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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 20:52

Une émeute a éclaté mardi 16 août à Malte dans un centre de rétention d’immigrants, faisant 19 blessés, dont 15 policiers, 3 soldats et un immigrant, a annoncé la police maltaise. La police anti-émeutes a dû intervenir et utiliser des gaz lacrymogènes pour disperser les immigrés, principalement originaires d’Afrique sub-saharienne, qui lançaient des pierres sur ses agents et qui mettaient le feu à des matelas et des poubelles.

Vingt-trois personnes ont été arrêtées, et devraient être déférées en justice durant les prochains jours. Les troubles avaient débuté tôt mardi matin dans le centre de détention de Safi quand deux immigrés ont grimpé sur le mur d’enceinte. Ils se sont assis sur une barrière métallique et ont protesté contre la poursuite de leur détention, après que leur demande d’asile humanitaire avait été rejetée.

La manifestation a rapidement dégénéré. Certains détenus ont détaché des pierres du mur d’enceinte et se sont glissés à l’extérieur avant d’être arrêtés. D’autres ont cassé des lits à l’aide de barres de fer, puis ont allumé des feux en dénonçant le fait que leurs conditions étaient « inhumaines » et en criant :« Nous voulons la liberté ! »

Selon un porte-parole du ministère de la justice, 722 des demandes d’asile déposées par 1 535 immigrants arrivés à Malte — et fuyant l’instabilité en Libye et en Tunisie — depuis le début de l’année ont été examinées. Cinq cent soixante-quatorze ont été acceptées, et 148, refusées.

Presse bourgeoise – Le Monde, 16/08/2011

  complément d'information sur l'immigration à MALTE
 
A Malte, les parcours chaotiques d’Africains en attente d’avenir

Fuyant la guerre en Libye, 1 500 demandeurs d’asile ont débarqué sur l’archipel. Depuis le début des années 2000, les arrivées sont incessantes. Débordé, le plus petit État de l’UE appelle les Vingt-Sept à la solidarité.

Depuis 1998, près de 15 000 migrants, originaires d’Afrique subsaharienne, sont arrivés à Malte p...
Depuis 1998, près de 15 000 migrants, originaires d’Afrique subsaharienne, sont arrivés à Malte p...

(BEN BORG CARDONA / AFP)

Depuis 1998, près de 15 000 migrants, originaires d’Afrique subsaharienne, sont arrivés à Malte par bateau.

(BEN BORG CARDONA / AFP)

Depuis 1998, près de 15 000 migrants, originaires d’Afrique subsaharienne, sont arrivés à Malte par bateau.

Mabelle parle vite et fort. Le visage creusé par la nervosité, elle ordonne les épisodes d’une vie brinquebalante dont elle veut tout raconter. Les coups de son beau-père, qui l’a mise à la porte de la maison familiale, au Cameroun, après avoir abusé d’elle. Son périple à travers le Tchad et le Niger. Son travail de femme de ménage dans une école en Libye, où, « au moins, Kadhafi aimait les Noirs, pas comme ici ».

Mabelle, la trentaine, débardeur blanc et pantalon rose, fait partie des 1 500 demandeurs d’asile qui ont débarqué à Malte après avoir fui la guerre en Libye. Son histoire ressemble à beaucoup d’autres. En mars, elle a payé l’équivalent de 700 € pour traverser la Méditerranée. 

Sa destination devait être l’Italie, d’où elle comptait partir tenter sa chance ailleurs en Europe. Mais, erreur de cap ou duperie des passeurs, le voyage s’est achevé sur un récif qui a moins à lui offrir : Malte, archipel grand comme trois fois Paris, pays parmi les plus denses au monde, avec la mer pour seule échappatoire.  

Première étape :  le centre de détention 

Pour le million de touristes qui déambulent chaque année dans cette ancienne forteresse, Malte est un paradis alliant vieilles pierres et Méditerranée. Mabelle le regarde de loin. À son arrivée, elle a suivi la procédure observée par la plupart des 15 000 migrants, originaires d’Afrique subsaharienne pour leur grande majorité, qui ont accosté ici depuis le début des années 2000. Elle a déposé une demande d’asile auprès des autorités maltaises. Ces dernières disposant d’un délai de dix-huit mois, leur réponse peut intervenir dans une semaine comme dans un an.

Bouillonnante, la jeune femme en est à la première étape du parcours qui attend les migrants à Malte : le séjour dans l’un des trois centres de détention pour demandeurs d’asile. À l’étage des femmes célibataires, dans la caserne militaire d’Hal Far, à 10 km de La Valette, la capitale, elle partage une chambre avec 19 camarades, érythréennes, ivoiriennes, nigérianes. « Hermès » : inscrit à l’entrée, le nom de sa nouvelle « maison » n’est pas un hommage au dieu grec du voyage. Les Britanniques, qui ont construit la caserne, l’ont choisi en référence à un navire de guerre.

Le complexe d’Hal Far a conservé de beaux restes de son passé militaire. Des soldats en treillis gardent l’entrée bordée de lauriers-roses. D’autres surveillent la « récréation » des 297 pensionnaires : deux heures par jour, par petits groupes, dans une cour en terre rouge, grillagée, que traverse un filet de volley-ball.

Le reste du temps se passe derrière les portails métalliques fermés à clé qui bouchent les paliers de chaque étage. Au rez-de-chaussée, une trentaine de jeunes gaillards en short, certains torse nu, attendent la sortie quotidienne dans un brouhaha où se mélangent l’anglais, le wolof (langue du Sénégal), le français. 

À l’étage supérieur, des femmes couvertes d’un voile boivent du thé dans un réfectoire meublé de tables en bois et d’une télévision. Le pas fébrile, Mabelle va de sa chambre au couloir. Elle montre les croquis qu’elle dessine pour tromper son ennui. Ils n’apaisent pas sa colère. Mabelle s’emporte : « Nous ne sommes pas considérés ! Dites-moi ce qui va se passer ! On doit être libérés ! »

Tâtonnements

Les débarquements de migrants sur le rocher maltais mettent à rude épreuve les idéaux humanistes mentionnés dans un ensemble de directives européennes relatives à l’asile. « Les militaires n’ont pas pour mandat de prendre en charge les migrants, l’approche ne doit pas être sécuritaire », dénonce Dyonisius Mintoff, prêtre franciscain, qui accueille chez lui 50 réfugiés. 

En écho, Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (institution qui promeut la démocratie, comptant 47 États, dont les 27 de l’UE), a jugé les méthodes maltaises « incompatibles avec les exigences de la Convention européenne des droits de l’homme » après sa visite, en mars dernier.

Une conclusion que n’apprécie toujours pas Carmelo Mifsud Bonnici, ministre maltais de la justice et de l’intérieur. « J’aurais préféré recevoir un rapport disant que Malte a besoin d’aide, tempête-t-il. Pour un autre pays européen, 1 500 arrivées depuis mars, c’est peu, mais pour nous, c’est beaucoup ! »

À Malte se jouent, en modèle réduit, les tâtonnements et les contradictions de la gestion européenne des demandes d’asile. La géographie fait de l’archipel une porte d’entrée de l’Union. Mais, densité oblige, l’hébergement est limité. Comme les perspectives d’une économie importatrice et vulnérable.

Malte doit pourtant faire avec. En vertu du règlement Dublin II, un demandeur d’asile dépend d’un seul État, le pays d’arrivée le plus souvent. À lui de l’héberger, d’étudier son dossier, de lui accorder ou non le statut de réfugié, voire de le rapatrier. Au début, ces tâches ont submergé l’administration. Le bureau du commissaire aux réfugiés a désormais raccourci les délais. Le retour dans le pays d’origine reste, quant à lui, un problème épineux, Malte n’entretenant quasiment pas de relations diplomatiques avec les États africains.

Tentation du repli sur soi

En dix ans, l’archipel a rapatrié 2 000 personnes. Il a accordé à 2 700 autres le statut de réfugié ou celui, proche, de bénéficiaire d’une « protection internationale ». Les ressortissants de certains pays d’Afrique de l’Est sont prioritaires (Éthiopie, Somalie, Érythrée, Soudan), tandis que les Africains de l’Ouest n’ont quasiment aucune chance. « Nous faisons de notre mieux, mais nous ne pouvons pas offrir ce que nous n’avons pas », dit le ministre de l’intérieur.

Pour ce dernier, l’engorgement maltais est le problème de toute l’UE. Après plusieurs alertes, certains États membres ont réagi au coup par coup. La France a accueilli 200 réfugiés. Un programme est en cours pour la réinstallation de 400 personnes ici et là au sein de l’UE. Mais rien de systématique. 

Un problème de confiance se pose aussi. En l’absence de normes européennes précises d’attribution, certains États peuvent douter du bien-fondé du statut de réfugié accordé à Malte et refuser la délivrance d’un visa.

Le Bureau européen d’appui en matière d’asile, qui siège à La Valette, devrait débrouiller la situation. Créé en 2010, il entre tout juste en activité. Sa mission : aider les pays débordés et standardiser les procédures. « Un premier pas dans la bonne direction », reconnaît le ministre maltais de l’intérieur. 

D’ici à 2012, l’Union doit se doter d’un « régime européen d’asile commun ». Le calendrier sera-t-il tenu ? « Je ne peux pas être optimiste, dit le responsable maltais. Les leaders devraient convaincre leurs électeurs, mais chacun a peur de son opinion publique. »

Malte n’échappe pas à la tentation du repli sur soi. Pour bien des habitants de cet archipel maintes fois envahi, les migrants sont d’abord un coût. « Ils sont nés moins chanceux que nous, explique la patronne d’un minuscule salon de coiffure. Mais c’est avec l’argent de nos impôts qu’ils vivent ici. » Herman Grech, rédacteur en chef adjoint au Sunday Times , résume : « Les migrants ne veulent pas être à Malte et les Maltais ne veulent pas d’eux. »

Seconde étape :  le « centre ouvert » 

La deuxième étape du parcours des migrants n’est pas de nature à développer les relations avec les « autochtones ». Après le stade du centre de détention vient celui du « centre ouvert », où les entrées et les sorties sont libres. Malte en compte douze. Face à la caserne d’Hal Far, « le village des tentes » appartient à cette catégorie. Entre des allées d’une blancheur éblouissante, 45 tentes de toile grise et une dizaine de préfabriqués sont posés sur des chapes de béton. 

Sept cents pensionnaires vivent ici, certains depuis quatre ans, d’autres depuis deux mois. Parmi eux, certains ayant obtenu le statut de réfugié mais n’ayant pas les moyens de louer un logement, des recalés qui tentent encore leur chance, des indésirables que Malte ne peut renvoyer dans leur pays. Il y a aussi ceux qui, ayant réussi à quitter l’île grâce à un visa touristique pour un autre pays de l’UE, sont restés sur place après son expiration. Arrêtés, ils ont été renvoyés à la case départ.

Les destins sont aussi variés au centre ouvert de Marsa, à dix minutes de La Valette. D’une capacité de 600 places, il héberge 1 000 pensionnaires, tous des hommes, de 19 nationalités, toutes africaines. Ancienne école, il s’est transformé en cité miniature.

Au rez-de-chaussée du bâtiment principal, immeuble de deux étages, une peinture naïve annonce la boutique d’un barbier. Celle-ci jouxte le « salon des Somaliens », vaste pièce où grésillent deux télévisions allumées. Assis autour d’une table, cinq jeunes – la moyenne d’âge est de 23 ans – leur tournent le dos. Ils jouent aux cartes. Derrière un bar, d’autres préparent du thé.

À un billard ou un canapé près, le salon des Somaliens ressemble à celui des Éthiopiens ou des Soudanais. Tous donnent sur la même cour, où des chaussures s’alignent devant la petite porte d’une mosquée. Celle-ci fait face à un bâtiment isolé, un dortoir où se succèdent une vingtaine de lits superposés, séparés par des couvertures tendues, des piles de sacs et de valises.

« Il faut examiner les demandes au cas par cas »

L’épicerie de Johnson est à deux pas. Originaire du Liberia, ce grand costaud attrape un par un les articles sur des étagères encombrées : igname du Nigeria, huile de palme, pois chiches. Arrivé à Malte en 2001, Johnson est réfugié. Il vit dans un appartement du quartier et vient travailler ici chaque jour. Mais il aimerait « ouvrir un autre magasin, en ville ».

Certains, comme lui, rêvent de monter une petite affaire à Malte. Encore faut-il réunir le budget de départ. Recevant 130 € par mois pour leur vie quotidienne, les pensionnaires des « centres ouverts » doivent renoncer à leur pécule s’ils travaillent. Les seuls emplois accessibles, sur des chantiers le plus souvent, sont rares. 

Alors, les séjours dans les centres ouverts se prolongent parfois plusieurs années, sans autre projet que l’attente souvent vaine d’un départ pour le reste de l’UE. L’ennui peut rendre l’ambiance explosive.

La solution ? Ahmed Bugri, directeur de l’Association pour l’accueil et le soutien aux migrants, mandatée par l’État pour gérer le centre de Marsa, pense en détenir une partie. « L’Union européenne fait preuve de naïveté, dit-il. Il faut examiner les demandes d’asile au cas par cas, non par nationalité. Certains migrants, même s’ils ne viennent pas des pays prioritaires, ont besoin du statut de réfugié. D’autres sont ici pour des raisons économiques. On peut les encourager au retour en leur proposant des projets. »

D’origine ghanéenne, Ahmed Bugri mentionne un programme de l’UE, en 2008 : triés sur le volet, 200 migrants ont reçu 5 000 € pour créer une micro-entreprise – taxi, exploitation agricole – dans leur pays. L’équivalent a été dépensé pour leur formation avant le départ. Sur place, l’Organisation internationale pour les migrations assurait un suivi. « Nous avons eu quatre fois plus de demandes que prévu, dit Ahmed Bugri. L’opération fut un succès, et beaucoup moins coûteuse que le séjour des migrants à Malte. »

Marianne Meunier, à MALTE

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 06:49

Ce texte très intéressant des camarades de Blaumachen essaye d’embrasser le moment actuel (sic !), du mouvement d’octobre contre l’allongement de l’âge de la retraite en France aux « indignés » d’ici ou là en passant, bien entendu, par les révoltes d’Afrique et du Moyen Orient..

Pour eux, le rapport prolétariat/capital est  entré  dans la deuxième phase de la restructuration qui a suivi l’entrée en crise du système fordiste et la fin du programmatisme, dans les années 70. Cette deuxième phase est actuellement en crise…..( lu sur le site des nouvelles du front)


L’exacerbation irrépressible du capital financier en danger permanent de dévaluation (d’actualité brulante !!), la dépréciation de la force de travail et l’exclusion des prolétaires «surnuméraires», que ce soit la jeunesse, théoriquement «entrante» dans le circuit de la production ou les classes moyennes prolétarisées font le contexte explosif des événements qui secouent le monde au cours de ces derniers mois………et de ces dernières heures!!

Le rapport capitaliste ne peut pas surmonter sa crise de reproduction. Cette crise, aujourd’hui, n’est plus seulement d’ordre financier. Elle prend de plus en plus la forme d’une crise sociale généralisée. La seule chance, pour le capital, de surmonter la crise serait que le processus destructeur qu’elle a initié puisse aller à son terme. Un nouveau cycle d’accumulation ne pourrait démarrer que par une dépréciation ou par une destruction immédiate et suffisamment importante de capital productif (plus importante encore, grâce à la dépréciation / renouvellement du capital fixe), suivie d’une restructuration du mode de production. 

Une dévaluation suffisante du capital a aujourd’hui comme condition préalable la dévaluation massive du quasi-capital financier (QCF: c’est à dire le capital potentiel stocké dans le système financier et sous la menace constante d’une dévaluation massive lors de la crise actuelle). Cette étape est nécessaire en raison de la structure actuelle du capital social et de l’importance particulière de sa forme financière pour la reproduction du capital. L’importance du capital financier a marqué la période historique actuelle du capitalisme restructuré. La restructuration qui a suivi la crise des années 1970 a abouti à la financiarisation du capitalisme comme un tout, il n’a pas renforcé le seul système financier comme composante du capital. Le rôle du capital financier dans le processus de collecte et de répartition des profits, dans la période entre 1982 et le déclenchement de la crise en 2008, a été décisif dans l’évolution du taux de profit.

Le capital financier a été l’ «architecte» du mécanisme de la péréquation du taux de profit dans le processus de mondialisation. Dans la phase d’expansion du cycle, la mondialisation financière a encouragé l’investissement en augmentant la population disponible pour l’exploitation et renforcé la concurrence entre les  forces de  travail dans le monde (la compétition pour le prix le plus bas a conduit à la spirale descendante de la valeur de la force de travail au niveau mondial). Dans le même temps, la mobilité des capitaux et le succès du capital financier dans l’organisation de l’augmentation de la rentabilité ont été si efficaces qu’ils ont conduit à l’inversion de la relation entre l’intérêt et le profit des entreprises. L’augmentation progressive du QCF au cours de cette phase du cycle était absolument nécessaire pour l’expansion de la production et, simultanément, l’expansion de la production a entraîné la montée du QCF comme sa conséquence. Cet accroissement du QFC a déterminé le taux d’accumulation faible (par rapport au cycle précédent) qui a caractérisé toute la période. Le taux d’accumulation faible est lié au fait qu’une partie des bénéfices devait être «recyclée» dans le système financier, afin que ce dernier puisse continuer à surveiller et «manager»  la hausse de la rentabilité. Ainsi, la croissance du taux de profit a été fondée sur un taux relativement faible d’accumulation. A mesure de l’avancée dans le cycle, la financiarisation a contribué à la réduction du capital variable par rapport au capital fixe et, enfin, à la maturation de la crise de surproduction du capital. La mondialisation financière a été le mécanisme par excellence pour  restructurer, puis pour gérer le capitalisme restructuré, sur la base de la faible accumulation dans les secteurs productifs. La financiarisation (et la mondialisation qui s’y rattache) est un mécanisme qui produit à la fois l’expansion et la crise de ce cycle d’accumulation.

Cette relation très étroite entre le capital financier et le processus de production dans le contexte du capitalisme restructuré rend, d’une part, la dévaluation du QCF  nécessaire pour provoquer une réaction en chaîne de dévaluation / renouvellement du capital fixe. Mais, d’autre part, elle la transforme en un processus qui serait très dangereux  – étant donné la liberté absolue de circulation des capitaux – car ce serait un choc énorme pour les systèmes bancaires et par conséquent pour l’économie de chaque pays capitaliste. C’est une différence importante entre notre période de capitalisme restructuré et la période du keynésianisme/fordisme. L’internationalisation du capitalisme dans cette période-là était fondée sur une délimitation nationale de la reproduction des rapports sociaux capitalistes et sur le contrôle par le capital financier ; il était possible d’arrêter (ou du moins de contrôler efficacement) la circulation des capitaux au milieu d’une crise.

La condition préalable, pour le début d’un nouveau cycle d’accumulation, est que la dépréciation du capital fixe pendant la crise soit  plus vaste et plus rapide que la dépréciation du capital variable. C’est cette phase du mécanisme de crise qui permet au taux de profit de «récupérer» et au processus d’expansion de la production pour chaque cycle d’accumulation de démarrer. La classe capitaliste a fait jusqu’à présent des efforts anxieux pour retarder l’inévitable déploiement d’une phase destructrice de la crise. Ces efforts dissimulent leur crainte des révoltes possibles du prolétariat, dans certains pays, mais ils exacerbent également les contradictions et  conflits inter-capitalistes.

La deuxième phase de restructuration

Les nouvelles mesures sont imposées par le capital à un niveau quasiment mondial et elles constituent la deuxième phase de la restructuration (voir annexe). Ces mesures sont une tentative pour maintenir la structure actuelle de l’accumulation. Cet effort consiste en deux processus, liés l’un à l’autre:

Le premier processus est la valorisation partielle du QCF dans les secteurs et les industries qui sont principalement liés à la reproduction de la force de travail et la distribution de la plus-value produite (propriétés publiques privatisées ou bradées, restructuration des systèmes de sécurité sociale, etc.) Ce processus parcours le cycle d’accumulation, de la périphérie vers les centres d’accumulation. Il est également un élément important de toutes les guerres régionales à partir de 1980. Mais aujourd’hui, ce processus s’accélère, notamment en matière de privatisation de capitaux fixes qui, jusqu’à présent, appartiennent à l’Etat ou dont le principal actionnaire est l’Etat. La tentative de valoriser le QCF comprend le passage de plusieurs capitaux productifs sous le contrôle absolu du circuit financier ; c’est la forme actuelle de la centralisation du capital.

Le second processus est l’effort pour baisser encore le coût de la force de travail par la contrainte policière. Cette dépréciation est le résultat et la condition sine qua non de la tentative de valorisation partielle du QCF (La Grèce est un exemple typique à cet égard).

Ces deux processus définissent la deuxième phase de restructuration (nous sommes encore dans le cycle d’accumulation qui a commencé après la crise du keynésianisme / fordisme) et visent à augmenter le taux de plus-value, en partie grâce à l’extraction de plus-value absolue. La baisse du coût de la force de travail, qui était initialement responsable de l’expansion de la production dans le cycle d’accumulation actuel, est utilisée à nouveau comme un moyen de vaincre (ou de dépasser)  la crise, et finit par l’aggraver.

Deux points sont importants ici: premièrement, la valorisation attendue d’une partie du QCF n’est possible que par la création de nouveau QCF (aux Etats-Unis, après le Quantitative Easing 1 (QE1) est venu le QE2, et l’Eurozone discute en permanence le refinancement des emprunts contractés par ses États membres en échange de  mesures plus sévères, etc.) Ce paramètre tend à transformer la crise financière qui est actuellement en cours en une crise monétaire aiguë puis en une crise de la valeur. Deuxièmement, la privatisation des biens de l’état qui est le résultat (mais aussi une cause) des cas d’insolvabilité d’état qui se produisent partout dans le monde – signifie que la politique financière de chaque état devienne absolument contrôlée par le circuit international des capitaux financiers. Cette évolution a abouti à l’approfondissement de la crise existentielle de l’état-nation capitaliste comme entité politique autonome et a conduit à la crise de la mondialisation du capital elle-même (du moins telle que nous la connaissons aujourd’hui).

Cette réalité apparemment paradoxale a été produite par la relation contradictoire entre les états capitalistes et les capitaux qui se déplacent librement, surtout à partir de 1990. La soumission de chaque état (de la deuxième et la troisième zone du capital) aux diktats d’un capital international très mobile a été très importante pour la reproduction des rapports sociaux capitalistes dans la période actuelle. Dans de nombreux cas, une guerre fut nécessaire pour discipliner le prolétariat et/ou des fractions du capital national de chaque état. D’une part, l’assujettissement aux impératifs du capitalisme international  a permis à ces états d’être intégrés au circuit international de l’accumulation, au cours de la période d’expansion du cycle d’accumulation (souvent par le biais de leur participation à un certain type d’union régionale). D’autre part, il a progressivement miné la capacité des états à gérer leurs problèmes sociaux internes et les a rendus plus vulnérables à la crise émergente. La relation controversée entre la mondialisation accélérée et le rôle administratif de l’état-nation dans l’imposition de ce processus a atteint ses limites dès le début du retour de la crise  en 2008. La crise (d’abord financière) a imposé un «sauvetage du système financier» (temporaire), c’est à dire un effort pour maintenir la structure actuelle de l’accumulation. Ce «sauvetage» a été réalisé au moyen de nouvelles liquidités venues de la «propriété d’état» ou créées à partir de rien. Les deux méthodes ont rapidement conduit à la faillite de l’état. La plupart des états étaient déjà très endettés car, dans les dernières décennies, ils avaient considérablement réduits la fiscalité du capital et ainsi volontairement provoqués la remise en cause de leur budget. Ces défaillances rendent la privatisation des mécanismes de reproduction sociale (à l’exception de la répression) obligatoire et réduisent le rôle de l’état à la régulation de la concurrence capitaliste. La répression comme principal mécanisme de gestion de la force de travail est reconfigurée et adaptée aux besoins modernes (elle est orientée vers le contrôle anti-émeute en milieu urbain et la garde des frontières).

L’autre côté de la valorisation partielle du QFC est l’exclusion de la valeur de la force de travail du cycle de reproduction du capital. La restructuration des entreprises publiques (entre autres) et des services n’implique pas le renouvellement en capital fixe qui pourrait conduire à la création d’une nouvelle demande globale. Au contraire, elle ne produit que licenciements, coupures et dégraissements. La «reprise sans emploi» (tous les index économiques montrent la reprise, sauf l’emploi) est simplement une expression du fait que le mécanisme de crise n’a pas permit de surmonter la crise de suraccumulation. L’exclusion continue de la valeur de la force de travail produit des conditions sociales explosives dans tous les états capitalistes, indépendamment de la zone à laquelle ils appartiennent.

Un des résultats notables des efforts du capital (et du prolétariat) pour faire face à la crise est l’impasse explosive de la question migratoire.

Le flux de travailleurs migrants de la troisième zone du capital vers les deux premières atteint un seuil critique et il est bloqué. Ici nous trouvons le paradoxe d’une crise simultanée de la mondialisation et de l’état-nation. La spirale descendante de la dépréciation du travail, sur laquelle l’accumulation de la période actuelle (jusqu’à l’éclatement de la crise en 2008) a été fondée, a été un tel succès que sa propre poursuite est maintenant remise en question. Les murs érigés aux frontière et le flux continu d’immigrants, la police de l’immigration mise en place au niveau national et supranational, les centres d’accueil-détention ou les camps de travail et les émeutes qui ont éclaté là-bas, les cris à propos de la fin du multiculturalisme en Grande Bretagne (!), le discours de gauche sur un retour possible à un certain «développement national», sont tous des signes de la première phase (ou d’une face) de la crise de la mondialisation. Mais quand le flux de force de travail commence à être bloqué, tôt ou tard, la libre circulation des capitaux est également remise en question. En tout cas, les premiers signes de la crise de la mondialisation sont les «guerres des devises», les stratégies du «chacun pour soi» des états, et quelques grandes fusions et acquisitions, ce qui montre que les prétendus investissements directs étrangers commencent à se rapprocher de leur centre initial d’accumulation (les états de la première zone). Cela ne signifie pas qu’il y aura un nouveau cycle d’investissements dans la deuxième et troisième zone, ce qui exigerait une augmentation de l’accumulation dans ces ères. Pendant près de deux décennies, le solde net des flux de capitaux est fortement positif en faveur de la première zone.

Un retour à l’ancien modèle d’organisation capitaliste, dans lequel l’état-nation a eut un rôle central, est pratiquement impossible. Cette structure des relations capitalistes appartient au passé. Les conflits inter-capitalistes et l’intensification de la lutte des classes vont probablement produire une régionalisation de l’accumulation. Ce produit de la crise, qui inclut beaucoup de conflits, ne semble pas être actuellement en mesure de mener un nouveau cycle d’accumulation, même si elle implique une dévaluation de fait du QFC. Les relations entre les régions de la  nouvelle régionalisation du capital seront naturellement hostiles. Ces régions proviennent de l’évolution historique des cycles précédents de l’accumulation du capital. Certaines d’entre elles, en particulier dans la troisième zone, qui n’appartiennent pas à l’une des régions d’accumulation, mais aussi certaines régions de la seconde zone pour laquelle il est difficile de rester inclus dans le modèle actuellement appliqué par le capital financier sont déjà, ou seront , les premiers champs de bataille de la lutte de classes intensifiée et des conflits inter-capitalistes. Les centres d’accumulation de la première zone tentent de piller les  ressources et de gérer la reproduction du prolétariat qui vit dans ces régions. Cela ne signifie pas que la bourgeoisie de ces états va «résister» à cette attaque. Au contraire, les factions les plus puissantes abordent cette crise comme l’occasion de grimper dans la hiérarchie interne et de dévorer les factions du capital les plus faibles. Ces dernières et les strates petite-bourgeoises sont bloquées et, en temps de crise, elles se tournent vers les tendances nationalistes, afin de se protéger. Les contradictions sociales dans ces régions sont en pleine explosion, car il devient de plus en plus clair pour les prolétaires qui y vivent que la continuation du capitalisme ne comprend pas (pour une bonne part d’entre eux) leur force de travail. D’autre part, on ne peut pas considérer comme certain que la tendance objective à la régionalisation de l’accumulation sera mise en œuvre.

De sérieuses frictions existent entre les principaux acteurs de la zone euro autour de la question de l’immigration. De nouvelles forces apparaissent dans l’ensemble du Moyen Orient et du Golfe persique, comme l’Iran, la Turquie et même le groupe des Etats constituant le «Conseil de coopération du Golfe», qui tentent de devenir, dans la mesure du possible, autant de régions d’accumulation autonome. La crise de reproduction du prolétariat, d’une part, milite pour la régionalisation et, d’autre part, tend à dissoudre complètement le système mondial.

L’attaque impérialiste contre la Libye a lieu dans le contexte de la crise de la mondialisation. Elle  reflète les efforts frénétiques du capital international pour profiter du chaos créé par les soulèvements arabes et africains. En outre, elle est un avertissement pour le prolétariat (et les couches moyennes) dans les autres pays de cette région sur ce qui se passera s’ils continuent le soulèvement.

Les soulèvements arabes et africains, qui sont un catalyseur dans le développement de la crise, appartiennent également à ce contexte. Alors que la forme politique de la dictature est mise en cause par le prolétariat (et pas seulement), la rébellion a un caractère «anti-État» (mais pas anti-national) et c’est la manière dont elle exprime la crise de la mondialisation. Cette dimension de l’insurrection est essentiellement une tentative pour sauver le capitalisme lui-même, en sauvegardant le statut  de travailleurs «libres»  du point de vue tant du prolétariat, mais aussi en assurant une concurrence plus “ libre ” du point de vue des fractions de capital qui étouffaient sous cette forme politique. Cerise sur le gâteau, cette remise en question se passe à l’exact moment où la forme politique du capital (un nouveau totalitarisme) tend à être appliquée à la Grèce et, éventuellement, à d’autres pays de la deuxième zone du capital. Cela crée un mouvement contradictoire double. D’une part, l’Etat grec est confronté à la difficulté d’imposer les nouvelles mesures car elle craint des troubles et, d’autre part, il est possible que les révoltes arabes et africaines, parce qu’elles  contribuent à l’aggravation de la crise du capitalisme restructuré (qui se traduit également dans l’augmentation des flux migratoires), rendront plus immédiate la nécessité d’accélérer la deuxième phase de la restructuration en Grèce et en Europe en général.

L’autre pôle de la contradiction, le prolétariat, tend à apparaître de plus en plus de l’autre côté de la barricade du conflit qui est en train de se produire. Sous-évalué comme force de travail, fragmenté, largement surnuméraire et sans l’identité et la fierté du travailleur, le prolétariat, dans la plupart des pays du monde, est dans la tourmente. Dans le texte «La production historique de la révolution de la période actuelle » nous avons traité de certains aspects importants de cette activité: enlèvements de patrons afin de réclamer des indemnités de licenciement en Europe,  grèves sauvages dans les centres d’accumulation d’Asie de l’Est, émeutes localisées en continu en Chine, émeutes qui ont secoué la Grèce et la France mais qui n’ont pas atteint les sites de production, et «rébellion avec revendications » dans les Caraïbes en 2009. Nous pouvons résumer les faits saillants de la dernière année comme suit: en Octobre 2010, la  partie «stable» du prolétariat en France fait une tentative infructueuse de retarder l’imposition de la deuxième phase de restructuration (dans la forme prévue pour les pays de la première zone). En automne, les étudiants se révoltent contre les coupes sombres en Grande-Bretagne et en Italie. Les travailleurs du public se sont rebellés à leur façon dans le Wisconsin (initiant un conflit inconnu durant les dernières décennies aux États-Unis). Au Mozambique, avec un avant-goût de ce qui allait suivre début 2011, les émeutes de la faim  éclatent en Septembre 2010. Les grèves sauvages ont continué en Asie orientale, l’agitation contre la forme répressive de la reproduction sociale à travers le continent africain s’est intensifiée. En Décembre 2010- Janvier -2011, la révolte arabo-africaine éclate, et il s’avère que cela va être le catalyseur historique pour entrer dans «l’ère des émeutes », la phase transitoire de cette crise. L’activité du prolétariat dans la crise actuelle produit (à travers ses manifestations diverses) l’appartenance de classe comme une contrainte extérieure. Cette réalité est exprimée comme un manque de vision ou d’organisation de classe, comme un manque d’une vision pour la transformation de la société capitaliste en «société de travailleurs »,  une société qui est censée se composer d’une seule classe. La production de l’appartenance de classe comme contrainte extérieure émerge de façon différente dans chaque zone du capital mondial, mais aussi dans chaque état de chaque zone. Ces différents aspects sont des moments d’une totalité qui découle du fait que la deuxième phase de la restructuration s’installe maintenant, produisant un excédent de population en croissance rapide. Simultanément, elle  n’augmente pas la proportion du capital variable dans le capital social total, c’est-à-dire qu’elle intensifie qualitativement et quantitativement l’impasse de la crise et ne produit pas d’issue.

France: Radical ou non, le syndicalisme est encore là.

Si  la limite des luttes de classe aujourd’hui n’est plus cet «autre monde possible», quelle est la nouvelle forme et le nouveau contenu qui définit la lutte des classes? Peut-être mieux que partout ailleurs, la gravité de la situation actuelle s’est révélée en France avec le mouvement revendicatif de l’automne passé. L’Etat a soudainement déposé un projet de loi augmentant l’âge de départ à la retraite, posant un dilemme implacable pour le prolétariat: « on  ralentit l’augmentation de la dette à vos frais ou la solvabilité du pays va souffrir », comme Sarkozy le déclarait, montrant du doigt la Grèce en menaçant. Ce plan était relié à la crise de la zone euro et à la nécessité, pour l’Etat français, d’accélérer la restructuration. Mais le résultat a été l’éclatement d’un mouvement qui, dès le début, a été clairement confronté à l’objectivité du capital: l’économie.

Un élément important cette fois fut la coexistence, au sein du mouvement français, de prolétaires jeunes et plus âgés (qui développaient des activités parallèles). La plupart des participants plus âgés appartenaient aux couches salariées moyennes, tandis que la plupart des plus jeunes n’était pas étudiants mais lycéens. La relation entre ces deux segments du mouvement fut particulièrement complexe. Ils avaient sans doute un point de départ commun: les retraites. Mais ce fut une préoccupation commune, pas une perspective commune. Les participants plus âgés appartenaient au segment de population générant la figure imaginaire du consommateur moyen: ils pouvaient presque apparaître comme une publicité fanée datant de la période fordiste. Le fait de miner leur chance de survivre à leur vie professionnelle était simplement une autre étape dans la violation du contrat social fordiste. Les participants les plus jeunes ne sont pas seulement confrontés aux deux années supplémentaires de l’âge de la retraite : ils doivent travailler quarante ans pour se qualifier pour la retraite, alors qu’ils savent qu’ils seront chômeurs en attendant .Le piège d’une vie contenant seulement travail précaire, chômage et mort devenait commun à tous.

Les pancartes soulignant que les intérêts concrets immédiats des  jeunes en France étaient attaqués, comme le fait que l’allongement de l’âge de la retraite rend leur entrée sur le marché du travail encore plus difficile, a constitué un aspect des pratiques qui ont marqué cette cohabitation. L’autre aspect est leur absence totale de revendications ainsi que leur attitude envers la répression. Les jeunes ne demandaient rien ; l’Etat envoyait immédiatement la police contre eux à partir du moment où ils étaient dans les rues, même s’ils ne bloquaient que leurs écoles dévalorisées, et non la production. Ces deux éléments montrent qu’aucune des parties en présence n’admettait l’autre comme un interlocuteur pour organiser l’avenir. La jeunesse voyait l’Etat comme un tyran, et l’État voyait les jeunes comme une main-d’œuvre excédentaire à venir qui doit être réprimée à tout prix. L’intervention policière dans les écoles visait clairement à enseigner la discipline, la seule leçon utile pour les jeunes. Comme situation objective et comme activité, la jeunesse incarne, en condensé, l’absence d’avenir.

Cependant, le mouvement en France a largement pris une forme syndicaliste dans un processus de radicalisation. Ce fut un mouvement revendicatif  purement défensif, avec sa stratégie et ses tactiques, et avec également la coexistence conflictuelle inéluctable de l’auto-organisation et du syndicalisme officiel. L’affaiblissement du syndicalisme officiel est si clair qu’il est pratiquement passé d’un mécanisme de négociation du prix de la force de travail à un mécanisme de gestion et de répartition hiérarchique, principalement pour des individus des couches moyennes de la classe ouvrière, un mécanisme qui est sans doute parfaitement identifié au capital, mais sans alternative. Comme les partis, les syndicats sont des institutions sans adhérents, les derniers restes de l’identité ouvrière défunte. C’est dans ce vide que l’activisme émerge. L’activisme, une tendance caractérisée par sa mobilité intense, vise à devenir un catalyseur des mouvements à travers les conséquences objectives de cette mobilité sur l’économie. Les tentatives de contrôle intérieur du mouvement par les syndicalistes de la CGT et leur incapacité à proposer une solution et une fin décente au mouvement, se combinent avec la pression des militants sur les syndicalistes pour la poursuite de la lutte. La coopération inévitable avec eux, cette sorte d’osmose permanente, nous rappelle que le syndicalisme n’est pas seulement forme, mais aussi  contenu.

Le contenu du syndicalisme radical, du militantisme ou  du «mouvementisme» comme il a été appelé en France, s’est exprimé de façon plus marquée dans les blocages. Sa manifestation la plus dynamique a été le blocage des raffineries de pétrole – sa force et aussi sa limite. Les blocages ont été le résultat d’une contradiction: la pression de la base d’une part, l’impossibilité de faire grève et de perdre des revenus d’autre part. Mais ils constituent un substitut plus approprié aux  grèves que les manifestations, et ils ont atteint leur limite  menaçante qui consisterait en leur transformation en blocages réels.  Le fait que les manifestations aient persisté si longtemps était lié aux blocages. La stratégie des syndicats, à savoir l’affaiblissement du mouvement dans la durée, a échoué, et elle a conduit à un dépassement de la pratique des manifestations. Les blocages ont été considérés par les militants comme un moyen pour bloquer l’économie. Cet objectif montre, d’une part, l’importance de la distribution comme partie intégrale du cycle du capital. D’autre part, cependant, il exprime une idéologie affirmant que la question ne réside pas dans la production de valeur, mais dans sa circulation. Quoiqu’il en soit, au bout du compte, l’économie n’a pas été bloquée. Mais le simple fait que, depuis le début du mouvement, le blocage de l’économie soit un objectif acceptable, ou au moins souhaité, montre un dépassement relatif du mouvement anti-CPE. La pratique des blocages aggravait les contradictions et les affrontements au sein du mouvement revendicatif. La question était posée de savoir si, et dans quelle mesure, les blocages devaient être symboliques ou réels, et les syndicats eurent du mal à contrôler les personnes qui affluèrent à Grandpuits. La priorité fixée par les syndicats fut la protection des installations des raffineries, et de cette façon, il est devenu encore plus évident que la protection du travail est avant tout la protection du capital. Comme activité, les blocages n’ont pas mis en question les revendications, mais ils ont constitué la limite de l’activité produite par l’illégitimité des revendications.

Quel est, plus généralement, le résultat d’un syndicalisme instable et circonstanciel? En France, l’Etat a attendu que les grévistes des raffineries se lassent et arrêtent les blocages. Ils les ont traités comme une étape gênante, mais inévitables dans l’évolution de la situation. En fait, les militants bloquant les raffineries ont mendiés à l’Etat la négociation avec eux en vue d’une solution. Mais l’Etat ne pouvait que les laisser “danser autour” pendant quelques jours et ensuite envoyer la police. La dynamique interne contradictoire du mouvement n’était cependant pas assez conflictuelle pour aboutir à une remise en question significative de son caractère revendicatif. La limite du mouvement français exprime la limite de la lutte des classes aujourd’hui. Il s’agit d’un bi-pôle correspondant directement à la réalité concrète de deux classes opposées. D’un côté, le caractère de classe de l’action du prolétariat, exprimée dans toutes ses exigences, qui pourrait être réduite à la demande d’une perpétuation de son existence de classe, et donc aussi du capital. De l’autre côté, «la police», qui est l’ennemi de classe prêt pour la bataille.

La conclusion qu’on peut tirer du mouvement français est que la l’illégitimité de la revendication est tellement avancée qu’elle  ne permet plus l’installation d’un syndicalisme  radical en lieu et place de l’alternativisme du mouvement anti-mondialisation. L’absence d’un programme politique ne doit cependant pas entraîner une perception mécaniste de la réalité. Le “programmatisme” est un élément inhérent à la lutte des classes et continuera à se manifester, au moins pendant les premiers stades de la plupart des luttes. Tant que le prolétariat reste du prolétariat, il va produire la même chose que chaque organisme vivant: la revendication d’une perpétuation de son existence. Grâce à l’évolution contradictoire de cette revendication, l’activité du prolétariat contre le capital, l’exploitation comme une contradiction entre les classes, produit historiquement la révolution. Le fait que la revendication d’une perpétuation de son existence et la révolution comme son auto-abolition soient portés par la même classe est, non seulement en apparence mais aussi réellement, tautologique: il définit la «tautologie nécessaire et impossible», il définit le rapport capitaliste comme une «contradiction en procès».

Dans ce qui suit, nous citons les observations de certains camarades sur le mouvement français. Ces commentaires ont été trouvés sur le site  dndf.org :

« Ce mouvement n’a jamais cru pouvoir gagner, là n’était pas la question; il s’agissait d’exprimer son ras le bol,. [...] s’il n’y a plus d’affirmation possible, il n’y a plus, non plus, d’implication garantie par le capital (d’où plus de vraies négociations avec les syndicats) […] Le démocratisme radical est bien mort; on na pas entendu réellement de contre- proposition au projet et le PS, qui s’y est essayé, l’a vite bouclée! [...] la revendication inéluctable quand elle est illégitime (qu’elle ne fait plus système avec l’autoprésupposition du capital qui doit reproduire la classe face à lui) ça donne cette auto-affirmation à vide, cette haine qui ronge son frein [...] le syndicalisme dans l’illégitimité de la revendication devient une impossibilité qui peut générer un syndicalisme radical de base sous diverses formes organisationnelle ou informelles instables car toute organisation de classe jusqu’à la crise révolutionnaire ne peut qu’être syndicaliste [...] La haine de L’ECONOMIE comme mode de vie est en train de s’installer sans qu’une “Autre économie” soit réclamée c’est ça la spécificité du mouvement d’octobre.

[...] Je crois qu’il est plus fécond de voir dans les événements la crise de la revendication. Son illégitimité généralisée. Un pas de plus est franchi. Entre le CPE et les retraites, on est passé d’un mouvement qui “a gagné” le retrait (pas en soi une revendication positive) à l’échec revendicatif absolu de ce mouvement. [...] Dans la caducité du programmatisme et l’effondrement du démocratisme radical (la démocratie n’est plus de part et d’autres qu’une référence de principe, vide d’alternative, et certains des partisans du démocratisme radical y perdent leurs repères idéologiques), Marx le programmatique tend à être inversé : il n’y a pas de lutte anti-syndicale qui ne soit anti-politique. La lutte de classe va trouver son terrain. [...] Il est plus important de saisir comment ces limites [syndicalistes] prennent un autre caractère aujourd’hui, avec la revendication illégitime, le fait que ces limites naissent dans la restructuration permanente de la contradiction de classe au niveau mondial. Il est plus important de voir que cela génère une lutte anti-économique, donc nécessairement, dans un conflit donné, des oppositions avec le syndicalisme lui-même cantonné par définition sur ce terrain.

Il est plus important de saisir comment ces limites prennent un autre caractère aujourd’hui, avec la revendication illégitime, le fait que ces limites naissent dans la restructuration permanente de la contradiction de classe au niveau mondial. Il est plus important de voir que cela génère une lutte anti-économique, donc nécessairement, dans un conflit donné, des oppositions avec le syndicalisme lui-même cantonné par définition sur ce terrain. [...] Le contenu dynamique de l’anti-syndicalisme, c’est l’anti-économique. Le syndicalisme se met en contradiction avec lui-même quand la revendication devient illégitime [...]

[...] Toute lutte revendicative suit un cours, et les objectifs, détonateurs ou motivations de départ, causes immédiates, évoluent chemin faisant pour se confronter à la totalité du problème tel qu’il se pose actuellement, ni hier, ni demain. Ceux qui se battent peuvent changer de compréhension et de position. Il est faux d’affirmer que le “partage des richesses” aurait été un objectif réel de ce conflit. De ce point de vue, on s’est souvent bougé pour le principe, pour en être, ne pas resté passif, tout en doutant majoritairement d’une issue positive. Cela tend à la généralisation d’une lutte désespérée.

A un moment donné, on peut espérer et penser que dans une situation de crise où le capital ne peut plus reproduire le prolétariat, condition de son existence, celui-ci, en bonne proportion, n’aura pas envie de revenir à un statut de prolétaire. »

Moyen-Orient et Maghreb: La répression et l’exploitation, les deux allumettes qui ont mis le feu de la “révolte populaire”

Alors qu’en France la situation devient sérieuse avec la consolidation de l’illégitimité totale des revendications salariales qui est actuellement en cours (et qui peut apparaître encore plus intensément, aux Etats-Unis, dans un proche avenir), dans les pays arabes et africains, il est plus clair que jamais que la marginalisation de la vaste majorité des jeunes prenant part aux révoltes est la définition même d’une nouvelle phase de la crise. Evidement, la situation n’est pas identique dans chaque État. Chacun a sa propre structure de classe et peut être différent des autres sur des points importants, comme l’influence de la religion, la question du genre, et la position dans la hiérarchie mondiale des Etats capitalistes. Pourtant, nous ne pouvons pas négliger certains aspects communs qui découlent de la situation objective, et de l’activité du prolétariat et des couches moyennes locales (la petite bourgeoisie et les couches supérieures de travailleurs salariés) qui sont rapidement prolétarisées. Dans un premier temps, il est important d’examiner les éléments qui sont communs entre ces états et non leurs différences. Outre les aspects structurels communs à ces états (la langue, et dans une large mesure, les religions et l’assujettissement aux centres d’accumulation occidentaux garanti par les régimes autoritaires), il ya aussi d’importants éléments communs relatifs à la conjoncture. La situation économique en Tunisie et en Egypte, juste avant le soulèvement, était semblable, mutatis mutandis. Les taux de croissance étaient d’environ 5%, le chômage structurel et la précarité étaient très élevés, surtout pour la jeune génération, dont l’importance sociale est énorme en raison de la structure démographique particulière. En Egypte, la grande majorité du prolétariat est très pauvre, avec un «revenu moyen par habitant » d’environ 2.000 dollars par an, étant donné que plus du cinquième de la population a un « revenu moyen » de 2 dollars par jour. L’appauvrissement des classes moyennes a été intensifié ces dernières années, surtout depuis 2008, du fait de l’augmentation des prix des denrées alimentaires.

L’évolution de chaque état, du nassérisme au néolibéralisme, bien différente en intensité et en vitesse, présente également des éléments commun: la répression écrasante et en constante évolution a encouragé et protégé la «rupture du contrat social» jusqu’à l’éclatement de la révolte, mais a aussi donné au soulèvement son caractère anti-répression. La répression dans ces Etats a été dévastatrice, y compris pour la classe moyenne. Un exemple typique est l’assassinat de Khaled Said, à l’été 2010 à Alexandrie. Son assassinat a provoqué des protestations qui préfiguraient les révoltes actuelles. Il fut suffisamment important pour mobiliser les jeunes de la classe moyenne. C’est la goutte qui a fait déborder le vase! La dépréciation, la dépendance absolue envers l’état et le manque d’avenir, ne pouvait plus être toléré par la jeune génération. L’importance de la question démographique est illustrée par le fait que dans toutes les factions politiques (de la gauche aux islamistes), il ya une division horizontale entre les anciens et les jeunes générations. La répression comme reproduction sociale, comme dépréciation de la force de travail, a été simultanément la force motrice du développement économique dans ces états et la limite de cette forme de domination politique: le 17 Décembre 2010, Mohamed Bouazizi a déclenché l’incendie qui l’a tué, en allumant dans le même temps  le feu de la révolte. Son immolation fut le côté négatif de l’impasse actuelle du capitalisme. L’exclusion de la valeur de la force de travail du cycle de reproduction du capital, la dépréciation continue et la destruction de capital variable qui domine la crise jusqu’à présent, défini le contexte du suicide d’un jeune Tunisien sans avenir. Dans le même temps, l’impact que ce suicide a eut sur la lutte des classes a confirmé que nous sommes maintenant dans une période transitoire de cette crise : l’époque des émeutes.

En dehors de la dépendance des couches moyennes et petites bourgeoises par rapport à l’état, la gestion néolibérale répressive des relations sociales  avaient comme objectif principal  la dépréciation de la force de travail. L’attaque contre la classe ouvrière n’est pas restée sans réponse; on pourrait dire qu’il y a eut une symétrie entre l’intensité de cette attaque et le renforcement des grèves ces dernières années. Les grèves les plus importantes ont eu lieu en Egypte en 2006, et en Tunisie en 2008, à Mahalla et Gafsa respectivement. Au moins 2 millions de travailleurs ont participé à des grèves en Egypte au cours de la dernière décennie. Ces grèves concernaient des  revendications salariales. La caractéristique importante est qu’elles se sont produites localement, parce que les travailleurs ne faisaient confiance qu’à leurs relations interpersonnelles. Cela était dû à l’intégration de l’ancienne gauche stalinienne par Moubarak et au fait que les syndicats étaient devenus des instruments de la mafia d’état. Le lien entre l’exploitation de la classe ouvrière et l’absence d’avenir pour la nouvelle génération de la classe moyenne fut matérialisé par  «le  mouvement du 6 avril» de la jeunesse, qui allait plus tard jouer un rôle dans les événements de la place Tahrir.

La répression étatique et/ou religieuse et la surexploitation, résonnent dans la question du genre. L’installation temporaire d’un Premier ministre islamiste (Ganoutsi) en Tunisie et les quolibets contre les femmes de la part les occupants mâles de la place Tahrir le 8 Mars ont justifié les inquiétudes d’une ancienne militante du mouvement féministe: «L’histoire nous a appris comment les révolutions populaires avortent du fait des  restes du régime déchu, et la première chose à être abandonnée, c’est les droits des femmes “, (Al-Ahram Weekly, 26 Février 2011). En Tunisie, plusieurs femmes ont défilé  le 29 Janvier, afin d’affirmer qu’elles n’accepteraient pas une dévalorisation des femmes ni par les islamistes, ni par «quiconque». Sana Ben Achour a déclaré qu’ils n’avaient pas renversé une dictature pour entrer dans une autre, « d’un autre type ». Les femmes sont les sujets les plus opprimés de ces régimes autoritaires (plus ou moins)  islamistes et en même temps néo-libéraux. Leur activité est un indicateur qualitatif  clair de l’agitation sociale, qu’il s’agisse des femmes du mouvement du 6 avril de la place Tahrir, ou  des femmes de Benghazi, dont les relations s’approfondirent au cours du mouvement de protestation contre le massacre à la prison d’Abou Salim.

Au bout du compte, on constate que les rebelles semblent être conscients du fait que cette région est destinée à l’exploitation rapace et la gestion répressive du prolétariat surabondant. Cette situation produit un ensemble de pratiques et d’idéologies parmi les rebelles selon leurs origines de classe,  sexe, âge, ou l’état où ils vivent, et selon la dynamique complexe des interactions entre ces facteurs.

Du pain, de l’eau et évincer Ben-Ali

De façon évidente, la participation à la rébellion est en soi un processus de dissolution. Les principaux liens sociaux et les institutions qui définissent les rapports sociaux capitalistes sont interpellés dans le processus de révolte. La révolte implique l’auto-transformation de chacun en prolétaire en lutte, elle entraîne une prolétarisation soudaine et violente de toutes les catégories sociales, puisque le quotidien de la rébellion est tout simplement fait d’action, de solidarité, de relations directes (même les conflits personnels ont tendance à être sans médiation) et d’affrontements avec les forces de répression. Si cette observation est importante pour répondre une fois pour toutes à  la propagande de l’état qui parle d’un «mouvement strictement politique», au niveau de l’analyse, il est important de voir les différences entre les pratiques des rebelles. Il est important de reconstituer dialectiquement la réalité fragmentée de ces révoltes pour comprendre ce qui est à la fois  leur puissance et leur limite,  c’est à dire comment ils se définissent et comment ils sont définis par cette phase de transition de la crise.

La rupture principale dans les pratiques des rebelles fut celle entre d’une part les émeutes, les pillages, sabotages, attaques des prisons et des commissariats de police, et d’autre part, la rhétorique de la démocratie, des libertés civiles, des élections, et ainsi de suite. Le deuxième pôle de cette opposition représente la schizophrénie du petit bourgeois  et des classes moyennes rapidement prolétarisées. Cette contradiction découle également de l’élimination violente de l’avenir pour la presque totalité de la nouvelle génération (le taux de chômage officiel de la jeunesse est de près de 60%). Les récits des insurgés en Egypte expriment au mieux cette schizophrénie. On peut voir que les chômeurs instruits, ou que les jeunes salariés du public qui meurent presque de faim, ne réalisent pas que leur situation est une image de l’avenir de leurs homologues européens et américains. Bien qu’ils comprennent le capital comme quelque chose de totalement étranger à eux (ils se réfèrent constamment à la corruption et à la « cleptocratie »), ils ne comprennent pas (du moins pas encore) que cette période du capitalisme, et sa crise, les produisent comme «éloignés». La soif de démocratie des couches moyennes est en fait une soif de justice, à savoir de méritocratie. Ils demandent à être utilisés pour ce qu’ils ont été formés à faire, pour la continuation du capitalisme et  sa gestion efficace. Ils exigent du capital, qui les a produits comme ils sont, de trouver un moyen de les intégrer dans le processus de production, ils exigent la période de prospérité que le néolibéralisme a réservé aux Européens et aux Américains de la même classe. Cette partie de la population ne sera satisfaite par rien d’autre. Ceci est illustré par le fait qu’une partie d’entre eux s’est rapidement radicalisée, mais aussi par le fait que la remise en question du néolibéralisme s’exprimait par un discours sur la nation (et non sur la religion), c’est à dire par un discours sur la mise en cause pratique de la mondialisation et de la circulation internationale des capitaux  dont les fonctionnaires ne sont plus considérées des interlocuteurs crédibles. Mais cette partie des insurgés est prise dans un double piège: d’une part, la classe capitaliste les pousse d’autant plus violemment dans l’enfer de la population excédentaire et, d’autre part, une partie de cette population excédentaire ne verse plus dans la démocratie ni la demande de justice, mais juste dans les  émeutes, les pillages, les destructions ce qui signifie qu’elle ne revendique rien, ou alors elle ne participe pas à la révolte. La petite bourgeoisie et les couches moyennes qui participent aux émeutes se désintègrent dans le prolétariat, mais cela ne signifie pas que leur idéologie disparaît. Au contraire, cette dissolution participe encore plus intensément de la démocratisation du mouvement (ce qui est inhérent à un mouvement de classe): un communiqué diffusé par les travailleurs de l’industrie sidérurgique réclame, entre autres, la « démission immédiate du président et de tous les symboles du régime, la dissolution de la fédération syndicale qui a été «le laquais de Moubarak» et la création immédiate, par le biais d’assemblées générales, d’un syndicat indépendant, sans aucune permission ou accord d’un régime déchu qui a perdu toute légitimité, la confiscation de toutes les sociétés d’état qui ont été privatisées et leur re-nationalisation, la création d’une nouvelle direction de ces entreprises composée d’ouvriers et de techniciens  qui ne sera responsable que devant le peuple, la création de comités de travailleurs pour la gestion de la production, des prix et des salaires, la création d’une assemblée générale de toutes les tendances politiques du «peuple» qui produiraient la convention constitutionnelle et élirait des comités réellement populaires indépendamment de ce que  veut le régime »

« Heureusement, la masse humaine menaçante (le prolétariat de ashwa’iyyat) a été totalement absente de la révolte … » (Ashwa’iyyat est le mot égyptien pour désigner les bidonvilles de la banlieue du Caire). Extrait de l’interview d’un sociologue de  gauche dans le New Left Review Journal

Le prolétariat fragmenté, précaire ou inemployé était présent de façon distincte (comme en Décembre 2008 en Grèce), caractérisé  par une absence complète de revendications et par l’organisation non médiatisée des rebelles (à l’exception de la Libye: il est encore trop tôt pour parler des événements là-bas). En fin de compte, cependant, leurs pratiques fusionnèrent avec les revendications de démocratisation qui  dominèrent le mouvement. Cette synthèse était fondée sur la réalité «programmatique» du prolétariat et son idéologie. La dialectique entre les fractions du mouvement n’a pas conduit à une rupture, elle n’a pas entraîné le dépassement de ce bi-pôle. Au contraire, elle a entrainé sa consolidation provisoire et précaire, à savoir la coexistence de ces pratiques, qui marque une phase transitoire de cette crise.

Tant que le prolétariat se bat comme prolétariat, il sera toujours confronté à la question de la poursuite de sa reproduction, c’est-à-dire de la pérennisation de son existence. Le virage le plus controversé et le plus important des manifestations en Egypte fut l’apparition de la classe ouvrière comme sujet unifié, à travers les syndicats. Ca n’est qu’au moment ou la classe ouvrière s’est tourné vers un Etat prétendument neutre, représenté par l’armée, que la balance a penché du coté de la chute de Moubarak. C’est seulement alors que la révolte   a  obtenu satisfaction de ses revendications et que, nécessairement, s’est imposée la contre-révolution qu’elle portait en son sein. En Egypte et en Tunisie la «démocratie» a triomphé juste avant le grand massacre. Il n’est pas étonnant que la démocratie ait pris la forme de la dictature militaire en Egypte, et d’un gouvernement comprenant des membres de l’ancien gouvernement de Ben Ali en Tunisie.

Le caractère massif et donc la composition interclassiste  définit les soulèvements qui ont emporté tous ces états. La coexistence de différentes classes ne doit pas être perçue comme «la classe ouvrière combattant » rejointe de l’extérieur par les couches moyennes. En revanche, la participation de ces catégories sociales et leur démantèlement dans le mouvement ont été cruciaux pour son évolution. Cette évolution ouvre une importante question théorique sur la relation entre les  populations excédentaires et le reste du prolétariat face aux couches petite-bourgeoises rapidement prolétarisées. La coexistence de différentes classes sociales n’a pas été très conflictuelle, car aucune question sur les mesures communistes ne pouvaient être posées ; sinon cela serait revenu  pratiquement à contester tout projet de la classe moyenne de perpétuation du capitalisme. La composition interclassiste du mouvement fut simultanément sa puissance et sa limite. Grâce à cette composition, il a réussit  à terminer une tâche titanesque,  contester les dictatures féroces au pouvoir pendant des décennies. Mais les pratiques produites à partir de la dynamique de cette composition a aussi donné à l’état le droit de s’élever au-dessus de sa forme concrète, même pour la dénoncer, de changer de camp, pour rejoindre les insurgés et  mettre en œuvre la contre-révolution qu’entraîne la révolte elle-même. L’état doit être protégé de la lutte de classe afin de continuer à être l’état de la classe capitaliste. L’activité des rebelles a permis à l’état de jouer ce rôle. La rupture interne nécessaire entre les pratiques des rebelles, qui aurait porté atteinte à la capacité de l’état de jouer un rôle de médiation, n’a pas été créée.

Les dictatures démocratiques et les référendums témoignent simplement du fait que nous sommes dans une phase de transition. Reuters souligne avec justesse: «L’Egypte présente une nouvelle dynamique. Elle pourrait devenir un aimant pour les investisseurs, tant la force de travail et la terre sont bon marché ». En d’autres termes, bien que la manœuvre politique soit  nécessaire au rétablissement de l’ordre, ce qui importe vraiment pour le capital c’est la dépréciation constante de la force de travail. Mais la lutte de classe a la particularité de fonctionner comme une réaction en chaîne, étant donc en elle-même une cause de sa propre reproduction. L’énergie dégagée par les émeutes et les manifestations contre ces régimes était si puissante qu’elle a laissé libre cours au chaos. Nous ne devrions pas sous-estimer le fait que l’appel à la démocratie est avant tout une revendication du droit de grève. En moins de deux mois, le réseau de syndicats indépendants a été renforcé en Egypte. Ces syndicats sont maintenant actifs et provoquent des blocages du processus de production. En outre, des incidents violents dans la vie quotidienne révèlent que les relations sociales ont subi d’importantes perturbations, que les rôles sociaux ont été contestés. Le23 Mars  2011 la nouvelle junte égyptienne (bénie par la rébellion) a adopté une loi qui criminalise les grèves, les manifestations et les rassemblements, et le 9 avril, date anniversaire des deux mois de la chute de Moubarak, cette loi fut appliquée: ils tuèrent six manifestants et en blessèrent des centaines sur la place Tahrir. Le ministère de la Justice de la junte a publié une déclaration assurant le droit  pour le prolétariat de se plaindre, mais en veillant « à ne pas entraver le processus de production et à ne pas provoquer le chaos. » La contre-révolution portée au sein de la révolte dans les pays arabes et africains n’a pas été promue seulement par l’Etat. Nous avons lu dans un article de P. Anderson dans la New Left Review sur les développements en Tunisie: « La jeunesse de tout le pays a continué à se rassembler de temps en temps sur la place de la Kasbah  à Tunis pour faire pression sur le gouvernement intérimaire. Début Mars, ils ont réussi – après une nouvelle série d’affrontements avec la police – à obtenir la démission  d’encore plus d’anciens politiciens. Dans le cadre de ces efforts, un haut-commissariat pour la sauvegarde de la Révolution a été créé, qui comprend parmi ses membres des syndicalistes et des marxistes. » Dans le même article de P. Anderson, nous trouvons le résumé de cette contre-révolution dans un langage plus familier pour le prolétariat que la langue sévère de répression d’état: «La priorité stratégique pour une gauche ré-émergente dans le monde arabe doit être de fermer la faille dans les révoltes en luttant pour les formes de  liberté politique qui permettront à ces pressions sociales de trouver une expression collective optimale. Cela signifie d’une part: appeler à l’abolition complète de toutes les lois d’urgence, la dissolution du parti au pouvoir et la destitution de la famille régnante,  nettoyer l’appareil d’état des vautours de l’ancien régime et  traduire en justice ses responsables. D’autre part, cela signifie une attention soignée et créative dans les détails de l’écriture des constitutions à venir, une fois les vestiges de l’ancien système balayés. Les principales exigences sont: libertés illimitées  dans l’expression et l’organisation syndicale et civile ; système électoral non faussé – c’est-à-dire proportionnel et non à la majorité-, fin des présidences plénipotentiaires; blocage des monopoles – publics ou privés – des moyens de communication et  accès statutaires des moins favorisés à la protection sociale. Ce n’est que dans un cadre ouvert de ce type que les revendications de justice sociale, avec lesquelles la révolte a commencé, peuvent être réalisées dans la liberté collective qui leur est nécessaire. ».

Prenant en compte la question de la régionalisation et les conflits inter-capitalistes connexes, on peut voir que la « victoire des révolutions» en Egypte et en Tunisie produit une nouvelle impasse. La Libye et la Syrie – deux Etats dans la structure de classe desquels les conflits raciaux et religieux jouent un rôle clé – ne pouvaient contenir que le début de l’avenir sanglant de la lutte des classes et des conflits inter-capitalistes. Les luttes récentes reflètent les deux aspects fondamentaux du processus qui produit la révolution de la période actuelle: premièrement, l’illégitimité de la revendication, c’est à dire que la revendication est transformée en un composant de la reproduction des classes, qui tend à être marginalisé et réprimé, et ensuite, la distance interne produite entre les pratiques  prolétariennes, dans le cours de la lutte des classes. Ces deux aspects de la lutte des classes sont produits dans chaque zone du capital, malgré toutes leurs différences, et s’imposent par l’objectivité du capital, l’économie. Nous pouvons risquer la prédiction du fait que nous entrons dans une ère d’émeutes, qui sera transitoire et extrêmement violente. Elle définira la crise de reproduction du prolétariat, et donc du capitalisme, comme un élément structurel important de la période suivante. Par «émeutes», nous entendons les luttes avec ou sans revendications qui vont prendre des formes violentes et vont transformer les paysages urbains en zones de troubles ; les émeutes ne sont pas la révolution, l’insurrection non plus, bien que cela puisse être le début d’une révolution.  La distance interne entre les pratiques du prolétariat aggravent toutes les contradictions sociales et potentialisent les conflits émergents qui intègrent de plus en plus de catégories de la classe ouvrière et provoquent l’intensification de la répression étatique. La particularité de cette «ère» est que la dynamique de la lutte ne peut pas produire de résultat stable. En tout cas, les luttes des prolétaires reproduiront inévitablement la classe adverse et leur propre existence de classe comme classe de prolétaires. La limite de ces luttes, maintenant, c’est le fait que ce sont des luttes de classe. La seule garantie de surmonter cette limite est une attaque pratique contre le capital, ce qui revient à l’attaque de l’existence même du prolétariat.

Même si la crise n’apparait pas rapidement aussi  mondiale que celle de 2008, les crises régionales intenses comme celles qui surgissent dans les états de la rébellion, au Japon ou dans la zone euro criblée de dettes, vont définir d’une manière différente l’universalité de la crise comme une synthèse chaotique de situations locales. Que nous nous référions à la France ou à l’insurrection au Moyen-Orient et en Afrique, aux États-Unis ou à la Chine, nous voyons que les tendances inhérentes de cette phase du capitalisme restructuré se développent rapidement et avec un élan formidable. Toutes ces tendances convergent vers la dépréciation de la force de travail comme une composante commune et vers la conversion d’une partie toujours plus grande de la main-d’œuvre en  une population structurellement excédentaire. Le succès possible de cette phase de restructuration, à savoir la restauration partielle du taux de profit, quelque forme qu’elle prenne, ne conduira pas à un nouveau cycle d’accumulation. Ceci ne se produira que si la structure des rapports de classe est modifiée. Les représentants des FQC, qui profitent des avantages d’un retard dans leur dévaluation (par la répression), ou ceux qui apparaissent comme leurs adversaires -dans certains cas ils sont vraiment – et qui défendent une autre forme keynésienne de capital, seront finalement dans le même camp, même si le conflit entre eux s’intensifie aujourd’hui, au cours de cette phase de transition.

Le capital est, dans tous les sens, une contradiction en mouvement: alors que dans la deuxième phase de restructuration, il fragmente complètement le prolétariat, dans le même temps, il crée une forte unité sur la base de son objectivité. Il amène chaque catégorie prolétarienne à passer de son point de vue propre à un constat commun: un manque aussi profond d’avenir ronge le  présent de façon implacable. Cette prise de conscience crée l’idéologie de notre temps, celle d’un sujet en lutte qui n’utilise pas les vieilles enseignes idéologique de l’unité de classe ; il n’a aucune existence en dehors du capital et n’a pas non plus d’avenir à l’intérieur. Le développement de cette contradiction sous la forme des divergences internes entre les pratiques dans la lutte de classe, qui deviendront inévitablement conflictuelles, montrera si et comment ce manque d’avenir sera produit,  non comme un mouvement objectif du capital, mais comme une activité du prolétariat contre le capital, c’est à dire contre lui-même en tant que prolétariat, c’est à dire comme un processus continu d’auto-transformation à travers les mesures communistes qui seront prises à mesure que la révolution abolira finalement le prolétariat.

ANNEXE

Sur la «deuxième phase de la restructuration

La notion d’une «deuxième phase de restructuration” est basée sur trois idées fondamentales. Premièrement, la contre-offensive du capital après la fin du cycle de luttes fordiste a été la restructuration qui a fait passer  le capitalisme du keynésianisme/fordisme au néolibéralisme mondialisé et financiarisé. Deuxièmement, cette restructuration a marqué le début d’une nouvelle phase de la subsomption réelle du travail sous le capital. La dissolution de l’identité ouvrière et la sape  permanente de la reproduction de la classe ouvrière, en tant que classe dont la reproduction est immédiatement liée au  salaire direct et, sont des caractéristiques déterminantes de cette phase. Troisièmement, une caractéristique essentielle de cette restructuration, qui a créé une dynamique qui sape en permanence toute la cohérence interne de la classe ouvrière, consiste à être un processus qui renouvelle continuellement sa propre dynamique. La restructuration a été réalisée; un nouveau modèle d’accumulation a été établi; néanmoins, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, la restructuration est maintenue comme dynamique et s’intensifie  par les crises internes de cette période.

Sur la base de ce qui précède, il est évident que nous avons une difficulté à établir une périodisation interne du capitalisme restructuré, bien que la crise actuelle nous oblige à essayer de le faire. Cette difficulté est liée à une nouveauté historique du capitalisme restructuré. Cette nouveauté est la « tendance à une double déconnexion » (déconnexion entre l’accumulation du capital et la reproduction de la classe ouvrière d’une part et déconnexion entre salaire et  consommation d’autre part, selon la terminologie utilisée par Théorie Communiste). En un mot, c’est le fait que, pour la première fois dans l’histoire, nous assistons au paradoxe suivant: alors que toute restructuration, comme contre-révolution, contient nécessairement une attaque de la valeur de la force de travail, la restructuration réalisée du milieu des années 70 au milieu des années 80 a intégré cette attaque comme une caractéristique permanente, nécessaire et structurelle du capitalisme restructuré. Dans la crise actuelle, nous sommes confrontés au fait que cette attaque était déjà structurellement intégrée dans la situation prévalant avant la crise.

Outre la crise actuelle elle-même, la tentative de la contrer met automatiquement en question la reproduction du rapport capitaliste et, plus précisément, du prolétariat. Pourquoi spécialement du prolétariat? Parce que le capitalisme est vraiment mondialisé et que tous les prolétariats  nationaux ou régionaux sont traités d’une manière abstraite comme partie du prolétariat mondial, parfaitement interchangeable avec n’importe quelle autre partie. Cela conduit à un cercle vicieux. D’une part, on assiste à un approfondissement de la hiérarchie en raison d’une dépréciation aggravée du prolétariat des pays les plus bas dans la hiérarchie capitaliste. D’autre part, nous assistons à une dépréciation du prolétariat principalement dans les pays de la seconde zone, mais aussi ceux de la première, dans le cadre d’une concurrence mondiale qui se transforme dans une large mesure, dans le néolibéralisme, en concurrence pour le prix le plus bas de la  force de travail.

La tentative de réponse du capital, de l’éclatement de la crise à aujourd’hui, ressemble à une aveugle fuite en avant. Il s’agit d’une restructuration interne pour le cycle d’accumulation, ou, plus justement formulé, il est la deuxième phase de la restructuration elle-même, qui par sa nature doit toujours être renouvelée sur la base de ses orientations fondamentales. Logiquement, cette deuxième phase de restructuration va également acquérir certaines caractéristiques géopolitiques. Plus nous approchons de la production de la révolution de ce cycle de luttes, plus des «restructurations internes » de ce type seront nécessaires: la distance temporelle entre elles sera raccourcie à mesure que le  temps historique se condense et que s’accélère le processus  producteur d’histoire.

Les mesures appliquées aujourd’hui, bien que pointant dans la même direction, n’ont pas la même importance historique que celles qui furent mises en œuvre dans la période dans laquelle le modèle précédent d’accumulation et de reproduction de la classe ouvrière a été balayé. La « première phase de la restructuration» (qui peut être appelé comme ça aujourd’hui seulement, dans la crise et avec les nouvelles mesures) a représenté un changement du modèle d’accumulation, la deuxième phase de la restructuration est une tentative de la poursuivre pour s’attaquer à une crise interne au cycle d’accumulation, crise assez grave  pour produire la situation actuelle. La poursuite de l’attaque de la valeur de la force de travail et la sape de la reproduction de la classe ouvrière sont déjà contenus dans le modus operandi du capitalisme. D’où le concept d’une «deuxième phase», qui n’est pas une nouvelle restructuration, mais exprime le fait que la « première phase » de la restructuration a représenté le début d’une période historique dont la production sera la révolution comme communisation. Cette problématique ouvre la voie à une question qui est encore plus difficile et plus importante, celle du concept de conjoncture que nous avons l’intention d’aborder dans un proche avenir.

(traduction dndf revu par les camarades grecs)

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 08:45

Procès Eternit/Amiante en Italie : le procureur requiert 20 ans de prison !

 

Vincennes, le 5 juillet 2011

Un formidable encouragement à la lutte pour les victimes de l'amiante du monde entier

20 ans de prison pour le Belge Louis de Cartier de Marchienne. 20 ans pour le Suisse Stéphan Schmidheiny. Telles sont les peines requises par le procureur Raffaele Guariniello, lors de la 51ème audience du procès de Turin contre ces deux hauts dirigeants de la multinationale de l'amiante-ciment.

Ils ont violé les règles de sécurité au mépris de la santé et de la vie des salariés des quatre usines de Casale Monferrato, Cavagnolo, Rubiera et Napoli. Ils sont responsables d'une véritable catastrophe sanitaire environnementale qui a causé plus de 3000 victimes. 70% d'entre elles proviennent de la petite cité de Casale, cette ville martyre de l'amiante, où l'on compte chaque année, entre 40 et 50 mésothéliomes (cancer rare, spécifique de l'amiante). 80% d'entre elles, n'ont jamais mis les pieds dans l'usine. Ce sont des fibres d'amiante rejetées par Eternit sur le voisinage ou apportées à domicile par les vêtements de travail des ouvriers, qui les ont contaminées.

Si ce procès a pu avoir lieu, si la culpabilité des prévenus a pu être minutieusement démontrée, audience après audience, c'est d'abord grâce à l'action courageuse et opiniâtre de l'AFEVA, l'association italienne de défense des victimes de Casale Monferrato et au soutien des organisations syndicales et des institutions locales. Nous tenons à rendre hommage à Romana Blasotti Pavesi, Bruno Pesce et Nicola Pondrano, qui depuis trente ans ont été l'âme de ce difficile combat, marqué par tant de souffrances et de deuils.

Avec ce réquisitoire, une étape a été franchie. La prochaine sera celle du jugement qui devrait être rendu avant la fin de l'année. Il est attendu avec espoir et confiance par les familles de victimes de l'amiante italiennes (6000 parties civiles) et par celles et du monde entier, car l'enjeu du procès de Turin dépasse les frontières de l'Italie.

Ni Schmidheiny ni De Cartier de Marchienne n'ont daigné assister à une seule des 51 audiences pour s'expliquer devant les familles endeuillées par le poison qui les a enrichis. Si le jugement à venir suit réquisitions du procureur il montrera que les industriels ne sont pas au-dessus des lois et que la vie des ouvriers ne doit pas être sacrifiée au profit de quelques uns.

Il n'est pas concevable qu'une catastrophe sanitaire d'une telle ampleur n'ait ni responsable ni coupable.

AmianteTurin.jpgEn France, où l'amiante fait près de 10 morts par jour, ce sera un formidable encouragement pour les victimes qui attendent un procès pénal depuis quinze ans : un encouragement à réclamer des moyens supplémentaires pour les magistrats chargés de l'instruction, un encouragement à vaincre l'inertie du Parquet qui fait tout pour retarder ce procès et en réduire la portée.

Ce qui est possible en Italie doit l'être en France.

Face aux multinationales, qui continuent à semer la mort en exportant l'amiante dans les pays où ce matériau cancérogène n'est pas interdit, face au cynisme du Canada qui bloque l'inscription de l'amiante sur la liste des produits dangereux de la convention de Rotterdam et finance l'ouverture d'une nouvelle mine d'amiante, la condamnation des dirigeants d'Eternit aura valeur d'exemple.

L'amiante doit être interdit dans tous les pays de la planète.

 

voilà ci dessousce que déclare les  droites politiques en France . Face à ces mensonges, nous militants libertaires dénonçons depuis des années  l'exploitation des usines de mort.:usines chimique( progil à GREnoble), frabique d'engrais comme AZFet centrales nucléaire, cimenterie....

 


Le ministre des Transports Thierry Mariani a affirmé qu'il souhaitait "un fichier généralisé des allocataires" sociaux, ceci afin de lutter contre la fraude, dans une interview au Journal du dimanche. Fondateur de la Droite populaire, rassemblant une quarantaine de députés incarnant la droite de l'UMP, M. Mariani indique que ce collectif présentera "une quinzaine de propositions sur les sujets régaliens, l'emploi et la justice sociale", lors de la future campagne présidentielle.

Selon lui, il s'agit notamment de "lutter contre les profiteurs 'du bas' et les profiteurs 'du haut' de l'échelle sociale. Contre la fraude, je soutiens la création d'un fichier généralisé des allocataires qui recense toutes les prestations sociales perçues. Cela permettra de constater les abus. Une même personne peut toucher indûment le RSA dans plusieurs départements, car aucun d'entre eux ne croise les dossiers", affirme-t-il, s'appuyant notamment sur le récent rapport du député Dominique Tian.

Concernant ceux "d'en haut", M. Mariani se prononce pour la taxation des "très hauts revenus financiers", tout en faisant "la différence avec les entrepreneurs, qui, eux, font progresser le pays", assure-t-il. Certains entrepreneurs portent toutefois une part de responsabilité importante des manques à gagner de l'Etat. Toutes branches confondues, selon les chiffres de la Cour des Comptes, la fraude aux prestations sociales individuelles se monterait à deux à trois milliards d'euros. Un chiffre à comparer aux recettes perdues par l'Etat en raison du travail au noir, un montant compris entre 8 et 15 milliards d'euros : 10 à 12 % des entreprises seraient concernées par le travail illégal.

La fraude aux prestations sociales est un thème de campagne récurrent de l'UMP depuis 2007. En avril, le ministre de la santé Xavier Bertrand avait annoncé un durcissement des mesures de lutte contre ces fraudes. "La fraude, ce n'est pas du système D, c'est du vol", avait alors estimé le ministre, pour qui les contrôles des arrêts de travail avaient permis d'économiser "plusieurs centaines de millions d'euros".

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 07:42

 

 

LA CRISE ? QUELLE CRISE ?

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lu sur un nouveau blog: http://restructuration-sans-fin.eklablog.com/accueil-c834240


La version la plus courante des explications plus ou moins magiques qui accompagnent le psychodrame boursier actuel peut se résumer comme suit : en 2008 les Etats ont sauvé les banques mais pour ce faire se sont ruinés, ce qui pousse les mêmes banques et les « marchés » à ne plus leur prêter qu’a des taux usuraires les menant ainsi à la faillite alors même que banques et « marchés » s’affolent d’un retour de la récession que les Etats ne pourront empêcher faute de moyens d’effectuer une politique de relance. Au-delà de ce qui est formellement vrai, on suggère avec ce galimitia qu’il n’y a rien à comprendre ni a faire si ce n’est opiner stoïquement aux plans d’ajustement présents et à venir. Sans vouloir éclaircir tous les phénomènes actuels d’un coup de baguette marxiste, on peut tout de même replacer quelques éléments  de la « crise » actuelle dans leur contexte historique

Le moteur du capitalisme ce n’est pas la « surréalisation de la valeur » sur des échelles nano-temporelles mais un rapport social constant et conflictuel, l’exploitation, avec la force de travail partout dans le monde. La finance participe de ce rapport social mais elle n’en est pas le « deus ex machina », ni le « general intellect », moyen de la restructuration (rétablissement du taux de profit, centralisation et internationalisation du capital) elle est aussi un moment de son inachèvement (crise larvée de l’accumulation, oligarchisation, etc).

De même la dette publique, posée comme instance divine contenant tous les péchés des peuples et dont ils devraient se sentir solidairement responsables, si elle est en partie due au détricotage de toute la politique fiscale depuis 30 ans et à « l’off-shorisation » des grands groupes, elle exprime surtout un entre-deux qui tend à prendre fin. L’endettement public a servi à écoper déflation salariale et fuite du capital en maintenant un niveau relativement élevé de socialisation de la consommation. En ce sens il est le produit de la remise en cause inachevée du rapport social, c’est à dire du travail comme moment du capital, dans l’offensive des années 60-70. Celle-ci détermine l’entre-deux de la contre-révolution comme involution lente des conditions de l’exploitation : la réduction du travail à un coût sans que ses conditions de reproduction soient fondamentalement modifiées est le pendant inversé d’un anti-travail resté à mi-chemin. La vrai crise au nord ce serait plutôt cet inachèvement.

Et quand Poul Thomsen, représentant du FMI au sein de la troïka qui contrôle le plan d’austérité grecque, explique que « C’est impossible de réduire le déficit budgétaire sans récession. » Il ne faut pas s’arrêter au contresens, réduire un déficit alors même que les recettes baissent, mais comprendre que le cercle vicieux endettement-austérité est un instrument stratégique de la classe capitaliste.

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 14:50
on n'a pas souhaité traduire ce texte . en protestation contre le refus de désobéissance  de ce côté  ci des alpes( soit la région Rhône ALPES).
ation dEl 12 de agosto concentración de solidaridad en Iruñea con la oposición al TAV en Val di Susa
El próximo día 12 de agosto en Iruñea a las 19h de la tarde tendrá lugar ante el consulado italiano situado en las inmediaciones de la calle General Chinchilla una concentración de apoyo al movimiento de oposición al TAV de la zona de Val di Susa, en Italia. En los últimos meses se está produciendo un importante esfuerzo por parte de las instituciones promotoras del TAV en Italia para imponer la construcción de la obra del TAV por dicha zona montañosa. Por otro lado hay que destacar el empuje de la oposición al TAV de Val di Susa, quienes mediante la desobediencia están poniendo en más de un aprieto a las fuerzas policiales enviadas a dicha zona. Hace más de dos semanas desalojaron la acampada de Maddalena di Chiomonte, con cientos de policias, gases lacrimógenos y excavadoras.

Hace un mes la resistencia popular contra el TAV bloqueó el intento de comenzar los trabajos para el TAV Turin-Lyon.Más informaciones en varias fuentes:

“Han lanzado miles de gases lacrimógenos, casi dejamos de respirar, nos iban a matar”. Alberto Perrino –líder del movimiento No TAV que desde hace diez años se opone a la construcción de la línea de alta velocidad que debería conectar Turín con Lyon– cuenta con voz cansada la jornada de protestas que se vivió ayer en Val di Susa, al norte de Italia, entre los manifestantes y la policía. “Han intentado también aplastarnos”, añade Perrino al explicar que las fuerzas del orden usaron excavadoras para romper las barricadas, sin tener en cuenta las personas que se encontraban detrás de ellas. ...
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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 09:41

 

Désobéissance sociale, auto-réductions, grève avec occupation, blocages de routes…

  La Grèce handicapée par une grève des taxis en pleine période touristique

 

Alors que le mouvement de lutte des chauffeurs de taxis entre dans sa troisième semaine, multipliant les blocages de routes, autoroutes, accès aux aéroports (Héraklion, Corfou…), etc., la rébellion sociale ne s’éteint pas avec la saison estivale.

 

A Athènes, c’est un squat que la police a essayé, en vain, d’expulser. C’est aussi à Athènes, que les forces de répression sont intervenues à l’aube du samedi 30 juillet sur la place Syntagma pour procéder à l’évacuation du camp de tentes installé depuis plus de 60 jours. L’argument ? Le tourisme ! Et donc l’image commercialement « désastreuse » de manifestants occupant le centre des villes.

 

C’est le même argument économique qui est mis en avant pour dénoncer le mouvement des taxis contre la déréglementation de leur profession : ouverture à plus de concurrence et perte de la valeur de leur licence (qui est leur “droit au travail”, qu’ils ont chèrement payé et pour lequel ils se sont endettés).

 

Ce lundi 1er août, le gouvernement a menacé d’en finir avec le mouvement par la force devant la radicalisation des actions de protestation qui commenceraient à impacter la fréquentation touristique : plusieurs bateaux de croisière auraient été détournés de leur escale grecque, en Crète les chauffeurs de taxis ont empêché 1600 passagers d’un bateau de croisière de débarquer et de visiter le site archéologique de Cnossos, des cars de touristes ont été bloqués au Pirée (les taxis ayant jeté de l’huile sur la chaussée pour empêcher la police de les disperser).Devant les campagnes sur l’impopularité supposée de leur mouvement, jeudi dernier, ils ont décidé de faire autrement : ils ont ouvert les portes et permis l’accès gratuit à l’Acropole : action sans doute plus “populaire”, mais ne faisant pas les affaires de l’Etat et de ses caisses vides… De même, ils ont aussi “libéré” les péages d’autoroutes qu’ils bloquaient… en les rendant gratuits (c’est une manie !)

 

Pendant ce temps, d’autres luttes se mènent. Contre les licenciements, pour le paiement des salaires non versés, contre les taxes et augmentations des prix consécutifs des mesures d’austérité imposées par les instances directrices du capitalisme européen (UE/BCE) et “global” (FMI).

 

Blocages de routes et autoroutes qui ne sont pas l’apanage des seuls taxis. A Sousaki, entre Athènes et Corinthe, la population est mobilisée contre un projet d’installation de hangars de stockage de produits toxiques. Une assemblée populaire de la commune de Loutraki-Santos Teodoros a décidé de passer à l’action et un « comité de lutte » issu de l’assemblée a organisé le 23 juillet l’occupation de la route nationale Athènes-Corinthe, puis de la voie ferrée parallèle, avec à chaque fois, distribution de tracts aux voyageurs et explications orales complémentaires.

 

Le 1er août 2011

 

= = = = = = =

 

 

Grève avec occupation et “autogestion” du café-restaurant Applebee’s de Thessalonique

Communiqué de l’assemblée des travailleurs

Nous avons été contraints de procéder à un arrêt de travail après deux mois sans salaire, face à l'indifférence des patrons contre tout acte ou proposition que nous avons fait pour que soit résolu le problème du paiement de nos salaires, que soient garantis nos intérêts ainsi que le bon fonctionnement de l’établissement.
Nous avons du mener une action légale contre nos employeurs au bout de deux mois sans avoir reçu nos salaires.

 

Par deux fois, au mois de décembre et en avril, nous avons déposé plainte à l'Inspection du travail, mais sans succès. La direction de l’entreprise nous a menti et s’est moquée de nous. Ensuite nous avons procédé à des mobilisations hors de l’établissement et avons participé aux grèves générales des 15 et 28-29 juin. Les mensonges et les tromperies se sont poursuivis lors d’une conversation téléphonique que nous avons eu avec la directrice générale de l’entreprise, d’où il résulte que nous nous sentons en permanence dans l’insécurité quant à l’avenir de l’entreprise et donc de nos emplois (dans l'établissement du centre de Thessalonique 15 personnes travaillent et au total dans l'entreprise 150 personnes).

Le 15 juillet, avant le début de l’équipe du matin, nous avons été informés par téléphone que l’entreprise avait fermé ! Le patronat a déclaré à l'Inspection du travail qu’il ne paierait rien pour les salaires, les indemnités, etc. Ainsi, après des années à être exploités avec des relations de travail flexibles, ils nous jettent à la rue sans nous payer, après avoir accumulé sur leurs comptes bancaires plusieurs millions de dollars de notre sueur.

En suivant la voie de nos collègues d’autres établissements dans la ville, et des “indignés” dans les principales places des villes à travers tout le pays, nous allons nous battre pour défendre nos droits et nos emplois.
Contre les tromperies du patron, nous avons occupé notre lieu de travail, pour que le patron ne puisse rien prendre jusqu'à ce qu’il nous paie. Nous, travailleurs, avons décidé d’autogérer l’établissement pour soutenir financièrement nos familles et nous-mêmes.

Depuis le 18 juillet, chaque jour nous servons des cafés et des boissons et, le soir, à partir de 20 heures, nous servons des repas à des prix accessibles pour notre soutien financier. Nous appelons chacun d'entre vous pour soutenir nos efforts pratiquement.
Nous s
ollicitons l’appui de tous les travailleurs et des jeunes à notre juste lutte. Pour ne pas perdre des emplois. Pour recevoir nos salaires maintenant !

 

Le 19/07/2011

[ http://applebeessquat.blogspot.com/ ]

Déclaration de soutien à l’occupation de l’établissement Appleebee’s par le mouvement “Je ne paie pas”

Les travailleurs de Applebee’s ont occupé l’entreprise et continuent de la faire fonctionner sans les patrons, afin d’assurer leurs salaires et ne pas être jetés à la rue. L'expérience de l’Argentine se répète-t-elle en Grèce ? La destruction “créative” qui prétend surmonter la crise du capital va conduire en premier lieu à la faillite des revenus populaires. L'énorme accumulation actuelle du capital ne trouve pas d’échappatoire vers une nouvelle spéculation et tente de créer des circonstances similaires, en réduisant le coût du travail. Une guerre de classe particulièrement féroce a commencé. Qui va gagner? Le monde du travail ou les marchés ? Si les travailleurs prennent conscience du formidable pouvoir qu’ils possèdent, parce qu’eux, nous, avec notre force de travail nous faisons fonctionner les moyens de production, alors la balance s’inclinera de notre côté. Seulement dans ce cas, un autre monde est possible.

 

Nous soutenons les travailleurs d’Applebee’s et nous appelons à tous les soutenir.

[ http://denplirono.wordpress.com/]

 

 

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Crise de la dette grecque : la révolte anti-austérité «Nous ne paierons pas »

 

Une opération péage gratuit en Grèce

Nous avons déjà abordé ce mouvement de désobéissance sociale, né il y a maintenant deux ans [ http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article938]. Au départ contre le paiement des péages autoroutiers qui se sont étendus aux zones urbaines ainsi qu’à des portions de routes «rapides» ou aux rocades d’accès aux autoroutes... Autoroutes qui ont été financées par des fonds « publics » (d’Etat ou européens) puis concédées aux entreprises constructrices du BTP. Mouvement multiforme qui s’est étendu ensuite aux transports collectifs urbains, bus et métros, lors de la dernière hausse des billets. Et aussi, le refus de payer les frais hospitaliers lorsqu’en janvier dernier, le gouvernement a décidé, sous injonction de l’UE/FMI de procéder à des coupes dans les dépenses de santé et de faire payer 5 euros chaque consultation à l’hôpital. Au cours de l’occupation de la place Syntagma d’Athènes, notamment au mois de juin, plusieurs opérations « métro gratuit » ont été réalisées à l’initiative d’un collectif “Den Plirono”, après approbation par l’assemblée des occupants, interventions auxquelles se sont joint des “indignés” et des membres de collectifs anti-autoritaires participant, même de manière critique, à ce mouvement comme TPTG [ http://libcom.org/library/notes-pr%C3%A9liminaires-pour-un-compte-rendu-du-mouvement-des-assembl%C3%A9es-populaires-en-gr%C3%A8ce]

 

Début juillet, une première action a visé les accès payants aux plages dans la région d’Athènes. Les idées circulent sur les possibilités de ne pas payer d’autres taxes, comme par exemple la redevance TV, ou encore les prêts bancaires ou encore le téléphone.

Ici et là, des assemblées populaires d’“indignés” ont repris ces thématiques de désobéissance à l’intérieur d’une discussion plus générale sur les manières de résister efficacement à la crise. Le 22 juillet, dans la ville de Kevala, une intervention s’est déroulée dans un hôpital, en bloquant les guichets des caisses, afin d’inciter les patients à ne pas payer les 5 euros exigés pour chaque consultation. Au nom d’un projet appelé “Démocratie directe partout” issu de l’assemblée populaire locale, un texte a été distribué invitant les personnes présentes à réfléchir, au-delà du non paiement des frais médicaux, autour d’une « Proposition pour un nouveau système de santé auto-organisé », avec des établissements de soins autogérés, pris en charge par les travailleurs de la santé, les médecins, les patients, les citoyens, en relation avec les pharmaciens et aussi les acteurs des filières universitaires de formation, et ne dépendant plus de la logique capitaliste.

En Grèce, ici ou là, des résistances collectives à la “crise” et à la “dette” commencent à dessiner autre chose qu’une simple volonté de retour à l’état de choses antérieur.

 

 

Un article du Guardian du 31/07/2011 qui revient sur la grève de Applebee‘s et le mouvement “Den Plirono”

 

Crise de la dette grecque : la révolte anti-austérité «Nous ne paierons pas »

 

Avecla Grèce encrise financière etsecouépar des manifestations,portons notre regard sur lemouvement grandissant de désobéissance civile.

 

Parmi les bars chics le long du front de mer historique de Thessalonique, un restaurant se remarque. « Nous voulons notre argent ! » lit-on sur une banderole pendue à la terrasse d’un restaurant grill américain. A l’intérieur, les 12 membres du personnel ont changé les serrures, offrent des canettes de bière de supermarché aux personnes qui les soutiennent et à tour de rôle couchent sur le plancher du restaurant en signe de protestation contre des mois de salaires impayés et la fermeture soudaine du restaurant. C’est un nouveau symbole de la crise de la dette en spirale de la Grèce : une occupation de serveurs/serveuses de café.

Margarita Koutalaki, 37 ans, une serveuse à la voix douce, divorcée avec une fille de 11 ans, travaille ici à temps partiel depuis huit ans, gagne environ € 6.50 (£ 5.70) de l’heure. Maintenant, elle dort à tour de rôle sur un matelas gonflable dans une chambre à l’étage, gardant l’occupation, pendant que ses parents s’occupent de son enfant.

 

« Ils me doivent 3.000 € de salaires impayés », dit-elle, avertissant que son sort est partagé par des légions de travailleurs dans toute la Grèce qui attendent pendant des mois pour être payés à cause des problèmes financiers des entreprises. « Au début, on nous a dit que nous serions payés le mois suivant, puis ils ont arrêté complètement et on nous a dit par téléphone que le restaurant allait fermer. Nous travaillons toujours, nous faisons tourner le resto, fournissant de la nourriture et des boissons à nos supporters. Nous avons plus de clients qu’auparavant. Cette protestation est tout ce que nous pouvons faire. Cela est venu naturellement. » 

 

Les serveurs servent des boissons pas chères et des dîners à prix réduit à une nouvelle clientèle de gauchistes et de manifestants issus du mouvements des "indignés", qui auparavant n’auraient jamais mis les pieds dans ce bastion de l’impérialisme, la franchise grecque du géant américain Applebee’s. Une banderole en anglais tente les touristes avec bon souvlaki et boulettes de viande « en solidarité avec les travailleurs ».

 

Il y a un mois, la Grèce était paralysée par une grève générale contre des mesures d’austérité, avec des manifestations massive de rue et des batailles entre la police et les manifestants sur la place Syntagma, à Athènes.

Les Grecs sont plus méfiants que jamais à l’égard de leur classe politique et sa capacité à les faire sortir de la crise financière paralysante. Les sondages montrent un mépris croissant pour tous les partis et le système politique. Le chômage est à un niveau record de 16% - beaucoup plus élevé pour les jeunes. Ceux assez chanceux d’avoir encore un emploi ont subi des coupures de salaire dramatique et des augmentations d’impôt.

 

Médecins et infirmières ont récemment organisé des débrayages sur les coupures d’hôpital. Les chauffeurs de taxi ont entravé la Grèce avec des grèves ces deux dernières semaines, pour protester contre les plans du gouvernement de privatiser l’industrie. Leurs tactiques inclus le blocage des ports et l’ouverture de la billetterie Acropole pour laisser les touristes entrer gratuitement. Fondamentalement, en Grèce la “désobéissance civile” du mouvement, où les citoyens ordinaires refusent de payer pour les péages routiers et des billets d’autobus ainsi que la nouvelle tarification des soins médicaux », n’a pas faiblit pendant les vacances d’été. Le « nous ne paierons pas" offensive est défendue comme la forme la plus pure du « pouvoir du peuple ». Les organisateurs avertissent qu’il pourrait s’amplifier en septembre si le gouvernement lance une nouvelle série de restrictions financières.

 

Sur la principale route d’Athènes-Thessalonique, une foule de civils dans des gilets de sécurité orange fluo montent la garde aux barrières du principal péage routier de la deuxième ville de Grèce. Leurs vestes sont blasonnées de "désobéissance totale".

 

Ils écartent les barrières rouges et blanches et les automobilistes peuvent passer sans payer le péage de 2,80 €. Banderoles où sont écrits : « Nous ne paierons pas », et « Nous n’allons pas donner d’argent à des banquiers étrangers ». « Nous allons voir une résurgence de la désobéissance civile à l’automne », explique Nikos Noulas, un ingénieur civil de Thessalonique, dans un café du centre ville alors qu’il distribue une série d’affiches défendant le refus de payer.

 

A environ 40 minutes du centre-ville, il se rend en moto pour le rare travail qu’il lui reste, mais évite de payer les tickets de bus ou de péages. Il organise également des embuscades supermarché, remise d’autocollants aux acheteurs, grande manifestation contre les biens qu’ils considèrent comme ridiculement cher. Le lait est son favori. Noulas et son groupe de remplissent des chariots avec des biens et demandent au gérant un rabais de 30%. Si celui ci refuse, ils abandonnent les chariots pleins à la caisse.

 

Il reconnaît que la répression policière récente a rendu les choses plus difficiles : «Si un policier est présent, il n’y a guère d’autre choix que de payer un péage routier » Mais il dit avoir enfreint la loi en ne payant pas les petits péages ou les tarifs de bus, ce qui est beaucoup moins grave que des politiciens corrompus et les cartels qui, selon lui, gèrent Grèce depuis des décennies en toute impunité. « Cela nous a enseigné que le peuple grec peut résister. Il a enflammé l’opinion publique », dit-il.

 

Le mouvement de protestation de péages ont commencé il y a plus de deux ans en dehors d’Athènes pour contrer ce qui est vu comme un péage routier exorbitants et corrompus , les automobilistes devraient payer pour des tronçons de route qui sont encore à construire. Certains habitants doivent payer plus de € 1500 par an de péages juste pour sortir de leurs propres quartiers. Au début de cette année, le mouvement était florissant et a inclus le refus de payer des billets de métro d’Athènes, avec les manifestants couvrant les distributeurs de tickets avec des sacs en plastique, ainsi que d’un boycott de longue durée de tarifs des bus à Thessalonique après une hausse de prix par des établissements privés subventionnés par l’État. D’autres refusent de payer leurs licences de télévision.

 

Les partis de gauche se sont impliqués, ce qui accroît la visibilité de la campagne. En mars dernier, plus de la moitié de la population grecque déclarait soutenir le mouvement «Nous ne paierons pas». Le gouvernement les critique sur ce qu’il juge irresponsable et d’être en fait une mentalité de resquilleur, avertissant les contribuables que cela amènerait le pays dans le discrédit et affamant l’État des revenus vitaux des services de transport. De nouvelles lois ont été votées contre cela et la police a réprimé.

 

George Bakagiannis, un responsable informatique de la région d’Athènes, évite de payer les péages routiers depuis deux ans, tout simplement en sortant de sa voiture et en poussant la barrière du péage. Pendant deux à trois heures, plusieurs fois par semaine, il contrôle avec d’autres les péages, et encourage les conducteurs à passer sans payer.

 

Il a étendu ses activités dans les manifestations contre la 5 € de frais pour les consultations de médecins. Il dit : « Nous allons à l’hôpital et à proximité du guichet, nous disons aux gens : « Ne payez pas, nous sommes ici. » Ce n’est pas notre crise, c’est la crise du gouvernement. Ils volent notre argent, ils volent nos vies. Maintenant, ils veulent nous faire croire que même nos économies ne sont pas sûres à la banque. Ce mouvement va se développer cet automne parce que les choses vont si mal maintenant que les gens n’ont plus véritablement d’argent pour payer. »

 

Le commentateur social et écrivain, Nikos Dimou, déclare : « C’est le début d’un divorce entre les Grecs et leurs politiciens C’est ce que tous ces mouvements ont en commun : Ils sont tous fondé sur un dégoût et horreur de la classe politique »

À Thessalonique, deuxième ville de Grèce, les sentiments sont forts. Les "indignés" ont planté leurs tentes dans l’antique Thessalonique, et la Tour Blanche, est encore entouré de tentes de protestation et drapés de banderoles “A vendre” et “Pas à vendre”.

 

Le nord de la Grèce a été durement touché par la crise. Les entreprises ont été frappées de plein fouet par la crise financière. Le 10 septembre prochain, lorsque le Premier ministre grec George Papandreou apparaîtra à Thessalonique dans la fameuse foire internationale pour dévoiler ses nouvelles mesures économiques, il va rencontrer des manifestations.

Les manifestants de Thessalonique utilisent le flash-mobbing, où la foule bloque à l’improviste l’entrée des banques et des bâtiments publics. La dernière cible était le consulat allemand, où des dizaines de manifestants ont scandé des slogans et peints à la bombe le trottoir, en exigeant que l’Union européenne fassent plus pour la Grèce pendant que des policiers en civil regardaient.

 

Lors de la manif’ le 20 juillet, Barbara, 30 ans, une professeure de langue grecque, qui ne veut pas donner son nom de famille, dit qu’elle travaille au noir comme serveuse dans un bar pour 30 € les neuf heures . Elle vit avec son père, un retraité, et sa mère, propriétaire d’une boutique qui est profondément endetté. « Personne n’embauche, je ne trouve pas de travail ou de cours privés. Il n’y a aucun espoir pour une vie décente. La moitié des gens que je connais sont au chômage, l’autre moitié en route pour celui-ci. Toute les personnes pouvant se permettre d’aller à l’étranger sont déjà parties » dit-elle.

 

A la Tour Blanche, Antonis Gazakis, un professeur de langue et d’histoire, dit qu’il est frappé par la manière dont les novices rejoignent maintenant les manifestations, une myriade de points de vue politiques, de gauche à droite, beaucoup n’ayant aucun lien avec des partis ou n’ayant jamais protesté. Tous se sont jetés dans débat sur la façon de changer ce qu’ils voient comme un système politique corrompu et parlementaire. « L’histoire politique est en marche en Grèce », dit-il. « C’est pourquoi je vais rester ici cet été. La dernière fois que le peuple a exigé un changement constitutionnel comme celui-ci, c’était en1909. C’est une occasion en or, un changement de paradigme. La Grèce c’est réveillé. »

 

Angelique Chrisafis

 

[ Source : http://www.guardian.co.uk/world/2011/jul/31/greece-debt-crisis-anti-austerity]

 

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Attique : Libération de la plage Avlaki à Porto Rafti

 

Dimanche 3 juillet 2011: Des personnes qui participent au mouvement national “Den Plirono” (Je ne paie pas !) ont intensifié leur lutte pour les biens sociaux de service public gratuit, et ont fait une nouvelle action: ils ont libéré la plage Avlaki à Porto Rafti pendant plus de trois heures. Les grillages du périmètre ne permettent pas de jouir du droit évident du libre accès à la rive sans billet. Ce statu quo inacceptable s’applique dans de nombreuses autres plages de l’Attique, ainsi qu’ailleurs en Grèce.

 

Nous exhortons les travailleurs et les chômeurs qui voient leurs droits être mutilés à mort sur l’autel du remboursement de la dette usuraire dans le pays, de cesser de payer l’injuste taxe pour entrer sur les plages ainsi que tout autre taxe qui leur sont imposées.

 

Sur le trajet de retour de Porto Rafti vers Athènes, les gens de ”Den Plirono” ouvrirent les péages autoroutiers de l’Attique, laissant passer des milliers de conducteurs sur ces infrastructures déjà payées par les impôts.

 

Comité de lutte “Den Plirono”

 

[ Source : ContraInfo  http://fr.contrainfo.espiv.net/2011/07/04/attique-liberation-de-la-plage-avlaki-a-porto-rafti/ ]

 

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 07:39

le mouvement des indigné-es en israël fait mentir les Urubus qui vivent sur les mouvements sociaux. On vous rappelle que le mouvement des indigné-es de valence continue cet été le lundi à 19h30 et mercredi 19h place de la liberté ( A valence26000).

 

Ces temps-ci, il y a une actualité très riche concernant le Moyen-Orient en général, et la situation en Palestine en particulier. Moi comme beaucoup d’autres, je me suis retrouvé à parler des révoltes arabes, des derniers développement autour de la reconnaissance d’un état palestinien, de la réconciliation Fatah-Hamas, … on avait pas vu autant de transformations et d’évènements dans la région depuis longtemps.

Mais on ne parle pas d’Israël. Enfin si, on parle du gouvernement israélien qui essaie de vendre ses salades comme d’habitude, de l’insondable relation entre Israël et les USA et d’autres sujets géopolitique du genre. Mais on ne parle pas de la société israélienne, de l’atmosphère quotidienne en Israël pendant qu’on dissèque la mythique « rue arabe« . Pourtant, la société israélienne est sacrément ballottée en ce moment, peut-être bien de la manière la plus intense depuis l’invasion du Liban, au début des années 80.

Depuis quelques années, Israël connaît un virage à droite complètement délirant. Le gouvernement actuel repose en grande partie sur des partis extrémistes religieux et sur l’extrême-droite laïque et ultra-nationaliste d’Avigdor Liberman (un type avenant qui a pu déclarer qu’on « ferait mieux de noyer [des prisonniers palestiniens] dans la mer Morte »). Ce qui permet de se rendre compte de l’ampleur de l’échec de la gauche juive israélienne, c’est que le Parti Travailliste, bon vieux parti social-démocrate (profondément sioniste, mais social-démocrate quand même), qui a gouverné quasiment tout seul le pays pendant quatre décennies a choisi de rejoindre ce gouvernement histoire de grappiller quelques postes. Réunis, les votes de l’extrême-droite religieuse ont été supérieurs à ceux du parti travailliste.

En fait, Israël fonctionne en ce moment comme une caricature de tous les pays occidentaux: ces dernières années, la droite la plus raciste a réussi à y dominer la parole politique et à imposer son langage et ses thématiques. Toute la scène politique se sent obligée de se positionner sur les lubies de l’extrême-droite. Et l’extrême-droite israélienne ferait passer Marine Le Pen pour une gentille conservatrice un peu molle.

Pendant quelques années, les délires verbaux et les projets cinglés de cette extrême-droite ont surtout visé les palestinien-ne-s, à l’extérieur comme à l’intérieur d’Israël. Liberman est, là encore, un bon exemple. En 2006, il a qualifié des élus arabes du parlement israélien qui rencontraient le Hamas de « collaborateurs »: « la Seconde Guerre Mondiale s’est achevée avec les procès de Nuremberg. Les dirigeants du régime nazi et leurs collaborateurs ont été exécutés. J’espère que les collaborateurs [au sein du parlement israélien] connaîtront le même sort ». Tant que ces délires visaient les palestinien-ne-s, la gauche israélienne a très peu réagi: quand Haneen Zoabi, une élue arabe à la Knesset (l’assemblée nationale israélienne) a été agressée par des députés de droite dans l’enceinte du parlement après sa participation à la flottille pour Gaza de 2009, la gauche israélienne n’a (presque) rien dit (les vidéos, uniquement sous-titrées en anglais, sont éclairantes: les seuls députés la soutenant sont ses camarades du Balad, parti d’extrême-gauche arabe israélien).

Mais plus le temps passe, plus les menaces se rapprochent de la gauche juive israélienne. Au mois de juillet, l’extrême-droite a réussi à faire permettant aux colons de faire un procès à toute personne appelant au boycott des produits des colonies israéliennes. Il s’agit d’une attaque politique directe: en réaction à la campagne palestinienne BDS, une partie de la gauche juive israélienne a commencé à s’impliquer dans un boycott plus modéré, un boycott des produits venant des colonies; avec cette nouvelle loi, tout appel à boycotter les produits des colonies devient illégal. L’extrême-droite a immédiatement voulu exploiter sa victoire en demandant à la Knesset de mandater une commission parlementaire d’enquête sur des associations et ONGs israéliennes qui seraient soupçonné-e-s de participer à des boycotts. La demande de commission a été repoussée sous le regard embarrassé de Netanyahou, qui se retrouvait coincé entre deux alliés, mais l’offensive de droite va très clairement reprendre bientôt.

Dans ce contexte de fascisation globale de la politique israélienne, la question palestinienne paralyse complètement la gauche juive israélienne. Toutes les érosions de la démocratie libérale israélienne ont commencé à être expérimentées sur les palestinien-ne-s, que ce soit dans les Territoires Occupés ou à l’intérieur d’Israël. Mais maintenant, ce durcissement commence à toucher la société juive israélienne, et la gauche juive se retrouvé coincé: dénoncer maintenant le processus de répression est compliqué quand on en a accepté les principes et les justifications tant que ça concernait les palestinien-ne-s. Vu que cette gauche juive a accepté le chantage à la « sécurité » et à la « défense de l’intérêt national », elle est à court d’argument pour contester cette logique maintenant qu’elle s’approfondit. Quelques mois avant la loi interdisant l’appel au boycott, une autre loi votée par la Knesset a interdit aux associations subventionnées d’une manière ou d’une autre de parler de la Nakba (l’expulsion massive et par la violence des palestinien-ne-s durant la fondation de l’état d’Israël en 1948). L’argument invoqué est que l’évocation de la Nakba débouche sur la remise en cause de l’état d’Israël et/ou de son caractère « juif et démocratique ». La gauche juive israélienne ne s’est pas élevée contre cette loi. Le même argument lui est revenu comme un boomerang au moment du vote sur la loi contre le boycott des colonies: les colonies font partie intégrante de l’état d’Israël, et les remettre en cause, c’est s’en prendre à la fois à l’intérêt national d’Israël et à ses citoyens.

Le problème est très profond, puisqu’il vient directement de l’idéologie fondatrice de l’état d’Israël. Malgré le fait que la plupart des dirigeants fondateurs d’Israël étaient des juifs non-pratiquants, la construction nationale d’Israël s’est faite sur des bases profondément religieuses (malgré un ton un peu irritant, le bouquin de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, explique tout ça très bien). Toute l’idée du peuple en exil revenant vers la Terre Sainte qui lui a été promise et qui lui est destinée est une idée fondamentalement religieuse. L’état israélien a exploité cette idée parce qu’elle était profondément ancrée dans l’imaginaire juif de l’époque, et qu’elle pouvait exercer une influence profonde. Israël a eu, comme tous les états, besoin d’un mythe fondateur au moment de sa création, et a utilisé un mythe religieux. Ce mythe a fonctionné efficacement pendant de nombreuses années, permettant de cimenter la société juive israélienne, mais paralyse maintenant toute lutte de la gauche juive israélienne contre les colons et la droite religieuse. Les colons, après tout, ne font que s’installer sur le territoire qui revient de droit aux juifs, illes ne font que repeupler la Terre Promise. Si s’approprier les trois-quarts de la Palestine était juste en 1948 (au nom du droit du peuple juif sur sa terre ancestrale), pourquoi en grignoter encore quelques pour-cents serait injuste ? La droite et l’extrême-droite religieuse israélienne a bien conscience du rôle fondamental de la religion juive dans l’identité nationale israélienne. Elle se sert efficacement de cette importance pour présenter toute attaque contre elle comme une attaque contre la nation israélienne.

Tant qu’Israël avait le vent en poupe, des intérêts laïques et religieux contradictoires pouvaient cohabiter (c’est le fameux statu-quo négocié entre Ben Gourion et les leaders religieux en 1948). Maintenant que la situation mondiale est plus difficile, qu’Israël, comme le reste du monde, est pris dans la crise capitaliste, que l’occupation des territoires palestiniens devient de plus en plus coûteuse moralement et économiquement (si vous lisez l’anglais, cherchez le formidable bouquin d’un chercheur israélien, Shir Hever, sur les conséquences économiques de l’occupation), les tensions présentes dès l’origine d’Israël sont prêtes à éclater. Derrière les conflits de plus en plus intenses entre israéliens religieux et israéliens non-pratiquants, c’est la question de l’identité d’Israël qui est en jeu. L’occupation actuelle des palestinien-ne-s ne peut être maintenue qu’en conservant l’identité israélienne actuelle, profondément sioniste et religieuse, et tant que ce fondement identitaire d’Israël perdurera, la gauche juive sera impuissante face aux colons et aux orthodoxes.

C’est dans ce contexte que les tensions au sein de la société israélienne ne font qu’augmenter: Jérusalem est un terrain d’affrontement politique régulier entre orthodoxes et laïques autour de l’application ou non du Shabbat, et la police a dû intervenir plusieurs fois pour empêcher des juifs orthodoxes d’agresser des voitures circulant près de leurs quartiers le samedi. Même l’armée israélienne (qui n’a jamais été un bastion de générosité) commence à s’inquiéter des propos de certains rabbins d’extrême-droite légitimant le fait de tuer les non-juifs, et la dispense de service militaire massive accordée aux « étudiant-e-s » religieux (qui commencent à représenter plus de 10% de la population) est vue comme de plus en plus injuste. Les juifs orthodoxes représentent un coût de plus en plus grand (notamment en avantages sociaux) pour la société israélienne, et beaucoup de juifs non-pratiquants commencent à trouver ce coût excessif dans la situation actuelle. Une enième loi instaurant un mariage civil et non religieux vient une nouvelle fois d’être rejetée à la Knesset. Globalement, il y a une polarisation de plus en plus grande de la société israélienne: de plus en plus de juifs orthodoxes, et une fracture de plus en plus grande entre pratiquant-e-s et non-pratiquant-e-s.

Il y a donc un équilibre de forces qui bouscule en ce moment dans la société israélienne, entre le poids de plus en plus grand de l’occupation sur la société, la crise économique mondiale qui remet en cause la position économique d’Israël dans le monde, et les tensions croissantes entre orthodoxes et non-pratiquant-e-s. Je pense que le noeud qui se forme en ce moment dans la société israélienne ne pourra pas se dénouer sans des changements profonds dans l’identité de l’état d’Israël, ce qui va induire des changements profonds sur le rapport d’Israël aux palestinien-ne-s. L’élite politique actuelle est profondément liée au complexe financier, sécuritaire et militaire qui bénéficie de l’occupation, mais se retrouve en conflit avec les ultra-religieux (et les ultra-nationalistes qui leur sont liés) qui veulent pousser l’occupation à s’intensifier d’une manière intenable (quand on est au gouvernement, il faut tenir compte de deux/trois petites contraintes matérielles). Les non-pratiquant-e-s juives, elles, voient de plus en plus de leurs revenus passer dans le financement de l’occupation. En plus de ça, les colons religieux poussant à intensifier cette occupation sont aussi les mêmes qui cherchent à avoir une emprise de plus en plus grande sur leurs concitoyen-ne-s non-pratiquant-e-s.

Face à ça, Lieberman incarne une des possibilités de réaction: une droite non-religieuse, mais profondément fasciste et raciste, qui veut à tout prix se débarrasser des palestinien-ne-s dans l’espoir que se débarrasser d’elleux résoudra les problèmes d’Israël. Cette droite prend plus en plus de pouvoir, mais je pense qu’à long terme, elle va devoir faire face au fait que, sans justification religieuse, l’oppression nue et cynique des palestinien-ne-s ne réussira pas à fédérer la population israélienne. Abandonner le versant religieux d’Israël, c’est abandonner le mythe du Grande Israël, et c’est renoncer à plus ou moins long terme à l’occupation, étant donné que l’occupation perdra toute justification. La place de la religion dans la société israélienne est trop importante pour beaucoup de monde en Israël, mais sans projet religieux, quelle identité israélienne ? La seule porte de sortie de cette extrême-droite serait l’expulsion définitive des palestinien-ne-s, une tentative de purifier, de faire disparaître les problèmes, mais ce projet est complètement irréalisable dans l’état actuel des choses.

Y’a-t’il d’autres possibilités de transformation ? Ou plutôt, un mouvement en Israël peut-il empêcher que ce glissement à droite n’en finisse plus ? Peut-être. En ce moment, des luttes sur la question du logement éclatent un peu partout en Israël (des campements des tentes et des manifs, à la manière des Indigné-e-s ailleurs en Europe). Un peu comme chez nous, derrière le logement, il y a la question du néolibéralisme, de la crise financière, … A priori, rien à voir avec l’identité israélienne ou la religion. Sauf que l’essentiel (93 %) des terres israéliennes sont contrôlées par l’état, qui les utilise au compte-goutte. Soulever la question de qui utilise les terres et qui en est propriétaire, pour quelle raison, c’est aller chercher le cadavre caché dans le placard de l’état. Depuis les débuts d’Israël, la gestion du territoires et des terres est une question politique fondamentale, et la politique à ce sujet est menée avec une grande discrétion. Dans un état avec une société aussi fragmentée et conflictuelle, la question de qui peut et doit habiter dans quelle quartier est toujours hautement complexe, que ce soit à Jérusalem, dans une colonie de Cisjordanie ou dans le nord d’Israël. Comment maintenir les équilibres démographiques entre palestinien-ne-s et juif/ve-s (surtout à Jérusalem, mais la question se pose ailleurs) ? Comment préserver le caractère orthodoxe ou non de tel ou tel quartier ? Comment décider d’agrandir ou non telle colonie en fonction de la situation diplomatique ?

Ce mouvement sur la question du logement commence à grandir (le syndical officiel vient d’appeler à rejoindre le mouvement et à une grève générale le 1er août). Je pense que s’il veut aller suffisamment loin dans ses revendications, il va devoir se confronter aux problèmes de la société israélienne, et soulever les question identitaires et, avec elles, la question de la Palestine et des palestinien-ne-s. Je ne sais pas si, actuellement en Israël, des alliances sociales suffisamment fortes peuvent se forger pour articuler un nouveau cadre politique et une nouvelle identité qui peut mettre fin au sionisme dominant. Mais c’est ce qui sera nécessaire pour vraiment obtenir quelque chose face à la droite israélienne qui est à l’affût. La gauche juive n’a jamais réussi à faire un travail de remise en cause des fondements sionistes de l’état d’Israël, et elle a toujours été paralysée par ça. Des futurs mouvements sociaux israélien peuvent-ils dépasser ce cadre ? En tout cas, ils n’obtiendrons quasiment rien sans dépasser ce cadre, et sans se confronter à la base raciste de la société israélienne. D’une manière ou d’une autre, l’identité israélienne actuelle devient de plus en plus problématique, et faire reconnaître à la terre entière le « caractère juif et démocratique » de l’état n’y changera rien. En Israël, la question sociale est profondément imbriquée à la question de l’identité nationale, et derrière tout ça, ce qui est en jeu, c’est la Palestine.


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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 08:56

- Ici aussi, les jeunes s'indignent et veulent que ça change

ISRAËL - Ici aussi, les jeunes s'indignent et veulent que ça change

Plusieurs dizaines de milliers d’Israéliens ont manifesté dans la soirée du 23 juillet à Tel-Aviv contre l’aggravation des disparités sociales. Lancés depuis quelques semaines par de jeunes étudiants, les mouvements de protestation populaires se multiplient.

A Tel-Aviv, le mouvement de contestation lancé il y a plus d’une semaine sur le boulevard Rothschild a atteint son paroxysme le samedi 23 juillet, avec une manifestation organisée dans la ville. S’il existait un doute quelconque sur son importance, il s’est envolé avec le revirement du Premier ministre Benjamin Nétanyahou et de ses proches. En effet, ces derniers avaient commencé par qualifier les manifestants d’”extrémistes gauchistes” et de “radicaux financés par l’étranger”, avant de leur donner publiquement l’accolade le 24 juillet.  Les réactions des personnalités politiques de tous bords, qui se sont empressées d’élaborer des propositions de loi et des réglementations visant à réformer le système du logement, prouvent qu’on ne se trouve pas en présence d’un simple caprice d’enfants gâtés refusant de vivre ailleurs que dans la région de Tel-Aviv, comme l’a prétendu le ministre du Logement.

A l’instar de la révolte contre la flambée des prix des carburants et de l’appel au boycott du fromage blanc Cottage [aliment symbolique quasi emblématique des couches défavorisées] lancé en juin, les tentes dressées en signe de protestation contre la politique du gouvernement en matière de logement [depuis la mi juillet des centaines d'étudiants ont installé des villages de tentes dans tout le pays] traduisent le malaise de la classe moyenne. Ce pilier de la société israélienne porte l‘essentiel du fardeau des obligations citoyennes vis-à-vis de l’Etat – travaillant, payant les impôts et servant dans l’armée.

Depuis quelques années, la grogne grandit chez les membres de la classe moyenne, qui s’estiment, à juste titre, grands oubliés dans la distribution des ressources. Le Premier ministre et le ministre des Finances se targuent des succès économiques engrangés par Israël pendant que l’Europe et les Etats-Unis s’enfoncent dans la crise financière. Mais ce sont les segments de la société placés tout en haut des priorités politiques qui en recueillent les fruits, accédant, sans pratiquement mettre la main à la poche, aux logements et à l’éducation ainsi qu’à l’aide sociale. D’un autre côté, les richesses se concentrent de plus en pus entre les mains d’un tout petit groupe, qui exerce une influence politique toujours plus grande.

Les dizaines de milliers de personnes qui sont descendues dans la rue samedi 23 juillet ne dénonçaient donc pas seulement la crise du logement. A l’image de leurs homologues en Espagne, au Portugal et en Grèce, et des courageux révolutionnaires qui ont renversé les régimes tunisien et égyptien, ces jeunes, expriment également leur colère face aux priorités biaisées de leur gouvernement. Eux aussi exigent davantage de justice dans la distribution des ressources, un engagement de l’Etat pour le bien-être de ses citoyens, et même le rétablissement  de l’Etat-providence.

Même si les représentants de la droite ont multiplié les attaques verbales contre les occupants du boulevard Rothschild, et même si le gouvernement s’est dépêché de se réunir pour tenter de trouver des solutions et éteindre l’incendie, il est inutile de se voiler la face. Le mouvement de contestation constitue un réveil salutaire. Il ne doit pas rester confiné sur la voie publique, mais recevoir un écho dans le système politique.

 

nouvelles économiques de Palestine:

 

D'après un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI), Nétanyahou a montré beaucoup de précipitation pour vanter le succès de son programme de paix économique. Selon les données des responsables du FMI dans les Territoires palestiniens, 2009 se terminera sur une croissance annuelle de 7 % (et non pas de 10 %), un chiffre qui, pour la première fois depuis trois ans, représente une amélioration substantielle de la qualité de vie. Cependant, le FMI souligne que si Israël mettait un arrêt à sa politique d'assouplissement des restrictions sur le commerce intérieur, le produit intérieur brut (PIB) par habitant risquerait de décliner plus tard cette année. D'ailleurs, d'après le rapport, le taux de chômage est toujours extrêmement élevé en Cisjordanie, avec 20 % (il est de 34 % à Gaza).

Courrier International

La source

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 07:40

lu sur le blog communisteslibertairescgt@gmail.com

 

Le 14 juin dernier, les organisations syndicales signataires et non signataires du protocole sur la résorption de l'emploi pércaire dans les 3 fonctions publiques ont annoncé (voir ici) qu'elles quittaient la séance du Conseil Supérieur de la fonction publique de l'Etat avant son terme. Le désaccord portant sur les conditions d'accès pour les contractuels et Cdd au dispositif de titularisation. Nous ne pouvons qu'être d'accord avec elles !

On se souvient que la Cgt avait signé le protocole d'accord, y voyant des avancées mais qu'elle serait vigilante quant aux zones d'ombre sur lesquelles le gouvernement ne s'était pas prononcé. Hors, ce sont bien ces zones d'ombre là (condition d'accès à la titularisation des contractuels nouvellement cédéisés, comme du reste les conditions d'accès à la cédéisation, comme du reste le chiffrage du nombre de contractuels qui bénéficieraient à terme d'une titularisation) qui posent problème.

Nous nous sommes déjà exprimés (voir ici) sur ce protocole sur la résorption de l'emploi précaire. Ce communiqué intersyndical risque fort de ne pas être le dernier. Si l'on peut comprendre l'intérêt à suivre les réunions de négociation (c'était un des arguments pour signer le protocle au passage) afin d'être au courant de l'évolution du contenu du projet de loi qui devrait êttre déposé à l'automne, on ne peut que rester dubitatif sur l'argumennt qui consiste à dire que la Cgt et les autres organisations syndicales y pèseront.

La question est bien de construire une mobilisation des précaires, commune aux trois fonctions publiques et ce dès la rentrée afin d'obtenir une loi de titularisation sans condition pour tous les agents non-titulaires actuellement embauchés.

Si les fédérations Cgt ne s'orientent pas vers cette démarche et attendent l'arme aux pieds les comptes-rendus de la délégation Cgt à chaque réunion de suivi du projet de loi, il est certain que la signature de la Cgt au protocole de résorption de la précarité sera perçue a posteriori, légitimement comme un blanc seing donné au gouvernement d'une part, et un frein à toute logique de mobilisation prioritaire dans les professions (fédérations)  et les territoires ((UL, UD) d'autre part.

La journée de mobilisation interprofesssionnelle débattue au dernier CCN des 15 et 16 juin pour la rentrée (voir ici), pourrait parfaitement inclure ce combat contre la précarité, et si les fédérations font faux bond, alors agissons dans nos syndicats et fédérons nous au niveau des unions locales et des unions départementales.

 

Le projet de loi relatif à la résorption de la précarité dans la fonction publique (voir ici)

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 14:03

Mardi 29 juin 2011les travailleursà l'inspection du travail en grève à 55% des travailleurs

pour dire stop

- face aux conditions de travail dégradées

-face aux mépris de la hiérarchie

-face aux externalisations  des missions de service public;

-face à l'impossibilité  pour les agents  de maintenir le service rendu au public;

face à la perte même du sens du sens au travail;

- face à la destruction  du collectif  de travail;

-face à la souffrance  et à la colère  des agents, voire de la désespérance;

Face à ce rouleau compresseur : disons stop !!

Nous ne pouvons continuer comme celà!

Stop! au suppressions  d'emplois et des postes entraînées par la RGPP, en particulier des emplois de cathégorie C:Dans les services emploi où les missions  sont externaliséses , les agents  sont ainsi balladés  de service en service, comme des pions , sans garantie sur leur avenir; dans les services support la mutualistion  entraîne  en plus un appauvrissement  des tâches et la fin  d'un service  de proximité pour les collégues; dans les secrétariats  qui sont de plus en plus amenés à travailler  dans des poools- pour tous et toutes il s'agit  d'une véritable  dégradation  des conditions de travail, d'une dévalorisation  du travail , qui rejaillit  sur toutes les cathégories.

Tous ensemble nous exigeons :

l'arrêt de la RGPP et des suppressions  de postes  et le recrutement  des agents par voie de concours , en priorité de la cathégorie C

Stop à l'externalisation des missions et à leur mutualisation  ( renseignements - accueil du public- service emploi , etc...)

Tous ensemble nous exigeons :

abandon de toutes les opérations immobilières qui dégradent les conditions  d'acccés du service publique

Toutes les nouvelles mesures de la RGPP2 qui seront mises en place dans les DirECCTE

 

Toutes les nouvelles mesures de la RGPP2 qui seront mises en place dans les DirECCTE

Lors du conseil des ministres du 30 juin 2010, le gouvernement a dévoilé 150 nouvelles mesures de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Elles s’ajoutent au 374 déjà en vigueur. Elles s‘insèrent dans le plan de rigueur et doivent rapporter 10 milliards d’euros au budget de l’Etat d’ici à 2013. Jamais concertées, jamais débattues, ni au Parlement, ni avec les élus locaux, ni avec les organisations syndicales, ces décisions ont été élaborées en catimini par quelques hauts fonctionnaires et des conseillers privés (dont certains sont directement intéressés par la privatisation de missions de l’État du fait de l’activité, passée et à venir, de leurs sociétés).

Après la casse des services réalisée par l’acte 1 de la RGPP, ces nouvelles mesures sont moins structurelles (sauf à tenter de regrouper encore un peu les quelques ruines issues des destructions orchestrées depuis décembre 2007) mais visent plus de nouvelles mutualisations, fusions, rationalisations et dématérialisations.

LES PRINCIPALES MESURES :

Secteurs communs finances et emploi

- 1. simplifier le recrutement des apprentis
- 2. mutualiser et rationaliser les fonctions supports des Direccte en ce qui concerne les achats, les ressources humaines, le budget et les finances
- 3. alléger et rationaliser les démarches administratives du champ emploi des Direccte (chômage partiel, gestion des indus, contrôle de la recherche d’emploi, contrats d’apprentissage et de professionnalisation, travailleurs handicapés, agrément des services d’aide à la personne)
- 4. alléger les obligations déclaratives des entreprises et des salariés, notamment par la réutilisation de données, et rationaliser les processus métiers du champ travail des Direccte (rupture conventionnelle de contrat, accords collectifs d’entreprise

Secteur travail
- 5. rationaliser les fonctions supports de l’inspection du travail et harmoniser les méthodes de travail

Secteur économie, industrie et emploi

6. optimiser le pilotage national en matière d’hygiène alimentaire,
- 7. optimiser le programme de contrôle de la DGCCRF,
- 8. rationaliser les fonctions support et le secrétariat général de la DGCIS.

A ce nouveau train de mesures s’ajoutent les prévisions budgétaires pour 2011, avec la poursuite du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et la baisse de 10% des crédits de fonctionnement. Dans tous les cas, l’objectif idéologique demeure : supprimer des emplois publics et rendre les services publics de l’Etat inopérants afin de mieux privatiser les missions ensuite.

Crédits et emplois pour 2011 : Une cure de rigueur sans précédent !

Le premier document budgétaire, pour l’exercice 2011, permet déjà d’évaluer les efforts qui seront demandés aux différents ministères tant sur le plan des crédits que de l’emploi.. Cette austérité se cumule avec les mesures de la RGPP1 et 2, détaillées par ailleurs.

1. L’emploi

Dans la suite de la logique gouvernementale du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, presque tous les ministères voient leurs emplois diminuer à l’exception de la justice, et des services du premier ministre ( !).

- • Ministère du travail, de la solidarité et de la fonction publique :
- 272 pour 21 176 agents équivalents temps plein

- • Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi :
- 273 pour 15 097 agents équivalents temps plein.

2. Les crédits

Le gouvernement va baisser les crédits de plus de la moitié des missions de l’Etat, pour le travail et l’emploi, cette baisse interviendra en 2012.

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