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Manifestations anti-CPE : la justice veut entendre les CRS
Condamné pour des faits qui ont valu la relaxe à un de ses copains, un jeune
manifestant faisait appel.
Par Jacqueline COIGNARD
Liberation - jeudi 18 janvier 2007
L'un a été relaxé; l'autre condamné à trois mois de prison ferme. Pourtant,
le 14 mars 2006, lors d'une manifestation anti-CPE devant la Sorbonne, les
deux garçons avaient été embarqués au même endroit, au même moment et pour
les mêmes faits : violences sur policiers. Saisie par Ahmed, le condamné en
première instance, la cour d'appel de Paris s'est retrouvée face à cette
contradiction, hier matin.
Elle a préféré reporter l'audience au 6 avril, pour convoquer les trois CRS
accusateurs qui n'avaient pas cru utile de se présenter. Car, le moins qu'on
puisse dire, c'est que les versions des uns et des autres divergent. «La
cour d'appel se donne les moyens de faire l'autopsie de la procédure
policière. C'est très rare», commente William Bourdon, l'avocat d'Ahmed.
Témoignage. Pourtant, c'est l'avocate générale qui a provoqué ce report en
s'opposant au témoignage de Samuel, l'étudiant arrêté en même temps qu'Ahmed
mais relaxé, lui . Se rangeant à ses arguments, le président a estimé que
l'audience serait «déséquilibrée» en l'absence des policiers. «Tout ce qui
concourt à la manifestation de la vérité est bienvenu», a admis Me Bourdon.
Non sans faire remarquer que les CRS, certes basés à Charleville-Mézières
(Ardennes), ne sont jamais venus aux audiences. «Pourquoi les inviter à un
débat auquel ils se sont toujours soustraits?» a-t-il demandé. Quant à son
client, miné par ces mois d'attente avec peine de prison à la clef, il a
d'abord expliqué: «J'aimerais qu'on en finisse.» Avant de considérer, lui
aussi, que l'exercice ne serait pas inutile. D'autant moins que le président
a aussi demandé à entendre un photographe et un cameraman qui se trouvaient
à proximité des deux garçons et qui ont envoyé un témoignage écrit.
«Plots». Dans leur rapport, lu à l'audience par le président, les CRS
affirment qu'ils étaient stationnés dans la rue Champollion, adjacente à la
place de la Sorbonne, quand ils ont essuyé une pluie de pavés, de bouteilles
et d'objets divers. Ils ont alors arrêté un petit groupe de 5 ou 6 jeunes,
puis identifié Ahmed et Samuel comme les plus virulents.
«C'est totalement faux», assure Ahmed. Les manifestants, qui voulaient
réinvestir l'université, ne s'intéressaient qu'aux CRS barrant l'entrée du
bâtiment, d'ailleurs en difficulté. Au moment où les policiers de la rue
Champollion ont chargé pour aider leurs collègues, il y a eu une bousculade.
«Je suis tombé par terre avec d'autres, à cause des plots en béton.» D'abord
traînés à l'écart, ils sont ensuite emmenés devant un camion de CRS
boulevard Saint-Germain. «Qu'est-ce qu'on en fait?» aurait alors demandé le
policier à son supérieur. Réponse: «Violence en réunion pour tout le monde.»
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