font écho aux nombreux autres dans le monde (comme l’incendie du camp de Bordeaux il y a un an ou le procès début octobre de quatorze insurgé-e-s du camp de la via Corelli à Milan). Et comme d’autres cette révolte est exemplaire. Cet acte désespéré d’hommes qui n’avaient peut-être pas beaucoup plus à perdre que leurs chaînes incarne aussi le plus grand espoir qui soit, une indéfectible aspiration à la liberté. Cet engagement radical renvoie en même temps aux piquets de grève qui parsèment la région parisienne en ce moment, où des milliers de travailleurs sans papiers osent sortir de l’ombre pour exiger leur régularisation

Mise au point du collectif  le laboratoire:

Depuis plusieurs mois les murs de Valence sont vides d'affiche  dissidentes, L'association du laboratoire traverse une crise . Mais ce n'est pas une raison de laisser imposer le silence des pantoufles , hier lundi  à l'émission de radio , nous avons lancé un appel à se mobiliser en vue du procés des révoltés de vincennes, affichage et prise de paroles dans les lycées et facs.c'est pour cette raison que :

Nous passons ce témoignage issus de la revue Vacarme :

Abou N’Dianor a quitté le Sénégal en septembre 2001 pour Orléans. Sans-papiers, il enseigne dans une société de soutien scolaire, grâce à un faux titre de séjour. Pendant six années, la question des papiers, d’être régularisé ne se pose jamais. Abou N’Dianor a un compte bancaire, paye un loyer, des impôts, la taxe d’habitation, bénéficie de la sécurité sociale. Son «  intégration » dans la vie professionnelle est à l’image de nombreux migrants installés en France depuis plusieurs années. Arrêté le 13 décembre 2007, Abou N’Dianor est placé seize jours en rétention au centre de rétention administrative (cra) du Mesnil-Amelot. Avec d’autres, il se retrouve au cœur d’un mouvement de protestation, qui se propage ensuite à d’autres centres. Refus d’intégrer les chambres, grève de la faim, automutilations, rassemblements inopinés, destruction des cartes d’identification, des événements similaires se répétent et n’ont pas cessé jusqu’à ce jour. Ils ont été le plus souvent réprimés, notamment par la force (Vacarme n°44). L’incendie qui a entièrement détruit le centre de rétention de Vincennes le 23 juin dernier en est l’ultime prolongement. Libéré le 29 décembre 2007, Abou N’Dianor raconte pourquoi et comment la voix des migrants retenus, rarement entendue au-delà des grillages des cra, s’est pour un temps imposée face aux discours officiels et aux pratiques policières.

Entretien avec Abou N’Dianor réalisé par Emmanuelle Cosse avec Joachim Gatti

« Je suis arrivé en France en septembre 2001 pour passer un mois de vacances. Mais j’avais aussi l’idée de rester, peut-être. Au Sénégal, j’étais fonctionnaire, professeur de mathématiques dans le secondaire depuis 6 ans. Je suis diplômé de l’École normale supérieure en mathématiques. Finalement, je me suis installé en France. Ensuite, j’ai fait comme tout le monde : j’ai cherché des papiers qui puissent me permettre de travailler. Cela a été très rapide. En novembre 2001, j’ai été engagé par la société A2Maths qui donne des cours de soutien. Jusqu’au jour de mon arrestation, le 13 décembre, je travaillais pour eux. Pendant ces six années, je n’ai jamais eu de problèmes. En fait, je n’avais pratiquement pas peur. J’ai seulement été contrôlé deux fois dans les transports, sans problème.

Je suivais de loin les histoires de régularisation. Mais en septembre 2007, j’ai pensé : puisqu’on parle d’“immi gration choisie”, peut-être qu’on a besoin de certaines compétences. C’est ce qui m’a motivé pour me lancer. À ce moment-là, je n’avais pas encore lu la circulaire Hortefeux sur le travail. Donc, je n’ai rien voulu cacher, j’ai dit toute la vérité. J’ai écrit au préfet que j’étais irrégulier depuis 2001, j’ai envoyé mon passeport, donné mon adresse, mes numéros de téléphone. J’ai envoyé toutes mes feuilles d’imposition, mes fiches de paye. Voilà, j’ai fermé les yeux et j’ai tenté. C’est comme si je m’étais jeté dans la gueule du lion.

J’ai envoyé cette lettre le 11 septembre 2007. Le 25, j’ai reçu une obligation de quitter le territoire français (oqtf). J’ai eu des doutes. “Mais est-ce qu’ils ont regardé ce que j’ai fait ?”. J’ai fait un recours gracieux. Je ne savais pas encore que le recours n’était pas suspensif, qu’il fallait faire un recours contentieux contre l’oqtf. Puis j’ai attendu, sans rien dire à personne.

Une convocation piège

Je n’ai eu aucune réponse, jusqu’au mercredi 12 décembre, à 10 heures. Un commissaire de l’hôtel de police d’Orléans me téléphone. Il me demande de venir au commissariat pour qu’on “réexamine” mon dossier. Le lendemain, le 13 décembre à 10 heures, je me présente donc à l’hôtel de police d’Orléans. Le commissaire me reçoit avec un autre collègue. Ils me font signer immédiatement des papiers et me disent que je suis placé en rétention [1]. Je ne dis rien, aucun mot. Je ne lis pas les documents, je signe. Ils sortent alors mon passeport qu’ils ont dû récupérer à la préfecture. Je suis menotté, on m’emmène au local de rétention de Cercottes, près de la prison.

Je m’étais présenté à l’hôtel de police avec mon porte-documents parce que j’avais confiance. Je pensais que c’était pour réexaminer mon dossier. J’arrive au local de rétention vers 11 heures, je suis placé dans une cellule après une fouille. Dans l’après-midi, un gendarme vient me voir, pour savoir si je suis “stressé”. Je lui raconte mon histoire. Il s’étonne et me dit : “Monsieur, il faut vous battre”. C’est le gendarme qui me dit cela ! Alors il a appelé la Cimade [2] avec son portable, pour que quelqu’un vienne me voir dans l’après-midi. Cette personne m’explique tout : les recours, mes droits. Je comprends que j’étais hors délais pour attaquer l’oqtf. Le lendemain, à 11 heures, on me présente au juge des libertés (jld). Je lui explique l’appel du commissariat. “Ah ! Il faut que je vérifie.” Il suspend l’audience. Quand on revient à 14 heures, il conteste ma version. “Le commissaire vous a demandé de venir pour ‘qu’on réexamine votre dossier avec la préfecture’. Avec la préfecture.” Apparemment, cela fait une différence. Je lui réponds que même si c’est cela qui avait été dit, ce n’est pas ce qui a été fait. Le jld me place pour quinze jours en rétention. On m’envoie au Mesnil-Amelot.

Arrivée au cra

La situation est déjà difficile, mais l’arrivée au Mesnil-Amelot est tellement sécuritaire qu’on en sort complètement diminué. Il y a beaucoup de grilles à passer, beaucoup de grillages autour du centre. Les papiers sont vérifiés longuement. On est photographié pour la carte d’identification. Et ensuite c’est la fouille. Les stylos sont interdits, les téléphones portables avec appareils-photos aussi. L’argent est limité à 150 euros. Puis on est déshabillé, complètement, on est en slip. On vous fouille comme si vous étiez un criminel. C’est très dur. Enfin on arrive dans le centre lui-même. De nouveau on est contrôlé à la “gestion”. Fouille des bagages, vérification des papiers, etc. Le centre du Mesnil-Amelot est géré par des gendarmes. Il y a six bâtiments séparés. Au centre des lieux communs : la cour, une salle avec un baby-foot et la télé, et le réfectoire. L’ambiance est très stressante. On est juste à côté des pistes de l’aéroport, on entend tout le temps les avions. On est vraiment très proche de l’expulsion.

Chaque matin, il y a un affichage où il est écrit si le “titre de transport” et le “laissez-passer” [3] ont été obtenus. Si dans les deux cases, on lit “Oui”, on sait que l’expulsion est imminente. En journée, on peut circuler dans les bâtiments, sauf quand ils font le ménage. Je suis sûr qu’ils en profitent pour fouiller nos armoires. Toute la journée, on entend des annonces par haut-parleur. Si quelqu’un doit aller au consulat, si on a une visite, si on est libéré, on nous appelle. Mais pour les expulsions, ils appellent aussi. Quand on entend : “Untel, venez avec tous vos bagages”, on sait que l’expulsion est proche. La situation est tellement pesante que les gens ne sourient vraiment pas. Beaucoup regardent la télé toute la journée, d’autres restent dans leur chambre, sans aucun contact.

« J’ai bâti la France »

En toute situation, on essaie d’être en contact avec ceux avec qui on s’identifie. Les premiers jours, j’ai commencé à discuter avec des Maliens, un Mauritanien et un jeune Sénégalais. Ils m’ont donné beaucoup d’informations que je n’avais pas. Par exemple, qu’au bout de 33 jours de rétention, on doit être libéré. Ensuite, j’ai rencontré des Maghrébins. La plupart ont été arrêtés de la même façon que moi avec le même type de convocation pour “réexaminer votre dossier”. D’autres ont été arrêtés dans des taxiphones. J’ai sympathisé avec un jeune Tunisien, Abdel [4]. Lui, il a été arrêté dans un train. Il avait sa carte orange, mais les policiers lui ont demandé ses papiers. C’est là que j’ai commencé à ressentir un sentiment de révolte, à trouver vraiment cela malsain. J’ai pensé à faire une révolte pacifique. La première idée qui m’est venue, c’est d’écrire sur une feuille “Liberté, égalité, fraternité” et de la porter sur ma chemise au réfectoire, à midi. Simplement pour voir la réaction des gendarmes. Je pensais que peut-être cela les ferait réfléchir. J’en ai discuté avec mon voisin de chambre qui a trouvé ça bien. Nous sommes partis en parler aux autres à la salle télé. Immédiatement, Abdel a compris l’enjeu. Il est parti dans sa chambre et est revenu avec plein de feuilles. Moi, j’avais déjà un stylo que j’avais pu faire entrer. On a alors établi une liste de slogans : “Suis-je un humain ?”, “France : pays de mon enfance”, “Je suis rouge de sang”, “Je suis Français”, “Je suis intégré”, “J’ai transpiré pour la France”, “J’ai bâti la France”, “Humanisme ?”, “On n’est pas que des chiffres”, “L’immigration enrichit”, “Non à l’arbitraire”, “Les immigrés ont-ils des droits ?”, “Justice à deux vitesses”, etc. Chaque slogan, nous l’avons recopié trois fois, au cas où certains n’oseraient pas les porter et les jetteraient. On a fait près d’une centaine de feuilles puis on les a distribuées.

C’était le mercredi 19 décembre. Je suis arrivé au réfectoire à 12 heures 12, à peu près. Beaucoup y mangeaient déjà, mais ils n’avaient pas osé sortir leurs feuilles. La mienne, je l’avais accrochée sur le devant de ma chemise. Je portais “Non à la reconduite à la frontière”. J’avance dans le réfectoire. Le gendarme en faction me demande de retirer mon papier. Je refuse, je réponds que “Je ne fais rien de mal”. Il réitère sa demande ; je refuse. Il est très poli et calme. Il appelle sa direction. À ce moment-là, ceux qui sont déjà dans le réfectoire commencent à sortir leur bout de papier. Certains le coincent avec leur bonnet, d’autres dans leur chemise, d’autres commencent à le brandir tout en mangeant. Tout cela sans dire un mot, dans le silence. Alors on a vu des gendarmes venir de partout. Ils devaient s’attendre à une “explosion”, comme ils disent. Le chef du centre est arrivé avec un cahier et un stylo. Il commence à noter les slogans. Il note, il regarde, il note, il note, il note. Il ne sait pas à qui s’adresser, il va dans la salle, il note, il regarde dans tous les sens. Finalement, il annonce qu’il recevra cinq personnes, “pas plus” le jour même à 17 heures.

À la fin du repas, nous nous sommes réunis dans la salle de télé. Et c’est là que les gens qui ne disaient rien avant ont commencé à prendre la parole. Certains ont parlé des arrestations, d’autres des conditions de vie dans le centre. D’autres ont évoqué les procès-verbaux qui sont presque identiques. C’est comme si on avait juste changé le nom et la date de naissance. Et aussi, les jugements qui sont faits à la va-vite, où on ne vous donne même pas la parole cinq minutes. On a parlé des malades qui étaient dans le centre, notamment une femme qui avait la tuberculose. C’est comme ça qu’on a écrit un cahier de doléances. Je prenais les notes. À la fin, on avait vingt-quatre points. L’assemblée a décidé qui ira au rendez-vous : Abdel, Paul Wem, moi-même, ainsi qu’un Congolais et un Camerounais. À 17 heures, le chef de centre arrive avec ses collègues. Je lis les doléances, j’explique. Il prend des notes. Honnêtement, il nous écoute. Ensuite, il s’engage à répondre pour les points qui concernent la gestion du centre d’ici 48 heures. Par contre, pour ce qui concerne les dossiers à réexaminer, il dit que ce n’est pas son domaine. Lui, il est “militaire”, il est là “pour expulser”, “c’est son travail”. Il s’engage quand même sur les cas “difficiles” qu’on veut lui présenter. Il va “essayer d’appeler les préfectures pour voir si les dossiers peuvent être réétudiés”. C’est la première fois qu’on a vu qu’il y avait peut-être une issue pour certains. Nous lui avions également demandé de rencontrer une personnalité politique, par exemple le ministre de l’Immigration. On a senti qu’il n’avait pas de pouvoir là-dessus. C’est pour cela que nous avons décidé d’aller plus loin et de contacter des journalistes.

Faire du bruit

C’est grâce à mon employeur que j’ai obtenu tous les numéros. J’ai appelé ma responsable quand j’étais à Cercottes, puis quand je suis arrivé au Mesnil-Amelot. Je lui ai tout expliqué, elle tombait des nues. Mais elle m’a tout de suite soutenu. C’est elle qui a cherché tous les numéros de téléphone de journalistes. J’ai commencé à appeler la presse le 21 décembre. Certains journalistes m’écoutaient, d’autres me disaient qu’ils avaient “déjà traité le sujet”. Des articles sont sortis sur le net, puis dans L’Express, Le Parisien, Libération. Le lendemain, j’ai décidé d’appeler les radios. J’ai fait trois interviews : France bleue, Fréquence Paris Pluriel et Radio Soleil. Moi, je voulais que ça fasse du bruit et que la population française sache ce qui se passe dans les centres. C’est pour cela qu’ensuite, on a décidé qu’il fallait joindre les télés. Pour appeler, j’utilisais mon portable et les cabines publiques. Les gendarmes étaient évidemment au courant de tout. Une personne qui travaillait à la gestion nous donnait des infos, elle a même découpé un article sur ce qui se passait au centre.

Politique du chiffre

Très honnêtement, je ne me suis pas révolté pour moi-même. Je me fichais de mon cas, je pensais être expulsé. Ce sont les histoires personnelles des autres qui m’ont révolté. Le préfet m’a dit que je n’étais pas régularisable, n’ayant pas de famille en France, ni une durée de séjour suffisante. D’accord. Mais au centre, j’ai rencontré des gens qui ont une famille, qui sont en France depuis treize, dix-neuf, vingt-deux ans et ils sont retenus. C’est une politique absurde.

Voici quelques exemples : je rencontre un Sud-Africain, consultant financier, en France depuis 19 ans. Il est vraiment abattu. Sa femme est française, ses enfants sont français. Il a été arrêté à un contrôle routier. Son titre de séjour a expiré. Il n’a pas eu le temps de le faire renouveler parce qu’il était hospitalisé. Il montre des certificats médicaux, mais les policiers ne cherchent pas à comprendre et l’envoient en rétention. Heureusement il sera libéré au tribunal.

Il y avait aussi ce Malgache, qui ne sortait pas de sa chambre. Il avait vraiment peur. Je lui avais proposé de raconter son histoire au chef, mais il a refusé. Pour lui, il fallait rester calme : “Si tu fais tes trente-deux jours, ils n’ont pas ton passeport, ils n’ont pas ton laissez-passer, ils vont te libérer.” Je lui ai dit que j’étais d’accord pour prier, mais qu’il fallait aussi se battre. Cet homme est en France depuis treize ans, il a deux enfants nés ici. Il a renouvelé son titre de séjour quatre fois. La cinquième fois, on lui a refusé. Il est lui aussi arrêté lors d’un contrôle routier. Cet homme est soutenu par sa mairie, l’école de ses enfants. Et le dimanche 23 décembre, il aura fait ses trente-deux jours. Il doit sortir. En plus, son consul lui a confirmé qu’il ne délivrerait pas de laissez-passer. Pourtant, le 22, son laissez-passer est accordé. Le 23, il est emmené. La suite de l’histoire, on l’a sue par les gendarmes. Je lui avais conseillé de refuser d’embarquer dans l’avion. Mais il l’a fait de manière molle, il a pleuré. Il a finalement été libéré, mais seulement grâce au commandant qui a refusé de l’emmener. Des histoires comme cela, il y en avait plein. On est en train de briser des familles, c’est n’importe quoi ! C’est ça, c’est la pression du chiffre.

Grève de la faim

Une autre chose nous a choqués : ce sont les consuls qui acceptent de délivrer les laissez-passer. On a donc décidé d’écrire une lettre pour dénoncer les pratiques de corruption, leur dire qu’ils ne devaient pas accepter des petites sommes pour faire expulser des compatriotes qui nourrissent des familles au pays. On en a discuté longtemps. Au début, on voulait signer la lettre, un ressortissant par pays. Mais c’était trop compliqué. Finalement, on a écrit une lettre “À tous les consuls”, qui a été faxée le même jour à toutes les ambassades par mon employeur. Nous avions des réunions tous les jours. Le mercredi 26 au soir, on a discuté de ce que nous devions faire maintenant. On s’est décidé pour une grève de la faim. D’autres voulaient tout casser, mais j’ai refusé. Je pensais qu’on ne pouvait pas faire le poids face aux gendarmes. Nous avons aussi décidé de passer la nuit dehors : on a dit à tout le monde (environ cent-vingt personnes) de s’habiller chaudement et de descendre avec sa couverture. En fait, on voulait rester dans la salle télé. Mais nous avons vite été délogés. Le chef est alors venu me voir. Il jouait à l’homme sympathique. “Il fait froid, vous devez rentrer, vous dites qu’il n’y a pas assez de chauffage, c’est vous qui vous mettez en difficulté”. On a refusé. On s’est alors installé dans la cour. À 23 heures, on a commencé à ne plus tenir le coup, il faisait très froid. On est rentré dans nos chambres. Le chef avait l’air embêté, il n’arrêtait pas d’appeler sur son portable. Mais on a senti qu’il pouvait utiliser la force. Il nous a donné rendez-vous pour le lendemain et a ajouté “Demain, c’est un grand jour”. Avec Paul et Abdel, on a tout de suite pressenti qu’ils voulaient nous diviser. Effectivement, le lendemain, c’est ce qui a été fait.

Le jeudi 27, on rencontre à nouveau le chef vers 11 heures. Puis vers midi, une équipe de France 2 vient. Les journalistes sont de l’autre côté des grilles à une centaine de mètres. Je fais l’interview sur mon portable et je leur crie tout ce que j’ai sur le cœur. En même temps, la grève de la faim débute. Tout le monde suit, sauf les Chinois et les Indiens. Au départ, il y a un malentendu : certains pensaient que la grève commençait au petit-déjeuner, d’autres à midi. Donc beaucoup ont pris leur petit-déjeuner. Alors, à l’heure du déjeuner, avec Abdel, on se pose à l’entrée du réfectoire pour dissuader ceux qui veulent venir manger. La grève fonctionne très bien. Mais les gendarmes comprennent tout de suite qu’il se passe quelque chose : ils prennent nos cartes. Vers 14 heures, j’ai une visite. C’est le membre d’une association de soutien aux sans-papiers, qui me donne des cartes téléphoniques, m’explique les répercussions dehors. À la fin de la visite, on me fait attendre ; je ne suis pas fouillé. Je comprends que je ne vais pas y retourner. L’un des gendarmes me dit : “Transfert”.

Transfert

Dans l’après-midi, j’ai été transféré à Vincennes et Abdel a été envoyé à Chelles [5]. Quant à Paul, il sera expulsé plus tard de manière violente [6].

Pendant le transfert, je n’ai pas dit un mot, mais je ne pensais qu’à une chose : faire la même chose qu’au Mesnil-Amelot. Mais à Vincennes, l’ambiance est différente, c’est plus tranquille. Les gars rigolent, discutent, regardent la télé. J’ai d’abord pensé qu’ils étaient insouciants. En fait, les retenus étaient divisés. J’apprends que les Maghrébins ont essayé de faire une grève de la faim. Mais les Maliens n’ont pas suivi et cela n’a pas marché. Pour eux, c’est plus facile : leur consulat ne délivre pas les laissez-passer.

Le lendemain matin, je vais voir la communauté malienne. Je leur explique toute l’histoire au Mesnil-Amelot. Puis je demande : “Maintenant, qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ?” Ils ont répondu : “Grève de la faim. Mais avec les Maghrébins”. Je réunis tout le monde. On décide de débuter la grève de la faim le samedi 29. Nous étions au cra 1 [7]. On ne peut pas accéder au cra 2, mais on peut appeler là-bas car on a les numéros de téléphone des cabines. Là aussi, certains veulent aller plus loin qu’une grève de la faim. Je refuse. On discute aussi de détruire toutes les cartes. Je refuse aussi. Parce que si quelqu’un est convoqué à l’infirmerie, au consulat ou s’il doit être libéré et qu’il n’a pas sa carte, ça peut lui créer un préjudice. Je propose qu’on cache toutes les cartes dans un lieu sûr et qu’on refuse les appels. Car à Vincennes, il y a des appels tout le temps, y compris la nuit. Le centre est tenu par des policiers, pas par des gendarmes. Ils sont beaucoup plus durs et plus violents.

Le soir également, mais j’étais déjà dans ma chambre, des retenus ont essayé de passer la nuit dehors. Les crs ont envahi le centre. Ils ont fermé les bâtiments. Ceux qui étaient dehors ne pouvaient plus rentrer, ceux qui étaient dedans ne pouvaient plus sortir. Il y a eu du tabassage cette nuit-là, c’est certain.

Grève de la faim II

La grève de la faim a commencé le 29 décembre. Je n’ai pas pu la faire, car ce jour-là, j’étais convoqué au Tribunal de grande instance en raison de mon transfert. Suite aux interviews que j’avais données, les associations qui étaient venues au Mesnil-Amelot avaient beaucoup mobilisé. Il y avait aussi mes amis d’Orléans. C’était fou. Finalement, j’ai été libéré à cause d’un vice de procédure lors de mon transfert : le procureur et le jld auraient dû en être informés préalablement. J’étais avec deux Chinois. On nous a dit : “Allez à votre centre récupérer vos affaires et rentrez par vos propres moyens.” On nous libère dans la nature ! On n’a aucun sou, on ne connaît personne et on doit retourner à Vincennes. On nous ré-expose aux policiers. Heureusement, j’avais mon portable, j’ai appelé les contacts que j’avais.

Des regrets, je n’en ai aucun. Par nature, je ne suis pas quelqu’un de révolté, je n’ai jamais été dans une manifestation. Ce que j’ai fait au Mesnil-Amelot, c’était ma première expérience militante. Je ne connaissais rien de la situation dans les centres de rétention, ce que vivaient les sans-papiers. Et puis, je me suis rendu compte en en parlant à mon employeur qu’elle non plus ne connaissait pas cette réalité. Ceux qui sont retenus dans les centres doivent faire des choses pour que l’extérieur puisse les aider. Parce que l’extérieur ne peut pas rentrer. Il faut que la population française sache ce qui se passe là-bas. Ensuite, beaucoup de personne m’ont dit que ce que j’avais fait, “c’était courageux”. Ils m’ont encouragé. C’est vrai que c’est souvent la peur qui nous pousse à tout accepter. Mais moi, je me suis dit qu’il existe des moyens de lutter sans se faire taper. »

Depuis le 29 décembre 2007, la situation d’Abou N’Dianor est inchangée. Il est toujours sans-papiers.

[1] Après coup, Abou N’Dianor comprendra qu’il a été placé en garde à vue, au local de rétention de Cercottes avant d’être placé en rétention au cra du Mesnil-Amelot.

[2] La Cimade intervient dans les cra pour apporter un soutien juridique aux retenus dans le cadre d’une convention avec l’État, qui arrive à échéance à la fin de l’année 2008. Dans le nouvel appel d’offre publié en septembre, il apparaît clairement que Brice Hortefeux souhaite contraindre les associations à ce qu’il qualifie de devoir de neutralité et de confidentialité, interdisant de fait toute possibilité de témoigner des pratiques observées dans les cra.

[3] Qui doit être délivré par les consulats pour que leurs ressortissants puissent être éloignés. Certains pays refusent de les délivrer. Mais beaucoup se sont engagés par des accords bilatéraux avec la France, signés ces dernières années, à faciliter la délivrance des laissez-passer.

[4] Le prénom a été changé.

[5] Abdel sera ensuite libéré.

[6] Paul Wem est Camerounais, mais pour se protéger d’une expulsion, il a prétendu être né à Libreville, espérant que le consulat du Gabon refuserait de fournir un laissez-passer à quelqu’un qui n’est pas Gabonais. Les autorités consulaires gabonaises vont pourtant le délivrer, sans que Paul soit présenté au consulat, au mépris de la loi. Paul Wem est expulsé le 4 janvier 2008, alors que le Tribunal administratif de Melun n’a pas encore statué sur le recours contre son arrêté de reconduite. Il sera ligoté et bâillonné par quatorze policiers avant d’être placé dans l’avion. Arrivé au Gabon, les autorités refusent de faire entrer sur leur territoire un ressortissant camerounais. L’ambassade de France refuse qu’il soit ramené à Paris et le Cameroun refuse de payer son rapatriement. Il restera dix-sept jours dans la zone d’attente de Libreville avant qu’un compatriote lui paye un billet d’avion jusqu’à Yaoundé. Paul Wem avait quitté le Cameroun il y a seize ans. Il en a passé treize en Belgique avant d’arriver en France en 2005.

[7] Le centre de rétention de Vincennes est constitué de deux centres totalement séparés : le cra 1 et le cra 2.

Source TERRA : http://www.vacarme.org/article1673.html

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 08:32
lu sur Sud éducation
le 12 janvier 2010

La circulaire publiée par le Ministère de l’Immigration le 24 novembre 2009 portant sur la régularisation des travailleurs sans papiers est inacceptable. Elle laisse de côté les salariés travaillant « au noir », les Algériens et les Tunisiens. Elle exige une « durée significative de séjour » et demande une « volonté d’intégration sociale du demandeur » à des travailleurs ! Les 6000 travailleurs et travailleuses en grève et les organisations syndicales et associations qui les soutiennent ne peuvent accepter ces discriminations et ces formulations vagues qui laisseront les préfectures libres d’interpréter ce texte comme elles l’entendent. Rappelons que c’est pour en finir avec l’arbitraire préfectoral que ce deuxième mouvement de grève a été déclenché le 12 octobre 2009.

Le but de la circulaire du 24 novembre est d’essayer de diviser le mouvement de grève en poussant des travailleurs sans-papiers à quitter la grève pour la préfecture et à y déposer des dossiers de demande de régularisation.

Pour obliger le gouvernement à revoir sa copie, il est impératif de continuer à lutter collectivement. Cela passe aujourd’hui par le refus de déposer des dossiers en préfecture et la poursuite de la grève.

Pas de dépôt de dossiers

A l’issue de plusieurs Assemblées générales, les grévistes ont décidé collectivement de continuer la grève et les occupations et de ne pas déposer de dossiers en préfecture tant que des critères de régularisation simplifiés et des garanties d’égale application dans toutes les préfectures ne seront pas obtenus. Ils luttent depuis plus de trois mois pour obtenir des critères satisfaisants pour tous les salarié(e)s sans papiers. Déposer, aujourd’hui des demandes de régularisations individuelles sur la base de la circulaire du 24 novembre 2009 sur le travail vient percuter leurs efforts, éloigne la possibilité d’obtenir un texte plus favorable pour l’ensemble des travailleurs (euses) sans papiers et au final appuie le gouvernement contre le mouvement gréviste.

De plus, déposer aujourd’hui son dossier en préfecture, non seulement, ne donne aucune garantie de résultat, mais en outre, comporte des risques importants :
-  risque de se voir notifier un refus de régularisation et une OQTF
-  risque de licenciement car l’employeur peut décider de ne pas garder dans l’entreprise un salarié dont la situation irrégulière est connue de l’administration.

L’objectif aujourd’hui n’est donc pas de déposer des dossiers, il est de consolider et d’élargir le mouvement :
-  en organisant de nouveaux piquets de grève
-  en exigeant des employeurs l’établissement immédiat des CERFA
-  en développant partout un large soutien matériel et financier en direction des grévistes.

Pour ce faire, il ne faut pas hésiter à prendre contact avec l’une des 11 organisations syndicales et associatives qui soutiennent cette demande de circulaire avec des critères satisfaisants pour les travailleuses et travailleurs sans papiers.

Renforcer le mouvement

Le mouvement réunit aujourd’hui 6000 grévistes qui travaillent dans 2100 entreprises différentes situées dans 40 départements.

Cette mobilisation est inédite, mais elle doit s’étendre encore, en particulier en dehors de la région parisienne pour contribuer à augmenter le rapport de forces en vue d’obtenir un texte plus favorable.

Le gouvernement doit comprendre que sa stratégie de faire durer le conflit dans le temps va se retourner contre lui.

Aller chercher les demandes d’autorisation de travail CERFA faites par les employeurs

Il faut pousser les patrons à remplir les demandes d’autorisation de travail « Cerfas ». Ces formulaires sont la preuve incontournable que nombre d’employeurs veulent la régularisation des travailleurs sans papiers. Les CERFA obtenus vont aussi permettre d’entretenir la pression sur le gouvernement et en particulier sur le ministère du travail.

Les travailleurs sans papiers doivent garder l’original de leurs CERFAS remplis par l’employeur. Une copie de ces formulaires sera centralisée au niveau des 11 organisations avec une photocopie de la carte de gréviste.

Que demander à l’employeur ?
- 4 demandes d’autorisation de travail simplifiées (formulaire CERFA n° 13653*02) remplies à la main
- 1 formulaire d’engagement à verser la taxe OFII (formulaire CERFA n° 13662*02) Ces formulaires sont disponibles sur le site Internet du ministère de l’Immigration. Il est préférable qu’ils ne soient pas datés.

Pour ceux qui ont travaillé avec un ou plusieurs noms, l’employeur doit écrire un certificat de concordance : « Je soussigné(e) Monsieur/ Madame XXX (nom du patron) atteste avoir fait travailler Monsieur/ Madame XXX, qui a travaillé sous les identités suivantes : XXXXX ; XXXXX.

Mais avec ces documents remplis et tamponnés il n’est pas question de déposer des dossiers en préfecture aujourd’hui !

Comme l’ont réaffirmé les délégués des piquets de grève il faut continuer le mouvement et renforcer la grève pour obliger le gouvernement à reprendre sa copie !

informations:

Le programme de cette semaine « un autre regard sur l’immigration » est en pièce jointe et disponible sur le blog : ccrass.hautetfort.com.

 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 09:23

Le collectif chomeur précaire se réunit  sur un mode non organisationnel, avec des stratégies  non bureaucratique, pourtant on a défini une stratégie.

Contre le chômage, la précarité et les licenciements

 

 

Chômage et précarité étaient déjà très élevées avant la crise. De CDD au chômage depuis le début 2009 non renouvelés en licenciements, ils explosent: et déjà plus de 500 000 nouveaux inscrits au chômage

depuis le début 2009, sans compter les non-inscrits, les intérimaires remerciés en masse , les plans de licenciements se succédant : chômeurs , précaires et autre salariés sont les premiers à payer une crise générée par le système capitaliste. Avec la liquidation des droits sociaux en cours , la situation est intenable!

Pratique alors pour les patrons, et leurs alliés des gouvernements d'exploiter ainsi encore plus la force de travail, de casser les solidarités et les résistances collectives.

 

 

Aujourd'hui une double urgence!

Faire revivre les pratiques concrètes de solidarité, sur le terrain de l'emploi bien sûr, mais aussi de toutes les conditions de vie: retisser les liens de résistance, provoquer les rencontres nécessaires.

Obtenir de nouveaux droits et les faire appliquer.

 

Nous exigeons:

de pôle emploi

  1. la suppression immédiate du numéro de tel 39. 49, retour du contact humain à l'accueil et un droit d'accès à son dossier

  2. Arrêt immédiat des radiations -sanctions, de l'offre raisonnable d'emploi qui participe à la baisse des salaires et de tous les contrôles arbitraires.

  3. Arrêt de la sous- traitance au privé des prestations , des accompagnements.

  4. Un revenu décent ( minimum le SMIC) avec ou sans emplois pour tous et toutes par l'indemnisation de toutes les formes de chômage et de précarités avec augmentation immédiate des minima et des allocations , revalorisation du SMIC

  5. Une priorité réelle aux emplois utiles socialement et écologiquement.

  6. Un logement décent pour tous (application de la loi de réquisition): constructions de logements sociaux, encadrement des loyrs, arrêt des expulsions et interdiction des coupures d'énergie ( eau, électricité, gaz...)

  7. Abolition de toutes discriminations:Application des lois existantes contre toutes les formes de discrimination: suppression des inégalités homme/ femme en matière de formation , de salaire , d'accès , de retraite.

 

Collectif chômeurs précaires

adresse mail: collectifchomeurprecaire@gmail.com

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 04:24

Des salariés de l'usine Continental de Clairoix après l'annonce de la fermeture du site, le 12 mars 2009 (photo Reuters)

L'entreprise RITM placé  en redressement judiciaire par le tribunal de commerce. C'est avec ce dossier d' entreprise  que le député UMP Patrick Labaume a été accueillir en avril  2009 le

président de la République   Depuis  les ouvriers face aux chomages .


 mercredi 13 janvier ,  il s'est  joué au tribunal d’Amiens l’épilogue du conflit phare de la crise économique. Les six salariés de Continental, l’usine de pneu de Clairoix dans l’Oise, qui avaient été condamnés pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne en avril dernier, comparaitront pour leur demande de relaxe en appel. Une large mobilisation syndicale et politique se prépare pour soutenir ce procès éminemment politique. Car les « Conti », comme on les appelle, font figue d’emblème, d’étendard de la contestation ouvrière face aux désordres capitalistes. Ils symbolisent la bataille pour « ne pas crever en silence », face à l’utilisation par certains patrons du contexte de crise pour licencier et l’impuissance, voire la complicité, de l’Etat devant les restructurations.

En 2007, les 1.120 salariés de Continental Clairoix acceptent de travailler à nouveau 40 heures par semaine et non plus 35 h, sans gain supplémentaire mais en échange d’un engagement à maintenir l’activité de leur usine. En 2008, Continental affiche 987 millions d’euros de bénéfice pour sa branche pneus. Le 11 mars 2009, l’entreprise annonce la fermeture de son site de Clairoix. C’est la stupéfaction, la colère, la rage, comme dans de nombreuses entreprises du secteur automobile pour lequel rien n’a été anticipé. Là, les ouvriers avaient fait des concessions pour sauver leur emploi : ils se sentent donc tout simplement trahis. Même le sénateur UMP de Compiègne, Philippe Mariani, déclare à l’époque : « la crise, elle a bon dos ». Et le secrétaire d’Etat chargé de l’emploi, Laurent Wauquiez, estime alors que les salariés auraient « raison de porter plainte », car la direction n’a respecté aucune des règles d’information des salariés. Les ouvriers manifestent, haussent le ton et séquestrent leur patron. Ils arrachent ainsi une prime de 50.000 euros, preuve s’il en est que l’inversion symbolique du rapport de force peut permettre d’obtenir satisfaction là où la négociation simple échoue ailleurs. Certains perçoivent dans cette pratique, qui n’a rien de neuf, une expression de désespoir mais n’est-ce pas plutôt une sorte de dernier élan de pragmatisme pour ne pas partir dans la galère du chômage sans biscuits ? Evidemment, la méthode est contestable, elle suscite le débat, dans les rangs de la CGT et ailleurs. Mais les « Conti » n’en deviennent pas moins une sorte d’incarnation de la révolte dans les milieux ouvriers touchés par les restructurations : les « Conti » ne se laissent pas faire.

Et lorsqu’ils apprennent qu’ils ont été déboutés par la justice pour leur demande d’annulation de la procédure du site, 200 salariés occupent la sous-préfecture le 21 avril - quelle ironie ! On se souvient des images, notamment diffusées sur TF1. Visiblement, du matériel est abimé ou cassé, quelques vitres sont brisées. Six « Conti » sont condamnés le 1er septembre à des peines de trois à cinq mois de prison avec sursis et à une amende de 63.000 euros pour des dégâts que l’Etat a été incapable de chiffrer avec précision. Le chef d’accusation ? « Destruction en réunion de biens au préjudice de l’Etat ». Comme ces faits se sont produits dans un contexte d’injustice sociale et économique, l’Etat aurait pu éviter de constituer partie civile. Car si, bien sûr, c’est mal de détériorer des biens publics, la dimension de contestation collective face à la violence des décisions patronales et de la crise économique est le cœur de ce qui s’est produit. Et ce d’autant que les patrons dont les décisions impactent gravement des vies ne sont, eux, pas inquiétés. Par ailleurs, il y a dans cette décision pénale un vrai problème juridique. Le principe de la responsabilité collective n’existe pas dans notre droit. Autrement dit, ce procès a pour l’instant réintroduit le principe d’une responsabilité pénale collective, en condamnant sans faits précis à imputer à chacun des inculpés, au nom d’une prétendue responsabilité collective. Cette décision du tribunal signe en quelque sorte le retour de la loi anticasseurs abrogée  par le premier ministre  Mauroy en 1982 .Si le verdict est maintenu, les « Conti » seront durablement aussi le symbole de la criminalisation des conflits et des acteurs sociaux
clementine autain lien vers son blog
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