Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale
Educateurs pas délateurs
par Sophie.L Educatrice Spécialisée
" Dès que quelqu'un comprend qu'il est contraire à sa dignité d'homme d'obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l'asservir. " (Gandhi)
La légitimation de la délation n’appartient qu’aux systèmes totalitaires, résistons...
Dans les années 70 nous dénoncions la mission d’intégration des marginaux aux normes, et le contrôle social.
Aujourd’hui nous devrions devenir les garants de la paix sociale, un simple maillon de la répression issu des lois Sarkosy et Perben, en utilisant la délation.
Depuis ces lois liberticides, la pauvreté et la différence constituent à elles seules un délit, les chômeurs de longue durée, les R.M.Mistes, les prostituées, mendiants, gens du voyage, immigrés sans papier, deviennent les boucs émissaires de la machine à broyer d'un système capitaliste néo-libéral qui produit lui-même l’exclusion.
Il faudrait "mériter" les indemnités chômage, les allocations de misère, ouvrir la chasse pour délit de sale gueule, de marginalité, de pauvreté...
Dénoncer deviendrait un acte civique... Les travailleurs sociaux devraient se transformer en nouveaux indics de ce système, dénoncer aux Maires les personnes bénéficiant d’un suivi social, remplir des fichiers comportant des informations à caractère ethnique, privé.
Sachez que toute information de ce type transmise à un maire, peut transiter par le préfet, via le Ministère de l' Intérieur.
Les travailleurs sociaux devraient participer à des réunions pluridisciplinaires, où se côtoieraient enseignants, policiers, élus, pour évoquer certains cas difficiles.C’est la culture du "secret partagé", mais partagé avec qui ? Depuis quand la police ferait elle partie de nos réseaux de partenariat ?
Dans quels régimes la délation se transforme-t-elle en acte civique ? Hitler dès son arrivée au pouvoir en 1933 incitait la jeunesse à dénoncer ceux qui professaient des idées contraires à l’idéologie du Reich. Le gouvernement de Vichy en instituant la délation a conduit des millions de juifs, d’homosexuels, d’opposants politiques de gitans dans les camps de la mort. Les Etats Unis, dans les années 50, sous le maccarthysme ,ont recruté d’anciens nazis au sein de la CIA pour faire "la chasse aux rouges". Nombre de réalisateurs, d'écrivains ont été dénoncés, soupçonnés, et brisés dans leur créativité.
Sans oublier les massacres, internements, procès arbitraires de la Russie Stalinienne, initiés grâce à la délation publique et privée.
Est-ce de ce type de société que nous voulons ?
La dictature apparaît là où l’ennemi intérieur est désigné : Dans ce contexte sécuritaire qui frise la démence, l’ennemi intérieur doit être "nettoyé au karcher"...Le pauvre, l’immigré, le parent défaillant, le marginal... Ils seraient arnaqueurs profiteurs, paresseux, parasites, déviants, "sauvageons"...
Rétablissons l’ordre moral, mettons fin à la mixité dans les écoles, rendons l’apprentissage de la Marseillaise obligatoire, piétinons l'ordonnance de 45 en les enfermant comme dans les années trente! A quand la réouverture des bagnes d'enfants?
Il existerait par conséquent une citoyenneté à deux vitesses celle qui a droit de Cité, et celle qui doit être dénoncée.
Paradoxalement la loi du 2 janvier 2002 avait pour objectif de mettre l’usager au centre des dispositifs, afin qu’il devienne acteur des interventions éducatives, et que ses droits soient respectés. Dans ces zones de non droit cette loi devient un simple alibi.
La législation n’a plus de sens dans une démocratie lorsqu’elle est contredite par l’éthique.
L’article 21 de la constitution de 1958 stipule : Lorsque "le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la constitution la résistance sous toutes ces formes est le plus sacré de tous les droits et le plus impérieux des devoirs"
En tant que Travailleurs Sociaux nous devons souscrire à ce droit de refus. En aucun cas nous ne signalerons aux élus des personnes dont le seul délit est d’avoir été stigmatisées pour leurs difficultés sociales.
Nous continuerons à travailler sur la base de la relation de confiance, d’ entraide, de libre adhésion, d'anonymat, socle de la loi de 1972 sur les statuts de la Prévention Spécialisée mais aussi du travail social en général.
Pas question avant d'apporter une aide à quelqu'un de lui demander ses papiers, nous ne faisons pas partie des Renseignement Généraux!
C’est le gouvernement qui est hors la loi!
Il ne suffit plus de constater, il faut agir. Nous devons développer ce formidable courant qui s’organise au sein des Collectifs de Travailleurs Sociaux, articuler nos actions avec les Syndicats, les associations qui résistent, réagir dans nos institutions.
Le forum du 19 Octobre organisée par le Collectif 76 des Salariés du Social et du Médico-Social a démontré que quelle que soit notre place dans le secteur (public, privé, pjj, associatif, syndiqués, non syndiqués) nous partagions les même préoccupations en matière de Déontologie d'Ethique,de déqualification.
Nous refusons de laisser instrumentaliser nos professions sociales par un pouvoir qui enterre la prévention générale et spécialisée, prône la répression au détriment de l'Educatif sur la base de la tolérance zéro, et l’applique grâce à des lois liberticides et discriminatoires.