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Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale

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pour un enseignement des sciences sociales et humaine des l'école primaire


note: la psychiatrisation des esprits et la main mise des citoyenistes qui par leur travail syndical auprès de l'institution scolaire ont, il y a quelques années exclu la politique des lycées, dans les foyers sociaux culturels . Les tenants de "l'autre campagne" continue leur sale boulot en demandant plus de présence de la sociologie et  de par ce fait la psychiatrisation des esprits pénétrera dés l'école primaire, texte pris dans
 l'autre campagne    poster les comentaires en bas de page


Pour un enseignement des sciences sociales et humaines dès l’école primaire
par Bernard Lahire*

 
La nécessité de l'enseignement des sciences sociales et humaines dès l'école primaire, et tout au long de la scolarité secondaire, n'a jamais été aussi impérieuse qu'aujourd'hui. Alors que l'institution scolaire est désormais capable d'enseigner très tôt l'attitude scientifique à l'égard du monde physique et naturel, elle laisse se développer des connaissances pré-rationnelles sur le monde social.
La peur que certains éprouvent à l'idée de voir entrer si tôt dans le cursus officiel le « social » conduit paradoxalement à laisser les élèves parfaitement démunis face à un sens commun assez spontanément essentialiste et à tous les pourvoyeurs d'idéologie ou les manipulateurs d'opinion qui se sont pourtant multipliés au cours des dernières décennies dans nos sociétés. Le rôle des spécialistes de la « communication politique » ou du marketing, des publicitaires, des essayistes demi-savants, des rhéteurs plus ou moins habiles, bref, de tous les sophistes des temps modernes, n'a cessé de croître, et il est urgent de transmettre les moyens de déchiffrer le monde social et de résister, du même coup, à tous les discours d'illusion.
Le sociologue Norbert Elias a bien montré que les hommes ont, au cours de leur histoire, conquis une attitude de distanciation par rapport aux phénomènes naturels puis, plus tardivement, à l'égard des phénomènes sociaux. Les hommes des sociétés pré-scientifiques ont été matériellement et cognitivement impuissants face aux « caprices de la nature ». La science, elle, s'inscrit dans un processus de distanciation et de contrôle des affects. En donnant les moyens de ne pas prendre ses désirs pour la réalité, de voir les choses de manière moins directement attachée à la position de celui qui voit, l'attitude scientifique permet de sortir progressivement de l'implication de l'homme vis-à-vis de la réalité. Diffuser une telle attitude distanciée autant vis-à-vis du monde social que de la nature est un défi que l'École est aujourd'hui en mesure de relever.
Ce n'est que par un bien mauvais calcul républicain que l'on peut être conduit, dans l'idée de maintenir une pseudo-neutralité scolaire, à souhaiter maintenir hors des murs de l'école les questions sociales, anthropologiques, philosophiques qui se posent et s'imposent par la force des choses. Pourquoi ne pas enseigner les outils et les manières de penser que les sciences sociales et humaines ont constitués efficacement depuis plus de cent ans plutôt que de laisser les futurs citoyens construire leurs représentations du monde social au sein de leurs structures familiales ou dans les cadres traditionnels de la socialisation (enseignement religieux, socialisation politique et syndicale, etc.) ?
Il va de soi que l'objectif d'un tel enseignement à l'école primaire n'est pas de diffuser une connaissance de nature encyclopédique, d'inculquer des « théories », des « méthodes » ou des « auteurs », mais bien plutôt de transmettre des habitudes intellectuelles fondamentalement liées à des disciplines telles que la sociologie, l’anthropologie et la philosophie. Et plutôt que d'alourdir un programme élémentaire déjà chargé, il s'agirait davantage de refondre l'enseignement actuel de l'histoire, de la géographie et de l'éducation civique en intégrant les acquis de la sociologie et de l'anthropologie et en travaillant de concert avec tous ceux qui réfléchissent à un enseignement adapté de la philosophie. Or, comment transmettre de telles habitudes intellectuelles à l'école primaire sinon par l'étude de « cas » de différences culturelles, ainsi que par la participation active des élèves à de vraies enquêtes empiriques ? De même que les élèves prennent l'habitude de faire quotidiennement des relevés de température pour objectiver et prendre ainsi conscience des phénomènes météorologiques, ils pourraient être entraînés à l'observation et à l'objectivation du monde social. Si l'expérimentation est au fondement des sciences de la matière et de la nature, l'esprit d'enquête est, lui, à la base de toute science du monde social.
Ainsi, l’une des premières compétences que le regard sociologique suppose est une capacité de description et de narration de ce qui s'observe directement (paysages, lieux, décors, objets, personnages, manières de dire ou de faire, etc.). La description et la narration étant au programme de l'école primaire, il n'est pas irréaliste d'orienter aussi ces tâches vers l'étude de comportements réellement observés. Par ailleurs, s'adaptant à la réalité sociale contemporaine, l'école primaire a d'ores et déjà intégré dans ses activités de production écrite « la réponse à un questionnaire ». Les élèves peuvent donc être entraînés à créer collectivement des questionnaires sur des thèmes choisis et aboutir à certains comptages simples (la notion de proportion étant abordée dès le cours moyen). Une telle démarche aurait pour but d'apprendre l'esprit d'enquête et d'acquérir le sens et l'intérêt des enquêtes quantitatives.
Au moment où l'on évoque publiquement de plus en plus fréquemment la nécessité d'une « formation à la citoyenneté », et où l'on n'envisage généralement de répondre à cette exigence que par le retour à un enseignement de la morale ou par l'éducation civique, les sciences humaines et sociales doivent revendiquer haut et fort leur place au cœur de cette formation : le relativisme anthropologique (relativisme méthodologique qui n'a strictement rien à voir avec un indifférentisme éthique), le mode de pensée relationnel (opposé à toutes les formes d'essentialisme), la prise de conscience de l'existence d'une multiplicité de « points de vue » liée aux différences sociales ou la connaissance de certains « mécanismes » et processus sociaux (et non la seule visite guidée des institutions officielles de la République), tout cela pourrait utilement contribuer à former des citoyens qui seraient un peu plus sujets de leurs actions dans un monde social dénaturalisé, rendu un peu moins opaque, un peu moins étrange et un peu moins immaîtrisable.
Bernard Lahire*

* Sociologue, professeur à l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines, directeur du GRS (CNRS), auteur de « Vers une utopie réaliste : enseigner les sciences du monde social dès l'école primaire », L'Esprit sociologique, La Découverte, Laboratoire des sciences sociales, Paris, 2005, p. 388-402.
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L
j'ai émis cette idée de psychiatrisation de l'école, car encore une fois on s'adresse aux spécialistes des sciences sociales pour exercer le sens critique, alors que l'école, si dans les classes gérés différement la discussion collective, exposé et dés l'école primaire permettra à l'ensemble des écoliers, puisse devenir  comme disait clavel "prends la parole et garde la" et pour les lycéens je te laisse plus exposer ton propos  lelaboratoire@no-log.org
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E
D'accord l'auteur et son texte sont sans doute citoyennistes, en tout cas dans l'esprit "faut qu'on réforme l'école, et j'ai ma proposition de réforme".  <br /> Cependant, je ne vois aucun indice dans le texte permettant de soupçonner une volonté d'introduire + de psychiatrie dans l'école primaire ... La sociologie et les "outils des sciences sociales" dont parle l'auteur seraient plutot des outils permettant d'exercer son esprit critique sur la société.  Si c'est pour recentrer la manière de considérer l'esprit critique à l'école sur une analyse pas seulement scientifique, moi j'dis pourquoi pas, c'est pas ça qui permettra de changer beaucoup de choses (y compris à l'école), mais c'est pas un mal d'éveiller la curiosité et l'envie de critiquer, d'interroger la société ...<br /> Et j'dirais même que concernant les psys, il vaudrait mieux que les gamins sachent qui ils sont avant d'y être confrontés ...
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