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Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale

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l'armée française au cameroun

LA CAMPAGNE OUBLIEE : LES OPERATIONS DE RETABLISSEMENT DE L’ORDRE AU CAMEROUN ENTRE 1957 ET 1959.

Parmi les nombreuses campagnes menées par l’armée française en Afrique noire, il en est une qui demeure extrêmement méconnue : la lutte contre la rébellion de l’UPC (Union des populations du Cameroun) en Sanaga maritime, province occidentale du Cameroun français, à la fin des années 1950.
Et pourtant, à de nombreux égards, cette campagne préfigure ce que sont, aujourd’hui, les opérations de rétablissement de la paix.
Se pencher sur ses spécificités et sur les savoir-faire tactiques mis en œuvre par les unités sur le terrain peut donc s’avérer riche d’enseignements.

En Sanaga maritime, les forces terrestres françaises ont été engagées, à
partir de 1957, dans des opérations de rétablissement de l’ordre, face à une rébellion communiste organisée en maquis. Les facteurs essentiels de succès ont été la cohérence du plan d’action, l’unicité du commandement, la qualité de la coopération civilo-militaire et l’utilisation systématique de l’action psychologique.

Mais au-delà de ces facteurs, la maîtrise des procédés de contre-guérilla , alliée à une connaissance pointue et entretenue du milieu humain, ont directement contribué à l’anéantissement de la rébellion.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette « campagne oubliée » de Sanaga
maritime, il convient, après une analyse du cadre d’action, d’aborder la conduite des opérations militaires, pour enfin dégager les enseignements essentiels de cette crise.

Le cadre de la crise

Cette rébellion s’inscrit dans un contexte particulier. A partir de 1954-1956, la
conjoncture internationale évolue rapidement, imposant à la France un changement de conduite en Afrique noire. L'idée d'indépendance à court terme se développe et le "socialisme africain", plus ou moins marxiste, fait de nombreux adeptes. L'échec de l'Union française devient patent en 1954, après la défaite indochinoise. Et surtout, l'insurrection algérienne pèse d'un poids croissant sur la politique de la France au sud
du Sahara.
C’est dans ce contexte que va germer la rébellion camerounaise, qui trouve ses racines dans des causes essentiellement socioculturelles et politiques. Le Cameroun a été l'objet d'une mise en valeur exemplaire de la part des Allemands puis des Français. Il en est résulté un ébranlement très rapide des sociétés traditionnelles.
Des masses déracinées s'entassent dans des "villes- champignons" (Douala, Yaoundé et bientôt Edéa) où la misère s'accompagne naturellement d'un climat de violence, propice aux révoltes...

Ces bouleversements se produisent presque uniquement dans le sud, en raison de la proximité de la mer et des riches cultures forestières. Cette zone (Sanaga, Nyong, Ntem), où dominent les Bantous, est couverte par la grande forêt et sa population, en nombre modéré, n'a jamais eu d'organisation étatique. C'est donc ici que les transformations économiques et sociales, et par conséquent l'acculturation, ont été les plus fortes.

Sur le plan politique, le Cameroun, ancienne colonie allemande, demeure un
territoire international sous tutelle, partagé entre la Grande-Bretagne et la France depuis la fin de la Première Guerre mondiale. La France a signé les accords de tutelle approuvés par l'assemblée générale de l'ONU le 13 décembre 1946. Ceux-ci précisent que le Cameroun est administré
comme partie intégrante du territoire français, et selon la législation française.

L’évolution politique du Cameroun est marquée par l’apparition de l'Union des
Populations du Cameroun (UPC), fondée le 10 avril 1948 par Ruben Um Nyobé, ancien employé de bureau devenu secrétaire local de la CGT. Ce parti a deux objectifs : l'unification des deux Cameroun et l'évolution vers une indépendance complète.

Rapidement, il s'organise en un groupe compact, à structure pyramidale très
hiérarchisée, à l’image du FLN algérien.

Quelques années plus tard. L'UPC crée en plus une multitude d'organisations
subsidiaires ou complémentaires, culturelles, féminines, d'anciens combattants...

Finalement, il est devenue le parti politique le mieux organisé du territoire, essentiellement implanté en Sanaga maritime, pays du peuple bassa auquel appartient Um Nyobé.

A partir de 1955, l’UPC prend de plus en plus l'apparence d'un mouvement d'inspiration communiste, et change ses méthodes. D'intenses campagnes de propagande et des incidents violents éclatentsur le territoire, notamment lors des insurrections de mai 1955, puis en décembre 1956.

Les manifestants, parfois au nombre de plusieurs milliers à Douala et Yaoundé, se montrent déterminés et agressifs, tuant et blessant Européens et Africains, incendiant et pillant des propriétés, investissant l'assemblée territoriale...

A chaque fois, les troupes envoyées rétablissent le calme, et de nombreuses arrestations sont opérées ; le haut-commissaire demande et obtient l'interdiction de l'UPC. Mais les principaux chefs rebelles sont en fuite, camouflés en brousse, et se réfugient ensuite au Cameroun britannique.

Um Nyobé s'organise dans la clandestinité, en pays bassa, et crée le
Comité national d'organisation (CNO), véritable organe para-militaire. Pour autant, les élections prévues par la « loi-cadre » en décembre 1956 ont bien lieu ; l'assemblée, devenue législative, peut voter la modification du statut et la création de l'"Etat du Cameroun", qui demeure sous tutelle jusqu'à ce que ses habitants soient appelés à se prononcer sur le régime définitif. Ce nouveau statut, qui constitue une avancée considérable vers l'indépendance, accule l’UPC dans ses positions extrêmes.

Par deux fois en moins de deux ans, l'UPC a eu recours à la violence pour atteindre ses objectifs. A chaque fois, elle a été repoussée, tout en s'attirant l'inimitié des groupes politiques, la méfiance de la population et une réaction ferme de l'administration française. D'un parti de masse nationaliste militant, elle est devenue un mouvement clandestin, orienté vers la rébellion armée.

Les procédés choisis par L'article 41 du nouveau statut précise d'ailleurs : "Il dispose des services de sûreté et de sécurité, de la gendarmerie stationnée sur le territoire. (...) Le haut-commissaire peut, en cas d'urgence, prendre
toute mesure utile pour la sauvegarde de l'ordre ou son rétablissement". En cas de troubles ou de rébellion ouverte, les décisions de maintien de l'ordre relèvent donc toujours du gouvernement français...

Une nouvelle vague de troubles se déclenche à partir du 5 septembre 1957,
dans les subdivisions d'Eséka et de Ngambé (Sanaga). Mais il semble bien que le dessein d'Um Nyobé soit désormais de constituer en pays bassa un secteur ouissant à l'égard de l'administration neutralisée d'une véritable indépendance de fait. Le CNO apparaît comme une force para-militaire organisée, avec une organisation souterraine efficace.

Le gouvernement français, qui veut valoriser devant l'ONU le gouvernement autonome chargé de préparer l'indépendance, se doit de rétablir l'ordre et de juguler la menace politique réelle que fait peser l'UPC. La décision d'une riposte vigoureuse est donc prise.

La responsabilité politique et administrative du rétablissement de l'ordre en
Sanaga maritime est confiée à Daniel Doustin, délégué du haut-commissaire pour le sud-Cameroun. Le général Le Pulloch, commandant la zone de défense AEF-Cameroun, lui adjoint le lieutenant-colonel Lamberton pour la direction des opérations militaires. Le 9 décembre est créée la zone de pacification de Sanaga maritime, la ZOPAC, dont le poste de commandement (PC) s'installe à Eséka.

Le même jour, le lieutenant-colonel Lamberton diffuse sa directive générale n°1, qui débute ainsi : "la participation des unités de l'armée au
rétablissement de l'ordre en Sanaga maritime implique une coopération diligente avec l'autorité administrative, et surtout l'intégration de l'action militaire et de l'action politique".

Il rappelle par ailleurs que cette mission s'inscrit dans le cadre juridique d'une
opération de maintien de l'ordre. Ce cadre d'emploi est finalement restrictif, non seulement en ce qui concerne l'usage des armes, mais aussi pour la marge d'initiative des officiers, qui doivent recourir à la gendarmerie pour toute mesure préventive ou répressive sortant de leurs attributions
légales.

Trois objectifs sont d'ores et déjà fixés à l'action militaire et politique :

- soustraire la masse de la population aux pressions physiques et morales exercées par les rebelles ;
- isoler les formations para-militaires de la rébellion ;
- favoriser le processus de leur désagrégation pour aboutir à leur élimination.

Pour atteindre ces trois objectifs, les procédés retenus sont le regroupement
rapide de la population le long des axes routiers (pour faciliter son contrôle et sa sécurité et supprimer les liens avec les rebelles), la propagande et la recherche systématique du renseignement.

En décembre 1957, le dispositif militaire initial est seulement composé de
quatre compagnies. Le lieutenant-colonel Lamberton prépare rapidement et fait approuver le "plan d'action en Sanaga- maritime". Ce plan, qui vise "la destruction de l'organisation révolutionnaire du type communiste qui, sous l'égide de l'UPC, a pris pied dans la partie orientale de la Sanaga maritime", se fonde sur des renseignements qui situent le foyer de la rébellion à Makak (30 kilomètres à l'est d'Eséka).

Il prévoit trois phases successives : une phase préparatoire, dite d'organisation politique, une phase militaire et enfin une phase policière.
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