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| Les Palestiniens du Liban, une population marginalisée | |
La question des réfugiés palestiniens concerne le pouvoir libanais parce qu’elle touche à la structure démographique de la population. Au Liban, les institutions actuelles sont fondées sur une balance communautaire produite par le recensement de 1932 et le rapport de force de l’époque. La parité entre chrétiens et musulmans est actuellement obsolète. Les quelque 400 000 réfugiés palestiniens, dans leur écrasante majorité sunnites, représentent un défi pour les autorités de ce pays dont la population totale est estimée à environ 3 500 000 individus. Si les gouvernements libanais successifs ont souhaité que les réfugiés palestiniens quittent le territoire – le soi-disant « refus de l’implantation » –, c’est donc autant, sinon plus en raison de considérations internes que par exigence d’une solution durable et juste au conflit israélo-palestinien.
La classe politique libanaise est aujourd’hui unanime à écarter toute mesure susceptible de promouvoir l’intégration des Palestiniens, la presse libanaise s’en faisant souvent l’écho. La question palestinienne resurgit d’ailleurs de façon épisodique dans les médias. Ainsi, lorsque le ministère de l’Intérieur a demandé la révision des dossiers de naturalisation promulgués en 1994, les Palestiniens étant les premiers visés par cette instruction [9]. Cantonnés en marge de l’économie, du système de protection sociale – certes restreint – et de la vie politique depuis le départ de l’OLP, les réfugiés palestiniens se trouvent marginalisés au Liban plus que quand tout autre pays d’accueil de la diaspora. Un nombre croissant de réfugiés demandent non pas leur installation définitive, mais au moins le respect de leurs droits élémentaires. L’absence de perspectives d’intégration et l’interruption du processus de paix poussent un nombre croissant d’entre eux à se chercher un autre pays d’accueil, plus propice à une installation sur le long terme [10].
Ce statut juridique des Palestiniens a d’importantes implications sur l’organisation socio-spatiale de la communauté au Liban. Les réfugiés sont tendanciellement confinés dans le secteur informel ou dans les activités les moins rémunératrices, qui ne nécessitent pas l’obtention préalable d’une autorisation de travail [11]. En outre, le départ de l’OLP en 1982 a privé beaucoup de réfugiés des emplois induits par la forte présence des structures politiques palestiniennes au Liban. Dans un contexte économique marqué par des difficultés considérables depuis la fin de la guerre civile, les Palestiniens subissent qui plus est la sévère concurrence d’une importante main-d’œuvre étrangère sur le marché du travail. L’économie des camps est en récession.
Aux marges de la ville, les camps de réfugiés palestiniens à Tyr Mohamed Kamel Doraï
chargé de recherche à Migrinter, CNRS-UMR 6588, Poitiers ; MohamedKamel. Dorai@univ-poitiers.fr.