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La tyrannie la plus redoutable n'est pas celle qui prend figure d'arbitraire, c'est celle qui nous vient couverte du masque de la légalité." Albert Libertad

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le blog du laboratoire anarchiste

File:Wooden Shoe.svg
17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 01:51
Revenons encore la'abandon de l'usine Reynolds et à nouveau le capitalisme Etats unien  prenne de la distance contre lesalariat français, l'usine Toussaint wilbis ex spit s'en va de bourg les Valence. Le capitalisme n'a pas de frontières et la région ne leur plaise pas où alors est ce d'autres raisons?
Pour cette raison cherchons mieux , la cause pour s'armer pour se défendre, la meilleure défense c'est l'attaque


Chacun a en mémoire les graves difficultés rencontrées depuis deux ou trois ans par plusieurs grandes sociétés américaines, dont l’emblématique General Motors, face à l’obligation de provisionner leurs engagements en matière d’assurance-santé de leur retraités.

Après avoir précédemment subi les avanies des fonds de pensions, pour des raisons voisines, ces entreprises, qui n’avaient absolument pas anticipé que le vieillissement coûte aussi, et d’abord, en matière de soins et de traitements divers, ont désormais tiré la sonnette d’alarme. Même le très libéral gouverneur Schwarzenegger vient de se convertir bruyamment à la « protection santé universelle », déclenchant un beau tollé dans son camp.

Comme le rappelle Laetitia Maelhes dans un excellent article des Echos datés du 25 janvier, il n’est jusqu’à George W. Bush qui ne déclare sa volonté d’augmenter les crédits fédéraux destinés au systèmes sociaux, dans son dernier discours sur l’Etat de l’Union. Même sous le sourcilleux regard de Nancy Pellosi, pareil revirement peut surprendre.

Il y a donc bien le feu à la maison américaine. Effectivement, près de la moitié des citoyens se trouvent dépourvus d’une assurance-maladie au moins temporairement sur une année, tandis que 15% en sont privés de manière permanente. Les primes s’envolent, pouvant représenter jusqu’à une année de salaire pour un salarié ayant à couvrir un ménage de quatre personnes. Outre une désocialisation massive des dépenses, on constate que les employeurs se désengagent aussi quand ils le peuvent encore, les plus petits étant les premiers touchés, avec une recrudescence massive des faillites pour ce motif. Quant aux gros, on l’a vu, ils s’enfoncent dans le rouge, sous le coup de cette tendance conjuguée du vieillissement de la population et de la croissance des coûts.

On se souvient qu’Hillary Clinton, chargée par son président et mari de traiter ce dossier, dut y renoncer en 1994, face au poids des oppositions, notamment républicaine, qui se firent alors jour. Le paradoxe serait évidemment qu’elle y parvienne dans un avenir proche, comme Chef de l’Etat à son tour, et aille même au devant d’un fort inattendu consensus politique, tant le désarroi de la droite américaine est abyssal et les attentes des employeurs angoissées.

Sur cette voie, il n’est pas exclu que notre bon vieux modèle de sécurité sociale, tant décrié par quelques visiteurs furtifs de l’actuel hôte de la Maison-Blanche, ne retrouve un lustre réel outre-atlantique, au point de renforcer plus encore la communauté des enjeux présidentiels actuels entre la France et les Etats-Unis.

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15 mars 2007 4 15 /03 /mars /2007 05:58
Zhushan, Hunan, Chine - dans un village du centre de la Chine, une émeute a éclaté contre l'augmentation du prix des transports bus, et celle ci a commencé lorsque un chauffeur de transport a réclamé le payement des billets avec l'augmentation et le paiement d'une taxe pour les bagages volumineux, et 200000personnes partent en émeute et on relève plus de 60 morts par la police, la population entoure la maison du gouverneur et brule 9 voitures de police et s'attaque à plusieurs autobus et les fonctionaires du gouvernement annoncent la baisse du prix des billets en dessous  du prixde la dernière augmentation
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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 22:46
note: le collectif de la bibliothéque du Laboratoire anarchiste recherche atuellement sur valence, les personnes qui ont des témoignages sur la communauté ouvriére de Boimondeau
cette communauté a été formée après la guerre de 1940 par des résistants du vercors
Cette histoire qui nous appartient , a été gommée par le travail de gomage historique et de la mémoire  de cette ville, les ouvriers  de cette ville l'histoire collective et de luttes ont été soigneusement détruite pour asseoir le pouvoir des patrons locaux et permettre à la bourgeoisie de créer une ville à vendre ( texte ci dessous issus de la revue interrogations),  le groupe se réunit tous les mercredis dés 18h,et est ouvert aux personnes qui veulent , dans le but défini


Plusieurs travaux ont montré que la connaissance de la position sociale des ascendants est inégalement distribuée : selon que l’on soit ouvriers qualifiés ou non qualifiés, paysan, appartenant aux classes moyennes parisiennes ou à la bourgeoisie, l’amplitude de cette connaissance peut varier de trois à sept générations. Tout comme il existe une mémoire sociale, il existe un oubli social : de transmettre, de recevoir. Cet oubli est fonctionnel, c’est-à-dire qu’il prend place dans les rapports sociaux de transmission inter-générationnels, et qu’il est fonction du rôle de la mémoire dans la socialisation.
Cet article s’insère dans une étude plus vaste sur la mobilité sociale ouvrière. Nous examinerons dans celui-ci quels sont les caractères des groupes sociaux qui oublient la position sociale de leurs grands-parents, ainsi que la relation entre l’oubli et l’amplitude de la mobilité sociale. Nous terminerons sur les explications et ses fonctions, négatives et positives. Positive, lorsqu’il délivre d’une appartenance et ouvre la possibilité de trajets sociaux nouveaux ; négative, lorsqu’il constitue un handicap et se transforme en névrose de répétition et nécessite des formes de remédiation.

Mots-clefs: Mémoire sociale, oubli, transmission, génération,socialisation.

Summary

Workers without inheritage
Several works have shown that according to your professional position, that is to say whether you are a blue-collar worker a skilled worker, a peasant or a member of Parisian middle or upper middle class your knowledge of your ancestors’ social position may vary from three to seven generations. Thus as there is a social memory there is also a social oblivion of passing on and of receiving. Oblivion is useful that is to say that it takes place in the social relationships of passing on between various generation and that it depends on the role attributed to memory in the way we socialize. This article comes within a large survey about social mobility among the working class. This survey will study the characteristics of the social groups don’t know anything about their grand-parents’ social position and the relation ship between oblivion and the range of the social mobility.
In final analysis we will study the rationale and its negative et positive functions. Oblivion is a positive thing when it gives you the opportunity to leave a certain social class and then makes it possible for you to have access to a different social category. It is a negative thing when it is an handicap and turns into a neurosis of repetition compulsion and requires certain means of remedial work.

Key words : Social memory, oblivion, passing on, socialization, generation.

Introduction

Plusieurs travaux ont montré l’inégale répartition de la profondeur de la mémoire généalogique: si la bourgeoisie bénéficie actuellement de la plus grande profondeur (sept générations, soit le maximum anthropologique selon Françoise Héritier) et de la plus grande étendue(1), les classes moyennes se situent dans une position intermédiaire (idem) tandis que la paysannerie(2) et la classe ouvrière ont la plus grande méconnaissance de leurs origines(3). Ceci était déjà pressenti par Maurice Halbwachs lorsqu’il écrivait : « La mémoire collective remonte dans le passé jusqu'à une certaine limite, plus ou moins éloignée d'ailleurs suivant qu'il s'agit de tel ou tel groupe »(4).

Comment se construit cette mémoire sociale en milieu ouvrier ? Nous verrons dans un premier temps les conditions de construction d’un concept d’oubli social familial. Dans un second temps, nous analyserons les données relatives à une population ouvrière sidérurgiste dont l’entreprise a fermé ses portes en 1993 (N=244). Nous distinguerons la population ouvrière ayant connaissance de la profession des grands-parents de celle qui l’ignore, en la mettant en relation avec le statut, le diplôme, le type d’alliance, la descendance et le devenir familial. Enfin, nous dégagerons des pistes pour expliquer les mécanismes à l’origine de l’oubli social, et les problèmes théoriques que cela pose : s’agit-il d’une pathologie sociale, dysfonctionnelle par nature, c’est-à-dire porteuse d’anomie nécessitant une remédiation?
Ou bien, seconde piste, résulte-t-il d’une nécessité fonctionnelle, et si oui, est-il porteur d’une évolution sociale familiale positive ? Sinon, tout fonctionnel soit-il, s’agit-il d’un problème social auquel il convient de remédier ?

Plusieurs travaux ont montré que la connaissance de la position sociale des ascendants est inégalement distribuée : selon que l’on soit ouvriers qualifiés ou non qualifiés, paysan, appartenant aux classes moyennes parisiennes ou à la bourgeoisie, l’amplitude de cette connaissance peut varier de trois à sept générations. Tout comme il existe une mémoire sociale, il existe un oubli social : de transmettre, de recevoir. Cet oubli est fonctionnel, c’est-à-dire qu’il prend place dans les rapports sociaux de transmission inter-générationnels, et qu’il est fonction du rôle de la mémoire dans la socialisation.
Cet article s’insère dans une étude plus vaste sur la mobilité sociale ouvrière. Nous examinerons dans celui-ci quels sont les caractères des groupes sociaux qui oublient la position sociale de leurs grands-parents, ainsi que la relation entre l’oubli et l’amplitude de la mobilité sociale. Nous terminerons sur les explications et ses fonctions, négatives et positives. Positive, lorsqu’il délivre d’une appartenance et ouvre la possibilité de trajets sociaux nouveaux ; négative, lorsqu’il constitue un handicap et se transforme en névrose de répétition et nécessite des formes de remédiation.

Mots-clefs: Mémoire sociale, oubli, transmission, génération,socialisation.

haut de page

Introduction

Plusieurs travaux ont montré l’inégale répartition de la profondeur de la mémoire généalogique: si la bourgeoisie bénéficie actuellement de la plus grande profondeur (sept générations, soit le maximum anthropologique selon Françoise Héritier) et de la plus grande étendue(1), les classes moyennes se situent dans une position intermédiaire (idem) tandis que la paysannerie(2) et la classe ouvrière ont la plus grande méconnaissance de leurs origines(3). Ceci était déjà pressenti par Maurice Halbwachs lorsqu’il écrivait : « La mémoire collective remonte dans le passé jusqu'à une certaine limite, plus ou moins éloignée d'ailleurs suivant qu'il s'agit de tel ou tel groupe »(4).

Comment se construit cette mémoire sociale en milieu ouvrier ? Nous verrons dans un premier temps les conditions de construction d’un concept d’oubli social familial. Dans un second temps, nous analyserons les données relatives à une population ouvrière sidérurgiste dont l’entreprise a fermé ses portes en 1993 (N=244). Nous distinguerons la population ouvrière ayant connaissance de la profession des grands-parents de celle qui l’ignore, en la mettant en relation avec le statut, le diplôme, le type d’alliance, la descendance et le devenir familial. Enfin, nous dégagerons des pistes pour expliquer les mécanismes à l’origine de l’oubli social, et les problèmes théoriques que cela pose : s’agit-il d’une pathologie sociale, dysfonctionnelle par nature, c’est-à-dire porteuse d’anomie nécessitant une remédiation?
Ou bien, seconde piste, résulte-t-il d’une nécessité fonctionnelle, et si oui, est-il porteur d’une évolution sociale familiale positive ? Sinon, tout fonctionnel soit-il, s’agit-il d’un problème social auquel il convient de remédier ?


Plusieurs travaux ont montré que la connaissance de la position sociale des ascendants est inégalement distribuée : selon que l’on soit ouvriers qualifiés ou non qualifiés, paysan, appartenant aux classes moyennes parisiennes ou à la bourgeoisie, l’amplitude de cette connaissance peut varier de trois à sept générations. Tout comme il existe une mémoire sociale, il existe un oubli social : de transmettre, de recevoir. Cet oubli est fonctionnel, c’est-à-dire qu’il prend place dans les rapports sociaux de transmission inter-générationnels, et qu’il est fonction du rôle de la mémoire dans la socialisation.
Cet article s’insère dans une étude plus vaste sur la mobilité sociale ouvrière. Nous examinerons dans celui-ci quels sont les caractères des groupes sociaux qui oublient la position sociale de leurs grands-parents, ainsi que la relation entre l’oubli et l’amplitude de la mobilité sociale. Nous terminerons sur les explications et ses fonctions, négatives et positives. Positive, lorsqu’il délivre d’une appartenance et ouvre la possibilité de trajets sociaux nouveaux ; négative, lorsqu’il constitue un handicap et se transforme en névrose de répétition et nécessite des formes de remédiation.

Mots-clefs: Mémoire sociale, oubli, transmission, génération,socialisation.

Workers without inheritage
Several works have shown that according to your professional position, that is to say whether you are a blue-collar worker a skilled worker, a peasant or a member of Parisian middle or upper middle class your knowledge of your ancestors’ social position may vary from three to seven generations. Thus as there is a social memory there is also a social oblivion of passing on and of receiving. Oblivion is useful that is to say that it takes place in the social relationships of passing on between various generation and that it depends on the role attributed to memory in the way we socialize. This article comes within a large survey about social mobility among the working class. This survey will study the characteristics of the social groups don’t know anything about their grand-parents’ social position and the relation ship between oblivion and the range of the social mobility.
In final analysis we will study the rationale and its negative et positive functions. Oblivion is a positive thing when it gives you the opportunity to leave a certain social class and then makes it possible for you to have access to a different social category. It is a negative thing when it is an handicap and turns into a neurosis of repetition compulsion and requires certain means of remedial work.

Key words : Social memory, oblivion, passing on, socialization, generation.

Introducti

Plusieurs travaux ont montré l’inégale répartition de la profondeur de la mémoire généalogique: si la bourgeoisie bénéficie actuellement de la plus grande profondeur (sept générations, soit le maximum anthropologique selon Françoise Héritier) et de la plus grande étendue(1), les classes moyennes se situent dans une position intermédiaire (idem) tandis que la paysannerie(2) et la classe ouvrière ont la plus grande méconnaissance de leurs origines(3). Ceci était déjà pressenti par Maurice Halbwachs lorsqu’il écrivait : « La mémoire collective remonte dans le passé jusqu'à une certaine limite, plus ou moins éloignée d'ailleurs suivant qu'il s'agit de tel ou tel groupe »(4).

Comment se construit cette mémoire sociale en milieu ouvrier ? Nous verrons dans un premier temps les conditions de construction d’un concept d’oubli social familial. Dans un second temps, nous analyserons les données relatives à une population ouvrière sidérurgiste dont l’entreprise a fermé ses portes en 1993 (N=244). Nous distinguerons la population ouvrière ayant connaissance de la profession des grands-parents de celle qui l’ignore, en la mettant en relation avec le statut, le diplôme, le type d’alliance, la descendance et le devenir familial. Enfin, nous dégagerons des pistes pour expliquer les mécanismes à l’origine de l’oubli social, et les problèmes théoriques que cela pose : s’agit-il d’une pathologie sociale, dysfonctionnelle par nature, c’est-à-dire porteuse d’anomie nécessitant une remédiation?
Ou bien, seconde piste, résulte-t-il d’une nécessité fonctionnelle, et si oui, est-il porteur d’une évolution sociale familiale positive ? Sinon, tout fonctionnel soit-il, s’agit-il d’un problème social auquel il convient de remédier ?

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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 22:30
note: pour répondre au paysan de la conf Drome,
on aimerait  pour s'installer dans ce département passer outre q les fourches des verts , attacs et Rabhi, on n'est pas jeune, on ne veut pas obligatoirement participer au grand jeu concour la  Drome "premier département bio de France", merci aux spéculateurs immobilliers qui vendent de l'espace touristique, et font grimper les prix et  permet au lobby nucléaire de faire croire que les anti nucléaires sont desdoux réveurs et des grands escrocs . ci dessous article pris dan CQFD


DANS LE GARD, DES PAYSANS PAS BÊCHEURS ACCUEILLENT LES RÉFRACTAIRES

SE METTRE AU VERT ET PRENDRE LE MAQUIS

Mis à jour le :15 avril 2005. Auteur : Gilles Lucas.

Bosser la terre sans s’abrutir, expérimenter l’entraide, s’affranchir des banques, des institutions et des « agro-managers » chers à Bruxelles, c’est possible. Dans le Gard, un membre de la Confédération paysanne, Lirio Valls, aide à l’installation de candidats à une vie champêtre non soumise aux lois de la consommation. Entretien.

Tu vois débarquer des gens qui ne veulent pas passer par le parcours habituel : école d’agriculture, brevet professionnel, dotations et emprunts bancaires... Qui sont ces nouveaux paysans réfractaires ?

Lirio Valls : Ce que l’on appelle l’installation « hors norme » est souvent le résultat d’un choix, d’un goût, et parfois d’une nécessité pour ceux qui sont trop vieux. En général, ce sont des gens qui en ont marre des villes, qui n’ont pas d’argent, qui ont fait plein d’autres choses auparavant dans leur vie, ou encore qui décident de ne pas se prêter aux exigences imposées par les institutions. Beaucoup sont des Rmistes qui ont envie de prendre le large. 80 % d’entre eux ne viennent pas du monde rural et n’ont aucun moyen. Les banques les rejettent. Ils sont le plus souvent seuls, arrivent dans des coins où ils ne connaissent personne. À travers l’Association pour le développement et l’emploi agricole et rural du Gard (ADEARG), nous avons passé un protocole avec le conseil général qui nous permet de recevoir les Rmistes qui veulent se frotter à l’agriculture. La condition étant que leur projet ne cherche pas à s’inscrire dans une agriculture industrielle. Bien sûr, il faut que le nouveau venu ait déjà la possibilité d’utiliser un peu de terre : fermage, location, etc. Et que son projet soit viable, c’est-à-dire qu’il lui assure de quoi manger. Ce qu’il fait à côté n’est pas notre problème.

Il y a de la place pour tout le monde ?

En dix ans, le nombre de paysans dans le Gard a diminué de moitié, il est passé de douze mille à six mille. Ce mouvement de disparition est encouragé par l’Union européenne, qui table sur une population de deux cent mille « agro-managers » dans toute l’Europe. Ce que nous voulons, c’est favoriser l’installation des gens dans les campagnes. Mais pas n’importe comment.

Une fois le Rmiste installé, est-ce que le conseil général n’en profite pas pour lui couper son allocation ?

On se bat là-dessus. On demande au conseil général que le RMI soit maintenu tant que l’activité du nouvel installé lui rapporte moins de 1 000 euros par mois. Régulièrement, on reçoit des coups de fil de contrôleurs du conseil général pour tel ou tel gars dont on est tuteur. Ils insistent pour le sortir du RMI sur la base du fait qu’il semble gagner environ 400 euros par mois... Ils veulent épurer les statistiques. Pour nous, c’est une bataille parmi d’autres.

(GIF)

Avec le RMI, est-ce qu’on peut aller très loin quand on veut planter des carottes ?

Pour monter son projet, on met le gars en contact avec un « financeur solidaire ». C’est un organisme qui fonctionne avec la « partie sociale » de certaines banques, ces fonds qu’elles doivent mettre de côté dans le cadre de l’aide à l’insertion. Ce financeur prête de l’argent, jusqu’à 4 000 euros avec un intérêt de 0 %. Ce qui fait sourire les partisans de l’agriculture extensive comme la FNSEA, qui affirment qu’on ne peut rien faire avec aussi peu d’argent... Le gars doit rembourser sur trois ans. Quelques paysans installés font office de caution. Puis on lui propose ce qu’on appelle un tutorat : un paysan en activité depuis plus de trois ans va l’aider à chaque étape de son installation, financement, connaissance juridique, comptabilité, etc. On le suit, on l’aide.

Quel genre d’aides vous lui apportez ?

Cela dépend des associations, qui ne sont pas toutes liées à la Conf’. Il y a le Comité d’action juridique (CAJ), qui se propose de ne pas laisser entre les seules mains des avocats les questions de droit auxquelles on se trouve régulièrement confronté. Les avocats sont chers. À nous de tenter de nous réapproprier le droit et de nous en servir. Une autre association est destinée à mutualiser les connaissances en comptabilité, histoire que le gars ne soit pas seul dans son coin à se battre avec les chiffres. Et puis aussi on apporte une aide concrète sur le terrain. Un jour, un jeune gars dont j’étais le tuteur m’appelle en urgence parce que son puits était à sec. Plus d’eau pour ses animaux. Il me dit qu’il y a une rivière à six cents mètres de chez lui. Il se procure rapidement les six cents mètres de tuyau. On y va à plusieurs, on installe les tuyaux, un copain prête une pompe. Au bout de quelque temps, le propriétaire du terrain traversé par cette installation commence à se plaindre. C’est moi, paysan connu dans le coin, qui y vais, pas le jeune gars. On discute, je calme l’histoire. À plusieurs, on fait une tranchée pour enterrer les tuyaux. Mais le propriétaire a déjà appelé la direction départementale de l’Agriculture pour signaler qu’un pompage en rivière est fait sans autorisation... Comme on connaît pas mal de monde, la DDA traîne à faire un contrôle. Et en bonne entente, tout finit par s’arranger. Bien sûr, c’est une histoire assez banale, mais ce genre d’entraide est déjà une réussite.

À t’écouter, on pourrait croire que ce qu’il manque, c’est simplement un peu d’huile dans les rouages déjà existants...

Évidemment que non ! Il y a aussi des combats directs où on tente de créer un rapport de forces sans compter sur les intermédiaires institutionnels. Par exemple, ce combat autour de la Cisternette, dans le sud du Larzac, où un jeune berger s’est installé avec ses trois cent cinquante brebis. Comme la ferme et ses six cents hectares étaient inexploités depuis un bail, le berger, David Perrier, avait entrepris des démarches pour faire appliquer la loi sur « les terres incultes ». Sans résultat. Avec le soutien de la population, d’élus locaux et de la Conf’, il a donc décidé d’occuper les terres et la maison en avril 2002. Et la valse des procédures a commencé. Les propriétaires ont porté plainte en arguant de l’existence d’un bail, qui était totalement confus. Après six mois d’occupation, la cour d’appel a jugé non recevable la demande d’expulsion. Après un recours en cassation, la cour d’appel a pris un nouvel arrêt exactement inverse au précédent et a ordonné l’expulsion du berger. Une sorte de coalition s’est alors dressée contre ce paysan sans terre. Des organismes qui prétendent défendre les paysans, comme la SAFER, et la MSA ont participé à la curée, en multipliant les retards et oublis, cherchant des subtilités administratives, etc. La FDSEA a versé de l’huile sur le feu en revendiquant l’exploitation de la Cisternette pour le compte d’un de ses adhérents. Après deux ans d’occupation, le 30 mars 2004, David Perrier a été expulsé. Nous avions été présents pendant tout ce combat. On a perdu. J’assume cet échec.

Et des victoires ?

Oui, on peut gagner aussi, comme à Arpaillargues, dans l’est du Gard, où un agriculteur souhaitait construire sa maison. Mais le maire avait décidé que le terrain n’était pas constructible, bien que la loi autorise un agriculteur à bâtir lorsqu’il dispose au minimum d’un hectare et qu’il satisfait aux exigences d’hygiène (arrivée d’eau et fosse septique). Quelques dizaines d’adhérents de la Conf’ et de syndicalistes se sont alors rassemblés pour venir soutenir le paysan et sa famille. On était nombreux aussi à lui filer un coup de main pour les travaux. On a fait de l’information locale et on est intervenu auprès des institutions chargées de l’aménagement du territoire et de l’agriculture. Sans parler des fêtes, des manifs, etc. En avril 2004, moins d’un an après le début de cette bagarre, le permis de construire a été finalement délivré.

(GIF)

Qu’est-ce que tu penses de la perspective : « La terre à ceux qui la travaillent » ?

Toutes ces notions ont beaucoup changé... Entre les quelques arpents que pouvait travailler un paysan avant le tout-mécanique et les dizaines d’hectares dévolus au céréalier d’aujourd’hui, la question ne se pose plus dans les mêmes termes. «  La terre à ceux qui la travaillent » est devenue très ambiguë. Ce qui nous importe, c’est comment il la travaille, et avec quelle éthique. Personnellement, je suis opposé au salariat. C’est exploiter l’individu, faire du profit sur son dos. Mais cet avis n’est pas partagé par tous ceux avec qui je suis engagé. C’est un débat... Il y a beaucoup de terres non cultivées depuis des années. Vu la demande, ce serait logique que ceux qui en ont besoin ou envie puissent s’y installer. La loi dite « des terres incultes » reconnaît à chacun le droit de cultiver une terre si celle-ci n’a pas été travaillée depuis trente ans. Mais elle n’est pas appliquée. Si le propriétaire ou détenteur du terrain passe un coup de gyro-broyeur tous les trente ans, ça lui suffit pour se couvrir. Même dans le cas où la loi serait applicable, les filtres sont si nombreux qu’elle reste dans les cartons.

Quels sont, pour vous, paysans installés et nouveaux paysans, les débouchés pour votre production ?

Dans le coin, on est dix-sept paysans à avoir monté une coopérative de vente. On loue un local dans le bourg le plus proche et on y vend exclusivement ce qu’on produit. Chacun à tour de rôle tient la boutique. Tout est discuté. Les maraîchers comme moi, par exemple, se réunissent chaque année pour faire des plans de culture, histoire que chacun favorise ce qui marche le mieux selon son savoir-faire et les qualités de son terrain, sans se mettre en concurrence. Les gens qui se fournissent à la boutique savent qui fait quoi. Et puis on extrait 1 % des bénéfices qu’on met dans une caisse collective destinée à venir en aide aux coopérateurs en difficulté. On préfère unir les producteurs plutôt que de laisser chacun s’arranger de son côté avec les consommateurs, comme c’est le cas pour les Amap [associations pour le maintien d’une agriculture paysanne]. Dans l’agriculture comme ailleurs, toutes les dérives sont possibles, aussi bien au niveau de la loi que des tentatives nouvelles de liens directs - risques de production extensive pour répondre à la demande, par exemple. Diversifier les productions et peupler les campagnes sont des objectifs qui nous sont essentiels. Cela passe par des liens et des réseaux, mais aussi par une distribution locale des produits, pour réduire le plus possible le transport et les intermédiaires et tenter de contourner le « marché ».

Y a-t-il d’autres endroits où se développent des activités du même genre ?

Il y a une assez grande différence entre le nord et le sud. C’est surtout dans le sud que se développent les petites exploitations opposées à l’agriculture intégrée et surmécanisée. Mais ces initiatives s’étendent aussi en Bretagne, par exemple. On avance...

Finalement, est-ce que les systèmes que vous mettez en place ne sont pas juste des niches parfaitement digérables par les structures dominantes ?

On s’améliore la vie tout en conservant notre éthique. Toutes ces associations fonctionnent de manière horizontale et en faisant tourner les tâches. Pour moi et d’autres, ça va dans le sens de notre volonté de changer le monde. On expérimente des nouvelles formes d’organisation et de rapports sociaux. C’est aussi mon histoire : je suis d’origine catalane et andalouse, mon père était à la CNT et mon grand-père a activement participé à la commune libertaire de Gimeneis, en Catalogne, quand les terres ont été redistribuées après le 18 juillet 1936 et qu’on a assisté à des tentatives de supprimer l’argent. Je pense que nous avons une responsabilité devant l’histoire. C’est dans l’histoire que la question de plus en plus pressante de la légalité et de la légitimité trouve ses éclaircissements. Je sais que ce sont des mots usés qui semblent venir d’un autre temps, mais je considère que l’activité que je mène est révolutionnaire.

Propos recueillis par Gilles Lucas dans CQFD n°22, avril 2005.

(GIF)



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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 16:14

note: texte mis par la future bibliothéque du laboratoire
texte donné par le collectif anti raciste Yaa Basta de Lausanne
et le collectif féministe

Le Honduras se trouve en plein milieu du Plan Puebla Panama, méga-projet
néolibéral qui convertit le Mexique et l’Amérique centrale en énome zone franche
de prodution industrielle pour l’exportation. Les « maquilas », usines textiles,
électroniques ou d’assemblage, emploient en Amérique centrale en moyenne 70% à
90% de main d’œuvre féminine. Les maquilas sont des zones de non-droit du point
de vue des conditions de travail, droits humains et syndicaux. La Codemuh,
organisation féministe composée de militantes et de travailleuses des maquilas,
se bat pour la défense des droits des ouvrières et contre la violence aussi bien
au travail que dans la sphère familiale.


Concurrence impitoyable, travailleuses exploitées
Chasse aux syndicats dans les « maquilas » du Guatemala

 

Pris au piège des usines de sous-traitance - les « maquilas » -, les travailleurs centraméricains subissent de plein fouet les dérives de l’économie mondialisée. Déjà soumis à une exploitation éhontée, ils sont à présent menacés, s’ils tentent de défendre leurs droits, de voir leurs entreprises délocalisées et leurs emplois échoir à de plus pauvres qu’eux, en Chine. Au Guatemala, comme au Salvador, leurs luttes ne peuvent aboutir que si, mondialisant à leur tour la résistance, les consommateurs du Nord font preuve de solidarité.

par Philippe Revelli

Tôt le matin à Villa Nueva, une banlieue populaire de Guatemala Ciudad, les marchandes ambulantes se postent à l’entrée des entreprises de sous-traitance travaillant pour l’exportation - les maquilas [1]. Derrière leurs marmites fumantes, ces modestes commerçantes guettent l’arrivée des bus bondés d’ouvrières. Les femmes qui en descendent, souvent jeunes, viennent des quartiers populaires, mais leur mise est toujours soignée. Certaines s’arrêtent le temps d’avaler en silence une bouillie de maïs brûlante, puis se dépêchent de gagner leur poste. Des vigiles bouclent derrière elles les portes de l’entreprise.

Au Guatemala, comme dans toute l’Amérique centrale, le boum des maquilas remonte aux années 1990. Après plus d’une décennie de guerres civiles, dans ce pays comme au Nicaragua et au Salvador, la paix est de retour dans une région que la proximité géographique des Etats-Unis, des salaires inférieurs à ceux du Mexique et des avantages fiscaux exorbitants [2] rendent particulièrement attractive pour les entreprises de confection. En outre, depuis 1984, Washington octroie aux pays centraméricains la possibilité d’exporter pratiquement sans restriction vers les Etats-Unis les vêtements fabriqués dans la région.

Pour les entreprises asiatiques, dont les exportations à partir du pays d’origine sont encore limitées par des quotas, l’Amérique centrale devient une plate-forme d’accès privilégié au marché américain. Dans le même temps, affectée par la chute des cours du café et autres produits d’exportation, l’agriculture de la région fait les frais des mesures d’ajustements structurels imposées par les instances financières internationales. De rurale, l’Amérique centrale devient « maquilera ».

Quelque 350 000 salariés, dont trois quarts de femmes, travaillent actuellement dans les maquilas centraméricaines. Ce secteur représente 58,7 % du total des exportations du Salvador, 47,2 % pour le Honduras, 58 % pour le Nicaragua, 18 % pour le Guatemala, et les gouvernements en place le présentent comme un moteur du développement régional [3]. Pourtant, son apport à l’économie nationale doit être relativisé : les matières premières sont importées et les maquilas, qui ne paient pas d’impôts, ne contribuent nullement aux revenus de l’Etat. Quant aux emplois, ils sont instables, peu qualifiés et mal rémunérés.

Depuis le 1er janvier 2005, le système de quotas limitant les exportations de vêtements vers les marchés américain et européen a pris fin, faisant planer sur les maquilas centraméricaines la menace de... la concurrence chinoise. Au siège de l’organisation patronale Vestex, à Guatemala Ciudad, un optimisme mesuré est pourtant de rigueur : « Nous ne pouvons rivaliser avec la Chine en termes de coût salarial, reconnaît Mme Carla Caballeros, mais la situation géographique du Guatemala reste un atout majeur, et la reconversion des entreprises au “paquet complet” [un mode de production intégré qui regroupe dans une même entreprise les différentes étapes de la chaîne de production] est déjà très avancée. Or, dans le secteur de la mode, où les délais de livraison imposés par nos clients sont de plus en plus courts, rapidité d’accès au marché et vitesse de réaction sont devenus les maîtres mots. » Entre la commande et la livraison du produit fini aux Etats-Unis, le délai est de deux mois pour les entreprises installées en Asie, mais seulement de deux semaines pour une maquila guatémaltèque.

Toutefois, se plaint Mme Caballeros, cet avantage ne suffit pas : « Nous avons besoin que le gouvernement nous aide à rendre le pays plus attractif pour les investisseurs étrangers. Par exemple, en allégeant les formalités douanières, dont la pesanteur constitue un handicap pour le Guatemala par rapport aux autres pays de la région. » Au Salvador, en revanche, c’est le coût de l’électricité fournie aux entreprises qui serait trop élevé ! La vice-présidente Vilma Escobar préconise, elle, de « réduire les tarifs et d’investir dans l’énergie hydroélectrique [4] ».

Présenté comme un projet de développement durable et intégral, mais s’insérant surtout dans le cadre des traités de libre commerce, sans aucune considération sociale ou écologique, le Plan Puebla Panamá (PPP) prévoit justement la construction de plusieurs dizaines de centrales hydroélectriques à travers toute la région méso-américaine et l’intégration du réseau électrique régional [5]. « Tout ce qui contribuera à améliorer la qualité des infrastructures et des services offerts aux entreprises étrangères, considère Mme Caballeros, ne peut qu’avoir un effet positif sur leur implantation dans la région. » Plus importante encore, considère-t-elle, serait la ratification du traité de libre commerce pour l’Amérique centrale (Cafta en anglais) liant économiquement la région aux Etats-Unis. Déjà ratifié par le Salvador, le Honduras et le Guatemala (mais pas encore approuvé par le Congrès américain [6]), ce traité provoque pourtant une levée de boucliers parmi les organisations populaires de la région [7]

Certes, les textes de l’accord proposé à la signature des Etats incluent un chapitre relatif au droit du travail - « avancée » obtenue notamment grâce à la pression des centrales syndicales américaines. « La qualité des relations entre salariés et employeurs est désormais un critère de choix dans la décision des principales marques de s’implanter dans tel ou tel pays ou de travailler avec telle ou telle entreprise, fait d’ailleurs valoir Mme Caballeros. Chaque maquila est désormais tenue de respecter les codes de conduite imposés par ses clients, et les conditions de travail dans ces entreprises n’ont plus rien à voir avec l’image déplorable qu’en véhiculent les médias [8]. »

Aux Etats-Unis, les campagnes de sensibilisation des consommateurs aux conditions de travail dans les maquilas et leur articulation avec l’action du secteur syndical ont en effet contraint la plupart des grandes marques (Gap, Liz Clairborne, Nike, Reebok...) à adopter des codes de conduite - aussitôt érigés en arguments de marketing. Les maquilas doivent désormais se présenter sous un jour acceptable par leurs clients.

Dernière trouvaille de l’organisation patronale guatémaltèque Vestex pour améliorer son image de marque, le système de résolution alternative des conflits (RAC) en est encore au stade de l’expérimentation. Il prévoit la formation - par Vestex ! - de médiateurs « indépendants » et devrait, selon Mme Caballeros, « permettre d’intervenir en amont pour éviter le recours lent et coûteux aux inspections du travail et aux tribunaux ». Secrétaire de la Fédération syndicale des travailleurs de l’alimentation, de l’agro-industrie et industries similaires (Festras), seule centrale syndicale représentée dans les maquilas, M. David Morales s’insurge : « Comment peut-on prétendre être à la fois juge et partie » ? Lui voit dans le RAC « un pas vers la privatisation de la justice ».

Or, dans les maquilas, insultes et violences physiques, licenciements abusifs (notamment d’ouvrières enceintes), harcèlement sexuel, horaires interminables, non-paiement des heures supplémentaires et des prestations prévues par la loi, maintes fois dénoncés, demeurent monnaie courante.

Pour Mme Lucrecia Bautista, coordinatrice du secteur maquilas dans le cabinet d’audit Coverco, ce ne sont pas les carences de la législation qui sont en cause : « Les réglementations centraméricaines en matière de droit du travail sont bonnes, explique-t-elle, mais leurs dispositions sont régulièrement violées dans les maquilas, et il n’existe aucune volonté politique de la part des Etats pour imposer leur application. » Face aux infractions, l’inspection du travail fait ainsi preuve d’une remarquable mansuétude. « Faut-il s’en étonner, s’exclame M. Gabriel Zelada, président du Centre d’études et d’appui au développement local (Ceadel) [9], quand un ministre, interpellé à ce propos, répond qu’il faut à tout prix éviter de décourager les investisseurs ; ou quand on sait que l’inspectrice générale du travail, Mme Aïda Celeste Ayala, est elle-même une transfuge de Vestex et a été formée dans le giron de l’organisation patronale ! En septembre 2004, un inspecteur du travail de Chimaltenango m’a avoué avoir reçu des consignes explicites pour ne rien faire qui puisse déplaire aux patrons de maquilas.  »

Contrairement aux affirmations du patronat, confirme la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) [10], l’ouverture des marchés, l’exacerbation de la concurrence et la « menace chinoise » pourraient bien servir d’argument à ceux qui prétendent augmenter la compétitivité des entreprises en réduisant les coûts sociaux, « au risque de détériorer encore davantage les conditions de travail des ouvrières et ouvriers de maquilas guatémaltèques, déjà soumis à de fortes pressions  ». Outre la réduction du salaire minimum, une étude de l’organisation guatémaltèque des exportateurs (Agexpront) préconise effectivement « une réglementation du travail moins rigide » et la « restriction du pouvoir des syndicats [11] ».

Pour s’assurer la docilité de leur main-d’œuvre, les maîtres des maquilas prétendent éliminer toute trace d’une présence syndicale, déjà bien faible dans les entreprises, et, pour y parvenir, ne se montrent pas regardants sur les moyens. Ouvrière chez Choishin, une maquila de Villa Nueva, à quelques kilomètres de Guatemala Ciudad, Mme Vitalina Ramírez témoigne de la réaction de la direction quand, en 2002, après plusieurs mois de préparation clandestine, une section syndicale est officiellement créée dans l’entreprise : « Plusieurs compañeras ont été séquestrées toute une journée dans le bureau du gérant, qui a tenté de leur faire signer des lettres de démission. Des gros bras de l’entreprise nous suivaient jusqu’à notre porte et nous menaçaient de mort - au Guatemala, ces choses-là ne sont pas à prendre à la légère. Puis la direction a annoncé qu’elle allait fermer l’entreprise, que tout le monde serait licencié, que ce serait à cause du syndicat... Du coup, les autres filles nous insultaient, nous jetaient des pierres et des sachets d’eau. C’était terrible, cela a duré plusieurs semaines, certaines ont craqué. »

La fermeture d’une entreprise « syndicalisée » intervient généralement quand les velléités revendicatives des ouvrières n’ont pu être découragées en amont. Le manque de rentabilité ou le besoin d’une restructuration sont alors invoqués pour justifier la fermeture de l’entreprise... qui rouvre bientôt sous un nouveau nom ou dans un pays voisin. Prévoyant, le gérant de Dong Bang Fashion, une maquila de Chimaltenango, a ainsi pris les devants : « Quand il a entendu parler de syndicat, raconte M. Zelada, il a fait appeler un groupe de travailleurs connus pour appartenir à une mara [bande de délinquants] locale et leur a fait savoir que, si un syndicat se créait dans l’entreprise, ils seraient les premiers licenciés... A eux de voir ce qu’ils avaient à faire. Connaissant la violence de ces bandes, c’était une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des contestataires : il n’y a toujours pas de syndicat chez Dong Bang Fashion. »

La chasse aux sorcières passe aussi par l’inscription des militants notoires ou sympathisants présumés d’une organisation syndicale sur des listes noires que se communiquent les gérants de maquilas. Ces derniers nient généralement l’existence de ces listes. Pourtant, rapporte M. Celada, « le gérant de Rotex [une maquila de Chimaltenango] a reconnu devant moi recevoir régulièrement de telles listes. Il affirmait bien sûr n’en tenir aucun compte »... La liberté d’association est pourtant inscrite dans le code de conduite que les firmes sont censées faire respecter dans les maquilas qui produisent pour elles.

« Quand Liz Clairborne, notre principal client, nous passe commande d’un audit, explique Mme Bautista, nous lui adressons chaque mois un rapport confidentiel. Les atteintes à la liberté d’association font partie des manquements fréquemment signalés dans ces rapports. Mais, si nos recommandations concernant la mise aux normes d’une entreprise sont parfois suivies d’effet quand il s’agit d’installer des sanitaires manquants ou d’aménager une sortie de secours, je ne connais pas de cas de syndicaliste abusivement licencié qui ait été réintégré. Des avertissements sont parfois formulés, mais les maquilas n’en tiennent pas compte, et, au lieu de décider de changer de fournisseur, les marques font valoir qu’il faudrait, au préalable, que l’entreprise pressentie fasse elle-même l’objet d’un audit et que cette démarche serait trop lourde...  »

Résultat du harcèlement dont elles sont victimes, la présence des organisations syndicales dans ce secteur est en recul, et, selon une étude de la Plate-forme syndicale commune centraméricaine [12], seules 45 des 1 212 maquilas opérant en Amérique centrale comptent une section syndicale... Trois seulement sur 236 au Guatemala. Si l’on connaît un exemple de réussite au Salvador [13] (voir ci-dessous), l’exemplarité de ce cas n’a pas échappé aux gérants des maquilas, qui veulent à tout prix éviter la contagion.

Lorsque, à Guatemala Ciudad, les syndicalistes de Nobland International Factory (NB) ont célébré à la porte de l’entreprise le premier anniversaire de leur section syndicale, un groupe de mariachis offrait la sérénade, et, au fur et à mesure qu’elles arrivaient, les ouvrières étaient invitées à partager café et tamales. Certaines se sont laissé convaincre. Pour d’autres, la présence d’un représentant de la direction qui observait la scène, un carnet de notes à la main, et le service de sécurité ostensiblement aligné sur le trottoir d’en face ont eu un effet dissuasif. Après Choishin et Cimatextiles, NB est la troisième maquila « syndicalisée » du Guatemala, et les acquis semblent maigres - hormis un bonus mensuel de 5 quetzales (13 euros) ou l’autorisation d’aller aux toilettes sans en référer à la contremaîtresse, ils se limitent à la reconnaissance de droits déjà inscrits dans le code du travail.

« Nous espérions que l’expérience allait faire tache d’huile, reconnaît Mme Mary Mejia, coordinatrice du Centre de soutien aux travailleuses des maquilas, une émanation de Festras, mais les patrons n’ont pas désarmé et fomentent des divisions qui affaiblissent le syndicat. Notre situation est plus précaire que jamais, et aucune avancée ne sera possible sans la solidarité internationale.  »

NOTES:

[1] Ces entreprises sont apparues le long de la frontière nord du Mexique dans les années 1960. En Amérique centrale, la plupart d’entre elles travaillent pour la confection.

[2] Exemption de la taxe professionnelle, des impôts locaux, de la TVA, des taxes à l’importation des matières premières et garantie de libre rapatriement des capitaux et des bénéfices...

[3] Oxfam International, « Trabajo de muchas ganancia de pocos », Londres, mai 2004.

[4] La Prensa grafica, San Salvador, 16 septembre 2004.

[5] Le PPP concerne neuf Etats mexicains (Puebla, Campeche, Guerrero, Oaxaca, Tabasco, Veracruz, Quintana Roo, Yucatan et Chiapas) et sept pays d’Amérique centrale (Belize, Guatemala, Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panamá). Lire Braulio Moro, « Une recolonisation nommée Plan Puebla Panamá », Le Monde diplomatique, décembre 2002.

[6] [NDLR] La Chambre des représentants états-unienne a ratifié de justesse l’accord le 28 juillet dernier.

[7] [NDLR] Consultez le dossier « l’Amérique centrale sous la coupe du libre-échange  » sur RISAL.

[8] Lire Maurice Lemoine, « Les travailleurs centraméricains otages des “ maquilas », Le Monde diplomatique, mars 1998.

[9] Le Ceadel intervient auprès des ouvrières des maquilas de Chimaltenango.

[10] CISL, « Fin des quotas, drames sociaux en vue », Bruxelles, novembre 2004.

[11] Politicas laborales en Centroamérica, oportunidades o barreras al desarollo ?, Centro de investigaciones económicas nacionales (CIEN), Guatemala Ciudad, 2004.

[12] « Maquilas en Centroamérica », PSCC, San Salvador, 2003.

[13] Lire du même auteur : Au Salvador, les succès d’une lutte mondialisée, Le Monde diplomatique, juillet 2005.

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d'Information et de Solidarité avec l'Amérique Latine (RISAL).
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13 mars 2007 2 13 /03 /mars /2007 09:15

lu sur CNT-F  : "Le mouvement étudiant continue en Grèce contre la privatisation des Universités. Il doit faire face à une féroce répression, comme ce fut le cas encore vendredi lors d’une manifestation à Athènes avec des centaines de blessé-e-s, des dizaines de personnes envoyé-es en urgence vers les hôpitaux,des dizaines de manifestant-es arrêté-e-s, 62 inculpé-e-s).

La manif a rassemblé plus de 35.000 personnes (étudiant-es surtout, mais des élèves de lycées, des enseignant-es et quelques travailleurs-euses).Il s’agissait là, peut-être, de la plus grande manif étudiante jamais organisée depuis le début du mouvement au printemps 2006.

En même temps, dans les autres villes (Thessaloniki, Patra, Karditsa, Giannena etc.)des manifs de solidarité avaient également lieu avec, là bas aussi, des violents affrontements avec la police qui n’a pas hésité à utiliser des balles en plastique....

Le mouvement continue avec toujours et plus que jamais les mêmes revendications :

- La libération immédiate de toutes et tous les étudiant-es emprisonné-es, et l’abandon de toute poursuite judiciaire

- La libération immédiate de l’étudiant Allemand Timo Behrendt arrêté le 20 février 2007 à Thesallonique et inculpé à la Prison de Komotini

- Le retrait immédiat de la loi de privatisation des Universités

- L’Appel Grève Générale interprofessionelle ,


Non à la victimisation de tous les mouvements, suite des événements


 

Athènes, Grèce - au cours du week-end un peloton de police anti'émeute, sur la rue de Messologiou dans la zone d'Exarchia, ont été attaqués par des anarchistes. Les dirigeants ont été battus avec des barres de fer l et ont fait prendre leurs boucliers et casques. Deux des dirigeants ont été sérieusement blessés. Il y avait également deux explosions qui ont endommagé les bureaux locaux de la nouvelle partie régnante de démocratie et d'une banque. Les bombes ont été construites dans des boîtes métalliques camping de gaz, appelés chez nous aux temps anciens( 1970- 1977) "les ras le bol".

Lundi matin tôt par groupe environ une douzaine de jeunes d'une université voisine a attaqué un commissariat de police dans la région de Zografou d'Athènes central. Selon les'autorités tirs groupésé un barrage de molotov qui ont endommagé une voiture de patrouille et l'entrée du bâtiment.(voir photo) les liens du texte dirigent vers des articles anglophones, malheureusement la presse française est tellement aux ordres de la bourgeoisie. comme hier soir dans le reportage passé à radio Mega, non à la position de victimes

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 12:18
note: ce que nous étions certains, la falsification à la Tatcher (libéralisme version anglaise) et la situation actuelle ; lire "les deshérités" ( sur le chaos industrielle et humain pendant le tatchérisme, après la projection du film Busqueda Piqueteros et beaucoup de phrases importantes dans ce film pour comprendre l'auto organisation, l'importance de la construction pratique.
BIBLIOTHEQUE DU LABORATOIRE

Lors de la réunion du Conseil national de l’information statistique du 8 mars,
l’INSEE a révélé que le taux de chômage mesuré par l’enquête Emploi en 2006
s’établit à 9,8%, soit exactement le même niveau qu’en 2005. L’enquête confirme donc
ce que le collectif ACDC affirmait dans sa note n°2 : le recul du taux de chômage
affiché par l’ANPE et le gouvernement est largement, voire totalement factice.

L’INSEE a présenté des explications techniques visant à discréditer ce résultat
gênant pour le gouvernement, et à justifier le report de sa validation à octobre
2007.

Ces explications ne sont pas convaincantes. Toute enquête statistique comporte des
marges d’incertitude. Mais les informations fournies par l’INSEE ne permettent pas
de conclure que ces marges sont plus importantes en 2006 que les années précédentes.
Le taux de non-réponse à l’enquête Emploi est resté stable entre 2005 et 2006, à
81%. Les fluctuations locales signalées par l’INSEE ne sont pas de nature à affecter
l’estimation du taux de chômage national. Les biais dits de « rotation », connus de
longue date par les spécialistes, ne sont pas plus importants que les années
précédentes.

Les résultats du recensement en continu, supposément contradictoires avec ceux de
l’enquête Emploi, ne portent pas sur le chômage BIT, et ne sont en fait disponibles
que jusqu’à début 2006, alors que le débat porte sur le chômage en 2006.
Contrairement à ce qu’affirme la direction de l’INSEE, aucune raison technique ne
permet donc de justifier le report à l’automne la validation officielle du taux de
chômage BIT. Le représentant du ministère du travail a montré que de nombreux
changements dans la gestion des chômeurs avaient contribué à faire baisser
artificiellement la statistique de l’ANPE, sans toutefois en fournir un chiffrage
complet. L’écart entre ces deux statistiques est loin d’être négligeable : un taux
de chômage de 9,8% selon l’enquête Emploi et de 9,1 % selon les chiffres de l’ANPE,
en moyenne annuelle sur 2006. Près de 200 000 demandeurs d’emploi ont donc disparu
des listes de l’ANPE mais sont bel et bien restés chômeurs.

En résumé, la réunion du CNIS a montré que :

- rien ne permet d’affirmer que les résultats de l’enquête Emploi soient moins
précis que les années précédentes ;
- il est désormais certain que les données de l’ANPE surestiment fortement la baisse
du chômage. Dans cette situation, il est inexplicable que l’INSEE ait décidé de
continuer à valider les statistiques de l’ANPE en continuant à publier chaque fin de
mois, jusqu’à l’automne, un taux de chômage BIT calé sur ces statistiques pourtant
erronées.

Cette décision n’est pas fondée techniquement. En pleine campagne électorale,
l’INSEE ne devrait pas continuer à cautionner de son autorité des chiffres du
chômage à l’évidence sous-estimés. On ne peut que s’interroger sur les pressions
exercées sur l’institut par le pouvoir politique.

Plus généralement, cette controverse autour du chiffre du chômage montre que la
réalité des problèmes d’emploi ne peut être réduite à un chiffre unique. Cette
réduction conduit à un fétichisme du chiffre que nous récusons. La question de la
précarité et de l’insécurité sociale va bien au-delà du seul nombre de chômeurs BIT
ou inscrits à l’ANPE. Il importe de sortir par le haut de ces controverses stériles.
C’est ce que le collectif se propose de montrer dans sa note n°4 qui sera rendue
publique à la fin mars.


Collectif « Les autres chiffres du chômage »
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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 08:51
note; le collectif laboratoire est attaché à l'idée de l'assemblée générale souveraine et plus proche de l'idée des milieux libres ( voir l'en dehors), nous sommes contre la délégation contre les enjeux de pouvoir, les récupérateurs, et pour une société égalitaire, libertaire et anti patriarcale.


La Coopérative Cravirola est un collectif autogéré de dix personnes. Installée tout près de la frontière italienne, elle envisage de changer de lieu. Face à la question de la propriété foncière, elle expérimente une nouvelle forme de propriété collective : les Terres Communes.
Tout commence au milieu des années 80 quand Axel et Britta, un couple de jeunes issu du milieu alternatif berlinois, achète un petit hameau en ruines collé à la frontière italienne à 1200 mètres d'altitude, dans la haute Vallée de la Roya.
Les débuts sont rudes. Ces deux néoruraux s'installent dans une ruine sans électricité, ni eau courante ou chauffage, sans accès de route et, sans la moindre expérience agricole, ils commencent à fabriquer des fromages. Convaincus que cette aventure qui frôle l'inconscient doit être collective, ils cherchent en vain des associés. D'année en année, ils résistent à la tentation de tout lâcher.
Dix ans après leur installation, Axel et Britta commencent enfin à voir le bout du tunnel. La ruine est devenu une ferme fromagère où on élève des vaches, des chèvres et des brebis. La vente de fromages sur des marchés de la Côte d'Azur finance de nouveaux bâtiments, le confort de vie s'améliore et ils trouvent enfin du temps pour faire autre chose que les travaux de première nécessité.
Une coopérative agricole, culturelle et engagée

C'est à partir de cette époque qu'une troisième personne, Katia, s'installe de façon permanente. Cravirola devient une ferme collective. Les premiers chantiers de jeunes sont organisés en partenariat avec l'association Service Civil International, qui apportent le renfort tant attendu pour la construction du lieu. Le groupe grossit peu à peu et l'association Dynamo, la montagne en mouvement est créée pour mener des actions d'éducation populaire, proposer des événements culturels et continuer à organiser des chantiers.
Petit à petit le visage de la Ferme Cravirola change. Tout est imaginé et fait par les habitants et les jeunes qui participent aux chantiers. Une nouvelle fromagerie voit le jour, la plus grande de tout le département. La maison d'habitation, elle aussi, s'agrandit. Elle est chauffée par des panneaux solaires et un ingénieux poêle à bois. Une turbine permet de transformer l'eau de la rivière en électricité.
Cravirola se pare aussi de peintures, mosaïques et sculptures. Une salle est construite pour faire du théâtre, de la danse, des stages d'art plastique. Dans un amphithéâtre de plein air, où la scène surplombe un petit vallon, les gens de la côte viennent participer deux années de suite au festival Bouse & Blues, organisé par celles et ceux qui ont désormais décidé de s'appeler Coopérative Cravirola.
Si l'activité agricole reste la base économique du projet, l'art, la musique, la fête, sont des ingrédients indispensables de la vie ; Cravirola se vit avant tout comme un groupe engagé.
Fin 2006, une dizaine de personnes partagent leur vie sur la ferme. Le travail se fait en autogestion, sans hiérarchie. Les revenus vont dans une caisse commune qui couvre tous les besoins. Des « semaines découverte » sont -organisées pour transmettre cette expérience à ceux et celles qui sont à la recherche d'un autre mode de vie. La coopérative participe à des réseaux d'échange comme REPAS ou RELIER (1). Il y a quelques années, avec d'autres paysans du département, ils participent à la mise en place de la section Alpes-Maritimes de la Confédération Paysanne. Cravirola était présent au Forum social européen, au rassemblement du Larzac ou lors d'un des procès des faucheurs volontaires avec un stand de fromages et de sandwichs au chèvre chaud.
Au fil des ans la Coopérative Cravirola est devenu un groupe solide. Mais l'esprit aventurier est resté avec un penchant pour les projets ambitieux. Aujourd'hui, après vingt ans de marche en avant, le petit hameau dans les montagnes du Mercantour ne correspond plus aux nouvelles ambitions. En 2005, la décision est prise de se lancer tous ensemble dans une nouvelle aventure. Ils trouvent un domaine de 270 ha dans l'Hérault, en vente sur les causses du Minervois. La coopérative est en train de boucler le financement pour pouvoir l'acheter. Il s'agira toujours d'y faire de l'élevage, de fabriquer des fromages, d'organiser des événements culturels, mais avec le souci de s'agrandir dans les limites propres au fonctionnement en autogestion, de diversifier la production agricole tout en la rendant plus cohérente. Ce nouveau lieu doit aussi permettre de s'ouvrir davantage sur l'extérieur, en accueillant un public plus large au sein d'un camping participatif. Ce lieu est prévu comme un lieu d'expérimentation sociale politiquement engagé, mais aussi un lieu d'échange et de partage, autour d'activités ludiques, artistiques, culturelles, environnementales.

La question du foncier

Que devient alors la ferme des Alpes Maritimes ? La vendre, c'est prendre le risque d'y voir s'y installer un riche Monégasque pour qu'elle devienne une résidence secondaire. Pendant la recherche d'un nouveau lieu, Cravirola a pris conscience de ce qu'est devenu le marché du foncier agricole. Des terres de plus en plus inaccessible aux personnes qui cherchent à s'installer, victimes d'une spéculation immobilière outrancière.
La coopérative s'est alors lancé un autre défi : financer l'achat du nouveau lieu sans vendre la ferme à La Brigue, et transmettre celle-ci à un groupe qui cherche à s'installer avec un projet agricole et engagé. Deuxième objectif : faire en sorte que la propriété de la Ferme Cravirola, jusque là au nom d'Axel, devienne durablement collective et que cela soit aussi le cas pour le domaine dans l'Hérault.
Les recherches sur les structures de propriété collective existantes, menées entre autre avec l'aide de l'association Terre de Liens (2), ont vite abouti à un constat : la forme la plus habituelle, la SCI, serait complètement inadaptée à ce projet. En effet, celle-ci pose souvent problème en cas du départ d'un des sociétaires. Elle ne règle en rien la question de la transmission et de l'héritage. Mais surtout, elle ne permet pas de faire appel aux « sympathisants » sans que ceux-ci deviennent responsables envers les banques de l'emprunt qui sera souscrit pour financer l'achat du nouveau lieu. Cette dernière incompatibilité, qui aurait été la même-pour tout autre forme de société de personnes, a amené à réfléchir une nouvelle structure de propriété collective sous forme d'une société de capital.

Terres Communes

Des mois d'études du code du commerce et de la littérature spécialisée ont abouti au choix de la « Société par actions simplifiée » (SAS). Cette forme juridique relativement nouvelle a été inventée pour proposer aux entreprises une alternative aux SA et SARL, plus strictement réglementées et lourdes à gérer. Cadeau aux marchés mondialisés donc, qui peut néanmoins se détourner à des fins plus libertaires que libérales.
Ainsi est née la SAS Terres Communes. Cette société deviendra propriétaire de la ferme des Alpes-Maritimes et du Domaine du Bois dans l'Hérault, mais aussi du Suc en Ardèche, un lieu où vit et travaille un groupe lui aussi à la recherche d'une forme de propriété irréversiblement collective.
La loi accorde aux SAS une grande liberté dans la rédaction de leurs statuts. Dans ceux de Terres Communes sont dissociés le capital apporté et le pouvoir, qui sera partagé entre deux types d'actionnaires : un premier collège composé des collectifs usagers des lieux et auquel reviendra 48 % des voix à l'assemblée de la société malgré un faible apport au capita ; un deuxième collège, dans lequel se retrouvent tous les autres actionnaires, qui se partageront les 52 % de voix restants en respectant le principe coopératif d'une personne égal une voix.
Dans ce deuxième groupe se trouveront les anciens propriétaires de la Ferme Cravirola et du Suc, qui auront reçu des actions à hauteur de leurs apports. Ils auront désormais le même pouvoir que les nombreux amis et sympathisants des trois projets, qui eux deviendront actionnaires de Terres Communes à partir d'un apport de 500 € (3).
Rien n'obligera la SAS ou ses actionnaires à racheter les parts d'un sociétaire qui voudrait quitter Terres Communes. Celui-ci devra présenter un acheteur potentiel et le faire accepter par l'assemblée des actionnaires.
Toutes les décisions importantes de la société, par exemple la résiliation d'un bail entre Terres Communes et un des collectifs usagers, seront prise par une majorité renforcée de 75 % des voix. Des décisions difficiles à prendre donc, qui nécessiteront de discuter et de convaincre un grand nombre d'autres actionnaires.
De cette manière, Terres Communes aura un fonctionnement profondément démocratique et respectera les intérêts des groupes habitant les lieux.
En contrepartie de la jouissance des lieux, les collectifs usagers s'engagent au respect de principes élaborés en commun le maintien d'un usage agricole des terres, un mode de production proche des valeurs de l'agriculture paysanne, la recherche pour chaque projet d'une autonomie économique, la solidarité entre groupes, l'ouverture et l'engagement vers l'extérieur.
Terres Communes peut accueillir d'autres collectifs qui veulent sortir de la propriété individuelle et qui partagent les mêmes valeurs. A ceux qui envisagent de s'en inspirer, elle propose son aide pour monter leur propre structure (4).

Aymeric Mercier

Coopérative Cravirola, 06430 La Brigue,
tel : 04 93 04 70 65, cravirol(a)club-internet.fr

(1) REPAS, Réseau d'échanges et de pratiques alternatives et solidaires, Association le MAT, Le Viel Audon, 07120 Balazuc, tel : 04 75 37 73 80 ; RELIER, Réseau d'expérimentations et de liaisons des initiatives en espace rural, 10, rue Archinard, 26400 Crest, tel : 04 75 25 44 90.
(2) Terre de liens, 10, rue Archinard, 26400 Crest, tel : 04 75 59 69 35.
(3) Les souscriptions sont dès à présent ouvertes !
(4) Enfin, à ceux qui cherchent des informations plus détaillées, celles et ceux aussi qui veulent agir concrètement contre la spéculation foncière et soutenir Terres Communes, rendez-vous sur les sites internet
www.terrescommunes.fr ou www.cravirola.com.
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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 00:32
note: alors que ces débats sont cadenassé par la forme, et je me permets d'apporter un texte supplémentaire pour alimenter la discussion ouverte par le fly et les" 3 jours sur le défi pour la terre";il faut souligner l'insistence  des intervenants de la tribune à réduire la façon de faire la politique: la délégation de parole et des partis électoralistes ,poster vos commentaires pour enrichir la réflexion

LUTTE ANTI-INDUSTRIELLE ET LUTTE DE CLASSE


Il faut reprendre l’étude du mouvement ouvrier classique d’une manière désabusée, et d’abord désabusée quant à ses diverses sortes d’héritiers politiques ou pseudo-théoriques, car ils ne possèdent que l’héritage de son échec.

Les succès apparents de ce mouvement sont ses échecs fondamentaux (le réformisme ou l’installation au pouvoir d’une bureaucratie étatique) et ses échecs (la Commune ou la révolte des Asturies) sont jusqu’ici ses succès ouverts, pour nous et pour l’avenir.

Internationale situationniste, n° 7

Prolétaire, quand tu penses comme un bourgeois, tu vis comme un esclave !

Parmi les détracteurs du point de vue anti-industriel, il en est qui nous objectent que seule la lutte de classes est importante et suffit à éclairer tous les évènements. Mais encore faut-il s’entendre sur les mots et développer ce que nous mettons derrière cette notion de lutte des classes, car les partisans de celle-ci désignent des réalités bien différentes les unes des autres.

Disons sommairement que ce concept peut désigner un état de fait inhérent au capitalisme ou bien un effort volontaire de la part des classes en question. Bref, la lutte de classes est présentée soit comme un facteur historique qui apparaîtrait mécaniquement, soit comme un ensemble d’évènements résultant d’une révolte consciente face à la domination et à l’injustice.

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Mais aujourd’hui, quelle réalité avons-nous devant les yeux ? Voyons-nous une classe se battre afin de construire réellement son histoire ? N’en déplaise à certains, la notion de classe est de moins en moins valide pour éclairer nos analyses et pour guider nos actions. Nous constatons en effet qu’au sein des pays les plus riches et les plus industrialisés, la plupart de nos contemporains ne se reconnaissent plus dans l’appartenance à une classe sociale. C’est au contraire l’aspiration à vouloir "grimper les échelons" qui se rencontre le plus souvent. Comment définirons-nous le prolétaire d’aujourd’hui ? Comme un salarié qui ne dispose que de ses bras et de son cerveau à louer à un exploiteur ? Dans ce cas, moult flics, vigiles, sous-chefs, contrôleurs, cadres supérieurs, fayots, jaunes, collabos et même directeurs d’entreprise sont des prolétaires !

Faut-il prendre en considération le salaire ? Certains travailleurs ont des salaires relativement élevés, sont-ils encore à classer parmi les prolos ? Et d’ailleurs, n’y a-t-il de prolétaires que pauvres ? Et lorsque nous employons le terme d’ouvrier, celui-ci recouvre-t-il encore la même réalité qu’hier ? Convient-il vraiment à celui dont la tâche consiste à appuyer sur quelques boutons pour faire fonctionner un robot dans une usine ? Allons même plus loin : est-ce que les chômeurs doivent être comptabilisés parmi la classe laborieuse ? (il est d’ailleurs notable que les actions les plus radicales des ces dernières années ont été le fait de chômeurs et de personnes agissant en dehors du terrain habituel qu’est le monde du travail)

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De la même manière, s’imaginer que les mouvements revendicatifs actuels ont quelque chose de commun avec l’ancien mouvement ouvrier révolutionnaire est une supercherie. La vision mécaniste de l’Histoire, toujours associée avec la croyance ridicule en un progrès constant et perpétuel, voudrait pourtant démontrer une continuité entre ces deux phénomènes. Mais ce qui fait défaut à l’essentiel de ces mouvements actuels c’est exactement ce qui caractérisait l’ancien mouvement révolutionnaire : une conscience, une éthique et une volonté déterminée à changer radicalement le monde. Ces révolutionnaires-là étaient d’entrée de jeu des hors-la-loi, ils étaient et voulaient être incompatibles avec l’ennemi qu’ils combattaient.

Quoi de commun en effet entre une grève de 24 heures pour réclamer une augmentation de salaire de 1 % et les actes accomplis par le prolétariat révolutionnaire ? Rien. Il n’y a pas continuité tout simplement parce que le capitalisme a su jouer à la fois de la répression et de l’intégration envers ce mouvement révolutionnaire défunt. La délégation de pouvoir, la bureaucratisation et la cogestion sont faites pour désarmer les prolétaires. La consommation comme le travail sont faits pour détruire notre conscience et obtenir notre collaboration de manière encore plus subtile au monde qui pourtant nous asservit. C’est pourquoi de nos jours la plupart des inégalités sont vécues comme "normales", avec toujours un espoir de les atténuer grâce aux diverses aides, aux progrès de la technique et de la science, au retour du plein emploi ou bien aux gains du loto. Jadis l’on mourrait pour la liberté et la justice, aujourd’hui on courbe l’échine en attendant un sort meilleur. Hier nos prédécesseurs voulaient faire la révolution sociale, aujourd’hui l’on considère qu’il faut gérer les intérêts antagoniques au sein d’un système qui est supposé indépassable.

Oui, dans le monde entier des travailleurs sont en grève. Oui leurs intérêts divergent de ceux de leurs exploiteurs. Oui les inégalités sont toujours bien réelles ! Mais dans la mesure où partout - à de rares exceptions près - ces divergences ne sont pas considérées comme inconciliables, nulle volonté de briser le statu quo n’émerge. On se bat pour reprendre un peu de ce que le pouvoir nous a pris. Bref, c’est Sisyphe roulant son rocher... Dans un tel contexte, tout ce qui à l’apparence d’une victoire ou d’une avancée s’avère être au bout du compte une approbation du système de domination. Les "acquis sociaux" sont synonymes de paix sociale, d’exploitation acceptable, donc de résignation. Aujourd’hui, la défense des travailleurs revient à défendre le salariat. Avec en prime la défense de l’Etat comme garant mythique de la justice puisque tout doit être inscrit dans la loi ! Quant à la prétendue répartition égalitaire des richesses, elle ne consiste en fait qu’en une répartition des marchandises et de l’aliénation qui va fatalement avec. Du bas au haut de l’échelle sociale, les mêmes aspirations égoïstes triomphent. La quantité et la qualité des marchandises consommées varient en fonction du pouvoir d’achat, mais c’est finalement la même aliénation qui réunit le PDG et la femme de ménage qui nettoie son bureau.

Quand un prolo crane devant ses semblables sitôt qu’il en a l’occasion en exhibant des gadgets et quand il considère qu’il est normal qu’un patron gagne plus de fric que lui, cela signifie que sa mentalité s’est embourgeoisée. Quand un cadre supérieur se fait virer car son entreprise doit se restructurer, cela signifie que la condition des valets du système s’est précarisée. En vérité, la puissance de l’économie et de l’industrie n’ont pas seulement balayé la conscience de classe mais la conscience tout court. Dans un monde de concurrence et de consommation, les plus pauvres n’en sont pas simplement réduits à singer les comportements des plus riches et à désirer les mêmes choses qu’eux. Quand nous y songeons un peu, nous voyons bien que si l’ancien prolétariat révolutionnaire est laminé, c’est parce que notre sensibilité et notre intelligence - lesquelles sont indispensables pour toute prise de conscience et donc pour toute révolte conséquente - sont complètement atrophiées par les conditions modernes de survie qu’impose le monde de la domination. Chaque jour, la société industrielle ne cherche qu’une chose : nous rendre compatible à son fonctionnement normal, et nous satisfaire de cette compatibilité octroyée par tous les moyens. Voyez l’enseignement dispensé dans les écoles [1].Voyez les jouets vendus pour amuser les enfants [2]...

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Pourquoi formuler alors un point de vue qui s’oppose à l’industrialisation du monde et à sa technologie ? D’abord parce que cette industrialisation s’est présentée comme bienfaitrice de l’humanité, en apportant le confort et la santé. C’est sans doute la raison pour laquelle la majeure partie du prolétariat s’est bornée à proposer l’expropriation des moyens de productions aux mains des capitalistes afin de gérer elle-même ces moyens. En somme, on voulait bien changer les musiciens mais on voulait toujours jouer la même musique !

Ensuite, parce que la domestication et la pacification s’opèrent d’autant plus facilement qu’elles sont obtenues techniquement et industriellement. Quelle est par exemple l’arme privilégiée du spectacle pour anesthésier les consciences et uniformiser les comportements, si ce n’est la télévision ? Moyen moderne de "communication" présent sur la planète entière, la télé c’est le contrôle social dans chaque habitation. Et le développement technologique continu - à grands coups de satellites - lui permet d’accroître sans cesse cette présence, jusque dans les bistrots et les écoles. Partout les écrans nous hypnotisent et nous désarment : télévision, automates, ordinateurs, (Internet c’est l’aliénation à haut débit !) téléphones mobiles, jeux vidéos, cinéma... Dans le même sens, la technologie dote le pouvoir de moyens de contrôle et de répression jamais connus auparavant. Nous sommes sous surveillance en permanence. L’armement des polices et des militaires n’a jamais été autant sophistiqué.

Enfin, cette industrialisation ne s’est pas accomplie en laminant seulement - si l’on peut dire - les consciences et les volontés. Elle détruit aussi les bases biologiques de notre existence. Elle qui prétendait apporter confort et santé alors qu’elle sème la mort, la maladie et la souffrance en faisant croître le désert. Nul besoin de décrire encore et encore la longue chaîne des catastrophes et des accidents, des pollutions et des destructions. Il suffit d’ouvrir les yeux. Voilà les raisons pour lesquelles nous mettons l’accent sur l’aspect industriel et technologique de la domination. Il ne s’agit pas de substituer un nouvel ennemi - la société industrielle - à l’ancien - le capitalisme. Il s’agit de dire quel est le visage de l’ennemi de toujours. Le capitalisme est avant tout industriel et technologique. Cela lui permet d’ailleurs un camouflage plus subtil qu’auparavant : le pouvoir, parce qu’il n’a plus de tête, voudrait faire croire qu’il n’existe pas. Le point de vue anti-industriel n’est donc pas une nouvelle idéologie, ce n’est pas un sésame susceptible de tout expliquer, ce n’est pas non-plus un réductionnisme étriqué. C’est simplement la manifestation lucide de la prise en compte de l’incompatibilité totale entre ce monde et nos aspirations profondes. Car rien n’est à récupérer au sein d’un tel système.

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Nous sommes les héritiers de l’ancien mouvement révolutionnaire. Nous en avons conservé les moyens d’actions et d’organisation essentiels tels le sabotage, l’internationalisme, l’auto-organisation et l’action directe. Nous en avons surtout gardé le projet : le communisme. La lutte continue. Mais cette lutte ne doit plus se tromper d’objet. Elle doit repartir de la réalité qui est là devant nous. Elle ne doit plus dépendre des critères et des valeurs imposées par la domination, elle ne doit plus chercher à continuer de faire tourner ce monde qu’on nous impose mais a en établir de nouveaux. Cela implique que l’une de nos tâches essentielles consiste à être capables de définir quels seraient les vrais besoins d’une société libre. Ce qui revient donc à clarifier ce qui se dissimule derrière cette notion lorsqu’elle est utilisée par le capitalisme. Ce dernier crée des besoins de toute pièce, et la technologie industrielle lui facilite grandement la tâche. A tel point que chaque revendication - même la plus radicale - se change fatalement en aménagement du système.

L’important réside dans le sens que nous donnons à nos propos et à nos actes. C’est la raison pour laquelle chaque construction de notre part prend l’apparence d’une destruction de ce monde et réciproquement. C’est ce que nous signifions lorsque nous déclarons vouloir sortir de ce monde sans le laisser en paix. L’enjeu est de créer une force révolutionnaire capable d’acquérir la plus large autonomie possible par rapport au système ennemi tout en se dotant d’une capacité de destruction de celui-ci.

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Si l’on veut bien considérer que « l’auto-émancipation doit être l’œuvre de la classe qui est capable d’être la dissolution de toutes les classes en ramenant tout le pouvoir à la forme désaliénante de la démocratie réalisée, le conseil dans lequel la théorie pratique se contrôle elle-même et voit son action. Là seulement où les individus sont directement liés à l’histoire universelle, là où seulement le dialogue s’est armé pour faire vaincre ses propres conditions » (Guy Debord, La société du spectacle) alors nous devons également considérer qu’il est nécessaire de nous sortir de la condition qui nous est faite par ce monde. Autrement dit, nous devons nous définir et agir en fonction de nos motivations réelles, et non pas en fonction de ce que le capitalisme fait ou veut faire de nous. Cela signifie concrètement que nous n’avons pas à nous solidariser avec une grève par réflexe, parce que la grève serait une arme traditionnelle utilisée par les révolutionnaires. Certes, nous sommes bien évidemment favorables à tout ce qui peut nuire à ce système- et une grève peut effectivement représenter un moyen de nuisance. Mais seul compte le sens donné à ce genre d’initiative. Il y a donc une contradiction à plaider d’une part pour la "décroissance" et, d’autre part, soutenir un mouvement de grève au seul motif qu’il se distingue par sa durée dans le temps.

Ainsi, nous voyons des anarchistes qui viennent de prendre conscience de la dangereuse absurdité du développement économique soutenir dans le même temps les salariés de l’entreprise STMicroelectronic qui vont être licenciés. Cette entreprise est spécialisée dans la haute technologie. Elle ne produit que de la merde. Ce que nous proposons est la destruction de ces usines. Et ce que nous disons aux salariés qui y travaillent, c’est de faire grève non pas pour obtenir une reconversion ou pour sauvegarder leur emploi, mais plutôt pour prendre un maximum d’argent afin de l’utiliser pour accroître leur autonomie et lutter contre le capitalisme. Trop de luttes, pour n’avoir pas su décrypter la logique infernale du système, combattent aujourd’hui des fantômes, se condamnant à l’impuissance ou, pire, à renforcer le pouvoir même si leur intention était de l’affaiblir.

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Nous sommes opposés à la société industrielle parce qu’elle nous empêche de vivre librement, parce qu’elle nous fait mal. A l’instar de nos prédécesseurs qui avaient compris que l’Etat, l’argent, le salariat, la marchandise, le spectacle étaient nocifs pour eux, nous voulons nous débarrasser des infrastructures industrielles, des usines aux caméras de surveillance, des parcs de loisirs aux aéroports. C’est ainsi que nous entendons continuer la lutte qu’ils avaient commencée.

Tiré du Le n°13 d’A trop courber l’échine, Bulletin acrate, disponible à l’adresse suivante :

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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 00:24
note ce soivendredi 9 mars à l'université Stendal, il y a eu un débat sur le thème de la décroissance  '( présence du journal de la décroissance )et de nombreux points de discussion sont restés dans l'ombre, poster vos comentaires en fin de page

Ni Dieu Ni Darwin

jeudi

Depuis plusieurs années, les chaînes de télévision (La 5, FR3, Animaux, Planète, Disney TV, Arte, ...), un nombre important de périodiques récréatifs pour enfants, et plusieurs radios nationales (France inter, France info, France culture) diffusent des émissions dites "scientifiques" sur les êtres vivants, leur lutte pour la survie, leur combat pour la reproduction, et leur investissement dans la transmission de leurs gènes.

Mélange trivial d’anthropomorphisme, de fausses évidences, de spectaculaire violent et d’idéologie libérale (au sens de "la loi du plus fort"), ce discours, s’appuie sur une discipline fort en vogue, l’écologie comportementale, et se fonde sur le néodarwinisme qui se présente pour ses partisans comme la seule vérité universelle sur l’évolution du vivant et sur ses formes actuelles. Drapé de la "bénédiction" de quelques scientifiques patentés ayant compris tout l’intérêt qu’ils pouvaient tirer à titre personnel et professionnel de cette reconnaissance médiatique, ces articles et ces émissions propagent à tout va un discours typiquement capitaliste réduisant l’histoire du vivant à une compétition féroce et sans fin entre des gènes avides de domination planétaire. Des termes comme "maximiser son succès reproducteur", "coût et bénéfice d’une stratégie", "investissement parental", "budget-temps", "capitalist breeder", "optimal foraging" fleurissent à longueur de discours tant dans les revues scientifiques de l’écologie comportementale (voir "Ecologie comportementale" de E. Danchin, L. A Giraldeau et F. Cézilly, aux Editions Dunod) que dans les émissions et les articles de vulgarisation sur le vivant.

La vie et ses mécanismes réduits à un flux d’énergie et à une compétition entre gènes cyniques et calculateurs, voilà le monde tel qu’il fonctionne depuis l’apparition de la vie sur notre planète si l’on écoute les chantres du "monde génique" !

On voudrait expliquer à des enfants (de tout âge) que le capitalisme est "naturel" puisqu’il fonctionne de la même façon que la nature, que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

La remise au goût du jour des thèses créationnistes et autre mysticisme, grâce notamment au lobby protestant étasunien, offre aux tenants d’une vision "capitaliste" du vivant une nouvelle virginité.

Alors que les impasses actuelles de la génétique apparaissent au grand jour [1] et que d’OGM en thérapie génique, on assiste à une course folle d’apprentis sorciers courant après leurs promesses frauduleuses de bonheur et d’immortalité par la science, l’opposition “Dieu” contre “Darwin” va générer une réduction totale du débat sur le vivant à une dualité fausse et stérile. Demain encore plus qu’aujourd’hui, qui critiquera le néodarwinisme et ses prétentions d’explication synthétique de l’évolution se verra taxé de créationnisme aigu. Qui proposera de nouvelles hypothèses pour expliquer des mécanismes biologiques déterminant les formes actuelles du vivant et ses modes d’organisation devra sous peine d’anathème choisir l’un ou l’autre camp !

Et pourtant, bien d’autres alternatives intéressantes (fascinantes ?) existent depuis les théories de l’autopoièse (lire "L’arbre de la connaissance" de H. Maturana et F. Varela chez Addison-Wesley) et de l’auto-organisation des formes (lire "Forme et croissance" de D’Arcy Thompson aux éditions de Seuil et "How the leopard changed its spots" de B. Goodwin chez Charles Scribners’s sons) jusqu’à celles de l’enaction (lire "Invitation aux sciences cognitives" de F. Varela aux éditions du Seuil) et de l’exaptation (lire "Exaptation - a missing term in the science of form" de S.J. Gould et E. Vrba dans Paleobiology Vol. 8).

Mais avoir à choisir entre un "designer intelligent" (“Dieu”) et des "gènes égoïstes" (Néodarwinisme), entre deux vérités absolues et définitives, ne laisse plus de place à la raison première de l’activité scientifique : s’interroger de façon ouverte et non sectaire sur le monde pour mieux le comprendre. Peut être sommes-nous aujourd’hui à la veille d’une nouvelle bataille de clocher, à moins qu’il ne s’agisse d’une guerre de religion.

Dès lors, que nous soyons les sujets dociles d’un "dieu despote" ou les "simples véhicules fugaces et futiles de gènes guerriers et calculateurs", il nous faudrait accepter d’être les anonymes sujets d’un monde qui nous excède et nous (pré)détermine ! D’aucuns pourront toujours se risquer à mettre en doute la prétention de la synthèse néodarwinienne de tout expliquer. Ils seront alors rejetés au rang d’ignares et de dévots. D’autres pourront tenter de proposer des mécanismes explicatifs de l’évolution faisant l’économie d’un déterminisme génétique fort, ils seront montrés du doigt pour parjure scientifique.

On aurait tendance à proposer la relecture de vieux ouvrages tel que "La structure des révolutions scientifiques" de T. Kuhn (Editions Champs, Flammarion) ou "Autocritique de la science" de A. Jaubert et J. M. Levy-Leblond (Editions Seuil). On aurait envie de demander aux néodarwiniens quels sont leurs liens, via les OGM et la thérapie génique, avec l’industrie pharmaceutique et l’agro-alimentaire. On aurait presque l’audace de leur demander pourquoi la mise en doute de la théorie de "la sélection du plus apte" est interdite.

On aura surtout la sagesse de ne pas tomber dans le piège qui consiste sous couvert de "vérité scientifique" à substituer la censure au débat, comme certains le pratiquent déjà.

Et puis avant tout, entre deux totalitarismes de la pensée, on ne choisit pas. La vie, sa richesse, sa diversité et la soif de savoir de l’homme finissent toujours par échapper aux dogmes.

Salutations libertaires, Georges Henein Grup


[1] Si les séquen
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