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luddisme » est fréquemment invoqué, mais reste peu connu. Et quand il est invoqué, c’est souvent à mauvais escient, parfois comme modèle de la résistance au progrès technologique en tant que tel, et parfois comme exemple de rage aveugle des ouvriers brisant leur outil de travail, comme ancêtre des révoltes « anti-travail » des OS de 1968. On va voir dans ce qui suit que la réalité du luddisme est très différente. Le luddisme proprement dit se concentre sur les années 1811-1812, avec quelques séquelles jusqu’en 1817. Il recouvre une phase particulièrement critique d’un mouvement plus général de décomposition des métiers traditionnels du textile et d’ajustement de la société anglaise dans son ensemble à une phase nouvelle de l’accumulation du capital. En ce qui concerne les ouvriers du textile, cette phase peut se caractériser par trois éléments :
la crise économique, due notamment au blocus continental. Celui-ci freine les exportations et renforce la concurrence sur le marché intérieur. A cela s’ajoute le poids de la guerre contre la France, qui se prolonge pratiquement sans interruption depuis vingt ans. Il y a aussi le problème des subsistances, car l’Angleterre a connu plusieurs mauvaises récoltes au début des années 1810. Les émeutes (notamment de la faim, mais avec parfois une composante politique plus organisée) se multiplient, indépendamment de l’activité luddite, et tout le pays connaît un climat insurectionnel ;
la fin des cadres restrictifs du système corporatif. Les travailleurs du textile et leurs petits patrons étaient en principe protégés par tout un ensemble de lois remontant parfois très loin dans l’histoire, jusqu’à l’époque élisabéthaine. Ces lois furent régulièrement invoquées dans les actions légales que les travailleurs ne cessèrent d’entreprendre à Westminster, engageant d’importantes dépenses en pure perte. De ce point de vue, « on doit comprendre que l’apparition du luddisme se situe au point critique de l’abrogation de la législation paternaliste et de l’imposition aux travailleurs, contre leur volonté et leur conscience, de la politique économique du laisssez-faire. C’est le dernier chapitre d’une histoire qui commence au xive et xve siècles (...) (594/491) [2] ». Ce processus s’accélère brutalement au début du xixe siècle. A partir de 1803, et en moins de dix ans, « presque tout le code paternaliste disparut (595/492) »
Note: dans une prochaine page, j'évoquerais l'importance locale de ce combat au XVIIII em siècle