Le blog du laboratoire anarchiste est un blog actif a propos de l'actualité sociale
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En ce jour du 6 Mai 2007 qui a vu le commencement de l'ére de la sélection
£)Des parents se précipitent chez le psychologue afin de faire tester l'intelligence de leur enfant, généralement en échec scolaire, convaincus - et c'est la nouveauté - qu'il s'agit en fait d'un enfant surdoué, que son "surdon" explique l'ennui profond qu'il éprouve à l'école ou peut-être son insubordination, et qu'un certificat doté d'un chiffre élevé en guise de Q.I. - "la preuve qu'il appartient à une race supérieure" ironise Claire Meljac - permettra de mieux le comprendre, l'apprécier à sa juste valeur et l'orienter. Sans compter, ajoute la psychologue, la restauration narcissique des parents qui, de, géniteurs d'un cancre, deviendraient, par la grâce d'un chiffre, parents d'un petit génie. Superbe affaire ! La raison de ce phénomène ? Des programmes de télévision sur des enfants surdoués rescapés à temps d'une école où ils se morfondaient ; des émissions valorisant le fameux Q.I. ; des dizaines de sites Internet proposant, moyennant quelques euros, d'évaluer son propre quotient. ; ou encore la presse people incluant désormais le Q.I. dans les mensurations des stars : Madonna 140, Sharon Stone 153...
"Hélas ! dit Claire Meljac. S'il m'est arrivé de découvrir ainsi des enfants très doués, c'est loin d'être la majorité des cas !" Les trois quarts des enfants testés n'appartiennent nullement à la catégorie espérée, encombrent à tort des services hospitaliers déjà débordés - la proportion d'enfants consultant pour "surdon" s'élève dans certains centres de consultation jusqu'à 50 % - ou cachent de vrais problèmes qu'il conviendrait d'identifier et de traiter. Cela peut aller de légères difficultés d'apprentissage à des autismes profonds.
Encore faudrait-il que les parents entendent jusqu'au bout le diagnostic du psychologue. Et qu'ils abandonnent l'obsession du fameux Q.I., cette évaluation intellectuelle et psychologique quantitative, objet de mille malentendus et tellement réductrice. Mais la plupart, semble-t-il, ne veulent pas. Venus se faire confirmer des dons intensément souhaités, ils préfèrent casser le thermomètre et rechercher un psychologue plus compréhensif.
$) La tâche n'est pas difficile, le marché est immense.
Des psychologues - souvent liés à des associations de parents d'enfants surdoués - acceptent de faire passer des tests rapides et peu coûteux, quitte à supprimer certaines épreuves (subtests) qui risqueraient de diminuer la note moyenne que représente le Q.I. Une note qui, par convention, s'étale globalement entre 55 et 145, moins de 0,2 % des individus ayant un score supérieur à 145. Les élèves dits surdoués, pourvus d'un score supérieur à 130, ne constituant que 2,2 % de la population.
Psychologue à l'éducation nationale, enseignant à l'Ecole de psychologues praticiens et à l'université Paris-V, Robert Voyazopoulos a constaté, lui aussi, l'afflux de demandes de tests, exprimées par des parents qui, dit-il, n'ont jamais autant investi dans l'enfant. Mais, si le praticien se réjouit d'un regain de confiance dans l'examen psychologique de l'enfant, il s'inquiète du malentendu sur le Q.I., trop souvent considéré comme une mesure aussi objective que la taille ou le poids, alors qu'il n'est, insiste-t-il, qu'une "commodité professionnelle".
£) En 1905, le ministère de l'instruction publique chargea Alfred Binet, qui s'intéressait au développement des enfants, de trouver un moyen de détecter les enfants déficients, incapables de suivre le cursus scolaire classique, rendu obligatoire par les lois de Jules Ferry, et pour lesquels il faudrait organiser un enseignement adapté. Binet, assisté par le médecin Théodore Simon, construisit alors l'ébauche de ce qui allait devenir plus tard les tests mentaux, introduisant notamment une distinction entre l'âge mental d'un enfant (déterminé en fonction de sa capacité à comprendre ou à accomplir des tâches réussies par la plupart des sujets d'un groupe d'âge) et son âge biologique.
$) L'idée remporta immédiatement un immense succès, notamment en Amérique du Nord, où elle connut cependant des dérives eugénistes et raciales (dévalorisant les Noirs et sélectionnant des immigrés) et profondément inégalitaires.
D'où une longue méfiance dans de nombreux pays, renforcée en France par la dynamique antisélective de Mai-68 et l'héritage de la psychanalyse. Mais les tests d'évaluation de l'intelligence ont évolué, se sont enrichis, sophistiqués, prenant davantage en compte les différents types d'intelligence tout en renforçant leur assise scientifique.