Depuis 20 ans les rues de Bayonne ont frémis avec le mouvement libertaire et nous laissons lire un petit bilan de lutte, Il suffit pour les réactionnaires d'attendre pour voir mourir la revendication, l' agisme fait d'énorme ravage dans les rangs de la subversion. Nous en profitons de signaler dernière sortie du numéro d'EKAITZA à lire absolument pour observer de visu la politique fasciste de SARKO Ier
20 ans de luttes festives:
·Le Patxoki célèbre aujourd’hui un anniversaire qui cerne son identité
Si peu de personnes savent où se trouve la place du Trinquet à Bayonne,
c’est que le mouvement Patxa et le bar associatif le Patxoki qui la
jouxte y ont imprimé une forte identité. Pour la petite histoire, le
maire de Bayonne Jean Grenet lui-même, fut confus de ne plus retrouver
le nom de la "place Patxa" lors d’une séance du Conseil Municipal.
Voilà 20 ans que ce mouvement de jeunes de la gauche abertzale occupe
les lieux. Et si les temps ont changé autour de ce local du petit
Bayonne qui voudrait devenir aujourd’hui une maison de quartier et
s’ouvre à une multitude d’associations, l’identité du Patxoki reste
intimement liée aux mouvements militants des années 80 et 90 en Pays
Basque nord. Syncrétisme des pensées libertaires, progressistes,
indépendantistes, anti-militaristes, anti-sexistes, cette identité
s’affiche aujourd’hui pour célébrer cet anniversaire. Une journée qui
promet de renouer avec le slogan qui régissait les lieux à l’époque :
"besta bai, borroka ere bai" ("la fête oui, la lutte aussi"). Concerts,
repas, bertsu, agrémenteront une conférence qui reviendra sur le
contexte politique de l’époque et une exposition de photos et
d’affiches de ces 20 dernières années.
"A l’époque, on passait pour des anti-tout" se souvient Klodina, qui
gère aujourd’hui bénévolement le Patxoki avec Xano. Mais si les manifs
s’enchaînaient, comme les conférences, les slogans ou les occupations
d’immeubles vides, le Patxoki générait aussi de nombreuses initiatives
constructives dans le quartier. Concerts et pièces de théâtre étaient
légion, pour animer la place du Trinquet ou pour accompagner
l’avènement du rock basque. Pendant les fêtes de Bayonne, c’était au
Patxoki que s’organisaient la prévention et la lutte contre les viols.
Des bénévoles du "comité anti-viols" du Patxoki, en collaboration avec
le planning familial, raccompagnaient notamment les femmes seules à
leur véhicule. "Victime, témoin, réagit" prévenait une affiche. Une
autre campagne concernait la lutte contre l’héroïne. Avec les slogans
Heroina kanpora, ou "la meilleure défonce c’est l’attaque" on faisait
la chasse aux dealers dans les rues du petit Bayonne. D’autres
commissions étaient moins sérieuses, comme celle du "comité bronzage"
dont l’activité essentielle consistait à se balader nu sur la plage de
Tarnos. Et pendant que certains enquêtaient, au sein de la "section
Oroi eta Sala" sur les implications françaises dans les attentats du
Gal, d’autres organisaient des soirées "Cathala paf", hommage ironique
à un commissaire d’époque et à la tequila.
Entre Batzoki et Patxaran, le Patxoki faisait ce lien entre la fête et
la lutte. Chaque semaine d’été, les touristes étaient conviés à une
soirée sur "les luttes au Pays Basque". Les photos d’époque,
religieusement conservées par Xano, attestent de cette militance
souriante. Un "côté un peu matheux" que cet ancien ingénieur assume
pleinement, en assurant une gestion au cordeau, et en notant tout. Au
sein du Patxoki, qui est prêté à toute sorte d’associations "pas
forcément politiques ou abertzale" à condition d’être respectueux de la
culture basque et des "luttes sectorielles ou féministes",
l’organisation rappelle celle de la marine.Tout y est fonctionnel. Sur
son livre de bord, Xano note tout. On sait ainsi que le bar fonctionne
mieux en cas de beau temps. Que le kalimotxo permet aux associations de
faire de meilleures marges.
Mais les temps ont changé. "L’ambiance des années 80 n’est plus là"
reconnaît Klodina.Pour le Patxoki, l’heure est à la maison de quartier,
aux cours du soir pour les enfants dans le cadre, Xano et Klodina
l’espèrent, du réaménagement de la place du Trinquet en véritable lieu
de vie.
Un souffle libertaire
Tout d’un coup, le champ de l’abertzaléisme s’est élargi. Non pas que
les questions féministes, ou des squats n’aient pas existé jusque-là au
sein du mouvement nationaliste basque. Mais cette mise en questions de
l’ordre établi dans tous les domaines de la vie a rencontré l’irruption
d’un mouvement de la jeunesse cristallisé autour de l’explosion du
phénomène du rock radical basque à la seconde moitié des années 80.
La naissance de l’irrévérencieux Patxa et de son local le Patxoki date
d’alors. Sa première apparition publique se produit lors d’une
manifestation contre un meeting de Le Pen en 1986, et son premier
concert de rock organisé à Arbonne avec Cicatriz. L’onde de la musique
punk et ska atteint alors les rivages du Golfe de Biscaye. Les
fanzines, forme particulière d’édition au prix de la photocopie, se
multiplient. Kalimotxo, Patxaran,... Tout comme les soirées "bombages".
Et ce n’est pas qu’un phénomène côtier. A Garazi, on retrouve les mêmes
ingrédients : autour d’un lieu (le batzoki), une bande de jeunes
turbulents fait son apparition autour du groupe Uharteko punkak, d’une
émission de radio sur Irulegiko irratia, et du fanzine Apoak. Les
radios d’expression basque accompagnent le mouvement, enregistrant et
diffusant les concerts des Kortatu, Hertzainak, et autre La Polla
Records. Autant d’occasion pour Patxa de tenir des tables d’infos
d’Hendaye à Esterençuby. La dimension festive, voire de défonce (mais
contre les drogues dures alors en vogue), accompagne le nouveau slogan
de Besta bai borroka ere bai. Toujours avec humour. Il n’est que de
rappeler le programme politique défendu alors, celui de "l’alternative
Gin-Kas" dont un des points cardinaux est la transformation de la
Cathédrale de Bayonne en salle de rock...
Questions sérieuses
Une dérision qui n’empêche pas de se saisir de questions sérieuses.
Celui du logement et de la propriété avec l’ouverture de squats, de
Gaztetxe. Le soutien et la promotion de l’insoumission (au service
militaire). Un antimilitarisme développé également au sein de comités
lycéens alors inquiets des accords Education nationale-Défense (dont un
certain Chevènement, déjà, est le pourvoyeur) et siégeant au Patxoki
les mercredis après-midi et lors des nuits lycéennes, quand ce n’est
pas au moment des grèves ‹nous sommes entre le mouvement anti-Devaquet
et la grande grève des lycéens de 1990.
D’une première autodéfinition, farceuse, "d’éthylico-radical", le
groupe Patxa se définit plus tard comme "indépendantiste,
anti-fasciste, anticapitaliste, assembléaire, et féministe". Sur ce
dernier point, le groupe, qui fonctionne beaucoup de façon affinitaire,
sera à l’initiative de campagnes contre les viols durant les fêtes de
Bayonne ‹au sein d’un programme de "fêtes alternatives"‹ avec affiches
et permanences téléphoniques, ainsi qu’un travail régulier sur le
vocabulaire (du type "enculé n’est pas une insulte mais une pratique
sexuelle"...). Une "radicalité" qui s’illustrera jusque dans un look.
Ce sont les beaux jours du tee-shirt militant et/ou du collant serré
aux couleurs vives.
"Elections, piège à cons"
"Assembléaire", le groupe reprend à son compte les préceptes
libertaires, fustigeant la délégation de pouvoir. Patxa ne manquera pas
d’ironiser sur les candidatures abertzale unitaires de 1988 en
représentant en "une" de son fanzine le trio
Aurnague-Irazusta-Charritton avec les yeux masqués de repris de
justice. Indépendantiste, le mouvement se distancie de mouvement
abertzale proche d’Iparretarrak, accusé d’être simplement régionaliste
ou autonomiste, tout autant d’Euskal Batasuna, alors proche d’Herri
Batasuna, dont la revendication départementale est jugée tout
simplement ridicule. Quant aux "frères du sud", la méfiance est de mise
vis-à-vis d’une gauche abertzale taxée de "stalinienne". Ce qui
n’empêche pas le mouvement de tisser des liens avec des groupes à
Gasteiz, Donostia, ou dans quartier populaire d’Otxarkoaga à Bilbo. Ni
de prôner un rapprochement dans le soutien aux prisonniers
d’Iparretarrak ou d’ETA. Les choses se gâteront en interne au début des
années 90. Une scission marquera le mouvement avec une partie qui
opérera une critique de mots d’ordre jugés par trop radicaux pour
privilégier un "travail de masse". Ceux qui restent continueront le
travail en commun engagé avec Oldartzen, groupe issu de Laguntza-EMA,
afin de constituer un "pôle de radicalité politique" au sein du
mouvement abertzale.
Les "Rock eguna" annuels ont connu de fortes participations, dans le
sillage du concert des Bérurier noir en 1987 à Arcangues. Le mouvement
de désobéissance civile dont le Pays Basque sud a alors le record
européen, devant les objecteurs de conscience allemands‹ se traduira
par une dizaine d’insoumis. Ce sont des centaines de jeunes qui
participeront à un degré ou un autre aux activités de Patxa. Un creuset générationnel.